‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 51 sur 136 · LODOVICO, BERNARDINO, FRANCESCO MANTEGNA ET CARLO DEL MANTEGNA · texte numérisé non relu

LODOVICO, BERNARDINO, FRANCESCO MANTEGNA ET CARLO DEL MANTEGNA

rLOBISSAlENT DE 1000 A 1520.

Andréa Mantegna fut le Ycritablc fondateur, à Mantouc, d'une école laborieuse de peintres actifs, qui gardèrent fidèlement les traditions de son style jusqu'à l'arrivée dans cette ville de Jules Romain. Suivant les usages du temps, Andréa prit tout d'abord pour collaborateurs ses propres fils, qui furent aussi ses meilleurs élèves, Lodovico, Bernardino et Francesco. Ces trois jeunes gens avaient de qui tenir par leur mère aussi bien que par leur père ; on sait qu'Andréa Mantcgna avait épousé Nicolosia Bellini, sœur des deux illustres frères, Giovanni et Gentile Bellini, et fille de Jacopo Bellini. Lanzi cite un contrat par lequel Francesco et l'un de ses frères s'engagent à terminer les peintures décoratives d'une salle du château de Manloue dont leur père avait fait les parois, en^leur laissant le soin de peindre la voûte. Ils achevèrent en effet cet ouvrage à la satisfaction des connaisseurs, et montrèrent, dans la confection des figures qui peuplent ' cette voûte, une science des raccourcis et de la perspective digne du nom qu'ils portaient. Ce furent eux aussi qui firent toutes les peintures accessoires de leur chapelle de famille à San Andréa, où deux d'entre eux furent enterrés près de leur père, parles soins du fils de Lodovico qui fit poser en 1560 l'inscription qu'on y lit encore : « OSSA ANDRE^E MANTINE^ FAMOSISSIMI PIGTORIS CVM DVOBVS FILIIS IN SEPVLCRO PER ANDREAM MANTINEAM NEPOTEM EX FILIO GONSTRVGTO REPOSITA MDLX. » C'est à Bernardino Mantegna (né en 1490, mort en 15^8} qu'Isabelle, mai'quise de Gonzague, commanda les peintures de son palais de Sacchetta. Un quatrième membre de la famille de Mantegna, Carlo del Mantegna, se fit aussi connaître à la même époque et travailla même en collaboration avec ses parents qu'il imita ; on ne sait pas exactement quel degré de parenté l'unissait à André, dont il suivit fidèlement les principes, et transporta l'influence à Gènes où il travailla beaucoup. Enfin, le cinquième des Mantegna connus, Giovanni, était fils naturel de l'illustre maître de Mantoue.

Londres. — La National Gakry montre, sous le n" 639, un tableau authentique de Francesco Mantegna qui permet de comparer sa manière avec celle de son père. C'est une

Apparition du Christ à la Madeleine dans le jardin. Tableau sur bois, acheté à Paris en 1860 (collection Beauvoisin).

FRANCESCO BONSIGNORI

NÉ ES lll55, MORT EN 1519.

Vasari a longuement parlé de ce peintre dans la vie de Fra Giocondo, en lui donnant le nom de Monsignori, bien qu'il n'ait signé ainsi aucun de ses tableaux. C'était un Véronais, fils d'un riche amateur qui s'occupait de peinture à ses heures; maison le range dans l'école de Mantoue, parce qu'il vint tout jeune faire ses études dans cette dernière ville sous la direction de Mantegna et qu'il y fixa sa résidence. Dès l'année 1487, le jeune Bonsignori, en travaillant avec son maître, s'était déjà acquis une telle réputation que François II, marquis de Mantoue, voulut l'attacher à son service, et lui fit don d'une maison dans la ville, en même temps qu'il lui assurait une pension honorable. Dès ce jour, l'intimité du prince et de l'artiste devint teUe qu'on les voyait rarement sortir l'un sans l'autre, et Bonsignori fit, pour les Gonzague, travail sur travail. C'est lui qui décora une bonne partie de leur palais de Saint-Sébastien à Mantoue, aujourd'hui transformé en prison, de leurs châteaux de Gonzague et de Marmiruolo, l'un converti en habitations privées, l'autre détruit de fond en comble. A l'occasion des Triomphes que Bonsignori peignit dans cette dernière résidence en 1499, et dans lesquels il avait placé, suivant l'usage du temps, les portraits des principaux seigneurs de la cour, François II lui fit cadeau, la veille de Noël, d'une propriété appelée la Marzotta, à quelque distance de la ville. Les portraits de Bonsignori étaient célèbres; Vasari cite, parmi ceux qu'on admirait de son temps à Mantoue, non-seulement ceux de la famille Gonzague, mais encore ceux de François et de

