‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 6 sur 136 · NE VERS 1175,— MORT APRES · texte numérisé non relu

NE VERS 1175,— MORT APRES

Ce n'est pas une mince affaire que de se bien reconnaître dans la biographie des peintres milanais qui ont porté le prénom d'Andréa et de redresser avec certitude les nombreuses erreurs commises par les écrivains français ou italiens au sujet de ces peintres. Mariette, nous l'avons dit dans la vie de Salaïno, avait confondu ce peintre avec Solario ; mais il est hors de doute aujourd'hui que ces deux artistes n'ont de commun entre eux que leui' prénom et leur qualité de disciples ou d'imitateurs du Vinci. Il nous a été facile de le démontrer. Mais il n'est pas aussi aisé de savoir s'il y a identité entre l'artiste milanais Andréa de Solario, qui fut employé au château de Gaillon, et celui qui a signé du nom d'André de Milan, Andréas Mediolanensis, deux tableaux qui sont, l'un à Paris, au Musée du Louvre, l'autre à Milan, au Musée Brera. Comme on le verra, cette identité, sans être encore établie sur des preuves décisives, est aU moins fort probable, Ce qui est certain, c'est qu'il existait à Milan au quinzième siècle une famille d'artistes portant. le nom de

Milan

Solari, qui était peut-être le lieu de leur naissance. Cette famille, depuis la fin du siècle précédent, avait été employée à la cathédrale de Milan; elle en avait accaparé les travaux et s'y était retranchée, dit M. Rio, comme dans une forteresse. Le premier de ceux par qui le nom de Solari fut illustré s'appelait Boniforte, et florissait au temps du célèbre François Sforza, père de Louis le Maure. Ce Boniforte Solari eut deux fils, Cristoforo, qui était à la fois sculpteur et peintre, et Andréa, qui paraît n'avoir exercé que la peinture. L'un et l'autre étaient surnommés le bossu ou plutôt du bossu (del Gobbo), ce qui indiquerait un sobriquet de famille, car il serait assez singulier que la même difformité eût valu aux deux frères le même surnom. Les Solari étaient, disons-nous, en possession des travaux du Dôme, lorsque parut un artiste qui leur était supérieur et qui ne tarda pas à les éclipser, Omodeo. Celui-ci ayant été nommé architecte de la cathédrale, sans doute à la mort de Boniforte, Cristoforo ne voulut pas être en sous-ordre là où les siens avaient joué toujours le premier rôle : il quitta Milan et alla s'établir à Venise. Son frère Andréa, selon toute apparence, l'accompagna ou le rejoignit. Nous savons, en effet, par Boschini, qu'il se trouvait à Murano, dans l'église Saint-Pierre-Martyr, une peinture représentant la Madone entre saint Joseph et saint Jérôme avec deux chérubins, peinture qui était signée Andréas Mediolanensis, 1495, et tout porte à croire que cet Andréa de Milan n'était autre que Solario, et qu'il signait de Milan, précisément parce qu'il était à Venise et pour se distinguer des peintres vénitiens. Ajoutez que, dans cette même église, travaillait un autre artiste qui s'appelait Andréa de Murano : raison de plus pour Solari d'indiquer le lieu de sa naissance afin de ne pas être confondu avec son homonyme, car on sait qu'en Italie les prénoms ont autant d'importance que les noms.

Le tableau peint à Murano, dans l'égiise Saint-Pierre,- a été depuis transporté à Milan, et il est aujourd'hui au Musée Brera, où il nous souvient, mais un peu vaguement, de l'avoir vu. Il est gravé dans la Pinacoteca di Milano ; mais il faut dire que les rédacteurs de ce recueil ne reconnaissent pas l'identité qui nous paraît exister, à nous, entre Solario et Andréa de Milan. Il est dit, au contraire, dans la notice qui est imprimée en regard de l'estampe, que Bottari a commis une faute inexcusable en prenant pour Andréa Solari cet Andréa de Milan, dont le tableau serait antérieur de cinq ans à la naissance de Solario. Ici le rédacteur de la notice est tombé dans une erreur beaucoup plus grossière que celle qu'il reproche à Bottari, puisqu'il est indubitable que, bien loin d'être né cinq ans après la date du tableau, c'est-à-dire en 1500, Andréa Solario était déjà en 1507 un très-habile artiste, puisqu'il avait été choisi par le maréchal de Chaumont pour être envoyé en France et employé aux peintures du château de Gaillon, En le supposant alors âgé de vingt-trois ans, et c'est le moins que puisse avoir un homme à qui l'on confie une pareille mission, Solari serait né vers 1484 et aurait eu le même âge que Gaudenzio Ferrari. Il ne serait donc pas son élève, car il faut bien admettre une certaine différence d'âge entre le maître et l'élève. Cependant, c'est un écrivain milanais du seizième siècle, Lomazzo, qui affirme que Solari avait été le disciple de Gaudenzio. Les annotateurs de la dernière édition de Vasari, publiée à Florence, et M. Villot, reportent à 1458 la naissance de Solario; mais cette date n'est pas certaine ; elle n'est même donnée parles commentateurs florentins que comme approximative. Nous dirons plus loin pourquoi elle nous paraît trop reculée.

En procédant du connu à l'inconnu et des certitudes aux probabilités, voici d'abord ce qu'il faut tenir pour certain : Andréa Solari est l'artiste que Vasari, dans sa biographie du Corrége, appelle Andréa del Gobbo; cet Andréa était le frère de Cristoforo Solario, architecte, sculpteur et peintre, dit aussi del Gobbo; ce même Cristoforo se rendit à Venise vers la fin du quinzième siècle ; il peignit à fresque dans l'église délia Carita, et il demeura assez longtemps à Venise pour y former un élève, Girolamo Padovano (Jérôme de Padouej.

Maintenant, ce qui est vraisemblable, sans être parfaitement démontré, c'est qu'Andréa Solario suivit son frère à Venise, et qu'il convient de lui attribuer le tableau de Murano signé Andréas Mediolanensis et daté de 1495. Mais s'il est l'auteur du tableau de Murano, il est aussi l'auteur du Crucifiement que nous possédons au Louvre et qui est également signé Andréas Mediolanensis fa., avec la date de 1503. Reste à confronter ce tableau du Crucifiement avec celui de la Vierge allaitant r enfant Jésus, qui est aussi au Louvre et qui est signé en lettres gothiques Andréas de Solario fa.

Que ces deux peintures soient de la même main, cela n'est pas impossible, mais, à dire vrai, la différence

est grande. Le Crucifiement est peint dans la manière de l'ancienne école milanaise, et rappelle par certains côtés les habitudes de Gaiidenzio Ferrari, qui, puisant à la même source, suivit d'abord les traditions de cette ancienne école. Sans parler de la sécheresse du contour qui caractérise les peintres du quinzième siècle, à Milan comme à Florence, comme à Venise, comme partout, le tableau d'Andréa de Milan est fait avec des portraits et avec des costumes à la mode du temps. Les soldats romains qui assistent au crucifiement de Jésus

Page 1