‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 85 sur 136 · J. GUILLAUME S · texte numérisé non relu

J. GUILLAUME S

REBECCA DONNANT A BOIRE AU SERVITEUR D'ABRAHAM (Musée de Dresde) .

Il est glorieux pour un peintre, dit avec raison Lanzi, d'avoir obtenu un pareil éloge dans la patrie et auprès des cendres des plus illustres coloristes. — Si l'on en croit Soprani, le Prêtre génois fonda à Venise une école d'où sortirent plusieurs artistes de talent. A Gênes, il avait formé, entre autres élè^es, Giovanni Andréa de Ferrari et Antonio Travi, appelé communément le Sourd de Sestri.

MARIUS CHAUMELIN.

BMiisni'ïiiiES m mmunm^

Le Louvre a deux tableaux de Strozzi : 1° La Vierge et l'enfant Jésus portés sur des nuages (figures en pied de grandeur naturelle). — 2" Saint Antoine de Padoue caressé par l'enfant Jésus ; figure à mi-cor|)s.

Misée de Caen. — Mercure et Argus, tableau digne de mention, dit M. Cl. de Ris (Musées de Province), surtout à rause de la figure d'Argus, dont le mouvement est large et d'un ferme dessin.

Misée de Dijon. — Sainte Cécile chantant les louanges du Seigneur. Un ange soutient son luth.

Musée de Nantes. — La Guérison du paralytique et la Conversion de Zachée le publicain.

(tÈnes. — Celte ville renferme un grand nombre d'ouvrages do Strozzi. Outre les peintures que l'on voit dans les églises et qui ont été mentionnées dans la biographie, nous citerons : »

1° Au palais royal : Saint Laurent faisant l'aumône aux pauvres; — Sainte Barbe.

2° Au palais Brignole-Sale : Saint François d'Assise tenant une croix; — Saint François adorant le crucifix; le Christ semble vivant. — V Incrédulité de saint Thomas, « tableau très-beau, d'un gris bleuâtre, très-frais et aimable », ditCochin (Voyage d'Italie); — la Sainte Famille; — Saint Paul; — La Vierge tenant dans ses bras l'enfant Jésus; — la Charité, femme ayant un enfant au sein et deux autres contre son épaule; — un Vieux Berger jouant du chalumeau; — Saint Jean-Baptiste (figure en pied) ; — une Femme qui plume un canard.

3° Au palais Durazzo : Le Portrait d'un évêque, d'une expression énergique et d'une belle couleur.

4° Au palais Faragina : Le Christ et la Samaritaine (effet de lamjje) .

5° Au palais Pallavicini : La Vierge en prière, superbe tableau, disent les Guides de Gênes ; — Saint François tenant un crucifix.

6° Au palais Adorno : Trois Philosophes, figures grimaçantes et qui tiennent de la caricature.

7° Au palais Balbi-Piovera : Le Songe de saint Joseph.

8° Au palais Grillo-Cataneo : L'Assomption (en petites proportions) ; — Saint François recevant les stigmates.

9° Au palais Spinola (dans la rue Neuve) : La Chaste Suzanne; — Le Christ mort; — Jésus et la Samaritaine; — Im Femme adultère; — Sainte Catherine (buste).

10° Au palais Max-Spinola (rue de l'Acqua-Sola) : Cincinnatus recevant l'offre de la dictature.

11" Autre palais Spinola : Portrait d'un moine; — Jésus portant sa croix (figure à mi-corps).

12° Au palais Caregha : Isaac, Jacob et Ésaû ; «tableau admirable, dit Cochin; la couleur en est très-forte, et il y a des vérités de nature bien rendues. »

M. Lavice (Musées d'Italie) a signalé de beaux effets de lumière, des figures vulgaires, mais bien vivantes, dans la plupart des ouvrages que nous venons de citer.

