‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 68 sur 136 · GIROLAMO DA CARPI · texte numérisé non relu

GIROLAMO DA CARPI

>'É EN 1501, HOItT E.N 1J5G.

Girolamo da Garpi, qu'il serait plus exact d'appeler de' Garpi, puisque Garpi est un nom de famille et

non de pays, naquit à Fcrrarc en 1501. Il reçut sa première instruction de son père, peintre en décors, <iui tenait boutique de bahuts, banquettes, cadres et autres objets semblables, cl passa de là dans l'atelier du Garofalo. L'enfant y tit de rapides progrès, qui décidèrent son père à le reprendre près de lui pour* s'en servir comme aide dans ses grossiers travaux. Cette décision ne faisait pas le compte de Girolamo, dont l'ambition se tournait déjà vers un but plus élevé; aussi ne tarda-t-il pas à s'échapper de la maison paternelle, pour s'en aller chercher forlunc à Bologne. Là, il eut le bonheur de trouver en arrivant quelques portraits à faire pour des gentilshommes qui le prirent en alïcction ; on lui procura des travaux lucratifs qui lui permirent bientôt de servir beaucoup mieux son père de loin, par des envois d'argent, qu'il n'eût fait de près en partageant son travail. La vue d'un tableau de Corrégc, exposé à Bologne dans le palais Ercolani, le remplit d'enthousiasme pour ce maître inconnu et lui donna le plus violent désir d'aller étudier ses autres ouvrages. Aussi le voyons-nous bientôt arriver à Modène, oîi il tomba en extase devant le Mariar/e mystique, que possède aujourd'hui le musée du Louvre et qui se trouvait alors chez un médecin ami du Corrége, le docteur Franccsco Grillenzoni. Il obtint du propriétaire la permission de copier ce chef-d'œuvre ; il copia également dans la même ville le Saint Pierre marÇi/r et la Vierge en gloire, qui sont passés tous deux depuis au musée de Dresde. Ces études corrégicnnes transformèrent complètement sa manière, qui devint alors plus souple et plus gracieuse, surtout lorsqu'il eut fait aussi une assez longue station à Parme devant les peintures murales du maître. Vasari qui donne ces détails dit les tenir de Girolamo lui-même, qui avouait devoir tout ce qu'il savait à l'étude exclusive des tableaux du Corrége et de l'unique ouvrage de Raphaël que possédait Bologne, la Sainte Cécile. Aussi Girolamo regrettait-il vivement d'avoir passé toutes les années de sa jeunesse à Ferrare et à Bologne sans connaître Rome et Florence ; mais son biographe ajoute que, si le pein're avait en effet perdu beaucoup de temps, la faute n'en avait été qu'à lui-même, qui s'était toujours trop adonné à la galanterie et perdait à jouer du luth des journées entières.

Quoi qu'il en soit, une fois réinstallé à Bologne, Girolamo se mit à fairj des portraits plus que jamais, entre autres celui d'Onolrio Bartolini, étudiant tlorenlin, qui devint plus tard archevêque de Pisc. En même temps il se lia avec un peintre également florentin, Biagio Pupini ou dalle Lane, praticien expéditif et sans scrupules; celui-ci l'engagea à contracter avec lui une association pour exécuter de grandes peintures décoratives dans la sacristie du monastère de San Michèle in Bosco. En eflet, ils y peignirent ensemble, d'après la composition de Raphaël, une Transfiguration et un certain nombre d'autres figures ouvertement empruntées à tel ou tel maître ; mais Girolamo, dégoûté d'une pareille besogne, ne tarda pas à rompre un contrat tout à son désavantage, et, reprenant sa liberté en même temps que ses études, commença à travailler seul ; il fit alors pour l'église San Salvadore un tableau représentant le Mariage mystique, qui établit sa répu- |ation comme peintre religieux. La mort de son père le rappela à Ferrare, où il s'établit et se maria presque aussitôt. Chargé bientôt d'une nombreuse famille, il dut déployer une activité à laquelle il n'était pas habitué. Parmi les nombreux travaux qu'il exécuta, Vasari cite, comme les meilleurs qu'il put voir, les Quatre ÉvanyéUslcs dans l'église San Franccsco de Ferrare; à Rovigo, une Apparition du Saint-Esprit, œuvre louable pour la composition et la beauté des têtes; à Bologne, dans l'église San Martiuo, les Trois Mages. (jomme son maître Garofalo, il décora en outre, à Ferrare, la façade extérieure de plusieurs maisons ou palais. Il ne réussissait pas moins dans les sujets profanes que dans les sujets sacrés; le roi de France François I" lui acheta en 1540 une Vénus couchée, que Vasari vit avant son départ pour Paris et qu'il affirme avoir été très-bulle. A ses talents de peintre, il joignait, en outre, une telle habileté comme architecte (jue le cardinal Ilippolyte d'Esté , ayant acheté à Rome une propriété importante sur le Monte Cavallo, voulut emmener avec lui Girolamo non-seulement pour qu'il achevât les constructions conunencées, mais encore pour qu'il dessinât l'arrangement général des jardins. Girolamo se tira de cette besogne à la satisfaction entière de son patror., qui le fit entrer au service du pape Jules III, comme architecte du palais du Belvédère, avec logement et pension; mais le vieil artiste, fort indépendant d'humeur et de manières, ne garda pas longtemps une place où il était exposé à la fois aux caprices d'un maître ignorant et aux tracasseries de confrères envieux. Plus amoui'cux de son repos que des honneurs, il rentra d'abord dans le palais

