FLORISSAIT EN 15IG
La signature Lavuentivs. Papien. Fecit. MDXIII, se lit sur un tableau du Louvre qui décorait autrefois la chapelle des Multedi, dans l'église Saint-Jacques, à Savone, et qui représente la Famille de Jésus.
Cette composition n'embrasse pas moins de dix-sept figures, dont les noms sont écrits sur desbanderoUeset qui sont groupés au premier plan d'un paysage accidenté. Au milieu, la Vierge, assise et tenant sur ses genoux l'Enfant Jésus, incline doucement sa tête blonde vers l'épaule gauche. A ses côtés, et un peu audessous d'elle, ses deux sœurs, Marie fdle de Cléophas et Marie fille de Salomé, sont assises dans une attitude symétrique, ayant devant elles ou sur ehes leurs six enfants demi-nus. Ces hambini forment, avec leur petit cousin Jésus qui se penche pour les bénir, un groupe bruyant et charmant, un peu confus toutefois, dont ne s'effraient pas de jolis oiseaux sautillant parmi les pierres et les fleurs, sur le devant du tableau . Dans les coins, et comme pour veiller sur ces « innocents », se tiennent, gravement assis, Zébédée et Alphée, époux de Marie Cléophas et de Marie Salomé. Derrière la Vierge, enfin, on voit Joseph, son époux, Anne, sa mère, et les trois maris de celle-ci, Joachim, Cléophas et Salomé. La vieille Anne, un livre à la main, et la tète encapuchonnée d'une draperie de pourpre, domine majestueusement ses nombreux rejetons. Dans le fond, à droite, s'élève un grand arbre où d'autres oiseaux sont perchés, et l'on aperçoit, sur une hauteur, des constructions vivement éclairées par le soleil. Ce lointain a quelque chose de la chaleur et de la Umpidité des paysages de Gentile Bellini. Les oiseaux sont peints avec un soin qui dénote un artiste épris de la réalité. Les personnages sont vêtus de costumes orientaux aux riches couleurs; leurs types sont un peu monotones et n'ont rien d'idéal : on y découvre un véritable air de parenté, et nous ne serions pas étonnés que la famille Multedi, pour laquelle ce taiileau a été exécuté, eût fourni des modèles à l'artiste. Le plus grand tort de cette composition est de manquer d'élégance et de fermeté dans les lignes; elle est loin, en tous cas, d'offrir la pure et savante accentuation que nous avons admirée dans l'œuvre de Picr-Francesco Sacchi.
Soprani ne dit rien du « Laurentius Papiensis » qui a peint cotte Famille do Jésus. Ratti est le premier qui ait signalé ce tableau, en ajoutant qu'on voyait au-dessus un Saint François recevant les stigmates, sans doute du même auteur. Lanzi suppose que cet artiste peignait sur toile dans le même temps qu'un autre artiste pavésan qui a signé : Donatus cornes Bardus Papiensis, un Christ en croix appartenant à un hôpital
de Savoiie. Les catalogues du Louvre, publiés eu 1830 et 184 1, rangent Laurcntius parmi les artistes de l'école llamande! M. Villot, dans sa Notice des tableaux du, Musée national, éditée en 1849, reproduit la signature et replace dans l'école italienne « Lorenzo di Pavia », sur lequel, dit-il, on ne possède aucun rcnseignenient biograpliique. Dans un passage de la Storia letteraria délia Liguria{U, p. 324), Spotorno émet l'avis que Laurcntius Papiensis ou Lorenzo Pavese pourrait bien appartenir à l'anticiue famille Pavese, de Savone, dont un membre, Silanus Papiensis, signa la convention intervenue entre celte ville et Gènes, en 1521; mais, ailleurs (IV, p. 202), le môme écrivain, mieux avisé, estime que ce Lorenzo n'est autre que « Laurcntius de Faxolo ' », inscrit dans la matricule de VArte pictorum et scutariorum de Gènes, et dont le fds « Bernardino Fagiuolo di Pavia, — ligliuolo del fù Lorenzo — » était conseiller adjoint de celte même corporation, en 1520.
