DIT
IL GAROFALO
ni. EN 1481, ÏORT EN 15j9
Benvenuto Tisio, le peintre le plus célèbre de l'école ferraraise, naquit en 1481 à Garofalo, village placé sur la rive gauche du Pô ; de là le surnom sous lequel il est plus connu, et qui lui servit de prétexte à signer un grand nombre de ses tableaux d'un œillet (en italien, garofalo). Son père, Pietro Tisio, et sa mère, Girolama Soriani, étaient des bourgeois aisés, voulant donner une éducation complète à leur fils, mais ayant d'ailleurs en grand mépris le métier de peintre. Aussi furent-ils désagréablement étonnés lorsqu'ils s'avisèrent que l'enfant ne trouvait au monde de plus grand plaisir que de charbonner les murs et de griffonner ses cahiers ; tous les moyens furent donc mis en œuvre pour combattre ce terrible instinct ; conseils, promesses, rigueurs, menaces, rien n'y fit; un beau jour l'adolescent opiniâtre, prenant son courage à deux mains, déclara tout franc à son père que c'était à prendre ou à laisser, qu'il fallait le placer dans un atelier de peintre, ou s'attendre à le voir un jour ou l'autre prendre la clef des champs. Pietro Tisio, qui adorait son fils tout en haïssant la peinture, se laissa toucher cette fois; il mena Benvenuto à Ferrare et le confia à un peintre de bonnes mœurs et d'un talent timide, Domenico Panetti, dont nous avons donné ci-dessus la biographie. L'élève ne tarda pas à se sentir à l'étroit dans l'atelier d'un pareil maître, dès qu'il eut appris les premiers éléments de son art ; aussi saisit-il avec empressement l'occasion qui se présenta bientôt d'aller voir du pays et d'étudier d'autres peintures. Un de ses oncles, frère de sa mère, Nicolo Soriani, qui habitait Crémone, ville industrieuse et riche oîi llorissait alors, nous l'avons vu, une école nombreuse de peintres éminents, proposa à la famille de prendre auprès de lui ce neveu qui montrait un tel désir
d'apprendre. L'offre fut acceptée, et Bcnvenuto, quelques jours après son arrivée à Crémone, entra comme
aide chez le célèbre Boccacino Boccaci, qui travaillait alors à ses fresques de la cathédrale. Les rapports entre
le maître et le disciple furent bientôt des plus affectueux; le naturel doux et honnête de Bcnvenuto lui
assurant partout de promptes sympathies. Benvenuto, griicc à l'appui cordial de Boccaci, faisait de rapides
progrès dans son art, lorsqu'un malheur inattendu, la mort de son oncle, en l'abandonnant à lui-même,
réveilla en lui cette humeur vagabonde et cette vive curiosité qui, durant toute sa jeunesse, ne souffrirent
point qu'il fit jamais de longs séjours ni dans les villes où il s'insiallait, ni dans les ateliers où il étudiait. Un
beau matin, sans crier gare, notre jeune homme leva le pied, laissant là Crémone, Boccacino et les fresques
commencées, pour s'en aller voir de quelle façon était faite cette grande Rome dont on lui rebattait les oreilles.
Baruffaldi nous a conservé la lettre par laquelle Boccacino apprend au père du fugitif l'escapade inattendue
de son llls. Elle est écrite en patois lombard et ainsi conçue : « Messire Pietro, mon très-honorable, si
Benvenuto [Benvegnù) avait appris la politesse aussi bien que la peinture, certes il ne m'eût pas joué un
tour si malhonnête. Depuis que mourut le 3 janvier son oncle et votre beau-frère messire Niccolo, il n'a pas
mis la main à un pinceau, et il savait pourtant quel bel ouvrage attendait. Mais cela n'est rien. Voilà que,
sans dire mot, il a pris la volée, mais je ne sais de quel côté. Je l'avais pourtant bien pourvu de travaux,
mais il a laissé tout inachevé et il s'en est allé en m'abandonnant tous ses effets ainsi que ceux de M. Niccolo.
