‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 87 sur 136 · MEYER-HEINE.SC · texte numérisé non relu

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décadence, qu'il semblerait naturel d'attribuer à son âge avancé (il avait soixante-sept ans quand il peignit la voiite des Saints-Apôtres), a été diversement expliquée par ses biographes. Quelques-uns ont prétendu qu'elle

quand, saisi tout à coup d'un bel accès de dévotion, il annonça aux révérends pères réunis en chapitre qu'il leur faisait la lemisp du reste.

out pour cause le chagrin qu'il éprouva de la fin tragique de son flls Lorenzo : ce jeune homme ayant été souffleté par son père en présence de ses camarades, l'ut si vivement alTecté de cette correction qu'il courut se jeter dans le Tibre '. Fou de douleur à la nouvelle d'une mort qu'il s'accusait d'avoir causée, le Bachiche chercha lui-même à mettre fin à ses jours. Pendant près d'un an, on dut le tenir enfermé au noviciat des .lésuites, à Montecavallo , où il finit par recouvrer un peu de calme; mais il est certain qu'à partir de cette époque, sa manière de peindre perdit de sa chaleur et de sa souplesse.

D'autres auteurs veulent que cette défaillance de son talent ait suivi de près la mort du Bernin ( 1680), qui n'avait jamais cessé de l'aider de ses conseils et de ses dessins. Voici à cet égard un passage intéressant tiré des notes que le savant Mariette a écrites sur YAbecedario d'Orlandi : « Le Bachiche avait une intelligence merveilleuse, et son génie le portait à exécuter de grandes machines. 11 faut croire cependant que ce génie avait besoin d'être aidé, car ce peintre, tout habile qu'il est, n'a paru grand et très-grand que lorsqu'il a été soutenu par le Bernin. Son beau plafond de l'église de Jésus, ses angles ou pendentifs de l'église Sainte-Agnès, à la place Navone, sont, à ce qu'on prétend, autant l'ouvrage du Bernin que le sien; et si quelqu'un le conteste, il ne pourra disconvenir que, lorsque le Bernin fut mort, il sembla que le génie du Bachiche avait été mis avec celui du Bernin dans le môme tombeau. Non-seulement ses ordonnances n'eurent plus la même beauté ni le même enthousiasme , mais on ne vit plus dans son pinceau ni la même suavité ni la même vaghezze. Il crut avoir jusqu'alors péché par défaut de couleur ; il voulut charger ses teintes et donner à ce qu'il peignait plus de vigueur; il n'y eut plus d'harmonie dans ses tableaux; ils parurent durs et secs et ne présentèrent plus rien d'agréable, témoin ce qu'il a fait aux Saints- Apôtres. Le Bachiche était la main dont le Bernin se servait pour exprimer en peinture ses idées neuves et piquantes; cette obéissante main se ployait à tout ce que le sculpteur voulait, elle ne cherchait point à épurer ni à rendre cette manière plus correcte; elle y eût perdu. »

Malgré tout notre respect pour l'autorité de Mariette , nous pensons qu'il y aurait injustice à dénier au Bachiche le mérite d'une exécution originale. Le Bernin lui a sans doute donné des avis et lui a peut-être fourni des dessins pour les grandes compositions de l'église du Gesù, mais comment, n'étant lui-même qu'un peintre terne et lourd, aurait-il pu lui enseigner le secret de cette exécution vive, spirituelle, harmonieuse et forte dont nous avons parlé?

(iaulli ne cachait pas, d'ailleurs, combien il était redevable aux conseils de son illustre ami; il disait avoir appris de lui notamment une méthode de traiter le portrait, qui lui réussit à meneille. Voici comment il procédait : après avoir arrêté les contours principaux du visage, il accordait à son modèle toute liberté de causer, de rire, de remuer la tête; selon lui, c'était le moyen le plus sûr de connaître l'expression habituelle de la physionomie; il saisissait cette expression pour ainsi dire au vol et la fixait sur la toile par quelques traits nets et rapides. Telles étaient, du reste, la promptitude et la souplesse de son imagination, qu'il réussit, à l'aide de simples indications verbales, à faire ressemblant le portrait d'un personnage mort depuis une vingtaine d'années et qu'il n'avait jamais vu ^. Sa réputation était si bien établie qu'il ne venait pas un étranger de distinction à Rome qui ne désirât être peint par lui. 11 fit les portraits des sept papes sous lesquels il vécut, depuis Alexandre VI jusqu'à Clément XI à qui il refusa le titre de chevalier du Christ, se prétendant indigne d'un pareil honneur ^ Ce dernier pontife désirait vivement que le Bachiche terminât au plus vite une série de cartons destinés à être reproduits en mosaïques pour la décoration de la petite

' Quelques personnes prétendent, dit Pascoli, que le jeune Lorenzo se noya involontairement en se baignant dans le fleuve.

* Ce portrait était celui du marquis Hippolyte Centurione ; il se voyait à Pise chez le petit-neveu de ce personnage, du temps de Ratti.

' Il donna une preuve non moins grande de sa modestie en refusant de peindre la voûte principale de Saint-André délia Valle, par respect pour les peintures dont le Dominiquin et Lanfranc avaient décoré le sanctuaire et la coupole de cette église. On raconte aussi que le roi Jean V de Portugal, pour lequel il avait exécuté un grand tableau, l'avait nommé son peintre ordinaire avec le titre de chevalier ; mais ce fut seulement à la mort du Bachiche qu'on découvrit dans ses papiers le diplôme qui lui avait été délivré à cette occasion.

GIOVANNl-BATTISTA GAULLl (1639). 7

toupole (le Saint-Pierre : l'artiste apporta la plus grande célérité à ce travail, et, lorsque ses esquisses furent achevées, il alla lui-même les mettre en place à Saint-Pierre, afin de juger de leur effet; mais il prit froid en s' acquittant de cette besogne, rentra chez lui avec la fièvre et mourut quelques jours après, le 2 avril 1709 ' On l'enterra en grande pompe dans l'église de Saint-Thomas in Pnsione. Il laissa un héritage de quarante mille écus, somme considérable pour l'époque, que se partagèrent ses trois fils.

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