Maxiiuilicn Sl'orza, de l'empereur Maximilien, d'Andréa Maiilegiui, etc., etc. Tous ces précieux tableaux ont disparu dans l'épouvantable sac de Mantouo en 1630. Le biograpbe ilorentin signale aussi avec admiration le Saint Louis et saint Bernardin, et la Cène que lit le peintre pour le couvent des Zoccolanti, dans laquelle on voyait S. François et S. Bernardin présenter au Christ, l'un le marquis de Mantoue agenouillé dans son costume de capitaine de Venise, l'autre le cardinal Sigismond, frère du marquis, et la princesse Léonorc, sa fille, depuis duchesse d'Urbin, ainsi que le Saint Sébastien de la Madonna aile Grazie. Les anecdotes puériles que Yasari recueille avec complaisance à propos de divers tableaux de Bonsignori dont le trompe-l'œil était si réussi que des enfants, des chiens, des oiseaux s'y méprenaient, prouvent au moinsque l'artiste travaillait presque toujours d'après nature. S'il ne possède pas la pureté de style, la sûreté d'exécution qui ont mis son maître Andréa Mantegna en un si haut rang, il a en revanche, comme son condisciple Carotto, profité des exemples récents donnés par les nouveaux peintres de Rome, de Venise, de Parme, pour assouplir et réchauffer sa manière. Ses contours sont plus pleins, ses draperies moins sèches, ses mouvements moins raides. Il excellait dans la peinture d'animaux, aussi bien que dans l'histoire et le portrait, et abordait avec succès les problèmes de perspective les plus compliqués ; aussi se plaisait-il à donner pour fonds à ses compositions de magnifiques architectures, par exemple dans les peintures du couvent des Franciscains dont nous avons déjà parlé, et que Lanzi put encore admirer de sou temps. Francesco Bonsignori, peintre de mœurs austères, aussi pieux que ses frères qui se mirent dans les ordres, refusa toujours au marquis de Mantoue de peindre les nudités lascives qu'il lui voulait commander. Il mourut le 2 juillet 1519, à la suite d'un refroidissement, à Calduro, où il était allé prendre les eauxavec sa ianulle.

Un frère de Francesco, Girolamo Bonsignori ou Monsignori, en religion Fra Cherubino, de Tordre des Franciscains, jouit d'une réputation méritée comme miniaturiste. Il s'occupa aussi de grande peinture, car Lanzi cite, comme une œuvre excellente, la copie qu'il fit pour la bibliothèque de San Benedetto, de la Cène de Léonard de Vinci, et que « quelques-uns regardent comme la meilleure reproduction qui nous reste de ce chef-d'œuvre. » Un second, sous le nom de Fra Girolamo, entré lui aussi dans les ordres chez les dominicains, fut également bon peintre d'histoire et de portrait ; il mourut victime de son dévouement, lors d'une grande peste qui dévasta Vérone.

Milan. — Musée Bréra. N° 178. Saint Louis et Saitit Bernardin, tenant une petite roue avec le monogramme du nom du Christ. Tableau sur toile de Francescb Bonsignori. H. 1 mètre 09; L. 1 mètre 70. Provient de l'église San Francesco de Zoccolanti, cité par Vasari.