Et que cela vous serve d'avis pour que vous voyiez à le découvrir ! A en croire les uns et les autres, il disait
qu'il voulait aller voir Rome. Gela peut bien être qu'il soit allé dans cette ville, et voilà déjà dix jours qu'il est
parti par un si grand froid et une telle neige que l'on n'y peut tenir. Et je vous baise les mains. De Crémone
le 29 janvier 1499. Votre quasi-frère, Boccacino. »
La voix publique à Crémone ne se trompait pas. C'était bien le chemin de Rome qu'avait pris le jeune peintre, sans autre bagage que trois ou quatre panneaux peints de sa main, qu'il s'empressa d'aller montrer dès son arrivée à Giovanni Baldini, peintre llorentin, établi depuis plusieurs années dans cette ville. Baldini, frappé du talent de Benvenuto, l'admit aussitôt dans son atelier, au nombre de ses élèves ; mais Benvenuto n'y resta que le temps qu'il jugea nécessaire pour étudier la magnifique collection de dessins originaux que possédait son maître. Quinze mois après il quitta Rome pour parcourir à petites journées la Toscane et gagner Mantoue, où Lorenzo Costa, son compatriote, jouissait alors d'une grande réputation. Benvenuto, selon son habitude, ne s'était muni d'aucune recommandation pour lui; il employa le moyen qui lui avait réussi à Rome, peignit plusieurs petits panneaux, et les exposa cette fois sur la grande place un jour de marché. Lorenzo Costa les vit, appela le jeune hommCj l'attacha immédiatement à ses travaux. Cette fois, notre vagabond, sérieusement protégé par son compatriote et par lui présenté au marquis de Mantoue, semblait devoir être fixé pour quelque temps dans sa nouvelle résidence ; mais une grave maladie de son père le rappela subitement à Ferrare, où il dut s'installer près du vieillard qui languit quatre ans encore au milieu de souffrances ininterrompues, pendant lesquelles son llls, absorbé par les soucis de famille, ne put entreprendre aucun travail de quelque importance, et se contenta de perfectionner son éducation en prenant le plus souvent possible les conseils de ses deux célèbres compatriotes, les Dossi. C'est à cette date qu'on peut rapporter ces innombrables petits tableaux, d'un faire encore sec et d'un goût un peu mesquin, qui portent la signature du peintre.
Après la mort de son père (1505), Benvenuto n'eut plus qu'une idée fixe : retourner à Rome; il se hâta de régler ses affaires de famille dans cette intention, et quelques années après nous le trouvons en effet logé dans le palais de Girolamo Sacrati, gentilhomme ferrarais qui s'était chargé de lui faire faire son chemin à la cour de Jules II, où Raphaél et Michel- Ange venaient d'être appelés. C'est en 1511 que le premier terminait son Parnasse dans les chambres du Vatican et que le second découvrait le plafond de la Sixtine. C'est donc en 1511 que le Garofalo se trouvait à Rome, puisqu'au dire de Vasari ce fut la vue de ces chefsd'œuvre qui dessilla tout à fait les yeux du Ferrarais et lui fit voir à plein la supériorité de ces peintres florentins et ombriens sur les maîtres anciens de la Lombardie. Non-seulement, sous cette double influence. Tisio modifia rapidement et agrandit sérieusement son style, mais il se ha encore d'une étroite amitié avec
le jeune maître d'Urbin, qui le prit en profonde estime et l'embrassa les larmes aux yeux lorsque des affaires de famille le rappelèrent subitement de nouveau dans son pays.
