‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 80 sur 136 · LES SEMINI · texte numérisé non relu

LES SEMINI

ANTONIO SEMINI (veks usô - *™ès 1547). ANDREA SEMINI (vebs1525 - amés 1591). OTTAVIO SEMINI (vers 1530 - après ieo4).

L'influence que le style de Raphaël exerça, au xvi° siècle, sur les diverses écoles d'Italie, fut considérable. Introduit à Gênes, en 1528, par Pierino del Vaga, ce style y fut adopté avec enthousiasme et imité avec un talent incontestable par trois peintres nommés Semini.

Antonio Semini ou da Semino, le chef de cette famille d'artistes, naquit vers 1485 d'un père étranger, soldat au service de la République génoise. Il eut pour maître L. Brea dont il suivit d'abord, mais en l'améliorant, la manière archaïque. Un de ses premiers ouvrages fut un Martyre de saint André qu'il peignit, pour l'église dédiée à cet apôtre, en collaboration avec son condisciple Teramo Piaggia. « Il est impossible, dit Lanzi, de voir ce tableau sans y reconnaître le style de Brea, mais perfectionné et devenu plus moderne. Les figures ne sont pas encore aussi grandes qu'on les fit dans le bon siècle, et le dessin n'est pas asse^ souple ; mais il y a dans les traits une vérité qui arrête les regards et dans le coloris une harmonie qui les charme. Les plis des draperies sont naturels ; la composition, un peu confuse, n'est cependant pas sans

2 ÉCOLE GENOISE.

mérite. » Ce fui surtout après avoir vu les peintures décoratives du palais Doria, exécutées par Pierino dans le goût de Raphaël, qu'Antonio se lança résolument dans la voie nouvelle tracée par ces maîtres. L'imitation est évidente dans une Nativité qu'il fit pour l'église Saint-Dominique, de Savone, où elle est encore, et dont Ratti a vanté le beau dessin, la couleur suave et bien empâtée.

Il est juste de dire pourtant que l'élève de L. Brea conserva jusqu'à la fin une grâce naïve qui rappelle l'ancienne école et qui justifie le surnom de « Pérugin génois » que Lanzi lui a donné.

Il eut deux fils : Andréa et Oltavio; après leur avoir enseigné tout ce qu'il savait lui-même, il les envoya à Rome pour y achever leur éducation artistique. Ils y étudièrent les chefs-d'œuvre de l'antiquité, entre autres les bas-reliefs de la colonne Trajane, mais ce fut, comme on pense bien, les peintures de Raphaël qui excitèrent le plus leur admiration et qu'ils copièrent avec le plus d'ardeur.

Soprani donne à entendre que les deux frères firent ensemble le voyage de Rome ; mais il ne nous apprend ni l'époque de leur départ, ni celle de leur retour. Tout ce que nous savons c'est qu'Andréa était à Gênes en 1552, année à laquelle les biographes rapportent le premier ouvrage de quelque importance qu'il ait exécuté dans sa ville natale. Son père était mort cinq ans auparavant. Ce premier travail, digne de mention, était un Baptême du Christ (\\\:i\ peignit à fresque dans la chapelle de Santa-Maria degh Angioli, aux frais du patricien Adamo Centurione. Il exécuta ensuite pour d'autres églises et des palais un assez grand nombre de peintures à l'huile et à fresque, qui ont malheureusement péri pour la plupart. Il se fit aider, dans plusieurs de ces travaux, par son frère Ottavio qui lui était supérieur en talent, au dire de Soprani, mais qui joignait à l'humeur la plus violente les passions les plus basses. Dissolu, intempérant, il passait plus de temps dans les lieux de débauche que dans son atelier, et il était si peu maître de lui qu'un jour, dans un accès de fureur, il tua un de ses aides. Obligé de s'exiler à la suite de ce meurtre, il ne put rentrer à Gênes qu'après avoir acheté le silence des parents de la victime. Andréa, qui était de mœurs et de caractère tout opposés, se désolait de la conduite d'Ottavio, et cherchait, mais vainement, à le ramener dans une meilleure voie. Il avait, d'ailleurs, la plus vive tendresse pour lui et, bien que surchargé de travaux à Gênes, il consentit à le suivre à Milan. Ottavio, que ses goûts crapuleux ne détournaient pas de l'amouide l'art, était attiré dans cette dernière ville, si nous en croyons ses biographes, par le désir d'y étudier les chefs-d'œuvre de l'école lombarde. Ce qui est certain, c'est qu'à peine arrivés à Milan, les deux frères furent chargés de décorer la grande salle du palais que l'architecte Galeazzo Alessi * venait de construire pour un patricien génois, Tommaso Marini, duc de Terranuova. Andréa y peignit le Banquet des dieux, à la voûte, et Ottavio les Muses et les Vertus, sous la corniche ^.

