‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 89 sur 136 · OMNIA VANITAS · texte numérisé non relu

OMNIA VANITAS

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Ce fut vraisemblablement dans les moments de répit que lui laissèrent ses travaux à Rome que Castiglione visita les principales villes d'Italie, Napies, Bologne, Parme, Modène, Venise, recevant dans chaque endroit l'accueil le plus flatteur et étudiant avec amour les chefs-d'œuvre des maîtres, en même temps qu'il dotait les palais de l'aristocratie des gracieuses productions de son pinceau. Il fit à Venise un iissez long séjour; les peintures du Titien, du Tintoret, de Paul Véronèse avaient pour lui un charme lout particulier, et il exécuta d'après ces maîtres, dit d'Argenville, « des études surprenantes. » Il trouva, d'ailleurs, dans cette ville des protecteurs zélés, entre autres le sénateur Sagredo, qui prenait un plaisir extrême à le voir peindre et (|ui lui lit do nombreuses commandes. Enfin sa bonne étoile le conduisit à Mantoue : son mérite y ayant été promplement reconnu, il fut présenté au duc Charles et à sa femme, Isabelle-Claire d'Autriche, qui le retinrent à leur service. Cette bonne fortune dut lui arriver vers 165i, époque où Baldinucci dit avoir vu, dans l'antichambre de la duchesse, un tableau d'animaux « vraiment merveilleux » qu(î venait de peindre

Benedetto *. La bienveillance de ses nouveaux Mécènes, qui lui accordèrent une pension considérable, et l'accueil empressé que lui firent les habitants de Mantoue le déterminèrent à se fixer définitivement dans cette ville.

Nous ignorons à quelle époque Castiglione dut retourner à Gênes pour y exécuter quelques-uns des nombreux tableaux que l'on voit dans cette ville et qui sont certainement postérieurs à son départ pour Rome. Soprani rapporte qu'il ne cessa pas de jouir d'im très-grand crédit dans sa ville natale^, et qu'il y fut souvent appelé par de riches citoyens, jaloux de lui confier la décoration de leurs palais, de leurs galeries. Son habileté à faire les portraits y fut particulièrement mise à contribution. On regardait comme des chefs-d'œuvre ceux qu'il avait faits des deux frères Raggio, Gio-Battista et Lorenzo. Celui du sénateur Marc-Antonio Rebuffo n'était pas moins admiré : « Il est si ressemblant, dit naïvement l'historien de l'école génoise, que quiconque connaît l'original et voit ce portrait s'écrie aussitôt : Voilà l'excellenlissime Rebuffo ! il est vivant, il ne lui manque que la parole ! »

Il est probable que la Nativité de l'église Saint-Luc, qui passe pour être le chef-d'œuvre de Castiglione, fut exécutée pendant l'un des séjours que cet artiste fit à Gênes, à l'époque de sa maturité. La composition de ce tableau ressemble beaucoup à celle de \ Adoration des Bergers que nous avons au Louvre. La Vierge regarde avec amour son divin Fils. Le vieillard .loseph, qu'anime aussi une tendre piété, invite d'un signe les arrivants à adr)rer le Messie. Des pâtres sont à genoux: les uns apportent des présents, d'autres jouent du chalumeau. Du haut du ciel, des anges contemplent le saint mystère: l'un d'eux encense le Dieu nouveau-né. Les Génois ont toujours témoigné la plus vive admiration pour cette peinture. « Benedetto n'a rien fait de mieux, dit Soprani. Le dessin de ce tableau est distingué ; les tons sont harmonieux et distribués avec art, les sentiments vrais et vivement exprimés ; tout dans cet ouvrage est surprenant, merveilleux. >> Cochin, dans son Voyage d'Italie, ayant cru devoir terminer l'appréciation, d'ailleurs fort élogieuse, qu'il fit de la Nativité de Saint-Luc par une légère critique du coloris, grande fut l'indignation des compatriotes de Castiglione. Ratti, qui publia quelque temps après une nouvelle édition de YHistoire de Soprani, releva vertement le voyageur français : « Selon son habitude de critiquer les meilleures choses, dit-il, M. Cochin a reproché au coloris de ce tableau de tirer sur le rouge, défaut qu'il a eu seul le talent de découvrir '. »

La renommée de CastigUone ne resta pas enfermée en Italie. Plusieurs des tableaux qu'il avait peints pour le duc de Mantoue, son protecteur, furent envoyés en cadeau par ce prince à diverses cours étrangères ; ils y furent très- goûtés et bientôt les commandes lui arrivèrent en foule de France *, d'Angleterre, d'Allemagne. A peine, dit Baldinucci, pouvait-il suffire à la besogne ; jamais, pourtant, il ne montra ni fatigue, ni faiblesse, tant étaient grandes l'habileté pratique et la franchise qu'il déployait dans le maniement du pinceau ! Je ne sais de qui d'Argenville apprit que « sa fortune ne répondait point à sa haute réputation, » et que, « sans ambitionner les richesses, il se contentait de les mériter. » Tous les autres biographes s'accordent à dire

' L'ouvrage intitulé Série degli Uomini i più illustri in pittura (Florence, 12 vol. in-4; 1777) dit positivement que ce fut à roccasion de ce tableau que Castiglione fut nommé peintre de la cour de Mantoue.