Venise. — Zanetti (Délia Pittura veneziana, 1799) mentionne les ouvrages suivants : Dans la bibliothèque de Saint- Marc, la Sculpture, j)lafond oval; — dans l'église de San Benedetto, Saint Sébastien, « opéra lodevolissima e rara, una délie più belle e ben conservate sue opère pubbliche»; — dans l'église des Incurables, la Parabole de l'Époux, ovale du soffitte ; — dans l'église des Théatins, Saint Antoine (demi-Qgure), et Saint Laurent Giustiniani distribuant ses biens aux pauvres ; — dans l'église des SS.-Apôtres , l'Ange gardien. — Ratti mentionne, en outre, un Saint François-

Xavier, chez les Jésuites, et un Christ sur le Thabor, entre Moise et Elie, appartenant à l'Académie de peinture.

L'Académie des Beaux-Arts de Venise possède actuellement un Saint Jérôme, et la Scuola di San Rocco, un Saint Hoch.

Musée de Turin. — Portrait d'un religieux.

Musée de Florence. — La Déposition du Christ, et le fameux Christ délia Moneta ou le Denier de César (gravé par Lasinio fils, dans la Beale Gallcria di Firenze (1821), et par H. Guttenberg, d'après un dessin de Wicar.

Vicence. — Dans l'église de Saint-Biaise : le Baptême du Christ, cité par Ratti.

Brëscia. — Dans l'église de Saint-Pierre in Oliveto : Sainte Thérèse agenouillée devant le Christ attaché à la colonne.

MoDÈNE. — Dans l'église de Saint-Charles : le Mariage de la Vierge; — dans la galerie: Saint François adorant le crucifix.

Milan. — Deux épisodes de la Passion, cités par Ratti, comme se trouvant au palais Casnedi.

Musée de Munich. — Le Christ à la Monnaie (répétition du tableau de Florence). Décrit dans le Catalogue de la galerie électorale de Dusseldorf ÇËruxeWes. 1767), par Nicolas de Pigage, qui le vante comme « un morceau d'un coloris chaud et d'une exécution vigoureuse. »

Musée de Darmstadt. — Le Temps découvrant la Vérité.

Musée de Berlin. — Portrait d'un officier.

Musée de Dresde. — Rébecca donnant à boire au serviteur d'Abraham; — Esther implorant la clémence d'Assuérus en faveur des Juifs ; — Bethsabée apportant à David la nouvelle de la mort d'Adonia; — une Femme tenant une basse à la main; — David avec la tête de Goliath. — Ces deux derniers ouvrages viennent du palais Sagredo, à Venise, et ont été payés 58 ducats d'or par Algarotti pour le compte d'Auguste III, roi de Pologne. Boschini a consacré au David les vers suivants, dans son poëme : la Carta del navegar pittoresco :

Del Prête Genovese pur se veile David tutto vigor, tutlo energia, Col spadoii e la testa de Golia-, E clie'l sia vivo, chi l'osserva lia fede.

Musée de Vienne (Belvédère). — Saint Jean-Baptiste déclarant sa mission aux lévites et aux docteurs de la loi ( demi-figures) ; — Élie chez la veuve de Sarepta (demi-figures); — un Joueur de luth (demi-figure) en costume espagnol; — le Portrait de Franresco Erizzo, doge de Venise.

Musée de Saint-Pétersbourg. — Tobie recouvrant la vue.

Madrid. — Collection Madrazo : Une Tête de vieillard.

Château de Blenheim (Angleterre). — Saint Laurent, peinture vraiment distinguée, dit M. Waagen, par l'empâtement, la vigueur, du coloris et le soin de l'exécution.

Collection Sander (Taplow-House). — Une Madeleine (figure à mi-corps) ; c'est évidemment là un portrait, dit M. Waagen, l'exécution en est magistrale (it is of masterly painting), la couleur chaude et transparente.

On rencontre rarement des ouvrages de Strozzi dans les ventes publiques. Le Trésor de la Curiosité n'en mentionne aucun. Deux tableaux. Pharaon et Moise et le Jugement de Salomon, figurèrent à la vente Aguado, en 1843, et y furent payés, le premier, 19b francs, et le deuxième, 115; prix véritablement dérisoires.