Revenu à Gênes, Andréa finit par se séparer complètement de son frère qui s'abandonnait de plus en plus à ses mauvais penchants. Parmi les nombreux ouvrages qu'il exécuta dans la suite, on cite les fresques du palais Negroni (aujourd'hui palais Sauh), le portrait de Francesco-Maria Spinola, marquis de Garessio, celui de la femme du poète Scipione Metelli, et une Crèche peinte pour l'église San-Francesco di Castelletto, tableau dont Lanzi a critiqué le dessin, tout en reconnaissant qu'il offre dans son ensemble « des traits frappants de la manière de Raphaël ». Cette Crèche est, croyons-nous, celle qui appartient aujourd'hui au musée de Turin où nous l'avons vue récemment (1870). C'est une grande toile qui mesure environ 3 mètres de hauteur et 2 mètres de largeur. Sur le devant de la composition, la Vierge, jeune et souriante, est agenouillée, de profil, près du berceau où repose le petit Jésus qui la regarde en se tettant le doigt. Elle se penche vers lui et écarte la gaze transparente dont il était recouvert. Elle est vêtue d'une robe de couleur rosâtre et d'un manteau vert ; un voile léger est posé coquettement sur ses cheveux d'un blond roux. De chaque côté sont agenouillées deux figures de profil très-expressives : à gauche, un vieux pâtre, vêtu d'une jaquette rose, les jambes nues, les mains appuyées sur son bâton ; à droite, saint Jean-Baptiste, dans son

' Galeazzo Alessi, architecte pérugin, avait travaillé précédemment à Gônes pendant plusieurs années et y avait élevé un grand nombre d'édifices.

' Un autre peintre, Aurelio Busso, de Crema, élève de Polydore de Caravage, peignit, dans les angles de la voûte, les Quatre Saisons.

LES SEMIiM (1530). ;i

costume d'anachorète. Par derrière, on voit Joseph debout, en manteau jaune et tunique bleue, et d'autres pâtres dont un jeune, coifTc d'un cliapeau de paille, porte un agneau sur ses épaules. L'âne et le bœuf se tiennent près de là, au milieu de l'édifice en ruines où est né l'IIomme-Dieu. Au fond, dans un paysage, l'ange annonce aux bergers la bonne nouvelle.

Cette peinture, admirablement conservée, est claire, tranquille, harmonieuse ; mais cette clarté et cette harmonie sont un peu froides. Le modelé est savant, mais il n'est pas exempt de dureté, et les formes sont plus correctes qu'élégantes. En somme, cet ouvrage accuse mieux, à mon avis, le style florentin que le style raphaëlesque : par la couleur, il m'a rappelé tout à fait le Bronzino.

Nous avons vu dans le palais l'allavicini, à Gênes, une autre œuvre des plus importantes d'Andréa Semini. une Cléopâtre où l'on retrouve la pureté et la distinction de lignes de l'école romaine, unies à une grande

LJô

ATTAQUE ET I ji c E i\ D I E d'un c A M i> rethanché (d'après uii dc3sin d'Ottavio Semini, du mubée du Louvre).

délicatesse de coloris et à une morbidezza pleine de charme. La reine, assise sur sa couche, les regards tournés vers le ciel, le bras droit appuyé sur la poitrine, allonge une de ses jambes qui est nue tandis que l'autre, repliée sur le lit, est recouverte d'une draperie rouge. Nous lisons dans un Guide de Gênes que Semini s'est proposé d'imiter le Titien dans cette peinture : il y a fort loin sans doute de l'éclat du maître vénitien à la douceur du peintre génois, mais on ne peut nier que celui-ci ne se soit montré aussi bon coloriste que bon dessinateur dans cette Cléopâtre.