' M. Stirling, l'auteur d'un savant livre sur Yelasquez et ses œuvres, traduit de l'anglais par G. Brunet, et annoté par notre ami W. Biirger, dit (p. 137), en parlant du voyage que le peintre espagnol fit à Gènes en 1649, qu'à cette époque cette ville « n'était point dépourvue d'artistes habiles. Castiglione le vieux (ainsi nommé par M. Stirling, sans doute par opposition à Francesco Castiglione le fils), recommandable par son activité et par la variété de ses talents, ajoutait chaque jour à sa réputation en multipliant les tableaux d'autel, les études d'animaux, les sujets empruntés à l'histoire classique. « L'auteur de ces lignes paraît croire qu'en 1649 Benedetto n'avait pas cessé d'avoir sa résidence habituelle à Gènes; tous les documents dont nous avons fait usage pour notre notice contredisent une pareille supposition.

' Voici en quels termes s'est exprimé Cochin : « Dans une chapelle de l'église Saint-Luc, on voit un excellent tableau do Greghetto, dit Benedetto di Castiglione (sic). Il est bien composé, bien dessiné; les têtes sont très-belles et bien finies; les draperies peintes et dessinées avec finesse; la manière est assez grande quoique délicate ; la couleur cependant est un peu trop rouge. »

* Florent le Comte s'est grossièrement trompé (III, p. 192-193) en disant que Castiglione, auquel il donne le nom de Jean-Benedette Chatillon, fit plusieurs tableaux à Paris.

que ses travaux lui rapportèrent des sommes considérables. A dire vrai, il les dépensait aussi vite qu'il les gagnait. Il menait à Mantoue un train princier, vivant somptueusement avec sa famille, ne se refusant aucun plaisir et ne se souciant pas de faire des économies. Contrairement au manuscrit de Pio, qui le représente comme un homme violent, sachant se faire craindre et ayant pou d'amis, Soprani rapporte qu'il était d'humeur joyeuse, afliiblc, et qu'il disait avec esprit le mol pour rire. A force de coiuir les festins, il finit par être atteint de la goutte ; il en eut, aux pieds et aux mains, des attaques auxquelles, plusieurs fois, il faillit succomber. Mais, à peme hors de danger, il oubliait le régime prescrit et recommençait à faire même chère que lorsqu'il était bien portant. Un genre de vie aussi peu réglé lui occasionna, en 1670, une

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E.SOCOUlir.DEL-

DIOGËNE ( Fac-«imi7e d'après une eau-forte du maître).

attaque si violente qu'il fui enlevé au bout de peu de jours '. Il mourut en bon chrétien, dit Baldinucci, et, suivant le désir qu'il avait exprimé, il fut enterré dans la cathédrale de Mantoue, où l'on voit encore, sur un pilier voisin du baptistère, son portrait de profil dans un médaillon, avec ces mots en exergue : Jo. Benedictcs Castilioneus Januensis, et ce distique de mauvais goût :

Forte renascetur pingendi ars mortua cum te, Post te at semper erit, Castilione, minor » .

Le peintre Giovanni Cadioli, fondateur de l'Académie de Mantoue, qui rapporte cette épitaphi-

' Castiglione survécut cinq années à son protecteur, le duc Charles II, qui mourut, lui aussi, victime de son intempérance. L'art de peindre, qui est mort avec loi, renaîtra peut-être; mais après toi, Castiglione, il sera toujours au-dessous de ce (ju'il fut.

hyperbolique* cherche à la justifier en disant : « La délicatesse de la touche, l'élégance du dessin, la vivacité du coloris, la profonde intelligence du clair-obscur qui distinguent toutes les productions du Grechetto, mais, par-dessus tout, son long séjour à Mantoue ', qu'il a enrichie d'un très-grand nombre de ses œuvres, méritent bien que cette ville conserve de lui un honorable souvenir. »

