‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 92 sur 136 · FLORISSAIT EN · texte numérisé non relu

FLORISSAIT EN

Le pape Sixte IV, fils d'un pécheur de Savone et qui avait commencé par être lui-môme marinier, fit construire dans cette ville, en 1482, une chapelle destinée à la sépulture de sa famille. Après sa mort (1484), son neveu, le cardinal Giuliano délia Rovere, qui plus tard devait monter à son tour sur le trône pontifical sous le nom de Jules II, chargea Giovanni Massone, d'Alexandrie, de peindre un retable pour cette chapelle. Cette peinture est aujourd'hui au Louvre. Elle se divise en trois compartiments cintrés, enfermés dans un cadre richement sculpté et décoré d'arcatures ogivales. La Nativité est le ^jet du compartiment central, qui est plus haut et plus large que les autres. La Vierge et saint Joseph, agenouillés en face l'un de l'autre, adorent l'Enfant-Jésus couché à terre sur un linge blanc, au milieu des ruines d'un temple antique. Au-dessus, le Pore Eternel apparaît entouré de six chérubins aux ailes de feu et précédé de deux séraphins portant une banderole sur laquelle on lit : Gloria in excelsis Deo et in terra pax homihus boe volutat. Dans le lointain, à travers les arcades du temple, on distingue une vaste campagne où est représenté en figurines le cortège des Mages et où serpente un large fleuve. Dans les compartiments latéraux, où se continuent le paysage et l'architecture du milieu, on voit, d'un côté, saint François d'Assise et le pape Sixte IV, de l'autre, saint Antoine de Padoue et Giuliano délia Rovere : les deux saints, en costume monacal, sont debout, la main appuyée sur l'épaule des deux autres personnages qui sont à genoux ; le pape est revêtu d'une magnifique chape de brocart d'or, et sa tiare est posée devant lui; le cardinal Giuliano porte un ample manteau rouge. L'ensemble de la composition a un caractère grave et solennel, auquel contribuent à la fois la noble tranquillité des attitudes et des expressions et la sombre vigueur du coloris. L'or qui étincelle dans les nimbes et sur les vêtements ajoute à cet effet mystérieux.

Ce beau retable porte la signature : Jonnes mazonus de Alexa pinxit. Ratti nous apprend qu'il fut exécuté en 1490 et payé 192 ducats [diocati di Caméra), somme considérable pour l'époque; Lanzi fait remarquer avec raison que le fait d'avoir été choisi par le cardinal suffirait pour prouver que l'auteur devait avoir la réputation d'un habile peintre. On ne connaît pas d'autre ouvrage de Giovanni Massone, et on ne sait rien de sa vie. Il est probaljle, comme l'a conjecturé Spotorno, qu'il n'est autre que le Giovanni d'Alessandria, qui figure parmi les plus anciens maîtres inscrits dans la matricule rfe Arte pictortim et scutariorum de Gène^, (Ms. de la Bibl. Berio).

Par son exécution, et surtout par son coloris, Giovanni Massone se rapproche un peu de Filippo Lippi et de Raffaellino del Garbo, dont il n'a d'ailleurs ni la science ni l'ampleur.

Musée du Louvre. — La Nativité, Ce retable a été gravé au trait dans le recueil de Landon (V. pi. 25). Le Catalogue du Louvre assure que Denon l'acheta, au prix de 3,000 fr., pour la collection de Louis XVIII. Le P. Spotorno (Storia ktteraria délia Liguria, II, p. 323) se serait donc trompé en prétendant qu'il aurait été transporté à Paris

à l'époque de la domination française (1805-181 i), au grand regret des habitants de Savone : « Questo prezioso depinto, condotto verso il 1490 con un amore grandissimo. ma non scevro da una certa secchezza propria di quel tempo, fu trasportato a Parigi sotto la dominazione francese e no è più ritornato al primo soggiorno ; con doloro

de' buoni Italiani, che il Massone conoscevano sollanto per quclla tavola, e nullo per la storia ; e con dolore de' Savonesi, che si vedono privi di quclla memoria di due illustri Pontefici ch'essi sogliono riguardare corne lorcittadini. >■ Ce l'ut sur la place de la cathédrale de Savonc que fut bâtie en 1482 la chapelle funèbre, appelée depuis Cappella Ssslina, pour laquelle Massone exécuta son tableau. Sixte IV y érigea le tombeau de ses parents sculpté par deux autres artistes lombards, Michèle et Giovanni de Aria, de Pelo (diocèse de Cômo).

La signature Jonnes Mazonus, dont on a fait l'italien Gio-

vanni Massone, se traduirait plus exactement, selon nous, par Giovanni Mazzone ou Maizoni. Ce dernier nom a été porté par plusieurs autres artistes , notamment par Gaetano Mazzoni, qui travailla avec Andréa Verrocchio et Lorenzo Lotto aax sculptures du tombeau du cardinal Forteguerri (mort en 1473), dans la cathédrale de Pistoja; — parGuido Mazzoni, sculpteur de Modène,dit le Modanino, qui travaillait à Naples en 14'.)5 et fut emmené en France par Charles VIII, — et parGiulio Mazzoni, peintre et sculpteur, élève de Daniel de Volterre et de Vasari.

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