La Nativité du musée de Turin est datée de 1584. C'est donc par erreur que la plupart des biographes, à commencer par Lanzi, ont fait mourir Andréa en 1578 ; ils se sont fondés sur un passage où Soprani, après avoir dit que cet artiste vécut jusqu'à l'âge de soixante ans, rapporte l'inscription suivante placée sur son tombeau à Santa-Maria del Carminé :

S. D. ÀNDREiE Semini Q. Antonu

Ab ipso sibi

suisque n^uedibus exstructum

Anno Domim MDLXXVIH

Mais cette inscription signifie simplement qu'en 1578 Andréa fit préparer pour lui-même et pour ses héritiers le tombeau dont il s'agit. On n'a pas pris garde que Soprani lui-même dit expressément que le portrait du marquis de Garessio, cité plus liaut, fut peint en 1382. Il existe, d'ailleurs, un document qui atteste qu'Andréa retoucha, en 1585, une figure colossale de la Vierge qu'il avait peinte, l'année précédente, dans la tour del Brandale à Savone '. Ce n'est pas tout. A l'occasion du débat soulevé à Gênes par la corporation des .doreurs, G.-B. Paggi écrivit de Florence à son frère, le docteur Girolamo, pour lui conseiller de prendre à part « Andréa Semino et ses fils » et de leur faire entendre combien il serait préjudiciable à leur dignité qu'ils consentissent à s'associer à cette corporation. Dans une lettre postérieure, il témoigne sa satisfaction de savoir que Semini et ses fils se sont laissé convaincre. Cette correspondance, publiée dans la Raccolta de Bottari, est datée de 1591. Andréa était donc encore vivant à cette date. — Ses fils, Cesare et Alessandro, qui cultivèrent eux-mêmes la peinture, ne s'élevèrent pas au-dessus de la médiocrité.

Ottavio poussa l'imitation de Raphaël beaucoup plus loin que n'avait fait son frère, si loin même que, selon les biographes, un Enlèvement des Sabi?ies, qu'il avait peint sur la façade d'un palais de la famille Doria, fut pris par Giulio Cesare Procaccini pour un ouvrage du maître d'Urbin. Cette fresque a péri, ainsi que la plupart de celles dont divers palais et éghses de Gènes et de Savone furent ornés par Ottavio. Il s'adonna spécialement à ce genre de peinture et y déploya un talent vraiment supérieur, mais il adopta, sur la fin de sa carrière, une manière beaucoup trop rapide et lâchée. Il fit aussi plusieurs tableaux à l'huile, mais il ne sut point leur donner irtie couleur assez vigoureuse. Il passa les dernières années de sa vie à Milan où il a laissé, entre autres ouvrages, plusieurs fresques dans l'éghse Sant'Angelo, fresques qui offrent, suivant Lanzi, « sinon une grande pureté de dessin, du moins une grande fécondité d'idées, beaucoup d'esprit, une couleur forte et agréable. » Il eut dans cette ville un protecteur zélé, le comte d'Adda qui, non content de lui confier d'importants travaux, le logea dans son palais et le combla de bienfaits, sans pouvoir obtenir toutefois qu'il renonçât à ses habitudes dépravées. Il mourut subitement en 1604, à la suite d'un repas où il avait sans doute fêté Bacchus plus dévotement encore qu'à l'ordinaire.

MARIUS CHAUMELIN.

' Ce document que Spotorno a publié dans sa Storia letteraria délia Liguria (IV, 211), est extrait de Mémoires inédits sur Savone, rédigés par G.-B. Risso; il est ainsi conçu : « Le 2o juin 1S84, est venu de Gônes le peintre Andréa Semini qui a commencé à peindre, dans la tour del Brandale, une image de la Vierge, de proportions gigantesques; il l'a terminée le 14 août, avec l'aide d'Antonio Liporoto, dit Olivero, de Savone, son disciple. Le lo mai 1585, ledit Semini étant revenu à Savone et ayant été blâmé pour la manière dont il avait fait cette Vierge, il la repeignit avec le manteau sur la tôte pour plus de dévotion, la première ayant les cbeveux épars sur les épaules. » Spotorno nous apprend que « cette très-belle peinture » a souffert des injures de l'air et des années.

Louvre. — Le Louvre n'a pas de tableaux des Semini, mais il possède, de la main d'Ottavio, cinq dessins dont deux sont reproduits ici en fac-similé.