Londres. — National GuUery. N° 736. Portrait dun sénateur vénitien, signé dans un cartel : Franciscus Bonsignorius Veronensis p. 1487. Provenant du musée Cappello à Venise, ce tableau fut acheté en 1864 au docteur Cesare Bernasconi de Vérone.

Mantoue. — Le Saint Sébastien dont nous avons parlé, se trouve encore en bon état dans l'église la Madonna délie Grasie. — L'Académie des Beaux-Arts de la même ville con-

serve un très-beau tableau do Francesco Bonsignori, \a.Mon tée au Cafoazre, provenant d'une chapelle, la Seuola Segreia gravé dans l'ouvrage de M. Carlo d'Arco, / Monument'i Mantovani.

Vérone. — L'église de San Paolo possède un Saint Antoine et Sainte Madeleine de la première manière de Francesco Bonsignori ; celle de San Ferma, une Madone avec saint Jérôme et d'autres saints portant l'inscription : FIUNCISCVS BONSIGXOBIVS MCCCGLXXXIV ; celle de San Bernardino, une Vierge entre saint Georges et saint- Jérôme, signée et datée 1 488 ; celle de San Nazaro (chapelle Sainl-Biagio), une Vierge entre saint Biaise et saint Sébastien.

BOCCACINO BOCCACI

■NÉ VERS l'iOO, MOHT VERS 1Ô18.

Boccacino Boccaci est un des plus grands noms de l'école de Crémone. Il joue, dans cette ville, le même rôle que Gliirlaiidajo à Florence, Mantegna à Padoue, Fraucia à Bologne ; c'est lui qui marque la transition entre le vieux style et le style nouveau, mais avec ini attachement nianjué pour les traditions sévères du XV' siècle. Comme Bellini à Venise, comme Pérugin dans l'Ombric, il est le meilleur des anciens parmi les modernes, le meilleur des modernes parmi les anciens. On croit qu'il fut élevé à Mantoue ou à Ferraro, (.ù il prit le goùtdu style énergique et rude; plus tard, ils'efforça, en étudiant Pérugin qu'il imita et copia maintes

fois, d'adoucir cette âpreté naturelle en y mêlant un peu de la douceur ombrienne ; mais il reste toujours, dans le xvi' siècle, un homme du siècle passé, protestant quelquefois contre les entraînements des nouveautés, et c'est à ce titre qu'il mérita sans doute l'antipathie de Vasari, qui, tout en constatant la réputation étendue dont ii jouissait, met à sa charge une anecdote fâcheuse dont les historiens lombards contestent fort l'authenticité. Au dire du biographe florentin, Boccacino, déjà connu comme excellent peintre dans toute la Lombardie, serait venu à Home pour voir les œuvres de Michel-Ange, dont tout le monde parlait ; mais « dès qu'il les eut vues, il se mit à les critiquer, à les rabaisser, comme pour se mieux faire valoir lui-mùme. » On lui confia alors la décoration d'une chapelle à Sainte-Marie Traspontina (église détruite en 1558), mais il n'eut pas plutôt retiré ses échafaudages et montré ses peintures que l'admiration qu'on avait pour lui se changea en risée. Tous ses confrères l'accablèrent d'outrages, se moquant de la présomption avec laquelle il avait parlé de Michel-Ange. C'est sous le coup de cette mésaventure, toujours au dire de Vasari, que Boccaccino, dépité, aurait quitté Rome pour s'aller cacher à Crémone et continuer à y exercer « le mieux qu'il put » la peinture.