Les éloges pompeux décernés à Castiglione par ses contemporains et par les écrivains du dix-huitième siècle n'ont pas été complètement ratifiés par la postérité. On a reconnu que, dans la peinture des sujets historiques, il manquait généralement de noblesse, de distinction ; sa manière de dessiner est un peu lâchée et il n'a pas la vigueur de touche qui convient aux grandes compositions. Comme peintre d'animaux et d'objets de nature morte (gibier, vases, ustensiles divers), il excelle à varier les groupes, à former des contrastes piquants ; mais pour la vérité et l'énergie de l'exécution, il est inférieur aux Hollandais et aux Flamands. Ses scènes moitié mythologiques moitié champêtres, et ses fantaisies philosophiques sur le néant des choses humaines ne sont pas dépourvues d'originalité ; parfois seulement, à force de vouloir paraître ingénieux, il lui arrive de tomber dans la bizarrerie. Si, comme praticien, il sut, ainsi que nous l'avons dit, s'approprief quelques-unes des qualités de Rubens, au point que certains de ses tableaux ont pu être confondus avec ceux du grand maître flamand, il est juste d'ajouter qu'il exagéra le plus souvent les imperfections de son modèle. La manière expéditive qu'il avait adoptée se fait sentir jusque dans ses meilleurs ouvrages, et il se borne, pour les fonds, à des indications par trop sommaires. En voyant quelques-unes de ses toiles dont la surface est à peine couverte et peinte tout en glacis, on est tenté de penser, avec Carie Maratte, qu'il était trop économe de sa couleur. Quant à l'abus des tons rougeâtres, signalé par Cochin dans la Nativité, c'est là, quoi qu'en ait dit Ratti, le défaut ordinaire des peintures de Castiglione. A dire vrai, nous ne saurions porter un jugement bien équitable sur les tableaux de ce maître : ils ont poussé au noir pour la plupart et ont perdu ainsi les qualités de clair-obscur qui, selon les connaisseurs du siècle dernier, faisaient leur plus grand charme. Toutefois, à la manière dont le docteur Waagen parle de certains ouvrages de Castiglione que l'on conserve en Angleterre, il semble que leur mérite soit encore parfaitement reconnaissable et justifie pleinement la haute estime dont cet artiste a joui.

A notre avis, c'est surtout comme graveur que Castiglione a droit d'être classé parmi les maîtres. Ses estampes, exécutées à l'eau-forte et retouchées au burin, ont toujours été très-recherchées. On remarque dans celles de sa seconde manière des effets de clair-obscur pour lesquels il s'est évidemment inspiré de Rembrandt. L'imitation est poussée jusqu'au pastiche dans une série de têtes d'hommes coiffées à l'orientale, études fort intéressantes, d'ailleurs, et qui ont presque toutes été copiées par Hertel. Benedetto maniait la pointe avec une légèreté et une vivacité peu communes. Il y a dans son œuvre des eaux-fortes traitées avec infiniment de verve et d'esprit, et de simples esquisses d'une fantaisie charmante. On rencontre aussi, dans quelques collections, des pièces signées de son nom et assez semblables à des aqua-tinta. Comme ce dernier genre de gravure n'était pas inventé du temps de Benedetto, on a dû chercher par quel procédé ces pièces avaient été exécutées. Bartsch croit avoir découvert ce procédé. Selon lui, Castiglione étendait sur une planche de cuivre polie une couche épaisse de couleur à l'huile ; puis, à l'aide d'un style de bois, il enlevait cette couleur « à proportion des demi-teintes et des clairs que son dessin exigeait. » La planche ainsi préparée, il faisait imprimer de la manière usitée. Les pièces obtenues par ce procédé devaient naturellement être uniques, car la couleur étendue sur la planche était entièrement enlevée par le papier de la première épreuve. Il en est donc de ces pièces, ajoute Bartsch, comme de certaines épreuves chargées de noir que l'on trouve dans l'œuvre de Rembrandt. Les morceaux de ce genre, exécutés par Castiglione, ont un aspect violent, presque fantastique ; le dessin, malgré sa largeur brutale, ne manque pas de caractère et dénote une main très-exercée. Peut-être faut-il voir dans ces étranges pochades des études préparatoires

' Descrizione délie Pitture, Sculture ed Architetture che si osservano nella città di Mantova. In-8; 1763. « Cadioli se trompe lorsqu'il place en 1665 l'époque de la mort de Benedetto. C'est également par erreur que Pio fait vivre cet artiste jusqu'en 1690.

et comme des maquettes d'après lesquelles l'artiste jugeait de l'effet que devait produire telle ou telle composition. Il est à remarquer, en effet, que la plupart des spécimens qui nous sont parvenus, — notamment quelques-uns de ceux que possède le cabinet des estampes, à la Bibliothèque impériale, — offrent le dessin en contre-partie de certaines eaux-forles de Benedetto. Cet artiste ingénieux employait un procédé non moins singulier et non moins expéditif pour obtenir des dessins de ses tableaux. Il esquissait