Musée de Re.nnes. — Martyre de saint Etienne, tableau attribué à Alessandro Semini.

Milan. — Église Sanl'Angelo : fresques de la chapelle de S. Jérôme, par Ollavio; celle qui représente les Funérailles du saint a élé particulièrement vantée par Lanzi.

Florence. — Le catalogue de la Galerie des Offices , publié en 1840 (édition française), mentionne, comme é(ant l'œuvre de Semini, « un Christ sur la croix, grand tableau avec beaucoup de figures, mais d'un style un peu dur. » Cette peinture a dû être retirée, depuis, du musée : elle n'est pas inscrite au catalogue de 1869.

Musée de Turin. — La Nativité ou la Crèche, tableau signé :

Andréa Gemini opvs, MDIXXXIIII. Le troisième chiffre de cette date paraît être un I, mis ici pour un L.

Génes. — Outre les peintures mentionnées dans la biographie, on voit encore dans cette ville : une S'-" Famille, d'Antonio Semini, au palais Brignole-Sale ; une Conception, d'Andréa, dans l'église S'-Pierre; une Pèche miraculeuse, peinte sur bois par Ottavio, dans la galerie de l'Académie Ligustique; diverses fresques d'Andréa et Ottavio, dans les palais Serra, Pallavicini {délie Peschiere) , Gaetano Cambiaso, etc. ; une Sainte Catherine, martyre, tableau de Cesare et Alessandro Semini, dans l'église de S. Lorenzo.

La villa Imperiali, située près de Lavagnola, possède des fresques d'Andréa, qui sont bien conservées, au dire de Spotorno, et dont les sujets sont empruntés pour la plupart à la Jérusalem délivrée.

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LUCA CAMBIASO

Hit le CANGFAGE ou LUCHETTO DE GÈNES

Dans son livre sur les Vrais Préceptes de la Peinture ' , publié h Ravenne en 1387, l'Armenini raconte qu'il vit travailler, dans une église de Gênes, « un certain Luchetto » qui peignait des deux mains à la fois avec une dextérité et une vivacité merveilleuses, et qui avait exécuté plus de fresques à lui seul que ne pourraient en produire, dans toute leur vie, douze peintres réunis. Si le mérite de Luchetto. — qui n'est autre que Luca Cambiaso. — s'était borné à ces prouesses et à cette fécondité, l'histoire n'eût certainement pas enregistré son nom parmi ceux des maîtres de la peinture; mais ù l'adresse d'un praticien consommé il a joint, au dire de l'Armenini lui-même, des qualités artistiques de premier ordre : « Ses figures sont dessinées avec une vigueur admirable et en même temps avec celte élégance, cette grâce, celte souplesse, auxquelles lant de maîtres n'arrivent, dans leurs meilleurs ouvrages, qu'à fort^e d'art et de travail. Sa manière se rapproche de celle du Tinlorel; certains connaisseurs prétendent même qu'elle esl plus hardie, plus résolue encore; mais la vérité

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ECOLE

' Dei \'rri Precetti délia Pillura, in-4".

2 KCOLE ITALIENNE.

est que son dessin est moins correcl, et que si son coloris a plus de douceur, il a moins de relief et de force. »

L'Armenini n'est pas le seul qui ait misCambiaso en parallèle avec les maîtres de la peinture. Lomazzo, excellent appréciateur, le place au-dessus de tous ses contemporains pour la science et la hardiesse des contours, et va jusqu'à dire que quelques grands peintres, dont il ne donne pas les noms, furent d'avis que les figures du Jugement dernier de Michel-Ange perdaient beaucoup de leur vigueur et de leur furie, comparées à certaines figures simplement esquissées de Luca Cambiaso. « Toutefois, ajoute-t-il, l'effet produit par ces rapides croquis aurait été bien amoindri, si l'auteur les eût ombrés et terminés ; car Luca ignorait l'art d'éclairer ses figures avec vérité et de distribuer les ombres suivant l'attitude du corps. «