S'il y a quelque vérité dans le fond de l'affaire, il est évident que la chose s'est, en tout cas, fort envenimée sous la plume irascible du vindicatif ami de Michel-Ange. Les peintures de Boccacino, qu'il fit dans la cathédrale de Crémone, à son retour, sont bien loin démériter le mépris dont Vasari les accable. Ce n'était pas la première fois, que Boccacino était appelé à travailler à ce monument collectif de l'art crémonais. En 1499, il devait y avoir presque achevé, dans la coupole de la tribune, sa vaste composition du Christ entre les saints patrons de la ville, S. Pierre, S. Marcellin, S. Omobuono, S. Imère ; c'est alors que le jeune Benvenuto Tisi, de Ferrare, tomba en admiration devant ses peintures et mit tout en œuvre pour se faire admettre dans son atelier, d'où il s'échappa deux années après, sans dire gare, afin de courir à Rome. Gaye nous a conservé la lettre éplorée de Boccacino annonçant au père de Garofalo la fuite impolie de son fils ; cette lettre témoigne de la bonté du maître, qui pardonne à l'élève son escapade par égard pour son talent, et se préoccupe surtout des dangers que peut courir la santé du jeune homme. Les épisodes de la Vie de la Vierge que Boccacino exécuta, à son retour de Rome, sur les parois de gauche ,de la nef, en face des épisodes de la Vie du Christ peintes par Altobello Melone, ne sont pas inférieures à la coupole. C'est encore sans doute le style lombard du xv° siècle, touchant du côté de Ferrare à Ercole Grandi, à Lorenzo Costa, àMazzolino, du côté de Bologne, à Franciaet aux Aspertini, style rude et âpre, d'un naturalisme hardi, mais d'une saveur forte etquclquefois d'une haute poésie. Quand Boccaccino se souvient de son voyage dans l'Italie centrale, c'est pour imiter, non pas les peintres du jour, mais leurs prédécesseurs; le compartiment an Mariage de la Vierge, dans la série des fresques que nous venons d'indiquer, est, par exemple, une imitation flagrante de la composition de Pérugin. La similitude est telle que Pascoli et Lanzi n'hésitent pas à croire Boccaccino élève direct de Pérugin. Cela peut être ; mais, en tout cas, il est certain que Boccaccino doit plus encore à son éducation locale. Non-seulement il n'atteint jamais à la grâce, à la clarté, à la délicatesse du maître ombrien, mais ses qualités originales sont des qualités toutes lombardes : une grande pompe dans les ajustements, une richesse éclatante dans les accessoires, une vie étonnante dans les gestes, une variété admirable dans les attitudes, l'emploi fréquent et heureux des architectures luxueuses au milieu de chauds paysages. R va sans dire qu'il a aussi parfois les défauts du pays, qui sont la lourdeur et la gaucherie,

MM. Croweet Cavalcaselle, qui ont étudié avec leur conscience habituelle les peintures de Boccaccino à Crémone, ont pu en établir la chronologie, h' Annonciation, détériorée et repeinte, de la tribune, au-dessous de la demi-coupole, est de 1508. Le contrat par lequel Boccaccino s'engage à peindre les deux surfaces de la nef à gauche du portail fut signé le 12 avrili514. L'année suivante, V Apparition de VAnge à Joachim et Anne était achevée. « La maigreur et la sécheresse des formes, la tristesse réaliste du coloris, sont les caractères saillants de cette fresque, qui rappelle les procédés de Panetti et des autres imitateurs de Lorenzo Costa. Les nombreux spectateurs qui assistent à la scène ont tout l'air d'être des portraits. » C'est en 1515 aussi que furent faits le Mariage, V Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Circoncision. Dans ces compositions, à l'exception du Mariage copié, nous l'avons vu, sur Pérugin, on retrouve l'influence du goût

ferrarais. En 1516 et 1517, Boccacino fit sans doute une absence; peut-ôtre doit-on placer alors un de ses voyages à Venise ; ce qui est certain c'est que, durant ces deux années, l'œuvre fut continuée par Gian Francesco Benibo et Allobcllo Mclone. Boccaccino ne reprit satUclie qu'en 1518, comme le prouve la date inscrite sur ie Christ disputant avec les docteurs, la dernière peinture de la nef et probablement aussi la dernière œuvre du maître, dont on ne trouve plus trace à partir de ce moment. La date de sa mort est inconnue aussi bien que la durée de ses séjours à Venise, où il alla certainement plusieurs fois, car on y trouve des peintures de sa main portant la marque des diverses périodes de son talent, les unes minutieuses, sèches, léchées comme il les faisait dans sa jeunesse, les autres puissantes, libres et larges, dues sans conteste à sa maturité.