BACCHANTES KT SATYRES (Musée rtii [.ouvre).

son sujet sur la toile avec une couleur rougeàtre à l'huile, et tirait ensuite sur du gros papier une contre-épreuve qui ne ressemblait pas mal à un dessin à la sanguine fait d'une manière large. Lorsque la couleur était sèche, il terminait son dessin en l'ombrant au bistre. C'est en parlant de ce genre d'ouvrages et aussi des dessins exécutés par Castiglione à la plume et à l'encre de Chine, que d'Argeuville a dit : « Nous avons peu de dessins plus piquants que ceux de Benedetto ; ils sont pleins de feu et font leur effet comme des tableaux. Quoique les formes n'en soient pas bien régulières, il y règne une touche et un esprit qui ragoiltent infiniment les vrais amateurs. »

Comme tous les artistes en vogue, Castiglione eut de nombreux imitateurs; les plus habiles, parmi ceux qu'il fit à Gênes, furent Domenico Piola et l'abbé Giovanni-Agostino Cassana, dont on a souvent confondu les œuvres avec les siennes. On lui donne pour élèves son frère, Salvatore, et son fils,

Francesco'. Nous ne connaissons du premier] qu'une assez bonne gravure, datée de 1645, et représentant la Résurrection de Lazare. Francesco Castiglione continua la manière de son père, et après la mort de celui-ci, il resta au service des ducs de Mantoue. Il mourut dans un âge avancé, en 171C^ Le musée de Dresde a de lui un tableau curieux : le premier plan est occupé par deux nègres et par un nain qui joue avec un chien; au-dessus du nain on lit : Thonino di Maniua, et sur un plat que le chien lèche : il suo collega; dans le fond, le duc de Mantoue est à cheval, suivi d'une escorte. marils chaumelin.

' C'est par erreur qu'Orlandi a désigné Salvatore comme étant le fils et Francesco comme étant le neveu de Benedetto. Baldiiiucci s'est également trompé en les lui donnant tous deux pour fils.

- Suivant Lanzi , Francesco termina sa carrière à Gênes, où il fit beaucoup de tableaux d'animaux « que les connaisseurs médiocres attribuent quelquefois ii Benedetto. »

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Le catalogue du Musée du Louvre (édition de 1861) n'a pas enregistré moins de huit tableaux sous le nom de Castiglione (n°' 160-167). Le n° 165, Oiseaux et Animaux, est indiqué, il est vrai, comme pouvant être l'ouvrage d'un artiste de l'éi'ole flamande, et on nous a assuré que la prochaine édition devait le classer décidément parmi les productions anonymes de celte école. Restent donc sept tableaux incontestés, dont deux seulement (ce ne sont certainement pas les meilleurs) figurent dans les galeries du Musée : Melchisédech, roi de Salem, offrant des présents à Abraham (n°160) ; les Vendeurs chassés du temple (n° 162). Dans ces deux tableaux , les personnages sont com])létement sacrifiés aux animaux et aux ustensiles de toute sorte qui encombrent les premiers plans.

Les cinq tableaux suivants ont été relégués depuis plusieurs années dans les greniers du Louvre : V Adoration des Bergers, en figurines de 0,30. Gravée dans le musée Filhol. D'Argenville cite ce tableau, ainsi que les Vendeurs et deux paysages (les n°» 166 et 167), comme étant, de son temps, dans Id colleclion du roi. — Caravane (n° 163) : un bœuf debout, de profil, d'une belle couleur jaune tachée de roux, occupe le centre du tableau. — Animaux (n" 166) : cheval blanc, âne, poulets, canards, dindons, lapin, chèvres, béliers, sin;;es, paons, perroquets. Signé dans le coin, à droite : i;.-B. cASTiLio... GEMEN. — Bosse-cour (n° 167) : bœuf roux vu de face; ànon chargé d'une batterie de cuisine; chèvres, dindons, lapins, lévriers, etc. — Bacchantes et Satyres (n° 164) : ce tableau, dont nous donnons la gravure, est l'œuvre la plus importante que le Louvre ait de Castiglione. La couleur est blonde, légèrement rosée. La composition est la môme que celle de la Bacchanale de Turin ; il n'y a de changement que dans les accessoires et dans le fond du paysage.

