‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 95 sur 136 · I50MC · texte numérisé non relu

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PANTALEO

Lorsque Perino del Vaga eut révélé les beautés du style de Raphaël, dans ses fresques du palais du prince Doria, l'École génoise abandonna pour toujours les anciennes méthodes et s'adonna avec passion à la peinture décorative dont ce maître lui offrait de si admirables modèles. Parmi les élèves que Perino initia personnellement à ce grand art, les plus zélés furent les frères Lazzaro et Pantalco Calvi : leur père, Agoslino Calvi, peintre d'origine lombarde, florissait à Gènes vers la fin du xv* siècle et s'y était signalé au nombre des novateurs qui supprimèrent entièrement la dorure dans leurs tableaux, réforme d'autant plus hardie que les doreurs formaient dans cette ville une corporation puissante, associée à celle des peintres. Soprani, qui vit des tableaux de cet Agostino, assure qu'ils étaient des meilleurs de ce temps-là [fra quelle cCallora son dette migtiori). Cet artiste était-il parent du « maestro Antonio da Calvis, » peintre de la même époque qui a signé une Vierge entre deux saints, exécutée pour un couvent de Pcrousc et venue au Louvre, il y a quelques années, avec la collection Campana * ?

' Ce tableau, qui ne manque ni d'originalité ni de vigueur, a été relégué en province, après la suppression du musée Napoléon 111(1874).

Pcriao dcl Vaga prit en affection les fils d'Agostino Calvi, et, désircu\ sans doute d'assurer leur succès, il poussa la complaisance jusqu'à leur donner des cartons et des dessins pour les travaux dont ils furent bicnlùl chargés. Les compositions, coloriées ou en camaïeu, dont ils ornèrent les façades du palais d'Antonio Doria, ont été vantées par Lomazzo à l'égal des Trioinjthcs peints par Jules llomain et par l'olydore de Garavage; Lanzi dit que les ligures de Prisonniers, qui y étaient représentées en diverses altitudes, étaient regardées « comme une école de dessin ; » Soprani y a signalé une frise ornée d'Enfants « d'un dessin si correct et d'une si bonne couleur que Perino lui-même ne les aurait pas peints avec plus d'habileté. »

Dans ces fresques, ainsi que dans celles dont les deux frères décorèrent ensuite les palais Pallavicini, Lercaro, Grimaldi, Sauli, etc., Lazzaro eut la part la plus importante; il possédait une imagination beaucoup plus riche et une plus grande facilité que Panlaleo, 'son cadet. Il exécuta d'ailleurs, sans la collaboration de celui-ci, un grand nombre d'ouvrages hors de Gènes; appelé à Monaco, en 1544, il y orna de grotesques le palais du prince; il travailla ensuite à Naples, et en rapporta, dit Soprani, l'autorisation de placer dans ses armes une tête de More qui figurait dans celles du haut pei'sonnage au service duquel il avait été employé.

De retour dans son pays, il afficha un orgueil et une ambition démesurés. Ayant la prétention d'être le plus habile peintre de Gênes, il ne sut soulîrir que d'autres lui fussent préférés; on assure même qu'il ne recula pas devant le crime pour se débairasser de la rivalité d'une jeune artiste formé à l'école des Semini, Giacomo Bargone, dont les débuts avaient excité l'admiration publique ; à un repas, auquel il l'invita, il lui fit boire du vin empoisonné, qui le rendit fou et aux effets duquel le malheureux jeune homme finit par succomber.