Ratti nous apprend que Strozzi gravait très-habilement à l'eau-forte; il cite de lui une pièce représentant la Vierge, l'enfant Jésus et le petit saint Jean, et il assure naïvement que Rembrandt n'aurait pas fait mieux (/( célèbre Rembrandt non l'avrebbe con maggior artifizio intagliata).

PAHIS. — IMPniXERJE POITEVIN, BUE DAMlETTE, 2 ET 4.

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GIOViNNI-BATTISTA GAULLI

DIT IL RACICCIO ou LE BACHICHE

NK EN 1639.

MORT EN n09.

Voici un artiste qui, comme les maîtres les plus illustres, a eu le privilège de remplir de ses peintures plusieurs monuments de Rome ; qui, pendant un demi-siècle, a été le portraitiste favori des papes, des cardmaux et de tous les grands seigneurs de la cour pontificale ; qui a été comblé d'honneurs par les princes et auquel ses contemporains

ont témoigné la plus vive admiration Aujourd'hui,

c'est à peine si son nom est connu de quelques amateurs. La raison de cette vicissitude est *bien simple ; Gaulli s'était voué spécialement à la peinture murale, et c'est en ce genre qu'il a produit ses œuvres les plus importantes ; il ne saurait donc être apprécié à sa juste valeur que par ceux qui ont fait le voyage d'Italie et qui ont eu l'occasion d'étudier les fresques dont il a décoré les églises de Rome. Mais, il faut bien le dire, ces fresques, malgré tout leur mérite, passent généralement inaperçues, éclipsées qu'elles sont, pour ainsi dire, par les innombrables chefs-d'œuvre (|ui les avoisinent. Ouant aux portraits, que Gaulli exécutait avec une habileté consommée, ils sont restés enfouis pour la plupart dans les colleclions de famille pour lesquelles ils avaient été peints. Les musées

■^cc(cro P

ECOLE Génoise,

(l'Europe possèdent fort peu de tableaux de cet artiste. En France, nous ne connaissons de lui qu'un portrait du cardinal de Bouillon, perdu dans les salles hautes du Musée historique de Versailles , bel ouvrage, d'ailleurs, et que nous voudrions voir placé au Louvre, pour la plus grande gloire de l'auteur. Est-ce à dire que GauUi soit un maître de premier ordre? Non, sans doute; mais il mérite, selon nous, d'être compté, avec Lanfranc, le Cortone, le Calabrese, Luca Giordano, parmi les peintres les plus ingénieux, les praticiens les plus habiles de la décadence italienne.

Né à Gênes, le 8 mai 1639, de parents d'origine vénitienne, Giovanni Battista Gaulli ' étudia les principes de l'art sous la direction de Luciano Borzone, un des meilleurs professeurs qu'eût alors l'École génoise. Devenu orphelin et resté seul de dix enfants, après l'horrible peste de 1657 qui avait dépeuplé Gênes, il tomba dans la misère et dut songer à exercer un métier manuel ; mais sa vocation pour la peinture devait triompher de tous les obstacles : il se mit résoliiment au travail, copia les magnifiques fresques dont Pierino del Vaga avait orné le palais Doria, et, après s'être fortifié par cet exercice, il éprouva, comme Innt d'autres, le désir d'aller étudier à Rome les chefs-d'œuvre des anciens maîtres. Le difficile était de se procurer les moyens de faire le voyage. Le jeune Gaulli, que ses compatriotes appelaient familièrement il Baciccio (diminutif de Battista, dont nous avons fait le Bachiche) , était heureusement moins à court d'expédients que d'écus. Un jour, dit Pascoli, qu'il revenait de l'école, ayant sous le bras son carton rempli de dessins, il avisa une galère prête à mettre à la voile pour transporter à Rome l'ambassadeur de la république génoise. Monter à bord et se ghsser parmi les serviteurs de l'envoyé fut pour lui l'affaire d'un instant: mais, bientôt reconnu, il allait être honteusement expulsé par le capitaine du navire, quand l'ambassadeur, informé de ce qui se passait, manda près de lui le jeune peintre, l'interrogea sur ses projets et sur sa position, et se laissa si bien toucher, qu'il consentit à l'admettre dans sa suite. Arrivé à Rome ^ le Bachiche fut placé par son protecteur chez un peintre français, qui l'employa à faire des copies.