Albi. Colleclion de M. V. Doat. — Le Départ de Jacob de chez Laban , une des bonnes productions du maître. « Les personnages sont pleins de mouvement et de vie; le paysage est splendide et du plus bel elfel. La couleur est claire, et la lumière, sans rencontrer de vives oppositions, se répand d'une manière uniforme, dans toutes les parties du tableau, en tons gris argentins d'un éclat vigoureux. » {Notice sur une exposition de peintures anciennes à Albi en 1863, par M. le docteur J. Bégué.)

Besançon. — Au Musée, Canards sauvages et Chiens barbets (douteux).

Obi.éans. — Au Musée, la Vierge et l'Enfant Jésus.

GÈ.NEs. — Dans l'église Saint-Luc , la Nativité, regardée comme le chef-d'œuvre du maître, gravée au trait dans l'ouvrage de Landon.— A Santa-Maria di Castello, la Vierge avec sainte Catherine et sainte Madeleine, tableau de toute beauté, dit le Guide de Gènes (1837), — A l'oratoire de Saint-Jacques-le-Majeur, Saint Jacques mettant tes Maures en déroute, composition pleine d'un admirable désordre, dit Soprani; citée par Ratti (1780) comme étant fort détériorée.

— A l'église Saint-Martin, Saint Bernard, abbc, en extase devant un crucifix.

Les tableaux de Castiglione sont en très-grand nombre dans les galeries particulières de Gênes. On peut consulter à ce sujet l'ouvrage publié par Ratti, en 1780, sous le litre : [struzione di quanto pub vedersi di più bello in Genova. Nous nous bornerons à citer les plus remarquables :

Ml palais Brignole-Sale {palazzo rosso), le Voyage d'Abraham et de sa famille, « fort beau, mais noirci, » dit Cochin, et {'Entrée des animaux dans l'arche. — Au palais Pallavicini, un Sacrifice à Pan et Romulus découvert par Faustulus, deux grands tableaux que le Guide de Gènes cite comme étant des meilleurs du Grechetto, mais qui, suivant M. Lavice (Musées d'Italie), ont tourné au pain d épice. — Au palais Giustiniani, Motse sauvé des eaux. — Au palais Durazzo, Agar et Ismaël; la mère lève le voile qui couvre son fils, crie et se retourne avec anxiété vers l'ange arrivant à droite. Du temps de Ratti , ce palais possédait plusieurs autres toiles de Castiglione, entre autres la Bacchanale, qui est aujourd'hui à Turin. — Au palais Balbi, Romulus et Remus; ce tableau était déjà très-noir lorsque Cochin le vil.

— Au palais Spinola , Noé faisant entrer sa famille et les animaux dans l'arche, et deux tableaux d'animaux. — Au palais Spinola, de la rue Neuve, le Voyage de Jacob, cité par le Guide de Gènes comme un des chefs-d'œuvre du maître. « Composition froide et altérée par le noir, » dit M. Lavice. Un Satyre assis et un Christ en croix, tous deux également noircis. — Au palais Faragina, quatre tableaux de gibier et d'animaux et le Massacre des Innocents. M. Lavice qualifie cette dernière composition de « croûte pain d'épice » et ajoute : « C'est le cas de dire à l'auteur : Retournez à vos moutons. »

Florence. — Au musée degli Uffizj, le Portrait de l'auteur; gravé dans le Museo Fiorentino, dans l'ouvrage intitulé : Série degli Uomini i più illustri in pittura (1773), dans ['Histoire, de Soprani, etc. ; — Circé métamorphosant les compagnons d'Ulysse, Médée rendant la jeunesse à Eson,

RECHERCHES ET INDICATIONS

iVoé faisant entrer les animaux dans l'arche, un Intérieur de Cuisine et un Paysage avec animaux.

Turin. — Au Musée : 1" une Bacchanale provenant du palais Durazzo, gravée par Paul Girardet dans la Gallcria realc di Torino. M. Roberlo d'Azeglio a dit, en parlant de cet ouvrage : « La composition de ce tableau est gracieuse et pot'liquo ; l'exécution vive et brillante... Les vases ornés de figures, les bas-reliefs de l'autel do Priape, les ustensiles et les divers accessoires sont traités avec une élégance et un bon goût qui justifient pleinement les louanges décernées à cetle peinture par Ratli. » 2" Marché aux volailles, ouvrage faible, suivant M. Lavice.

Venise. — Dans la galerie Manfrini, Les minimaux près de l'arche. — Cochin a fait le plus grand éloge d'une ^doradon des liais et d'une Entrée dans l'arche qui étaient, de son temps, dans le palais Sagredo.

Naples. — Aux Studj, une Mère caressant son enfant et deux autres tableaux représentant, l'un et l'autre, V Annonce aux Bergers,

Bologne. — Le marquis Filippo Ercolani, riche collectionneur du siècle dernier, possédait plusieurs beaux tableaux de Castiglione qui ont été cités par Ratti.