Bcnvenuto, en quittant llapiiaël, lui avait promis de le rejoindre bientôt; mais, soit qu'il se rendît aux prières de son vieux maître DomenicoPanetti, qui, devenu à son tour son admirateur et imitateur, le s'ippliail de faire bénéficier sa ville natale des grands progrès accomplis à Florence et à Home, soit que ses devoirs de famille, après l'avoir appelé contre son gré, l'aient définitivement forcé de résider à Ferrare, il est certain qu'il n'exécuta pas ce projet. Après avoir d'abord aidé, comme autrefois, les Dossi dans quelques travaux, il commença bientôt d'entreprendre, à son propre compte, des peintures murales d'une certaine importance pour plusieurs grands personnages de la ville. Au palais Trotti dans le Borgo Nuovo, au palais Gonestabili dans la Via délia Ghiaja, il orna plusieurs salles de compositions sacrées et profanes, d'ornements, de médaillons, d'arabesques qu'on y voit encore en partie. La façade du petit palais de Montagnola, dans la banlieue de Ferrare, résidence d'été de la cour, fut entièrement décorée de sa main. Dans ses fresques comme dans ses tableaux, Benvenuto se montrait dès lors l'élève enthousiaste et l'imitateur intelligent du divin Raphaël, dont l'esprit, tout en gn\ce et en noblesse, semblait parfois être tout entier descendu en lui. Il avait près de quarante ans, lorsqu'il entra ainsi en pleine possession de son talent et se décida à frapper un coup de maître en entreprenant, pour la chapelle Festini à San Francesco, une vaste composition représentant le Massacre des Innocents. Ce fut, dit-on, pour exécuter cet ouvrage que Benvenuto se servit, pour la première fois, des modèles en terre et du mannequin articulé afin d'étudier plus à l'aise le jeu des ombres et des lumières, ainsi que les mouvements des draperies. Le Massacre des Innocents, que Vasari considère comme une œuvre « merveilleuse, » fut achevé en 1519, et valut à l'artiste la commande d'autres peintures dans la môme église, entre autres une Résurrection de Lazare dans la chapelle Vincenzi et un Jésus au jardin des Oliviers dans la chapelle Guidotti d'Argenta. Benvenuto ne mit pas moins de quatre ans (1520-1524) à terminer cette fresque importante qui par malheur a considérablement souffert, autant par suite de restauration maladroites que par suite des ravages du temps.
C'est dans Baruîîaldi, le consciencieux liistorien des artistes de Ferrare, qu'il faut lire l'énorme liste des travaux accomplis par Benvenuto Garofalo en quelques années dans les églises de cette ville, si l'on veut se rendre compte de l'activité de ce peintre. A San Francesco, outre les grandes peintures que nous venons de citer, il avait fait encore, dans la chapelle ïrotti, un grand tableau de maître-autel, la Vierge sur un trône, entre S. Jérôme et S. Jean-Bapiiste, adorée par Lodovico Trotti et sa femme Lodovica; dans la chapelle del Parto une Nativité qui contenait également le portrait du donateur Leonello dal Pero ; sur la muraille en face de la chaire, un Christ à la colonne, et enfin, sur le parapet des chanteurs, les figures de S. Antoine de Padouc, de S. Bernardin de Sienne et du roi David. L'église de Saint-Antoine avait reçu une Déposition de Croix au milieu d'un magnifique paysage où Benvenuto « surpassait tout ce qu'on peut croire. » Dans leur réfectoire du couvent de Saint-André, les révérends pères Auguslins montraient avec orgueil les grandes peintures murales dans lesquelles le peintre avait représenté, avec une abondance d'inventions allégoriques toujours pittoresques, sinon toujours claires à l'esprit, la Destruction de Vancienne Loi et le Triomphe de la Loi nouvelle, et, dans leur église, des fresques, moins grandes mais plus soignées encore, à la gloire de S. Nicolas de Tolcntino et de ses miracles.
On comprend que Benvenuto, accablé tout à coup de nombreuses commandes, dut chercher à s'entourer de collaborateurs actifs et fidèles. Une note d'un livre de comptes de la Compagnie de la Mort en 1520 semble môme indiquer que la part prise par lui aux travaux qui se faisaient dans son atelier et se livraient sous son nom était parfois assez mince, et que, dès cette époque, Girolamo da Carpi, Battista de' Greffi, Bcrnardino de Flori, ses aides ou ses garçons, comme on disait alors, lui taillaient le plus gros de sa besogne. Il lui fallait en effet, autour de lui, un vrai bataillon de travailleurs pour suffire aux tâches innombrables qu'il acceptait. Tableaux d'iiistoire et tableaux d'église, peinture d'ornements, peinture de paysage, le Garofalo entreprenait tout, se chargeait de tout. « On ne trouve, dit Baruffaldi, aucun peintre de Ferrare qui ait tant peint en tout genre, à l'huile, à la détrempe, à fresque et de beaucoup d'autres manières. Il en