On dit qu'un jour, à la vue des peintures dont Cambiaso avait décoré la villa Vivaldi, à Terralba, près de (iènes, Mengs s'écria que jamais il ne hii avait semblé autant que ce jour-là voir les Loges de Raphaël ailleurs qu'au Vatican. Lanzi, qui rapporte cette anecdote, résume ainsi son propre jugement sur Cambiaso : « Luca fut un des premiers artistes de son temps; dessinateur hardi, rapide, grandiose, fécond en images toujours neuves, il se plaisait à introduire dans ses œuvres les raccourcis les plus difficiles et triomphait des plus grands obstacles de son art. »

A ces témoignages flatteurs nous pourrions joindre ceux de Luigi Scaramuccia, qui nomme le Cangiage parmi les peintres dont il a le plus admiré les œuvres, à Gênes; de Boschini, qui le cite comme un modèle pour les beaux contours ; de l'aloniino Velasco, qui, après avoir loué sa facilité, sa fécondité et sa promptitude dans l'invention, reconnaît que sa peinture n'est pas toujours d'un goût irréprochable, mais que ses dessins sont excellents. ■

Surnommé par certains biographes le Raphaël de la Ligurie, par d'autres le Corrége génois, Luca Cambiaso trouva, de son vivant, un panégyriste dans Monseigneur Oberto Foglietta ', son compatriote, et fut chanté par divers poêles, entre autres par le fameux cavalier Marino. Qu'il y ait beaucoup à rabattre de ces éloges, cela n'est pas douteux; mais il nous paraît aussi que le Cangiage n'est ])as apprécié en France selon son niérife. Sa réputation serait tout autre si, au lieu de deux cents dessins enfouis dans des cartons et connus de deux ou trois amateurs, on voyait de lui quelque peinture de son beau temps au Musée du Louvre .

Luca Cambiaso naquit à Moneglia, près de Gênes, le 18 octobre 1527. Son père, Giovanni Cambiaso -, peintre de talent, l'exerça dès sa plus tendre jeunesse à reproduire des dessins de Mantegna, et lui apprit en même temps l'art de modeler la terre; ensuite il lui fit copier les peintures dont l'erino del Vaga et le Pordenone avaient orné les palais de Gênes. Luca avait à peine dix ans que déjii, si nous en croyons ses biographes, il promettait un grand peintre. Son père employait, d'ailleurs, de singuliers moyens pour hàteises progrès : tantôt il ne l'habillait qu'à moitié, afin de l'obliger à rester à l'atelier; tantôt il lui administrait, pour les moindres fautes de dessin, la plus verte correction. Heureusement pour lui, le petit Luca avait d'excellentes dispositions naturelles.

A quinze ans, il aidait déjà son père dans ses travaux; à dix-sept ans, il fut chargé personnellement, — de préférence à Lazzaro Caivi, artiste alors en réputation et dans toute la maturité de son talent, — de peindre la voûte de la grande salle du palais d'Antoine Doria. Il y représenta, avec un style grandiose et pathétique, — ce sont les expressions de Soprani, — le Massacre des fils de Niobé, et peignit dans

' Clarorutn Ligurum Elogia; Rome, 1373, p. 2o0.

' Giovanni Cambiaso naquit de parents pauvres, en 1493, dans la vallée de Polcevera, près de Gènes. Il eut pour maître Antonio Semini et reçut ensuite des con.seils de Carlo del Mantegna. Mais ayant vu travailler Perino del Vaga, Pordenone et Beccafumi, que le prince Doria avait fait venir, en 1328, pour décorer son palais, il s'enthousiasma de la manière de ces grands artistes et s'appliqua à les imiter. 11 paraît s'être adonné surtout à peindre à fresque; mais il ne nous est parvenu aucun de ses ouvrages. Soprani dit qu'il imagina de dessiner le corps tiumain au moyen de cubes, invention qu'aurait perfectionnée Luca, mais que quelques auteurs attribuent à Bramante et d'autres à Albert Durer.

LUCA CÂMBIASO (1527-1585). 3

les liiiietles et les pendentifs d'autres scènes mythologiques. A la stupéfaction de tous les connaisseurs, il exécuta ces compositions pour ainsi dire à main levée, sans avoir fait d'autre étude préparatoire qu'un simple croquis sur papier. On raconte que des artistes florentins, qui virent ces peintures au moment où Luca les terminait, furent émerveillés de la précocité de son génie et prédirent qu'il serait de force im joui- à surpasser Michel-Ange.

Tout en faisant la part de l'exagération italienne, on peut admettre que la manière (j'ujnute^qiii; suivie

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