hospitalier de Monte-Gavallo, puis se décida à retourner à Fcrrarc au milieu de sa famille. L'incendie du palais ducal, le 1" février 1554, lui fournit une nouvelle occasion de montrer sa science d'architecte. La restauration de ce monument fut son dernier ouvrage ; il mourut en 1556, à l'âge de cinquante ans, laissant deux fdles et trois fds. « Girolamo, dit Vasari, fut un homme enjoué, très-agréable et plaisant en société; un peu lent et prenant ses aises en travaillant, il fut de stature moyenne, et prit plaisir à la musique et aux galanteries plus peut-être qu'il ne convient. )> Il fut enterré dans l'église degli Angeli, à côté de sa femme.

FERHAnii. — On voit encore dans I'Eglise de San Paolo le tableau de maître-autel S. Jérôme dmis le désert, dont ;)arle Vasari. — La Pinacothèqus a recueilli un Miracle de i). Antoine de Padoue.

Flobe.nce. — Musée dss Uffizii. N° 1055. Marthe et Marie aux pieds de Jésus-Christ. — Musée Pitti. N" 36. Portrait de l'archevêque Barlolini Salimbeni. H. 0.89 ;

L. 0.72, C'est le portrait dont parle Vasari et que nous avons cité plus haut. — N° 115. Jésus mort. II. 0 70; L. 0.55. — N° 385. La Prière dans le jardin.

Dresde. — GALEniE royale. N" 161. Vénus et f Amour. Ils sont debout sur une coquille et traînés par deux cygnes.

SEBASTIANO FILIPPI bit IL BASTIANINO

^É ES lâuî, MORT EN lCO-2.

L'école de Ferrare, guidée par le Garofalo et Girolamo de'Garpi, semblait destinée à suivre toujours les traces de Raphaël et de Gorrége, loi'squ'unFerrarais, élève de Michel-Ange, vint brusquement changer le cours des choses et exciter, dans son pays, un goût pour le style grandiose et les compositions théâtrales qui jusqu'alors y était inconnu. Sebastiano Fihppi, plus connu sous son diminutif de Bastianino ou son surnom de Gratella (Gril), sobriquet qu'il dut à son habitude de mettre au carreau, om gril, tous ses dessins, appartenait à une famille de peintres. Son père, Camillo, jouissait d'une certaine réputation et avait laissé, dans l'église de Santa Maria del Vado, une Annoncialion dans laquelle on trouvait déjà des aspirations trèsmarquées vers une manière plus austère et plus majestueuse que la manière en vogue. On peut croire par conséquent que ce fut sur l'ordre de son père, et non malgré lui et en lui volant de l'argent, comme le raconte Baruffaldi, que le jeune Bastianino se rendit à Rome pour se mettre entre les mains de Michel-Ange, dont il devint bientôt l'un des élèves les plus assidus et les plus atfectionnés. Le médecin de Paul III était alors un Ferrarais, Jacopo Bonacossi, qui prit le jeune homme sous sa protection et lui procura des travaux qui lui permirent de rester à Rome sept années entières ; mais ce fut sur son conseil qu'aflaibli par plusieurs attaques successives des fièvres, il se décida aussi à retourner demander la santé à l'air natal. Dès qu'il put reprendre le pinceau, il se mit à aider son père Camillo dans les nombreux travaux dont il avait reçu commande; c'est ainsi qu'ils lirent ensemble, pour l'éghse San Paolo, une Purification dans la chapeUe Brusantini et une Annonciation dans la chapelle Crispi. Le talent que Bastianino montra dans l'exécution de ce dernier ouvrage lui conquit la faveur d'Orlando Crispi, qui l'avait payé et qui voulut sur-le-champ avoir de la même main une Vénus pour son salon et un tableau sacré pour sa chambre à coucher. Dès lors, l'imitateurde Michel-Ange fut le peintre àla mode dans Ferrare et les commissions al'iluèrent si bien de toutes parts que, malgré sa prodigieuse habileté, il ne livrait la plupart du temps à ses clients que des ébauches fort négligées. Eu 1577, il s'engagea par contrat, avec la fabrique de la cathédrale, à entreprendre et à achever en trois ans la décoi'ation de l'abside qui devait représenter le Jugement dernier ; mais cette fois il avait trop présumé de ses forces, car il ne lui fallut pas moins de sept années pour mener à lin ce gigantesque travail, qui est resté son chef-d'œuvre.