vint à n'avoir plus une heure pour respirer, et en dressant seulement le compte des peintures de Garofalo qui sont exposées dans des lieux publics, je crains d'ennuyer mon lecteur. » Le fait est que l'inventaire établi par le minutieux historien est d'une étonnante longueur; on y constate qu'en quelques années la plupart des églises de Ferrare furent pourvues de fresques et de tableaux signés par le maître en vogue. A la Cathédrale, c'étaient un S. Bernard et une Vierge libératrice qui fut placée en grande pompe sur le tombeau du pape Urbain III ; à San Spirito, une Nativité sur l'autel del Venerabile, et une Vierge entre S. Jérôme et S, François d^ Assise dans la chapelle de l'Immaculée Conception, et surtout, dans le couvent de ce nom, une Cène peinte à fresque sur le mur du réfectoire. L'église de San Domenico, celle des religieuses de San Gabriello,celle des pères de San Girolamo,celle de San Pietro Apostolo n'étaient pas moins bien partagées. Et, pendant qu'il exécutait tous ces ouvrages pour les églises de son pays, Benvenuto ne cessait d'expédier des tableaux religieux qui lui étaient commandés de toutes parts dans les villes environnantes. On en trouve à Bologne, à Padoue, à Lugo, à Finale et à ïrecenta dans la province de Modène, à Argenta, à Massa Lombarda en Romagne, à la Fratta dans la province de Rovigo, qui y furent placés à cette époque, Benvenuto, à ce métier, eût sans nul doute acquis en peu de temps une fortune considérable, s'il ne s'était longtemps débattu au milieu des embarras financiers que lui avait légués son père, et s'il n'avait gardé bien longtemps à sa charge un frère grand mangeur, grand paresseux et grand dissipé, mais père d'une famille toujours croissante, avec lequel il resta longtemps dans l'indivision.
Benvenuto avait déjà cinquante ans quand, pour sortir brusquement de cette situation, il se décida lui-même à prendre femme. La jeune fille qu'il associa à sa destinée, Caterina Grana, était digne en tout point de son choix; mais elle eut trop vite l'occasion de faire preuve de dévouement conjugal, car l'illustre maître était marié depuis un an à peine lorsqu'il tomba gravement malade, et, après avoir perdu l'œil droit, eut aussitôt l'autre attaqué. « Il se recommanda alors de tout son cœur à Dieu, dit Baruffaldi, et fit vœu à Ste Lucie de s'habiller toute sa vie de gris, si elle lui conservait son œil gauche. «L'œil fut sauvé,et le peintre, fidèle à sa promesse, ne se vêtit plus que d'habits gris. On vit longtemps à l'autel de Sainte-Lucie, dans l'église de la Trinité, le tableau ex-voto où Garofalo s'était peint lui-même dans une attitude de suppliant avec cette inscription : P. G. R. BENV. GAFLO MDXXXI. Ce malheur n'empêcha pas le peintre de se remettre à l'ouvrage, dès qu'il put, avec une activité plus grande que jamais; les œuvres qu'il termina pendant les vingt années qui suivirent sont peut-être celles qui lui font le plus d'honneur. II avait soixante-neuf ans lorsqu'il fut repris de nouveau par la maladie qui l'avait privé de son œil droit ; cette fois il fut frappé de cécité complète et dut passer dans les ténèbres les neuf dernières années de sa vie. Le dévouement attentif de sa femme adoucit heureusement, pour l'artiste actif si douloureusement condamné à l'inertie, les souffrances de son pitoyable état. Le 6 septembre 1559, il s'éteignit doucement, à l'âge de soixante-dixhuit ans, laissant à Ferrare et dans toute l'Italie la réputation d'un homme de bien autant que celle d'un grand peintre. « C'était dans sa vie, dit Baruffaldi, un homme très-vertueux et qui n'eut jamais la hardiesse de peindre quoi que ce soit qui ne fût très-honnête. D'un commerce facile, il était d'humeur familière et enjouée, très-agréable dans la conversation, et surtout inébranlable dans l'adversité. Dans sa jeunesse, il s'adonnait à l'escrime et jouait fort bien du luth. L'ardeur et la complaisance de ses amitiés étaient extrêmes. Il fut également l'ami de Giorgione, de Titien, de Raphaël, de Michel-Ange, de Jules Romain. » Son corps fut enseveli avec pompe dans l'église de Santa Maria del Vado. La cérémonie funèbre dura trois jours, pendant lesquels furent prononcés trois panégyriques du défunt,le premier par un gentilhomme français attaché à la cour du duc Hercule II, Troïle de Sécobien, le second par le chanoine Ercole Signa, et le troisième par Don Fausto Braccaldi. Benvenuto Garofalo laissait un fils, Girolamo Tisio, qui devint un des Uttérateurs célèbres de son pays, et écrivit plus tard la vie de l'Arioste, qui se trouve en tète de l'édition de VOrlando furioso publiée à Venise en 1584 par Francesco Franceschi.
