‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 52 sur 136 · GIAN FRANCESCO BEMBO · texte numérisé non relu

GIAN FRANCESCO BEMBO

FLOmSSAIT DE 1510 A 1530.

Gian Francesco Bcmho de Crémone est cité, à diverses reprises, par Vasari comme un des bons peintres de l'époque, spécialement dans la vie de Polydorede Caravage où l'écrivain lui donne le surnom de II Velraro, le Verrier. R eut probablement pour maître son frère Bonitazio, dont nous avons parlé plus haut, et fut un des artistes qui accélérèrent avec le plus d'enthousiasme le mouvement de rénovation imprimé aux arts dans la Lombardie par les maîtres de Florence, de Rome et de Venise, dont l'influence succède, dans les premières années du xvi'' siècle, à celle de l'école de Mantegna. Comment Gian Francesco acheva-t-il son éducation? On l'ignore, mais on peut, sans invraisemblance, supposer qu'il vit Venise et Rome, et qu'il y puisa, dans les conseils des maîtres illustres qui y florissaient alors, les éléments d'un style chaud, riche et noble qui rappelle à la fois, sans pourtant les jamais égaler, Fra Bartolomeo délia Porta et Palma Vecchio. C'est en 1515 qu'il passa le contrat pour l'exécution, dans la cathédrale de Crémone, de ces deux fresques longtemps attribuées par erreur à son frère, V Epiphanie et la Présentation au Temple, qui font en effet partie d'une série relativement moderne et presque vénitienne, puisque Bembo s'y trouve placé, entre Boccacino et Melone, à peu de distance de Pordonone et de Romanino. L'influence de Venise est surtout visible dans Y Epiphanie, où l'on retrouve la tournure, le geste, le vêtement des figures alors à la mode dans la ville de Saint- Marc ; la rougeur brune des carnations, marque distinctive de l'École crémonaise, s'est adoucie et devient plus transparente. La Présentation offre un caractère plutôt romain, et vise à un style plus noble, plus solide, plus élevé. Le grand goût d'ordonnance qu'on remarque dans cette composition, la beauté sévère des architectures, la majesté du dessin sont les arguments les plus sérieux qu'on puisse faire valoir en faveur de la supposition faite d'une résidence de Gian Francesco à Rome, où il aurait connu et étudié Raphai'l. De fait, son œuvre la plus récente, la Vierge entre saint Cosme et saint Damien, n'est qu'un excellent arrangement de la Vierge aïo baldaquin, avec quelques réminiscences d'autres fi"-ures de Raphaël ou de Fra Bartolomeo. Lanzi regardait d'ailleurs ce tableau comme le chef-d'œuvre du peintre, disant « qu'il n'avait rien vu d'un pareil goût, ni à Crémone, ni dans les pays voisin*. »

Crékone. — Les deux fresques de la Cnthédmle, l'Einjjk'inie et hi Présentation au Temple, commencées toutes deux en vertu d'un contrat daté du 29 décembre tôlô, ont toutes deux subi quelques retouches. — La Vierge entre saint Côme et saint Damien, qui se trouve a"Ujourd'hui dans l'église de Saint-Pierre, ajipartenait autrefois à celle

dp San Angelo, des Frères Mineurs. J es deux saints sont debout à côté de la Vierge, devant laquelle est agenouillé un prélat. Figures de grandeur naturelle. Sur bois. Signé et daté : « joiiaes trancischus dembinus pinxit da. mes. s. D. 2. 1524. »

ALTOBELLO MELONE

nORtSSAtT DE 1500 A 1520.

Altobello Melone tint, avec Boccacio Boccacini, la tôte de l'École crémonaise dans les premières années du xvi^ siècle. Gomme pour la plupart de ses compatriotes, on manque de renseignements précis touchant son éducation, qui semble avoir été assez complexe. Morelli, dans sa Notice, en signalant un tableau sur bois de Melone, représentant une Lucrèce, peint dans le style flamand, assure qu'il avait reçu les leçons d'un peintre du Nord connu en Italie sous le nom d'Armanno ou Armanino. MM. Crowe et Cavalcaselle ne sont pas éloignés de croire, d'après de nombreuses ressemblances dans les procédés et la manière, que Melone commença ses études dans un atelier de Fcrrarc, chez Ercole Grandi ou Mazzolino. On n'a qu'à examiner les quatre grandes toiles de l'orgue à Saint-Antoine de Grémone, pour se convaincre de cette proche parenté avec les Ferrarais ; c'est la môme séclieressc, la même maigreur dans les formes , la même violence rude dans les gestes, la même ardeur sombre dans le coloris, jusqu'aux mômes bizarreries dans l'arrangement des chevelures tressées en nœuds de serpents et des draperies plissées lourdement et soufflées en vessies.