« Cet ouvrage, dit Lanzi, se rapproche tellement de Michel-Ange que toute l'école florentine n'a rien à lui opposer. Ou y admire un beau dessin, une grande variété dans les ligures, une excellente disposition des groupes, beaucoup de clarté dans l'ordonnance, avec des repos heureux pour l'œil. C'est une chose incroyable que, dans un sujet traité déjà par Buonarotti, le peintre ferrarais ait pu sembler si grand et si original. On voit bien que c'était un de ces imitateurs intelligents qui ne copient pas les figures de leur modèle, mais qui s'inspirent surtout de leur génie et se pénètrent de leur esprit. » Comme Dante et comme Michel-Ange,

ol l'on peut dire comme tous les auteurs de Jugement dernier, Bastianino profita de l'occasion pour donner satisfaction à ses aflcclions et à ses haines, en plaçant ses amis au nombre des élus et ses ennemis au milieu des réprouvés. Parmi ceux-ci se trouve, paraît-il, le portrait fort resseml)Iant d'une jeune veuve qu'il avait dû épouser et qui lui fut iulidèle; au-dessus d'elle triomphe, parmi les saintes, jetant un regard de triomphe sur sa rivale vaincue, celle qui la rcnqilaça dans le cœur du peinli-e et devint sa femme. Cette peinture, que Baruffaldi et les autres historiens locaux n'hésitaient pas à déclarer supérieure à la fresque de la Sixtine, a subi de telles altérations qu'il est bien difficile de connaître aujourd'hui dans quelle mesure se pouvait tromper leur orgueil municipal. Déjà au xviii' siècle Barotti déclarait que ces figures qu'il avait connues autrefois « de chair vive, » paraissaient être « en bois ». Il reste heureusement d'aulres preuves des qualités de Bastianino, comme dessinateur et conunc coloriste; mais, de son temps déjà, on lui reprochait de faire noir, de donner à ses chairs un ton uniforme et bronzé, et, en général, de nojcr ses compositions dans une sorte de vapeur sombre qui devait peu à peu les rendre invisibles.

Les tableaux que Bastianino peignit pour les églises et les palais de Ferrare sont innombrables. Scarsella seul, parmi ses compatriotes, fut plus fécond que lui et occupe plus de place dans les guides de Ferrare. En général, ces ouvrages, qui portent fortement l'empreinte de l'imitation de Michel-Ange, contiennent de très-beaux morceaux d'un jet vigoureux et d'une toui-nurc puissante ; mais il en est très-peu qui soient vraiment achevés. Surchargé de commandes, Bastianino paraît en outre avoir été d'un lempérauient impétueux et d'une nature impatiente, qui ne lui permettaient pas de rester longtemps sur le même travail. Ses tableaux les plus soignés sont ses tableaux de chevalet, qu'on trouve dans quelques galeries. Il mourut à Ferrare, le 26 août 1602, et fut enterré, à Santa Maria del Vado, dans le tombeau de sa famille.

Bastianino employa souvent comme collaborateur dans ses peintures décoratives son frère cadet Gésare Filippi, qui passait pour un excellent ornemaniste, mais qui lui survécut seulement quelques années et mourut très-jeune encore d'une maladie de poitrine.

FERRAnE. — Le fameux Jagcmenl dernier dont il esl parlé ci-dessus se voit encore à la cathédrale, dans la voûte du chœur, mais fort altéré par les dégradations de toute espèce que le temps et peut-ctro les restaurateurs

lui ont fait subir. — L'église du Campo Santo possède aussi un S. Christophe de Dastianino, et la Pinacothèque une Vierge, Ste Lucie, et S. Matideu.