Paris. — Musée du Louvre. N" 418. La Circoncision. H.0.35,- L.0.49. Ce tableau, qui provient de la collection de Louis XIV, a été longtemps attribué à Dosso Dossi et
gravé sous son nom dans les ouvrages de Filhol et de Landon.— N" 4i9.-S'am<e Fami7/e.II,0.44; L. 0.32. La Vierge, assise, tient l'enfant Jésus debout, tandis que S. Joseph,
agenouillé à droite, présente au Sauveur un agneau que lui amènent Ste Elisabeth et le petit S. Jean. Musée Napoléon. Gravé par Landon. — N" ■120. Sainte Famille, H.Ô.'iO; L.0.32. La Vierge, assise, tient sur ses genoux l'enfant Jésus, qui tend les mains à S.Joseph agenouillé. A gauche, de l'autre côté, Ste Elisabeth présente le petit S. Jean qui apporte un agneau. Dans le fond, entre deux colonnes dont on n'aperçoit que le piédestal et la base, une ouverture qui laisse voir une ville et de hautes montagnes. Collection de Louis XIV. Ce tableau fit partie du cabinet de Charles I", et fut vendu ensuite par Jabach au roi, comme étant de Raphaël. Gravé par Landon. — N" 421. La Vierge et l'enfant Jésus. 11.0.52 ; L.0.40. Collection de Louis XIV. Ce tableau a été porté,' dans le catalogue de Lépicié et sur l'inventaire du temps de l'Empire, au nom de Baldassare Peruzzi. — N° 422. Le Mystère de la Passion. H. 0.58; L.0.45. Couché par terre sur un pan de la robe de la ViergOjl'enfant Jésus sommeille,tandis que sa mère, agenouillée à droite,les mains jointes,radore. Vis-à-vis d'elle, à gauche, un ange.un genou en terre, lui présente le suaire et la couronne d'épines. Dans une gloire céleste, des anges tiennent la colonne, la croix, la lance, l'éponge et les autres instruments do la Passion. Dans le fond, une fontaine, des ruines avec des colonnes, une ville. Collection de Louis XIV. Ce tableau est donné au Dosso par la notice de l'an VI. On en voit une répétition agrandie dans la galerie de Dresde. Gravé par Jean de Poilly, Filhol et Landon. — Le même Musée possède six dessins de Garofalo.
Ferhare. — Presque toutes les églises et palais de cette ville possèdent des peintures de Garofalo. Nous citerons seulement dans la Cathédrale un S. Pierre et un S. Paul, une Assomption, et une Madone sur le trône avec plusieurs saints (1524), ouvrage très-remarquable; à San Do- MENico, une Invention de la Croix et un Martyre de S. Pierre, dominicain; à San Francesco, une Arrestation du Christ, une Madone avec des Saints, une Sainte Famille, une Résurrection de Lazare (1537), et le célèbre Massacre des Innocents dont nous avons parlé ci-dessus. Dans la Pinacothèque on retrouve le fameux Triomphe du Nouveau Testament, peinture à fresque, autrefois dans le couvent de Sant' Andréa, qui a été détachée du mur en 1 84 1 ; une Adoration des Mages, et un Christ au Jardin.
Rome. — Les œuvres de Garofalo se trouvent en assez grand nombre dans les galeries de tableaux de cette ville. Nous citerons seulement : au Palais Borghèse, une célèbre Descente de Croix; au Palais Doria, la Visitation de la Vierge et VAdoratio/i de l'enfant Jésus; au Palais Cniai,V Ascension du Christ et une Madone avec trois saints. Les Musées publics du Vatican et du Capitole possèdent aussi plusieurs de ses tableaux.
Milan. — Musée Brera. N» 177. La Déposition de la Croix. H. 5.24 ; L. 1 .68. Tableau provenant de l'église San' Antonio de Ferrare. — N" 190. Le Christ en croix, avec la Vierge, S. Jean, Ste Marie Madeleine. — H. 2.29; L. 2.45. — N» 316. La Madone avec l'enfant Jésus et un chœur d'anges.