Altobello était probablement connu depuis longtemps, lorsqu'il fut chargé de continuer les fameuses fresques de la cathédrale, puisque, dans le contrat signé le 1 1 décembre 1516, on exigeait que « ses peintures fussent meilleures que celles de Boccacino, » et Boccacino était alors dans tout l'éclat de sa renommée ! Il fit, pour sa part, dans ce vaste travail, sept grandes compositions. Dans la Fuite en Egypte, on trouve beaucoup de grâce et d'élégance, malheureusement gâtées par les duretés criardes des draperies violentes et des carnations poussées au rouge. La même sécheresse, jointe à la petitesse des figures ramassées et trapues, rappelle encore Ferrare dans le Massacre des Innocents. L'exécution de ce compartiment est pourtant plus libre; Altobello ne s'y est pas fait faute d'y reproduire les attitudes et les mouvements des figures de Baphaël sur le môme sujet. Dans la partie droite de la nef, la Cène, Jésus lavant les pieds de ses disciples, Jésus au jardin des Oliviers, Jésus livré par Judas, Jésus devant Pilate, sont tout à fait d-ans la manière d'Ercole Grandi, auquel plusieurs figures paraissent môme ôtre empruntées. Toutes ces peintures, commandées, nous l'avons vu, les unes en 1516, les autres le 13 mars 1517, furent achevées le 1" octobre de la même année, et payées sur le rapport de Romanino, chargé d'en faire l'expertise. Il est bon de noter que Romanino travaillait précisément à cette époque dans la cathédrale et qu' Altobello subit ainsi facilement son influence.

Ce mélange de goût vénitien et de goût ferrarais caractérise les tableaux de Melone aussi bien que ses fresques. Le style y est toujours incertain et hésitant entre le naturalisme rigoureux de l'ancienne école et l'idéalisme libre de la nouvelle. Les figures n'y semblent pas de la môme famille, les unes, déjà longues et élancées, prenant l'allure aisée du xvi" siècle, les autres, lourdes ou grêles, gardant la tournure empesée et gauche du xv' siècle. Melone, qui, dans ses tableaux, est un coloriste vigoureux, sûr de lui, au point d'avoir fait des portraits longtemps attribués à Bellini ou à Giorgione , devient un coloriste hésitant dans ses fresques, qui prennent parfois la pâleur d'une tapisserie usée. Lanzi cite comme son chef-d'œuvre le grand tableau de la Descente du Christ aux Limbes, dans l'église du Sacrement. « Les figures, dit-il, y sont nombreuses, de proportions un peu longues, mais d'une couleur foi te et charmante. On y trouve une intelligence des nus rare pour l'époque, et une grâce dans les visages et les mouvements qui est digne d'un grand artiste. » Altobello Melone, cela va sans dire, avait pris part aux décorations du château de Milan; c'était lui qui, au dire de Vasari, avait peint la meilleure figure dans cette série des Barons armés dont nous avons déjà parlé. La chapelle qu'il avait peinte à Sant' Agostino de Crémone excita aussi l'admiration du biographe florentin, qui en signale la « gracieuse et belle manière, » en invitant chacun à l'aller juger par ses yeux. Malheureusement ces peintures, coupées par un plancher, ont été singulièrement maltraitées et ne se voient plus qu'en partie, très-difficilement. Les quatre pendentifs de la

voûte sont occupés par les Quatre animoMx symboliques des Évangélistes ; les deux lunettes latérales représentent, l'une le Baptême de saint Ambroise, l'autre le Mariage de sainte Monique.

Crémone. — On voit encore dans la nef de la cathédrale les fresques dont il a été parlé ci-dessus. 1° La Fuite en Egypte, gravée dans l'Atlas de Kosini, est une composition de dix figures, signée : ALTOBELLVS DE MELONIBVS P. MDXVII. 2° Massacre des Innocents. Composition contenant de nombreux portraits, datée MDXVII. 3" La Cène, signée : ALTOBELLVS DE MELONIBVS. 4° Le Lavement des pieds. 5° Le Jardin des Oliviers. &" L' Arrestation du Christ. Le Christ est lié avec une corde comme dans la

predella de Grandi au Musée de Dresde, signé à droite : ALTOBELLVS P. 7° Le Christ devant Pilate. — La sacristie de la même église conserve un Christ aux Limbes de petite dimension.

Londres. — La National Gallery a un tableau de Melons, inscrit sous le n° 753. C'est un Christ en costume de pèlerin, causant sur la route d'Emmaiis avec les deux disciples, qui a fait partie de la galerie Castelbarco après avoir été enlevé de l'église San Bartolomeo à Crémone.

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