SIGISMONDO SCARSELLA dit MONDINO

NK EN IJ30, JIOBT EN IGli.

Le nom de Mondino, sous lequel ce peintre est connu, n'est que le diminutif de Sigismondo. Sa famille le destinait aux lettres, mais, devant la résistance du jeune homme dont la vocation s'était révélée de bonne heure, elle se décida à lui donner libre carrière. Son père le conduisit lui-même à Venise, où Paul Véronèse était alors dans toute sa gloire, et, grâce à de puissantes reconunandalions, obtint du grand décorateur que Mondino fût amicalement accueilli dans son atelier. En môme temps le jeune peintre se liait dans la maison qu'il habitait avec un architecte du nom de Parolini, qui lui enseignait son métier, en sorte que, lorsqu'il revint à Ferrare quelques années après, il s'y trouvait déjà précédé par une réputation de fresquiste habile. Il paraît avoir travaillé beaucoup, tant à Ferrare que dans les villes environnantes, mais la plupart de ses œuvres ont péri, et beaucoup d'autres ont été sans doute attribuées à son fils. « C'est, dit Lanzi, un habile praticien dans la manière de Véronèse, mais qui ne suit le grand maître que de loin. »

IPPOLITO SCARSELLA dit le SCARSELLINO

NÉ ES Ijôl, MORT EN 1G2I.

Ippolito Scarsella ou Scarsellino, fils du précédent, a disséminé, dit Lanzi, plus de tableaux à lui seul dans les églises de Ferrare que tous ses compatriotes ensemble. Après avoir reçu les premières leçons de son père,

il alla passer deux ans à Bologae; de là il se rendit à Venise, où il étudia les miilleurs maîtres du pays et surtout le Veronèse. Cependant, quoiqu'on l'appelle souvent « le Vcronèse de Ferrarc, » il ne se rattache pas d'une façon exclusive à ce maître, dont il n'est pas le pâle imitateur, comme Sigismondo. Avec beaucoup de goût, d'imagination, de verve, il môla, dans des proportions qui varièrent avec les périodes de sa vie, la tradition fcrraraisc et la tradition vénitienne, et donna ainsi à sa peinture un caractère vraiment original. Peut-être fut-il resté un simple satellite de Veronèse si son père ne l'avait, malgré lui, arraché à Venise, à la suite d'une maladie, due aux excès d'une vie fort dissipée, qui faillit emporter le jeune homme. Mais, une fois rentré dans sa ville natale, Scarsellino se mit ardemment au travail, et, riche des études qu'il avait faites pendant une ahsence de cinq années, il se fit bientôt connaître à la fois par de grandes compositions et de petits tableaux dont la grûcc aimable et délicate ravit sur-le-champ les amateurs. Le vieux Mondino, glorieux de la supériorité de son fils, lui confia le soin d'achever la plupart des ouvrages qui lui étaient commandés, et bientôt sa réputation s'étendit jusqu'à Modène, Mantouc et Bologne, d'où lui vinrent tant de demandes qu'il n'y pouvait suffire et gagna en quelques années une fortune considérable. Parmi les œuvres que Scarsellino fit du vivant de son père et qui par conséquent peuvent être dues à leur collaboration, Barufîaldi cite une belle Nativité de la Vierge dans l'église paroissiale de Cento et Y Archange S. Michel dans une autre église de la môme ville. A Ferrare, les églises de San Tommaso, des Convertite, de San Gugliemo, de San Paolo, reçurent également des décorations de leurs mains. Dans ce dernier monument, ce fut Scarsellino seul qui, par contrat en date du 13 juillet 1595, se chargea de peindre la coupole, moyennant une somme de 285 écus et 76 sous, et d'une certaine quantité de vin et de blé. En 1598, lorsque la principauté de Ferrare retourna par dévolution au Saint-Siège, Scarsellino, chargé de préparer l'entrée solennelle du }>ape Clément VIII, fit les dessins et peintures pour tous les arcs de triomphe qui furent dressés à cette occasion. Même besogne lui fut réservée lors de l'entrée de Marguerite d'Autriche, reine d'Espagne, et il déploya dans toutes ces circonstances une telle fertilité d'invention, une telle promptitude et une telle habileté d'exécution que sa renommée s'en accrut encore et lui attira de toutes parts de nouvelles commandes.