Florence. — Le Musée des Uffizii ne possède qu'un seul petittableau deGarofalo,l'Anno)!C!((<iO«rfe/a y!e7-i7e(N°975) ; mais la Galerie Pitti en a quatre : N" 5. S. Jacquei le Jl/a;eur.H.0.84;L.0.69.— N° 122.Z,a Sibylle révélant à Auguste le mystère de l'Incarnation. H. 0.63; L. 0.39. — N° 246. Une Bohémienne. II. 0.23; L. 0.18. — N" 363. Sainte Famille. H.0.60; L.0.39.
Venise. — Académie des Beaux-Arts. N" 452. La Vierge en gloire avec S. Pierre, S. Paul, S. Jean et S. Augustin (1518).
Dresde. — Galerie royale. N» 140. Mars, Vénus et l'Amour, acquis à Modène.— N°141.iVep/uï!e et Pallas. Signé : 1512. Nov. Acquis à Modène. — N» 142. Les Noces de Bacchus et d'Ariane. Acquis à Modène. — N» 143. La Vierge présentant l'enfant Jésus à Ste Cécile. Derrière le groupe principal, se tiennent S. Bernardin, S. Antoine, S. Géminius. Acquis à Modène. — N» 144. La Sainte Famille. Acquis à Modène — N° 145. La Vierge en adoration devant l'enfant Jésus endormi, Un ange lui montre une couronne d'épines et un suaire. Vers le haut, un chœur d'anges avec les instruments du martyre et cette inscription : Tuam ipsiusanimam gladius pertransivit. Tableau provenant de l'église des Scalzi à Ferrare. — N° 146. La Vierge et l'enfant Jésus entourés d'anges, qui jouent de divers instruments, apparaissant à S. Pierre, à S, liruiio et à S. Georges. Signé : BEN- VENV. GAROFALO. MDXXX. DEI. Tableau peint, selon Vasari, pour l'église San Spirito de Ferrare. Acquis à Rome en 1749 pour 300 écus.
Londres. — National Gallery. N° 81. La Vision de S. Augustin. S. Augustin, travaillant à un ouvrage sur la Trinité, voit apparaître un enfant qui s'efforce de transvaser l'Océan avec une cuillère dans un trou qu'il a creusé dans le sable. 11 lui fait des observations sur l'inutilité do son travail ; mais l'enfant lui répond que son travail à lui est bien plus inutile encore, puisqu'il veut expliquer un mystère qu'il a plu à Dieu de rendre inexplicable. Le tableau représente la scène du dialogue. Derrière le saint se tient Ste Catherine, et on voit dans les nuages la sainte Famille entourée par le chœur des anges. Beau paysage au bord de la mer. Provient de la Galerie Corsini à Rome. Légué à la National Gallery par le Rév. W. II. Cars en 1831. Gravé par Tomkins et J. Rolls.
GIOVANNI BATTISTA BENVENUTI dit L'ORTOLANO
KOIIT VERS ir)25
C'était un usage fréquent, en Italie, de donner au lils le nom du métier exercé parle père; Benvenuti, fils d'un jardinier, n'est guère connu que sous le surnom du Jardinier, VOrlolano; de môme, Jacopo Robusti à Venise, fils d'im teinturier, s'appelle, pour la postérité. Il Tintoreito. Malgré ce surnom caractéristique, Benvenuto l'Ortolano a été presque toujours confondu par les biographes avec Bcnvenuto Tisio ; l'erreur, était d'autant plus facile que tous deux, étant nés à Garofalo, avaient le môme titre à s'appeler « le peintre de Garofalo. « L'édition de Vasari publiée à Bologne va jusqu'à donner le portrait de Benvenuti pour celui de Tisio.
