‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 81 sur 136 · C.METT/MS.n. "L C AW8IAS0 . PINX . .yTlrLA^f'.i C .Sv · texte numérisé non relu

C.METT/MS.n. "L C AW8IAS0 . PINX . .yTlrLA^f'.i C .Sv

JDOITU TEN;iNI LA TËTIi U'UULUfUERMK (Aucieuue Ualeiie d'OrléiuiJ.

parCambiaso dans ses premiers ouvrages rappelait de loin le giandiose terrible de la Sixline; mais, selon toutes probabilités, elle avait plus d'emphase que de pathétique, plus denflure que de véritable grandeur. Un arcliilecle de l'érouse, Galeazzo Alessi, qui était venu s'établir à Gênes, se lia avec le jeune peintre et l'engagea à adopter un style plus calme, plus correct, plus conforme à la nature. Luca suivit cet avis, comme on peut le voir par une Décollation de saint Jean- Baptiste qvHW peignit, en 1552, dans l'église de Sainte-Marie-des-Anges. Mais ses progrès dans cette nouvelle voie furent beaucoup plus marcpiés loisquil eut fait la connaissance de Giovanni Battista (lastello, dit le Bergamasque, qui, comme beaucoup d'artistes de cette époque, était à la fois peintre, sculpteur et architecte. De rivaux qu'ils étaient d'abord, Luca et le

Bergamasque devinrent amis et compagnons inséparables; ils exécutèrent ensemble un grand nombre de travaux et se donnèrent l'un à l'autre des conseils. Luca apprit de Castello à composer avec plus de goût, à améliorer surtout la perspective et l'architecture de ses tableaux, et probablement aussi à manier le ciseau, car; à partir de cette époque, il exécuta plusieurs sculptures. Ce fut dans la chapelle des Lercaro, à la cathédrale, que les deux amis unirent leurs efforts avec le plus de succès. Le Bergamasque peignit la voûte, fit les ornements en stuc et sculpta, pour une des niches, une statue en marbre de la Prudence; Cambiaso peignit sur les murs le Mariaije de la Vier(je et la Présentation au Temple^ fit pour la décoration de l'autel trois tableaux représentant Y Adoration des Mages, la Crèche^ et Deux Prophètes, et sculpta une statue de la Foi ' , pour faire pendant à celle de la Prudence.

Soprani limite à douze années l'époque la plus brillante de la carrière de Cambiaso, celle où, sans rien perdre de son originalité native, il eut une manière plus soignée, plus étudiée, plus rapprochée, en un mot, de celle de Perino del Vaga et de Raphaël, ses modèles de prédilection. Outre les peintures de la chapelle Lercaro , il exécuta durant cette période , dans les églises et dans les palais de Gènes, une foule (le tableaux à l'huile et à fresque dont nous indiquons les principaux à la fin de cette notice. Les plus vantés parmi ses tableaux d'éghse sont le Martyre de saint Barthélémy, à San Bartolommeo dell' Olivella, et le Martyre de saint Georges , cité par Lanzi comme le chef-d'œuvre du maître, à San Giorgio. De toutes les peintures décoratives qu'il exécuta dans les palais , la plus importante est le plafond de la villa Vivaldi (depuis villa Impériale), qui représente Y Enlèvement des Sabines et qui rappela à Mengs les Loges du Vatican. Cette voûte est d'une beauté vraiment surprenante, écrivait Katti en 1770, et il est à souhaiteiqu'elle se conserve dans l'état de fraîcheur où elle est restée depuis deux siècles. La scène se passe sur une place entourée d'édifices d'une riche architecture. L'ardeur des ravisseurs, la colère des Sabiiis, la frayeur des jeunes filles sont exprimées avec une énergie extraordinaire; le dessin es! d'une exquise élégance, le coloris plein de vigueur, l'ordonnance des plus judicieuses; l'heureuse distribution des lumières et des ombres donne à l'ensemble une apparence de vérité et de vie saisissante.

Bien que surchargé de connnandes, le Cangiage trouvait encore le temps de produire un nombr»; considérable de croquis; comme Apelle, il aurait pu se flatter de ne jamais passer un jour sans dessiner [nulla dies sine lineâ). Il n'attachait, du reste, aucune importance à ces croquis, qu'il exécutait sur un papier grossier, avec la pointe d'un roseau; ce n'était pour lui que des études, de simples exercices, qu'il jetait par paquets dans un coin de son atelier, où sa femme et sa servante les prenaient sans scrupule pour allumer le feu. Un assez grand nombre, toutefois, fut recueilh par ses amis et ses élèves et passa depuis dans les galeries et dans les musées. Parmi ces dessins, il en est de fort beaux et qui dénotent un artiste vraiment supérieur ; mais beaucoup sont insignifiants et font peu regretter ceux que le maître avait jugés lui-même indignes d'être conservés. « .Jamais peintre n'a produit avec plus de facilité que le Cangiage, a dit Mariette à propos des dessins du cabinet de Crozat (p. 82) ; mais jamais artiste n'a été moins arrêté. Il s'était fait une méthode de n'indiquer toutes les parties de ses figures (|ue par de simples lignes droites. On donna de grands éloges dans le temps à cette nouvelle manière; mais on en a reconnu l'abus depuis, et l'on ne regrette plus, comme on a fait, la prodigieuse quantité de dessins que ce maître a détruits lui-même. Il en reste assez pour se consoler de leur perte. » D'après Cean Bermudez, le Tintoret aurait dit que les dessins de Cambiaso n'apprendraient rien à l'élève qui les

' Soprani rapporte qu'après avoirachevécelte statue, Luca jeta là son ciseau, disantque le pinceau était un instrument plus délicat et i)'.us docile. Toutefois, si nous en croyons Ratli, il sculpta depuis, dans l'église de San Francesco di Castelletto, le mausolée d'Andréa Spinola, et, pour le palais Torre, une charmante statue de Bacchus (che potrebbesi meritamente chiamarc sculUira ijreca). On voit encore, dans l'église de Sainte-Catherine, un petit groupe de marbre exécuté par Cambiaso, et représentant le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean, et dans, l'Oratoire de Saint-Antoine, une statue en bois do ce saint abbé, que Soprani dit avoir été faite par le même artiste. . ,

LIJCA CAMBIASO (1527-1585). 5

copierait, mais que l'artiste déjà formé en retirerait un grand profit, à cause de la science et de l'habileté avec lesquelles ils sont exécutés.

La vie si occupée, si studieuse, du Cangiage fut tout à coup troublée. Étant devenu veuf et n'ayant pas le loisir de veiller par lui-même à l'éducation de ses enfants, il pria la sœur de sa défunte épouse de se charger de ce soin. Elle y consentit et toucha si bien l'artiste par son zèle, sa grâce et sa beauté, qu'il en

Page 1