La mort presque simultanée de son père et de son grand-père mit sur les bras de Scarsellino, déjà père de cinq enfants, deux frères dissipateurs, une sœur à marier et deux neveux en bas âge. Les soucis qu'entraîna pour lui cet accroissement imprévu de famille, mirent un temps d'arrêt à son incessante fécondité. Baruffaldi, son biographe, se lamente avec la naïveté emphatique qui lui est habituelle sur la situation du mallieureux peintre, subitement accablé de tant d'embarras domestiques. Mais, ajoute-t-il gravement, « la bonne fortune de Scarsellino voulut que son frère Bartolomeo fût bientôt tué d'un coup d'épée inattendu. » D'une autre part, il Affaire bien vite un mariage honorable à Claudia, sa sœur. Son autre frère, Girolamo, mourut aussi. Quant à ses enfants, une de ses filles, Béatrix, décéda en bas âge; l'un de ses fils, Giovanni, tomba dans un caveau sépulcral de l'église de S. Giacomo en y regardant descendre le cercueil d'un de ses camarades et périt des suites de l'accident; l'autre, qui, presque aveugle, ne pouvait être un aide pour sa famille, s'en alla également dévie à trépas « et quand Dieu le prit, Ippolito protesta qu'il en avait éprouvé plus de consolation que de douleur. » Il ne restait donc plus à la charge du peintre, autrefois trop riche en famille, que deux filles, embarrassantes encore à cause de leur beauté qui, attirant fort les amoureux autour du logis, obligeait le père à une garde assidue. « Ippolito, dit toujours l'étonnant Baruffaldi, Ippolito, en homme résolu qu'il était, en homme qui ne se confond pas avec la foule, dégoûté jusqu'à la nausée d'une pareille sujétion qui le tenait à toute heure sur le qui-vive, ayant obtenu les autorisations nécessaires, fit enfermer subitement ses deux filles dans le monastère du Corpus Domini. Et Dieu, pour récompenser cette bonne résolution du père, toucha si bien leur cœur, à toutes deux, qu'en peu de temps, ayant goûté la vie religieuse, elles prirent l'habit dans ce monastère. Et ainsi débarrassé de toute entrave, le vaillant Ippolito ne songea plus qu'à exécuter tranquillement les travaux qui lui étaient commandés par beaucoup de ses concitoyens ! »

On conçoit qu'un homme si prompt à se consoler, si habile à se dépêtrer, ait été un producteur si fertile que ledit Baruffaldi lui-même ait reculé devant la pensée d'énumérer toutes ses œuvres. Les amis commen-

çaieiit môme à craindre pour sa santé fort compromise par un travail opiniâtre, lorsqu'un nouveau deuil lui survint fort à propos ; il perdit sa femme, et, pour se consoler de sa perte, il alla rejoindre à Venise les amis de sa jeunesse. Quand il revint à Ferrare, quelques mois après, il ouvrit un atelier d'élèves, qui fut aussitôt très-fréqucnté. C'est à cette époque qu'il peignit la fausse coupole de San Spirito, qu'il fit pour l'église de S. Giovanni Batlista une Dccollation do S. Jean et divers tableaux pour les Capucines, pour la Ciiarlreuse, pour les églises de San Giobbé, de San Andréa, de San Domenico, de San Bencdetlo. Dans ce dernier couvent, Scarsellino resta caché vingt-six mois pour échapper à une condanuiation capitale prononcée contre lui « à cause d'une calomnie répandue contre lui par un certain peintre vénitien qui travaillait à Ferrare. » Baruffaldi ne nous dit pas quelle était cette calomnie ; en tout cas, « le bon Scarsella, bien vu de l'abbé et des moines, qui le mirent en sûreté, fut traité splendidement dans le monastère pendant tout le temps qu'il y demeura, et l'abbé profita de l'occasion pour l)ien orner ses autels et son monastère. » On ne doit donc pas s'étonner de trouver à San Beuedetto des ouvrages de sa main en tel nombre qu'ils y formant « une école entière pour les peintres, dans la fleur de sa meilleure manière. » Lorsque son innocence eut été reconnue, après un nouveau jugement, et qu'il put sortir de son refuge, Scarsellino se trouva plus que jamais en vogue ; le cardinal Bevllacqua voulut avoir sur-le-champ, pour son église des Capucins, un Retour de la sainte Famille à Bethléem et diverses peintures murales; l'évoque de Ferrare, Mgr Giovanni Fontana, lui commanda pour son maître-autel une Vierge en gloire accompagnée de S. Ambroise et de S. Geminiano qui «levait être son propre portrait; l'archiconfraternité de la Mort lui acheta une Mort delà Vierge, dans laquelle le peintre se plaça cette fois lui-même parmi les assistants, à côté de son ami Paolo Zerbinato, archevêque de la cathédrale, et le fameux oratoire dclla Goncezione ou délia Scaîa fut bientôt décoré de trois de ses tableaux les plus importants par leur dimension et les meilleurs parleurs qualités d'exécution, une Descente du, Saint-Esprit sur les Apôtres, une Annonciation et une Adoration des Mages. Ses grands succès dans la peinture religieuse n'empêchaient pas d'ailleurs l'habile praticien de réussir dans l'art profane ; la plupart des palais de Ferrare, entre autres le palais Ducal et les palais Bcvilacqua, Crispi, Yarani, Canonici lui durent des décorations de murailles ou de plafonds dont les sujets étaient prcs((ue toujours empruntés à la mythologie païenne ; il paraît même qu'il poussa quelquefois les choses un peu loin dans ce genre, car Baruffaldi, l'infatigable nomenclateur de cet infatigable peintre, déclare qu'il ne se soucie pas de mentionner ceux de ses tableaux qui contiennent « des choses déshonnôtes et de mauvaises mœurs, » (luoi(iu'il sache que beaucoup de gens en possèdent et les montrent avec ostentation.