Le jeune Gio. Battisla Benvenuti fit son premier apprentissage à Ferrare môme, sous les auspices d'un oncle qui remplissait à la cour du duc Hercule I" les fonctions d'architecte. On est mal renseigné sur cette première période de sa vie; on sait seulement que vers 1512 il alla terminer ses études de peinture à Bologne; il y suivit l'enseignement de Bagnacavallo et s'adonna surtout à l'étude des quelques ouvrages de Raphaél qui se trouvaient alors dans cette ville. Du temps de Baruffaldi on conservait encore à Ferrare, dans la maison Kasuri, l'album des dessins que l'Ortolano avait faits, à cette époque, d'après les tableaux de Raphaël et de Bagnacavallo. Sur la première feuille de ce livret était l'inscription suivante : « Studio di me Zoane Bûpta de Benvegnù fatto in Bologna suxo le dipintnre de Bagnaco del Sangio da Urbino a li anni MD.XII et MDXIII. » Le séjour de Benvenuto à Bologne fut abrégé par une aventure que Baruffaldi, son biographe, rapporte en termes fort indulgents, mais qui n'en est pas moins un bel et bon assassinat. Soit que les peintres bolonais aient toujours vu d'un mauvais œil les étrangers, soit que lui-même fût d'un caractère difficile, le jeune Ferrarais était en fort mauvais termes avec plusieurs de ses camarades et en particulier avec l'un d'eux. Une lettre que lui écrivit son oncle pour l'engager à revenir près de lui, l'engagea à précipiter une vengeance qu'il méditait depuis longtemps. « Il résolut de tuer son rival, et c'est ce qu'il fit dans la matinée du 1" mars, sur la place publique de Bologne, l'achevant sans pitié à coups de poignard. « Arrêté sur-le-champ, conduit en prison, Benvenuto allait être exécuté sur l'instance de la famille de sa victime, ayant naïvement, dit son biographe, tout avoué en jeune homme candide, da giovane semplicetto, lorsque survint son oncle, porteur d'une demande en grâce du duc de Ferrare en faveur d'un artiste peu au fait des choses de ce monde, poco pratico dellevicendc del mondo. Benvenuto obtint la commutation de sa peine en un exil perpétuel du territoire de Bologne, et se rendit immédiatement près du prince dont l'intervention avait été sollicitée si fort à propos. Le duc Hercule se contenta de lui rcT^vocher paternellement la faute qu'il avait commise et l'engagea à reprendre vaillamment son métier de peintre et à s'en faire honneur près de ses concitoyens et de son très-affectionné prince.
L'un des premiers tableaux qui lui furent commandés alors était une Sainte Marguerite, vierge et martyre, foulant aux pieds le dragon, pour l'église de Santa Maria délia Gonsolazione. Ce tableau, comme la plupart de ceux qu'il fit à cette époque, devait être peu d'années après emporté à Rome par un légat pontifical qui le remplaça par une copie. On y admirait une imitation heureuse du bon style de Raphaël, quant au dessin, avec une recherche de vigueurs plus grandes dans le coloris. Son chef-d'œuvre en ce genre est V Adoration, qui se voit encore dans l'église de San Francesco. Au dire de Baruffaldi, qui regrettait de ne pouvoir pénétrer dans les couvents de femmes de Ferrare, c'est dans ces lieux inaccessibles que Benvenuto, admis par un privilège exceptionnel, peignit ses œuvres les plus précieuses. Malheureusement les ouvrages de ce peintre ont été le plus souvent attribués, soit à son homonyme Benvenuto Tisio da Garofalo, soit à Bagnacavallo, avec lesquels il a en effet plus d'un point de contact. L'Ortolano mourut à Ferrare vers 1525, et l'ut enterré dans l'église Santa Maria del Vado.
Fëbrare. — Dans I'église San Francesco, on peut voir l fiée. Figures de grandeur naturelle. Ce tableau, cité par la Sainte Famille en adoration dont nous avons parlé, et à | Baruffaldi et par Lanzi comme l'un des chefs-d'œuvre de
la Pinacothèque une Annonciation et une Nativité.
Mjlan. — Musée Bréra, n° 232. La Madonne allaitant l'Enfant Jésus. H. 0. 65: L. 0. 50.
Londres. — National Gallery. N° G69. S. Sebastien, S. Roch, S. Démélrius. S. Sébastien est au centre du tableau, lié à un arbre et percé de flèches ; à terre, une arbalète. A droite, S. Roch en pèlerin; à gauche,S. Démétrius cuirassé. Au fond un passage avec des cavaliers près d'un village à gauche, et dans l'éloignemont une ville forti-
l'Ortolano, était autrefois sur le maître-autel de l'église de Bondeno, près de Ferrare. Il passa des mains de M. Ubaldo Sgherbi entre celles de M. Alex. Barker, qui le vendit à la National Gallery en 1 86 1 .
Dresde. — Galerie royale. N° 147. La Vierge avec l'Enfant Jésus présentant Vanneau à sainte Catherine. Daté : MDXXXVII (?). Tableau longtemps attribué à Garofalo. Acheté à Mocène.