GALEAZZO CAMPI
Galeazzo Gampi est le premier par la date de cette famille illustre de peintres qui, pendant plus d'un siècle, maintint sa renommée en Lombardie ; peut-être serait-il moins connu s'il n'avait eu l'honneur d'être le père et le maître de Giulio, Antonio et Vincenzo Gampi dont nous aurons à parler plus tard. Son talent, à vrai dire, ne s'élève pas au-dessus d'une très-estimable médiocrité. Il eut pour maître Boccaccino, et son style, maigre, rude, hésitant, est plus arriéré que celui de son maître. Lanzi montre la preuve de cette lenteur d'esprit dans un tableau de la Madone entre saint Roch et saint Sébastien, à l'église suburbaine de ce nom, qui porte la date de 1518 ; Galeazzo avait alors quarante-trois ans, et il ne peut s'élever au-dessus d'une imitation assez froide de la manière péruginesque; la couleur sans doute est bonne et assez vraie, mais l'entente du clair obscur y est presque nulle et le dessin reste dur sans être expressif. Il paraît donc raisonnable de ne pas surfaire après coup, comme l'ont fait quelques biographes, la valeur d'un artiste que son fils lui-même, Antonio Gampi, disait, dans sa Chronique de Crémone, n'avoir été qu'un peintre très-raisonnable, assai ragionevole. Une de ses meilleures œuvres est la Résurrection de Lazare, dans l'église de Saint-Lazare à Crémone; les expressions y sont vives, et l'exécution assez personnelle. Ce tableau fut peint en 1515. L'année suivante Galeazzo fit le Saint Christophe de Saint-Sigismond ; deux ans plus tard la Madonne de Saint-Sébastien, où il revient à une imitation plus étroite de Boccaccino, exagérant de plus en plus la maigreur du vieux style crémonais, et la dureté de son coloris, intense jusqu'à l'obscurité, qui le rapproche de Bissolo et de Catena, suivant la remarque de MM. Growe et Gavalcaselle. Ces auteurs citent encore, dans cette manière, une Vierge entre saint Joseph et sainte Madeleine dans l'église Sainte-Agathe, un Christ bénissant dans le palais municipal de Crémone, et une Vierge en adoration à la galerie de Modène. La galerie Pitti à Florence possède le portrait de Galeazzo Gampi à l'âge de cinquante-huit ans, peint par son fils Giulio.
Crémone. — L'église suburbaine des Saints Fabien et Sébastien a conservé, sur son maître-autel, le grand tableau de la Madone entre les saints Sébastien et Roch mentionné ci-dessus. Ce tableau est signé : GALEATIVS DE CAMPO FACIEBAT 1518. — L'église Saint-Luc possède une Vierge avec saint Joseph et sainte Madeleine, datée de la même année ; celle de Saint- Dominique une Madone entre saint Christoplie et sainte Catherine de Sienne, placée au-dessus de la porte de la sacristie; celle de Saint-Sigismond hors des murs, le Saint Christophe qui se trouvait autrefois dans l'église de Saint- Victor, tableau sur bois, si^né dans un cartel attaché au tronc d'un arbre, GA- LEAS DE CAMPO PINXIT 1516. — Les annotateurs de la dernière édition de Vasari signalent encore, comme se
trouvant à Crémone dans une collection particulière qu'ils ne désignent pas, un tableau de Galeazzo qui était autrefois dans la chapelle des Ursulines et qui représente la Madone et l'Enfant divin jouant avec une clochette que lui ojfre saint Antoine; de l'autre côté se tiennent quatre religieuses ursulines. Au fond est écrit : GALEAZ DA CAMPO PlNXlT 1519 DIE 14 AVGVSTO (sic).
Casal-Maggiore. — C'est dans la collection Bignami que se trouve actuellement le meilleur tableau de Galeas, la Résurrection de Lazare, autrefois dans l'église Saint- Lazare de Crémone. C'est un tableau sur bois, dont les figures sont un peu moins grandes que nature, signé : GALAZ DE CAMPO P. S. 1515.
BERNARDINO GATTI dit IL SOJARO
Vt TEBS 1490, MORT EN 1075.