Mantoue. — Dans l'église de Saint-François, un Saint Antoine de Padoue, déjà fort détérioré du temps de Cadioli {Descrizione délie Pilture di Mantova).— Luigi Scaramuccia, peintre et graveur, contemporain de Benedetto, rapporte que plusieurs morceaux de ce dernier figuraient parmi les œuvres de Van Uyck, du Titien, du Guide, et d'autres maîtres célèbres, qui ornaient la villa Favorita, résidence des ducs de Mantoue. {Le Finezze de' pcnnelli italiani. par L. Scaramuccia ; 167i, p. 122.)

Milan. — Au musée Brera, le Déimrt des Hébreux pour la Terre promise : « Il y a plus de bétes que de gens, et tout cela est môle d'une façon désagréable à l'œil. » (Lavice.) — Au palais Verri, Orphée entouré d'animaux.

Madrid. — Au Musée Royal : l" Éléphants que des lutteurs préparent au combat, près d'un amphithéâtre; 2° Diogène cherchant un homme; il tient sa lanterne à la main et ne rencontre sur sa route que des bêtes, symboles de tous les vices. Ce tableau, que M. Viardol cite comme une œuvre remarquable, est la variante d'une des meilleures estampes de Castiglione. (V. ci-après.)

Munich. — A la Pinacothèque, Caravane au repos et Chameau conduit par un jeune More. « Bons échantillons de cet excellent peintre d'animaux, qui a su, à la différence des Flamands, les mettre en scène comme des personnages humains et leur donner l'expression des passions ou de» sentiments. » (Viardot.) L'éloge est un peu exagéré.

Dresde. — A la Galerie royale ; 1° Noé faisant entrer les animaux dans l'arche ; 2° Départ de Jacob pour Chanaan. Ce tableau et le précédent ont été payés 12,000 livres, à la vente de la collection Carignan, à Paris, en 1742; 3° Retour de Jacob et de Rachel. Ce tableau a été acheté par Guarienti, à Venise, en 1749.

Vienne. — Au Belvédère, deux compositions différentes représentant Noé faisant entrer sa famille et les animaux dans l'arche.

Dusseldorf. — Nicolas Pigage, dans sa Description de la Galerie électorale (1781),mentionnedeux tableaux faisant pendants : Abimélecfi renvoyant la femme d'Abraham avec des présents et Abraham partageant avec ses gens les dépouilles des quatre rois.

Saint-Péter?bourg. — A l'Ermitage, la Rtncontre de Jacob et de Rachel, Rebecca et Eliézer, Orphée chantant, Cyrus exposé et nourri par une lice. Ce dernier tableau est

probablement celui qui était autrefois dans la galerie du duc de Lincoln. (Voir ci-après.)

Rien dans les Musées de Berlin et de Londres. — Le docleur Waagen (Art's Treasures of Great Britain) cite plusieurs œuvres de premier ordre dans les galeries aristocratiques de l'Angleterre, savoir : au palais de Blenheim, un tableau do Bestiaux, « peinture très-soigneusement exécutée et très-élégante. — Dans la collection du marquis d'Exeter, à Burleig-House : i" La Vierge et l'Enfant (gravé par Bartolozzi), charmant tableau offert par Clément XIV au comt»d'Exeter, en 1774 ; 2° le Passage de la mer Rouge, « composition d'une grande richesse, l'une des œuvres capitales du maître.» — A Alton-Towers , une Caravane. — Dans la collection du duc de Bedford, à l'abbaye do Woburn, le Départ des Israélites pour l'Egypte. Cette toile a beaucoup noirci. — A l'institution royale de Liverpool, un Berger et son troupeau ; faible. — Dans la collection de lord Yarborough , à Brocklesby , une Caravane ; « la richesse de la composition, la finesse de l'exécution et la grandeur des proportions font de ce tableau le chef-d'œuvre de Castiglione {the large size, rich composition and careful exécution of this picture render it his chef-d'œuvre). ri — Chez le duc de Newcastle, à Clumber-Park, la Découverte de Cyrus, l'une des meilleures productions du maître. Ce tableau, i|ui a été gravé par Boydell en 1765, figurait à cette époque dans la collection du duc d'Oxford, à Houghion; il a fait partie des Trésors d'art exposés à Manchester en 1857. — Un tableau formant le pendant du précédent, et représentant X'Exposition de Cyrus, se trouvait en 1765 dans la galerie du comte de Lincoln; il a aussi été gravé par Boydell.