Ippolilo Scarsella mourut subitement, le 23 octobre 1621, à Ferrare, dans la boutique d'un barbier, sur la grande place, pendant qu'on lui faisait la barbe. Il fut enterré avec pompe dans l'église de Santa Maria di Bocca par les soins de sa seconde femme, qu'il avait épousée à Venise. « C'était, dit son biographe, un homme plutôt petit que grand, gras et corpulent, d'aspect joyeux et de langage facétieux, tenant toujours en joie les sociétés où il se trouvait. La louange lui plaisait outre mesure, et il était ravi lorsqu'il se voyait honoré de titres pompeux. 1) Le meilleur de ses élèves fut Camillo Ricci.

FEnRARE. — Une grande partie des ouvrages dont il est parlé ci-dessus se trouvent encore dans les églises pour lesquelles ils furent faits. Parmi les plus remarquables, nous nous contenterons de citer : à San Benedetto, un Martyre de Sie Catherine et une Assomption; dans l'église du Campo Santo un Episode la vie de S.Bruno; aux CAppuccixr la Vierge sur un trône; à San Fraxcksi:o, la Fuite en Egypte; à San Paolo, la Descente de l'Espril-Saint et la Nativité; enfin une Cène dans la Pinacothèque.

Rome. — La oalerie du Vatii;an possède cinij tableaux de Scarsellino : le Voyage en Egypte, la C/iute de S. Paul,Jésus foudroyant les vices, et deux Saintes Familles. — On trouve aussi quelques-unes de ses œuvres dans la oalerie Golonna Ot la GALERIE DonaiiÈFE.

Florence. — Galerie Pitti. N° 304. La Naissance dun

enfant noble. II. 0.75; L. 0.95. Dans une salle magnifique, une femme en couches est sur son lit, entourée de plusieurs dames. Au milieu, des servantes lavent le nouveau-né dans un bassin d'or; l'une d'elles tient un linge pour l'essuyer, tandis que deux enfants badinent à leur côté et que deux autres jouent avec un chien. — Musée des Ufi-izii. N° 1036. Une Sainte Famille. — N" 1046. Le Jugement lie Paris, gravé par Datelli et Paris.

Milan. — Muséb Bréra. N" 445. Les Docteurs de l'Eglise réunis en concile. Quelques-uns d'entre eux se tournent vers la Vierge, qui parait au milieu des nuages dans une gloire d'anges. II. 3.53; L. 1.56. Tableau provenant de l'église de San Bernardine (religieuses de l'ordre du Saint-François), à Ferrare.

Dresde. — Galerie royale. N" 110. Fuite en Egypte. —

N" 171. irt Viergeregarde l'Enfant Jésus qui aide S. Joseph dans son travail. Ces deux tableaux proviennent de la collection Branchetta à Bologne. — N° 172. La Vierge avec l'Enfant Jésus. Ste Catherine lui présente une palme.

S. Charles Borroméc est à genoux devant eux. — NonS. La Vierge avec l'Enfant Jésus sur ses genoux. A côté, Ste Glaire, S. François, Ste Catherine de Sienne. Autrefois dans la collection Ghislieri à Bologne.

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