GnÊMONE. — Les fresques de Boccacino, dans la Cathédrale de cette ville, s'étendent sur toute la surface de la muraille au-dessous des arcades de la nef, à gauche du portail. Elles sont divisées en huit compartiments, séparés en un seul endroit, comme il a été dit plus haut, par les compositions de Bembo et de Melone. En voici la description, telle que la donnent MM. Crowe et Cavalcaselle : 1° Apparition de l'Ange à Joachim. Au milieu de la composition, on voit un groupe de bergers dans un fond de collines. Daté MDXV. Une longue fente coupe la fresque qui est repeinte dans le paysage et dans les clairs des chairs et des draperies. Les figures sont maigres et sèches, d'une couleur sombre et d'un ton doux qui rappellent Panetti et Costa. 2° Rencontre de Joachim et d'Anne dans une rue, au milieu de divers personnages (9 en tout). L'aspect poussiéreux de cette fresque peut être due à des causes naturelles, sinon à une restauration. On doit supposer que quelques-unes des figures ci-dessus sont les portraits des personnages désignés dans l'inscription suivante qui se trouve à leurs pieds : MAXIMILIANVS MARIA SFORTIA IMPERANTE PIETRO MARTYRE STAMPA DVG (?) GOMS ET EQVITE VRBEM GVBERNANTE. Dans la partie supérieure d'une maison on lit aussi : BOCA- CINVS F. Ges inscriptions ont d'ailleurs été repassées 3» La Naissance de la Vierge. Marie est couchée sous un baldaquin. Une vieille femme est assise sur une chaise au pied du lit; deux autres femmes s'entretiennent à côté d'elle. A gauche, les chambrières lavent le nouveau-né- Au fond, une servante sèche des linges ; une autre travaille.Beaucoup de retouches.Figures bien posées, souvent gracieuses ; mais leur groupement laisse toujours à désirer; la perspective n'est pas exacte. Signé : BOGA- GINVS MDXV. 4° Mariaije de la Vierge. G'est la composition ordinaire de Pérugin et de son école. Rosini l'a gravée dans son Histoire (Atlas, pi. LXXV). G'est la meilleure des fresques de Boccaccino ; c'est là qu'il rappelle aussi le plus Aspertini et Mazzolino. 5* h' Annonciation. 6° La Visitation. 7° L'Adoration des Bergers. Nombreuses retouches. 8° La Circoncision. Très-endommagée. Signée sur un pilastre BOGAGINVS. 9° Le Christ disputant avec Us docteurs. Signée BOGACINVS F. MDXVIII. Très-

endommagée et retouchée comme les autres. Le style du peintre y est plus large et plus hardi. — Dans la même église on voit encore, de la main de Boccacino, dans l'abside, une Annonciation au-dessous delà demi-coupole, qui est elle-même remplie par une grande composition, le Christ assis entre des saints debout. Grasselli a pu lire au-dessous cette inscription : « Pedro Offredo I. V. D. Ben. Fodrio Paulo Gambriago Fab. Prae. MDVI. »