C'est évidenuiient à ce dernier maître qu'il faut attribuer le tableau inscrit au catologue du Louvre sous le nom de Bernardino di Fassolo, et qui porte la signature : Beunardinys. Faxolvs. de Papia facieiiat f 1518. Le sujet de cette peinture est la Vierge avec l'Enfant Jésus. Marie, enveloppée d'un manteau vert posé sur sa chevelure rousse, est assise sur un siège de pierre derrière lequel se déroule un rideau de pourpre. Son visage, du galbe le plus pur et le plus noble, est légèrement tourné vers la gauche; ses grands yeux, demiclos, laissent tomber sur la terre un doux regard. Le bambino, qu'elle soutient sur ses genoux, se retourne vers la droite, d'un air moitié effrayé, moitié souriant, un bras passé autour du cou de sa mère et l'autre main accrochée à son manteau. Une gaze imperceptible, enroulée autour des hanches, est le seul vêtement de l'enfant divin. Des tiges de lierre grimpent de chaque côté du groupe; le rideau, relevé dans les coins, laisse voir un paysage montagneux, où l'on aperçoit un château-fort.
L'influence de la grande école milanaise est ici incontestable. Le type de la Vierge, au nez droit et fin, aux yeux fendus en amande, à la bouche mignonne, est celui que Léonard et ses élèves ont si souvent reproduit. Au reste, l'excessive fermeté des contours, la belle carnation blonde de l'Enfant, la chaude et puissante harmonie des couleurs, et l'intensité du clair obscur sont autant de caractères auxquels il est impossible de méconnaître un adhérent de cette école. Des repeints d'une excessive maladresse ont malheureusement gâté cet ouvrage, surtout dans la tète du bambino ; les plis du manteau ont beaucoup perdu aussi de leur souplesse et de leur légèreté.
Lanzi raconte que ce tableau, dont il a relevé la signature en substituant le mot fecit au mot faciebat, fut exposé à Rome vers la fin du siècle dernier, et qu'il y excita l'admiration des connaisseurs par l'analogie de sonslyle avec celui de Léonard de Vinci. « Ce fut, dit-il, une chose qui parut nouvelle à Rome qu'un si grand peintre se présentât seul à notre siècle, sans l'appui d'aucun historien. » Il ajoute que le prince Braschi fit l'acquisition de l'œuvre de Bernardino pour sa belle galerie.
C'est un hasard heureux que celui qui a réuni dans notre Musée national les seules peintures authenliqucs que l'on connaisse aujourd'hui de Lorenzo et de Bernardino di Pavia. Elles diffèrent, d'ailleui-s, si complètement de style, qu'en l'absence des documents que nous avons cités, on serait loin de soupçonner que l'auteur de l'une fut le fils de l'auteur de l'autre. Et celte dilîércnce est d'autant plus élonnantc qu'elles ont été exécutées à cinq ans d'intervalle. Lorenzo tient davantage à l'ancien style; il admet encore des dorures dans le champ de ses tableaux ; il appartient au xv" siècle *. Parmi les peintres lombards de cette époque, avec lesquels il ait quelque affinité, nous ne voyons guère que Bartolommeo Bononi, dont le Louvre possède une si belle peinture signée : Opvs Barlholomei Boyionii civis Papiensis, 1507. Il n'a pas la correction savante et le dessin expressif de cet artiste, mais il s'en rapproche beaucoup comme coloriste. Quant à Bernardino, nous ne saurions affirmer qu'il ait eu le Vinci pour maître, mais il l'a certainement pris pour modèle. Aussi ne sommes-nous pas surpris que le docteur Waagen se soit cru autorisé à lui attribuer une Sainte Famille, du musée de Berlin, qui figurait autrefois dans la galerie Giustiniani, sous le nom de Bernardino Luini et à
' Faxolo, Fasolo, Fassolo, Fagiulo sont autant d'oi'tliographes différentes, suivant les localités, du mot Fagiuolo, qui signifie haricot, comme le latin faseolus d'où il est dérivé et d'où vient également notre mot français flageolet.
