DON GIULIO CLOVIO
Don Giorgio Giulio Glovio, le plus célèbre miniaturiste de l'Italie au xvi' siècle, était né, dit Vasari, à Grisone, dans l'Esclavonie ; nom qu'il faut probablement traduire, comme le pense M. Reiset dans sa Notice, par Grizane, dans le district de Vinodol en lUyrie. Sa famille était originaire de Macédoine, d'où lui vint le surnom du Macédonien ; il vint à dix-huit ans en Italie, comme attaché à la maison du cardinal Grimani, qui confia à Jules Romain le soin de terminer son éducation. Giorgio Giulio s'essaya tout d'abord dans la grande peinture ; mais son maître, remarquant l'habileté particuUère avec laquelle il dessinait et peignai les figures de petite dimension, l'engagea à s'adonner à la miniature et lui en donna le§ premières leçons. Glovio, fait observer encore M. Reiset, « trouvait dans la maison Grimani un inappréciable modèle en ce genre, le fameux bréviaire que Domenico Grimani avait payé cinq cents sequins, et qui se voit encore aujourd'hui à Venise.» Le jeune peintre réussit si bien dans ce genre qu'il fut immédiatement appelé en Hongrie, près du roi Louis II et de sa femme Marie, pour lesquels il lit un Jugement de Pdris et une Lucrèce qu'on considéra comme des merveilles. La mort du roi Louis II, en 1526, le ramena en Italie; le vieux cardinal Campeggio le prit aussitôt à son service et l'emmena à Rome, où les œuvres de Michel-Ange le jetèrent dans une profonde admiration. Il travaillait dans cette ville lorsqu'elle fut saccagée par les Impériaux en 1527; tombé aux mains des soldats espagnols, le pauvre artiste lit vœu d'entrer dans les ordres, s'il sortait sain et sauf de cette effroyable bagarre. Eu effet, dès qu'il put échapper à ses persécuteurs, il se hâta de gagner Mantoue et d'entrer dans le monastère de San Ruffino, où il prit bientôt l'habit et le nom de Don Giulio, en qualité de chanoine régulier, malgré son peu de goût réel pour l'état ecclésiastique. Les choses allèrent cependant assez bien pendant trois ans, le chanoine-peintre se transportant de couvent en couvent pour y peindre des livres des chœurs, jusqu'au jour où, dans une de ses excursions, il se cassa la jambe et s'alita, dans le couvent de Candiana, sans pouvoir guérir, « étant peut-être mal traité, comme d'usage, dit Vasari, aussi bien par les pères que par les médecins. » Mais il y reçut les visites et les conseils du célèbre miniaturiste Girolamo de Libri. La nouvelle de cette mésaventure parvint aux oreilles de son ancien protecteur, le cardinal Grimani, qui saisit l'occasion pour reprendre le peintre dans sa maison, où il le fit soigner et lui procura une dispense papale l'autorisant à quitter le froc et à rentrer dans le monde. En sorlant de chez le cardinal
Grimani, Clovio fut attaché au cardinal Alexandre Farnèse, près duquel il passa le reste de sa vie. C'est pour ces deux princes de rÉglisc qu'il lit ses œuvres les plus importantes, parmi lesquelles Vasari cite avec admiration un OlJice de la Vierge, dont il décrit minutieusement toutes les pièces. Giulio Clovio mit neuf ans à terminer ce chef-d'œuvre, aujourd'hui conservé dans la Bibliothèque de Naples, qui se compose de vingt-six sujets. Les ligures y sont parfois d'une petitesse extrême, « grosses comme des fourmis, » toujours vives, originales, expressives. La plupart de ces sujets sont très-compliqués et représentent des batailles, des fêtes, des processions où les ligures variées d'habillement et d'attitude sont multipliées à plaisir sans confusion. Vasari est httéralement en extase devant ce Missel et n'hésite pas à appeler Clovio « un nouveau Michel-Ange en petit. » En 1553 Clovio alla passer quelque temps près du grand-duc Côme de Médicis, pour lequel il fit, avec quelques images de piété et quelques scènes mythologiques, un grand nombre de portraits, genre dans lequel il excellait également. Il mourut à Rome le 5 janvier 1578 et fut enterré dans l'église de San Pietro in Viucula. Diverses compositions de- Clovio ont été gravées par Enea Vico, Déaira Ghisi, Augustin Carrache, Corneille Cort, Thomassin.
Pabis. — Le Musée du Louvre possède une miniature de Clovio œuvre de sa vieillesse, Saint Pierre recevant les clefs; à la Bibliothèque nationale se trouve un Psautier, date de 1542, qui donne une meilleure idée de son talent.
Naples. — L'Office de la Vierge, décrit par Vasari, est aujoDrd'hui conservé dans la bibliothèque du Musée Bourbon.
FiiORE.NCE. — Les archives du Musée des Uffizii conservent
le Crucifix avec la Madeleine agenouillée que Clovis fit en 1553 pour le grand-duc. Cette miniature est signée : JVLIVS MACEDO FA. 1553. — Au Musée Pilli on voit exposée dans la salle de l'Education de Jupiter, sous le n° 241, une Déposition de croix, faite à la même époque pour le même prince. H. o, 36 c; L. o, 26. Signée Julius Macedo fa.