Ratti, qui a consacré à Gaulli une longue notice, écrite à l'aide de documents que lui avait fournis un des fils de ce peintre, ne fait aucune mention de l'anecdote que nous venons de rapporter; il dit seulement que le jeune artiste s'éloigna de Gênes sans prévenir personne, et qu'une fois à Rome, il commença, en effet, par travailler chez un peintre français. Celui-ci faisait, paraît-il, le métier de copiste ; enchanté de rencontrer un aide aussi habile que Gaulli, il n'eut rien de plus pressé que d'exploiter son talent. Mais le Génois, qui n'était pas d'humeur endurante, le quitta bientôt, à la suite d'une violente discussion. Il avait hâte, d'ailleurs, d'étudier librement les chefs-d'œuvre qui l'avaient attiré à Rome, ceux de Raphaël surtout, dont il était enthousiaste ; il entreprit de copier les immortelles peintures des Chambres, et il apporta à cette tâche colossale une ardeur extrême. Cependant, il fallait vivre ; il s'en procura les moyens en exécutant de petits tableaux pour un marchand de son pays, nommé Pellegrino Péri, le même qui, quelques années auparavant, avait accueilH chez lui Benedetto Castiglione. Deux bambochades qu'il peignit pour ce Péri attirèrent l'attention du Bernin. Ce maître, qui jouissait alors d'un immense crédit comme peintre, comme sculpteur, comme architecte, et qui associait à ses nombreux travaux une foule de collaborateurs, comprit sans doute tout le parti qu'il pouvait tirer de la facilité extrême du Bachiche ; il le prit en affection, lui donna des conseils, lui procura des travaux et lui fournit même, assure-t-on, des dessins et des modèles pour ses premiers ouvrages.

Le tableau qui fonda la réputation du Bachiche fut un Saint Boch implorant la Vierge pour les pestiférés, qui se voit encore dans l'éghse de Saint-Roch in Bipetta. « L'ordonnance en est belle, dit Ratti, ef les figures ont des tournures du style le plus distingué. » L'artiste n'avait pas plus de vingt ans lorsqu'il exécuta cet ouvrage. Déjà, il avait ouvert un ateher et était même parvenu à réaliser quelque épargne; il songea alors à se marier. Il épousa une jeune fille charmante, dont la mère était Française et le père Romain.

' Quelques auteurs écrivent le nom de ce peintre Gauli, et son surnom Bacici ou Bacciccio.

' Selon Pascoli, le Bachiche aurait eu alors quatorze ans; mais, s'il est vrai, comme Ratti, Lanzi et beaucoup d'autres biographes l'ont avancé, qu'il était encore à Gênes pendant la peste de 1657, nous devons admettre qu'il avait au moins dix-huit ans lorsqu'il partit pour Rome»

GIOVANNI-HATTISTA GAIILLI (1639). 3

Quelque temps après, le prince Panphili, à qui il avait été recommandé par le Bernin, le chargea de peindre les pendentifs de la coupole de Sainte-Agnès : il y représenta les Vertus cardinales et d'autres ligures allégoriques, dont le dessin élégant, le coloris vif et harmonieux excitèrent l'admiration des connaisseurs. Le bruit de ce succès vint jusqu'aux oreilles du pape Alexandre VU, qui se fit présenior l'artiste, l'accueillit avec une extrême bienveillance et lui commanda son portrait.

A dater de ce moment, le Bachiche vit l(!s travaux lui arri\ er de toutes parts. Il peignit coup sur coup,

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