^ Xûus avons probablement au Louvre un do ses derniers ouvrages; nous savons par le manuscrit de la bibliothèque Bcrio qu'il était mort on 1520, à l'époque où Bernardino devint conseiller de la corporation des peintres.
ÉCOLE GENOISE.
laquelle M. H. Dclaroclie a consacré les lignes suivantes dans son Catalogue de cette célèbre collection 'Paris, 1812) : « La Yierge et saint Joseph lisent la Bible, tandis que l'Enfant Jésus repose : il est entièrement nu, les jambes croisées l'une sur l'autre, la tôte appuyée sur sa mère et le bras droit tombant; pose gracieuse qui a fourni à l'artiste le moyen de représenter un abandon et des raccourcis qu'il a parfaitement rendus. On ne peut offrir une production plus séduisante par sa simplicité, la fraîcheur de son coloris et le précieux de son exécution. M. Visconti la regarde comme une des plus belles du maître (B. Luini). »
Un « Leonardo Faxolus » dont Spotomo a relevé le nom sur la matricule des peintres établis à Gènes au xvi* siècle, appartient vraisemblablement à la môme famille que Lorenzo et Bernardino. On a confondu quelquefois avec ce dernier Giovanni-Antonio Fassolo ou Fagiuolo, né à Vicence en 1528, et mort en 1572 : celui-ci s'était formé sous la direction de Paul Veronèsc et de Zelotti; il imita avec succès le premier de ces maîtres, notamment dans une Piscine probatique, de la pinacothèque de Venise, qu'il peignit pour une église de Vicence et dans trois sujets de l'histoire romaine dont il décora le soffile du palais Prcfettizio dans la môme ville. Le musée de Dresde a de lui un portrait de Dame vénitienne provenant du palais Grimani Galergi, et deux tableaux religieux d'une authenticité douteuse.
Musée du Louvre. — Le tableau de Lorenzo di Pavia, que Ratti intitule Généalogie du Christ, était catologué autrefois sous le titre de Sujet mystique et sous le nom de Laurentius parmi les ouvrages de l'école flamande appartenant au Louvre. M. Villot s'est trompé en écrivant qu'il avait été cité par Vasari ; c'est « par Ratti » ou « par Lanzi » qu'il aurait dû dire. Il prétend, en outre, que cette composition était peinte originairement sur bois et qu'elle aurait été transportée sur toile, du temps du premier empire; ce qui est en contradiction avec les affirmations de Lanzi, qui signale comme une particularité rare à la fin du xvi« siècle, que Lorenzo di Pavia « peignit sur toile ».
Le « Donatus Comes Bardus Papiensis, » à qui cette particularité était commune, suivant le même auteur, et dont le nom italien devait êtreDonato Conte Bardodi Pavia»
avait-il quelque rapport de parenté avec le Bernardino de'Conti di Pavia, que Lomazzo cite comme florissant en 1500, et travaillant « con bella e vaga maniera », et dont il y a, au Musée de Berlin, un beau portrait de cardinal, peint sur bois et signé : Bernardinvs de Comitihvn Elatis Ann. XVIL MCCCCLXXXXYIUl die XV Marli%?
La Vierge de Bernardino Fagiuolo a été gravée au trait dans le Recueil de Landon (IV, pi. 1). On a cru devoir la reléguer, depuis plusieurs années, dans les greniers du Louvre, à cause des repeints qui la déparent.
Musée de Berlin. — C'est sans doute d'après les caractères du tableau du Louvre que le savant docteur Waagen a cru devoir restituer à Bernardino Fassolo la Sainte Famille, peinte sur bois et non signée, provenant de la galerie Giusliniani.