La célèbre collection de Boyer d'Aguilles, composée d'œuvres de choix, ne comi)tait pas moins de quatre peintures de Castiglione: 1° Moïse cachant dans le sable l'Égyptien qu'il avait tué ; 2» Moise conduisant son troupeau sur le mont Horeb ; ces deux tableaux, de forme ronde, ont été gravés par Coelemans, en 1782 : « Les compositions en sont singulières, dit Mariette, et partent d'un génie qui, s'étant frayé une roule particulière, cherche à s'écarter de toutes celles qui avaient été battues jusqu'alors parles autres peintres; » 3° Jacob quittant Laban pour retourner chez son père ; 4° Vanitas (musiciens, danseuses, buveurs, amants qui se caressent, etc.). Gravé par Coelemans, ainsi que le précédent. Suivant Mariette, les connaisseurs ne sauraient moins faire de convenir que « ces deux tableaux aussi parfaitement exécutés doivent être mis au rang des œuvres de premier ordre. »

Les ouvrages de Castiglione, principalement ses dessins, ont passé fréquemment dans les ventes publiques, surtout au dix-huitième siècle. Le Trésor de la Curiosité nous donne à cet égard les renseignements suivants:

Vente de la comtesse de Verrue (1737). — Un tableau représentant V Histoire de Jacob; retiré à 830 livres, payé 630 livres à la reprise de la vente.

Vente Crozat (1741). — Trois dessins, dont VEnIrée de Noé dans l'arche, qui fut vendue 133 livres, prix atteint par fort peu d'autres dessins.

Vente La Roque (1743). — VEnlèvement d'Europe, « magnifique morceau, de 29 p. sur 39 ; » 630 livres.

Vente do duc de Tallard (1736). — Jeune Femme assise à côté d'une vieille qui file; 301 livres.

Vente Mariette (1773), — Quatre dessins : 1° Troupeau conduit par trois bergers; très-beau dessin à la plume et au bistre, 360 livres; 2' Abraham, avec sa famille quittant son pays, dessin au pinceau et à l'huile sur papier, 271 livres; 3° et 4° V Adoration des Bergers (première pensée du tableau

de l'église Saint-Luc) et Saint Luc peignant la Vierge; ces deux dessins au pinceau trempé dans le bistre, ensemble 51 livres \ sou.

Vente du prince de Conti (1777). — 1° Une Marche d'animaux, tableau vendu 1650 livres à M. Ucmarels; 2° Marche d'animaux, dessin à la plume et au bistre, provenant du cabinet Lcmpereur, vendu 221 livres à M. Langlier.

Vente Vassal-Saint-Hubert (1779). — L'Entrée des animaux dans l'arche, tableau provenant de la collection Lempereur, 351 livres.

Vente de Julienne (1765). — M. de JuUienne, dit Mariette, avait deux tableaux ovales représentant: l'un la Charité {grav. par Michel L'Asne), l'autre la Foi; il les avait achetés comme étant du Poussin. Ils furent payés, à sa vente, ensemble 861 livres 17 sous.

La galerie Fesch possédait plusieurs tableaux de Castiglione : deux Paysages, avec animaux, formant pendants ; l'Entrée dans l'arche ; une Tête de mouton posée sur une table à côté de différents fruits, et un Intérieur de cuisine que le catalogue dit être, dans son genre, une des compositions les plus capitales du maître.

Le catalogue des estampes de Casliglione, dressé par Bartsch, comprend 67 pièces :

1. Entrée dans l'arche. — 2. Même sujet. Il y en a deux épreuves, l'une à l'eau-forte seulement, l'autre retouchée au burin. — 3. L'Enfant Jésus adoré par deux anges (première manière . — 4. Laban cherchant ses idoles dans les bagages de Jacob. — 3. Tobie faisant ensevelir ses morts. — 6. Résurrection de Lazare. — 7. La Vierge à genoux près de la crèche. — 8. La Vierge baisant l'Enfant Jésus (premièie manière). — 9. Adoration des Bergers (gravée d'une manière très-légère et presque seulement avec des points etdes traits entrecoupés). — 10. Apparition de l'ange à saint Joseph endormi. — 11. Dieu le jière, regardant du haut du ciel son fds nouveau-né. — 12. Fuite en Egypte, l'une des plus belles gravures du maître. — 13. Repos en Egypte (première manière). — 14. Invention des corps de saint Pierre et de saint Paul. — 15. Pan apprenant au jeune Olympe à jouer de la flûte. — 16. Fête de Pan. — 17. Satyre assis au pied d'un terme.— 18. Pan et trois satyres. —19. Les Quatre Animaux (cheval, chèvre, vache et chien) ; composition de forme octogone, très-rare. — 20. Les Trois Vaches, estampe trèsrare. — 21. Diogène cherchant un homme; une des plus belles estampes de Castiglione ; il n'a jamais achevé toutefois de graver le bras qui lient la lanterne. Nous donnons un fac-similé de cette gravure. — 22. La Mélancolie, femme assise au pied d'un mur ruiné, au milieu d'animaux, d'instruments et d'ustensiles divers; elle lit dans un livre d'astrologie et lient un pinceau à la main. — 23. Le Génie de Casliglione (voyez ce que nous disons de cette pièce dans la notice ; nous eu donnons une copie réduite, comme tète de chapitre); dédié par l'éditeur Gio-Giacomo Rossi au sieur de Merhue, seigneur de Clootvijck (bonarum artinm Mecenati digniss" ). — 24. Circé cherchant dans un tombeau les armes d'Achille ; celte estampe a manqué à