Beniardino Gatti était le fils d'un ouvrier parquetcur, en lombard Sojaro, d'où lui vint le surnom sous lequel il est plus connu. Etait-il néà Verceil, àPavie, ou à Crémone? Les biographes se querellent sur ce point et se querellaient déjà du temps de Vasari, qui coupe court, en homme de sens, à la discussion, en ces termes : « Qu'il soit d'où il voudra, dit-il, c'est celui qui prit le mieux les bonnes manières des maîtres, et il a fait des toiles magnifiques. » Ajoutons que si on tient absolument à lui donner une patrie, c'est à Crémone qu'il faut la mettre selon toute vraisemblance; car c'est là que le Sojaro travailla et vécut, c'est là qu'on trouve et les œuvres de son adolescence et celles de son extrême vieillesse, c'est là aussi qu'il mourut, laissant des biens importants et sa famille établie. L'École de Crémone doit à ses conseils autant qu'à ses exemples la meilleure part de sa gloii'c ; sans lui Crémone n'aurait vu peut-ôtre s'élever à une telle hauteur ni Boccaccino, ni la famille des Campi.
Malgré son origine crémonaise, c'est à Parme que Bernardino Gatti alla de bonne heure terminer ses études, sous la direction immédiate du grand Gorrége, dont il est l'élève le plus certain et dont il garda toujours fidèlement les maximes. Sa Pieta à la Madeleine de Parme, son Repos en Egypte à Saint-Sigismond de Crémone, sa Nativité à Saint-Pierre dans la môme ville, montrent en effet jusqu'à quel point on peut avec bonheur imiter la manière d'un grand maître, sans tomber dans la copie servile et le pastiche maladroit. C'est surtout par la grâce innocente de ses Vierges aimables et de ses enfants souriants que le Sojaro se rapproche de son modèle. Gomme le Gorrége, il soigne extrêmement le modelé de ses figures, qu'il pousse au rehef autant qu'il peut, sur des fonds généralement clairs et blanchâtres, éclairés d'une lumière suave qui lui est bien particulière. Le Sojaro avait d'ailleurs une facilité d'assimilation que ses contemporains avaient remarquée et qui en faisait un collaborateur précieux pour ses confrères dans les grandes décorations monumentales. C'est ainsi qu'il participa à la décoration de Santa Maria di Campagna, à Plaisance, du vivant de Pordenone, et qu'à la mort de celui-ci il s'acquitta du soin d'achever la décoration générale avec une souplesse et une habileté qui lui valurent l'approbation de tous les connaisseurs. « L'ouvrage tout entier, dit Vasari, parut être de la même main. » Son Saint Georges, qui fait face, dans cette église, au Saint Augustin de Pordenone, est une figure d'une grande tournure, faite, assure-t-on, d'après un dessin de Jules Romain. Le Sojaro se montre plus original à Parme, et c'est là qu'il faut vraiment le voir, surtout dans l'église délia Steccata dont il peignit la coupole. Le marché, pour cette coupole, fut signé le 8 janvier 1560, au prix de 1400 écus d'or. Lanzi signale encore comme un chef-d'œuvre la Multiplication des paiiis, qu'il fit à Crémone, en 1552, dans le réfectoire des religieux de Latran. Cette composition importante, composée de nombreuses figures colossales, étonna ses contemporains par sa richesse pittoresque. A l'âge de quatre-vingts ans, le Sojaro fut paralysé de la main droite ; il n'en continua pas moins à peindre de la main gauche, et c'est dans ces tristes conditions qu'il entreprit la grande Assomption de la cathédrale de Crémone, haute de 50 palmes. Cette œuvre, interrompue par la mort, prouve la vigueur singulière d'esprit que conserva le laborieux artiste jusqu'à son dernier jour. Dès la fin du xviii" siècle, on trouvait en Italie bien peu de tableaux du Sojaro dans les collections particulières, ces ouvrages ayant été de bonne heure très-recherchés à l'étranger, et spécialement en Espagne.
Crémone. — L'Assomption dont nous venons de parler, le dernier ouvrage du Sojaro, se trouve encore sur le maître-autel de la Cathédrale. — L'église de Saint-Sigismond possède une Ascension.
Parme. — La coupole de la Madonna delta Steccata représente le Christ et la Vierge dans une gloire.