‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 86 sur 136 · L .C^'A/'On.ii · texte numérisé non relu

L .C^'A/'On.ii

LE CARDINAL DE BOl'ILLON (MuS(!e de Versailles).

à Sainte-Marie sopra Minerva, une fresque représentant la Sainte Trinité, et un tableau ayant pour sujet Saint Louis Bertrand en méditation devant lui pistolet changé en crucifix ' ; à Saint-Nicolas de Tolentino, une Prédication de saint /ranydans l'église des religieuses de Sainte-Marthe, la voûte où sont retracés trois épisodes do la vie de la sainte. Le P. Oliva, général des Jésuites, fut tellement charmé de cosderniôros peintures, qu'après avoir pris l'avis du Bernin, qui ne pouvait être que favorable, il se décida à confioi' au Bachiche la décoration de l'église du desù, travail considérable que briguaient les maîtres les plus habiles qu'il y eût à Home, entn; autres Carie Maratte, Ciro Ferri etGiacinto Brandi. Lo Bachiche mit immédiatement la main à l'œuvre. 11 peignit, dans la grande voûte, les hiérarcjiios dos

' GriiV(' |);ii- ncriiiiid van Balliti ; !a plancli:' l'ait pailie (ii- la chalcographie romaine.

i ÉCOLE ITALIENNE.

anges et d'innombrables saints en adoration devant le nom de Jésus, dont le rayonnement met en fuite les légions de l'enfer. L'effet de cette vaste composition est tout à fait saisissant : les groupes célestes ont des attitudes suaves d'humilité, de respect et d'amour, et les démons, qui s'élancent éperdus dans l'abîme, semblent prêts à se détacher de la voûte'. Lanzi ne craint pas de dire que «l'intelligence de la perspective, l'unité, l'accord, la fuite des objets, l'éclat et la dégradation de la lumière, mettent cette peinture de la voûte du fiesù au rang des plus remarquables dont Rome soit ornée », et il ajoute « qu'elle passe même pour être la première de toutes, en son genre, au jugement de quelques-uns. » Éloge excessif, sans doute , mais qui prouve néanmoins combien l'œuvre est digne d'estime. Le spirituel Stendahl, qu'on n'accusera pas d'avoir l'admiration facile, s'est étonné qu'une pareille fresque ait pu être exécutée par un artiste médiocre : « 11 y a de la chaleur et un beau désordre, dit-il, dans le groupe des Vices renversés par un rayon qui part du nom de Jésus. » [Promenades dans Rome.)

Les autres peintures du Gesù, quoique inférieures à celles de la voûte, font néanmoins grand honneur au Gaulli; il a représenté, dans la coupole, le Couronnement delà Vierge ; Awi.'n les pendentifs (/rànjro/ï), lesÉvangélistes;Am\%\diiv\h\\\\Q, P Agneau mrjstiqne adoré par les Prophètes ; dans la voûte de la chapelle de Saint-Ignace, Y Apothéose de ce saint fondateur des Jésuites. Il fit également les dessins des groupes d'anges, exécutés en stuc par Antonio Raggi et Lionardo Reti, pour accompagner la composition peinte dans la grande voûte.

Cette œuvre immense, à laquelle il ne consacra pas moins de quinze années ( 1667 à 1682), lui fut payée 12,000 écus. Il aurait obtenu une somme beaucoup plus considérable, si la bizarrerie et la violence de son humeur ne lui eussent aliéné les pères Jésuites. Ratti et Pascoli ont raconté longuement les démêlés qu'il eut avec eux à diverses reprises. Une anecdote suffira pour donner une idée de son caractère emporté. Après avoir terminé les plans et les dessins de la décoration du Gesù, il s'aperçut que le prix dont il était convenu avec le pèreOliva serait insuffisant pour lui permettre de donner à ses pensées tout leur développement. Il chargea le Rernin d'en parler au général des Jésuites, qui fit cette réponse courtoise : « Que Gaulli n'épargne ni la peine ni la dépense; il lui sera tenu compte de tous ses frais, et je le récompenserai dignement. » Or, un jour que le travail était déjà très-avancé , le pèreOliva, qui avait coutume de combler le Bachiche de toutes sortes de friandises, eut l'idée de placer 600 piastres sous un gros pâté qu'il lui envoyait. Gaulli, croyant que c'était là toute la somme que les Jésuites entendaient lui donner en surplus, entra dans une fureur épouvantable et jeta dehors le pâté et les piastres, sous les yeux du messager stupéfait. Le père Oliva, qui n'avait eu d'autre intention que d'offrir à l'artiste une gratification, s'offensa, à bon droit, du procédé. Il ne fallut rien moins que l'intervention du Bernin pour le calmer et faire rentrer dans ses bonnes grâces l'irascible Bachiche. Celui-ci, d'ailleurs, ne souffrait pas volontiers que l'on marchandât son talent , et peu de peintres firent payer leurs œuvres plus cher. Ayant été choisi par le Sénat de Gênes , sur la recommandation du cardinal Spinola , pour peindre la grande voûte du palais des doges , il prépara à cet effet une esquisse représentant le Tnomphe de la Ligurie; puis il se rendit à Gênes, en 1693, pour l'exécuter; mais lorsqu'il s'agit de traiter du prix, il éleva des prétentions telles que le Sénat retira ses offres et confia le travail au Bolonais Franceschini. Il fut, du reste, accueilli avec distinction par le doge Invrea et par d'autres gentilshommes de Gènes, et fit dans cette ville de nombreux portraits.

Plus tard, après son retour à Rome, Gaulli consentit, sur la demande du cardinal Spinola , à se charger de l'exécution de trois tableaux pour la salle du Petit Conseil du palais des Doges , mais il renonça bientôt à ce travail pour peindre la voûte de l'église des Saints-Apôtres. Il y représenta, dans un cadre long de quatre-vingt-sept palmes et large de quarante, le Triomphe de F ordre des Franciscains., œuvre considérable qu'il termina dans l'espace de cinquante jours '. Cette rapidité d'exécution, vraiment prodigieuse, ne se fait

" Queste figure talmente si spiccano, clie pare siano per piombar in capo a' riguardanti. (Ratti, Délie Vite de' Pittori, Scultori ed Architetti genovesi, t. II).

- Les Franciscains étaient convenus de payer cet ouvrage 2,000 écus; déjà le Gaulli avait reçu un à-compte de 500 écus,

GIOVANNI-BATTISTA GAULLI (1639). 5

que trop sentir dans les détails de la peinture. Le Bachiche n'avait plus, d'ailleurs, cette vivacité d'imagination et cette pratique, à la fois délicate et énergique, qui avaient fait le succès de ses premiers ouvrages. Cette

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