/'opération de l'eau-forte. — 23. Les Quatre Savants, avec

l'inscription: Tempnralis œiernitas. — 26. Femme assise au milieu ('e ruines, avec cette inscription : Vbi inleVibilitas, ibi virtus. — 27 Les Deux Hommes et l'Enfant dans les ruines: daté de 16,53. — 28. Jeune Pâtre à cheval, conduisant un troupeau de moutons. — 29. Lo Bagage au milieu du troupeau. — 30. Jounrs Bergers à la suite du troupeau (on a ime co])ie de celle estamje, par N. Dorigny). — 11. Portrait de l'auteur ( nous en doimons un fac-\imile en léle de notre notice) ; morceau charm^mt, d'un caractère tout à fait rembranesqne. — 32 à 47. Les petites têtes d'homme coiffées à l'orientale. — 48 à 53. Les grandes tôles d'homme coiffées à l'orientale. — 54. Le Jeune Homme à la toque ornée d'une plume. — 55. L'Oriental criant. — 56. Portrait d'Anloine-Jules Brignole-Sale. — 57. Portrait d'Augustin Mascardi. — 58-67. Les Essais de pointe (esquisses et études).

Parmi les eaux-fortes non décrites par Bartsch, et que possède le cabinet des estampes, à la Bibliothèque impériale, nous citerons une Fuite en Egypte signée GB (ces deux lettres accolées) Castiglionus Genuensis. L'âne boit dans un ruisseau, au premier plan; Joseph se retourne et regarde avec inquiétude un berger qui se cache derrière un arbre; à gauche, un autre berger fait passer à son troupeau un pont de pierre jeté sur une petite rivière.

Les pièces uniques obtenues par le procédé /lécrit dans la notice sont très-rares. Bartsch en a cité cinq qui existaient de son temps dans la collection du duc Albert de Saxe- Teschen, et qui depuis ont passé dans celle do l'archiduc Charles d'Autriche : A. Annonciation aux bergers. — B. Deux grands Anges volant au-dessus de la crèche. — C. Fuite en Egypte (en contre-partie de l'estampe n° 12, pour la Vierge et l'Enfant). — D. Résurrection de Lazare (à peu près du même dessin en contre-partie du n" 12\ — E. Trois Pâtres autour d'un feu. — A la Bibliothèque impériale, nous avons :

F. Invention des corps de saint Pierre et de saint Paul. —

G. Passage d'un bac à la lueur des torches. — H. Christ en croix. — L Enfant dans les ruines (partie gauche de l'estampe n» 27). — J. La Nativité.

Castiglione a été gravé par N. Dorigny, Saintnom, Le Blond, Guillaume Chasteau, Ch. Audran, Coypel, P. Monaco, Jos. Vanloo, T.Vercuys, M. Lasne, J. Mossin, C. Macé, Chatillon. Coelemans, Zanetli, Antonio Travi, Boydell, Fr. Bartolozzi (14 pièces), H. Winslansley, Joh.-Georg. Hertel, etc.

Il a sign.î ses propres gravures des différentes manières suivantes : Oio-Benedetto Castiglione Genocese, Benedetto Castiglione , Castiglione geiep ( Genovensis , invenit et pinxit), G. B. CastiUone, Gio. Bened' Castiglionus Genonovese, Gio. Bened»» Cas., Jo ou G. B ned' Castilionus Genovensis. Jo. Benedictus Castilione Januen. et G. Castilionus Genovese Fc. Un fac-similé de cette dernière signature accompagne le portrait placé en tête de cette notice; et voici celui de la signature que nous avons relevée sur le tableau du Louvre dont nous donnons une reproduction à la page 9 :

To \ BônecL. CêLS-h I/o n, uJ

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CARIS. — lUIMtlMEIllE POITBVrN. Rl'K nAMlBTTE " ET 4.

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