Dans la même ville, les mêmes auteurs signalent à San Quirico une peinture sur bois, la Vierpe sur un trône entre S. Antoine et S. Vincent, signée BOGAGINVS BOGAGIVS F. A. MDXVIII. Tableau repeint, mais d'un style trèslarge et très-franc ; dans la chapelle de l'hôpital des Benefate Fralelli,an Saint Jérôme, sur bois, un peu moins grand que nature. Le paysage du fond rappelle Marco Basaiti. Peu de tableaux de Boccacino portent si clairement la marque de l'influence vénitienne; au Palais de l'Evêché un Crucifiement qui appartient à une autre période du talent du peintre. Les figures sont d'un dessin sec, mais d'un beau sentiment; le coloris, chaud et rougeâtre dans les chairs, devient riche et intense dans les draperies. MM. Growe et Cavalcaselle y trouvent de grands rapports avec la manière de Pinturicchio et celle de Panetti, tout en constatant la supériorité de Boccacino sur ce dernier.

Venise. — Eglise de San Giuliano. Le tableau de Boccacino dont il a été parlé ci-dessus, se trouve sur le premier autel à gauche. C'est une Vierge entre S. Pierre, S. Michel- S. Jean-Baptiste et S. Jean l' Evangé liste , sur bois, du plus beau style du peintre, qui a été gravée dans l'ouvrage de Zanotto, Pinacoteca Veneta, Fasc. XI. Signé des ini tiales B. B.

Académie des Beaux-Arts. — Tableau sur bois, signé BOGHAZINVS : Le Mariage de sainte Catherine. La Vierge est assise dans un paysage avec l'enfant Jésus sur les genoux, qui donne l'anneau à Ste Catherine agenouillée, A droite, Ste Rose debout. S, Pierre et S. Jean agenouillés. MM. Growe et Cavalcaselle restituent à Boccacino une Vierge, sur toile, attribuée à Giovanni Bellini et conservé à la Bibliothèque de Saint-Marc.

GIAN FRANCESCO CAROTTO

Gian Francesco Carotto se pénétra si bien de l'esprit d'Andréa Mantegna, son maître, qu'il arriva souvent à celui-ci de signer ses tableaux et de les envoyer au dehors comme ouvrages de sa main. Il reçut de nombreuses commandes à Milan, chez les Visconti, et dans le Montferrat, pourla cour des princes qui y régnaieni

alors; cependant, il travailla presque toujours soit à Mantoue même, soit à Vérone et dans les yilles environnantes. Quelque fidèle qu'il soit resté à l'enseignement de Mantegna, il ne dut pas échapper naturellement à l'influence des maîtres nouveaux qui avaient apparu en Lombardie, à Parme, à Rame, à Venise, et se mit peu à peu en possession d'une manière plus libre, plus large, plus personnelle. Lanzi signale des imitations flagrantes de Raphaël dans les deux Vierges qu'il fit pour l'éghse Santa-Eufemia à Vérone. Il faut se garder de confondre Gian Francesco Carotto avec son frère cadet Giovanni Carotto, qui lui fut très-inférieur comme peintre, mais qui jouit en son temps d'une grande réputation comme architecte et comme géomètre spécialement versé dans la science de la perspective et qui eut l'honneur d'avoir pour élève Paolo Caliari, le Véronèse.

Vérone. — C'est dans cette ville qu'on peut encore voir les peintures les plus intéressantes de Gian Francesco Carotto : dans l'église de San Ferma Maggiore (chapelle du Saint-Sacrement), une Vierge avec sainte Anne, datée de 1528 ; à Santa Eufemia, une chapelle entière, celle des Spolverini, où le peintre a décoré à fresque la voûte et une partie des murailles [Histoire de Tobie),el fait trois tableaux à l'huile, les l'rois Archanges et Deux Vierges. Le Guide de

Vérone par M. Rossi (1854) signale encore dans le presbytère de cette église une très-belle Vierge avec l'enfant Jésus du même maître. — Le même ouvrage indique comme devant être restitués à Giovanni Carotto quatre portraits, attribués à son frère, qui se trouvent dans la sacristie de Santa Maria délia Scata, et une Vierge entre les apôtres saint Pierre et saint Paul, dans l'église San Paolo. Ce dernier tableau est signé MDXIII. JOANNES.

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