Lazzaro, comme tous les ambitieux, était avide de popularité; il s'entoura d'amis ardents et de partisans dévoués, qui saisissaient toutes les occasions d'exalter publiquement ses œuvres et de déprécier celles de ses concurrents. C'est ainsi que la Nativité de saint Jean qu'il peignit, en 1552, à Santa Maria degli AngioU, fut placée, par sa cabale, bien au-dessus des fresques exécutées dans le même édifice par Andréa Semini et Luca Gambiaso. Celte Nativité est assurément une de ses meilleures productions, mais elle ne vaut pas la Décollation de saint /eflji peinte par Gambiaso, et efic est même inférieure au Baptême du Christ, de Semini. Les éloges prodigués publiquement à Lazzaro décidèrent Adamo Genturione, qui avait fait construire la chapelle de Santa Maria degli Angioli, à le charger du soin de peindre le tableau du maître-autel, ouvrage qui a péri depuis longtemps. En revanche, le prince Doria, qui l'avait occupé précédemment à orner de grotesques une salle de son palais, lui préféra Luca Gambiaso et le Bergamasque pour les grands travaux qu'il fit exécuter dans l'église de San Mattco. Lazzaro en conçut un tel dépit qu'il délaissa la peinture pour s'adonner à la navigation et à l'escrime, et près de vingt ans s'écoulèrent avant qu'il se décidât à reprendre .ses pinceaux. Une longévité et une vigueur de santé extraordinaires lui permirent de réparer cette longue inaction; durant cette seconde partie de sa carrière, il décora une foule de palais et d'églises; à soixantequinze ans, il peignit une Pietà pour l'église de la Santissima-Nunziata di Portoria ; dix ans plus tard, il couvrit de fresques les murs et la coupole de l'église Sainte-Catherine, travaux véritablement étonnants si on a égard au grand âge de l'auteur, mais où l'on ne sent que trop raffaiblisscmcnt de son imagination et de son style. II mourut en 1607, âgé de cent cinq ans!,.. Son frère Panlaleo, qui l'avait précédé dans la tombe en 1595, laissa quatre fils : Marc-Antonio, Aurclio, Bcncdctto et Felice, qui se Uvrèrcnt à peu près exclusivement à la peinture à fresque ; Marc-Antonio, le seul qui ait eu quelque talent, ne paraît pas toutefois s'être élevé au-dessus de la médiocrité.

Gknf-s. — Palais Spinola (via ail' Acquasola), ancien palais d'Antonio Doria : les Exploits de la famille Doria, les Triomphes romains (camaïeux imitant le bronze), les Prisonniers et les Enfants, peints à fresque sur les façades de ■ce palais par les frères Calvi, étaient déjà fort détériorés

au dernier siècle; ce que l'on en voit aujourd'hui ne saurait donner une idée de cette magnilique décoration, mais suffit pour attester le talent de ses auteurs.

Les autres peintures que nous avons signalées dans la notice ont toutes plus ou moins souffert.

i6 ÉCOLE GÉNOISE.

GIOVANNI-BATTISTA CASTELLO dit le BERGAMASQUE

NÉ VERS 1503. — BOUT ru 1579.

Lo Bergamasquc, ainsi appelé du nom de sa ville natale, vint très-jeune à Gônes avec le peintre crémonais Aurelio Busso, élève de Polydorc de Garavage et de Maturino, qui, après avoir exécuté quelques travaux dans les palais Gatfanei et Grimaldi, partit subitement pour Venise, sans plus se soucier de l'enfant qu'il avait amené. Le signor Tobia Pallavicino recueillit Gastello, lui donna un maître de dessin et l'envoya à Rome pour y terminer ses études artistiques. Après s'être exercé dans cette ville à la pratique de la peinture, de la sculpture et de l'arcbitccturc, la Bergamasque revint à Gènes et s'employa d'abord à divers travaux dans le palais de sou protecteur ' : il peignit à fresque, dans la grande salle du premier étage, un plafond représentant Apollon et les Muses, et sur les côtés, les Arts libéraux, et il orna le portique des figures des Vertus. Il décora ensuite le portique du palais Grillo de grotesques d'une invention si originale et d'une exécution si brillante que Soprani, les considérait comme pouvant soutenir la comparaison avec les plus beaux morceaux de ce genre qu'il y eût à Gènes [tanto capricciose e brillanti, clie poche altre se ne veggono in Genova di Cf/wai ua^/ie^sœ) ; il peignit en camaïeu, sur la façade du même palais, des figures mythologiques, des médaillons, des festons et d'autres ornements, et exécuta à l'intérieur des fresques représentant le Festin offert à Enée par Didon (plafond), le Parnasse, Y Assemblée des dieux, etc. Les palais Impérial! et Salvago furent aussi décorés par lui de peintures dont plusieurs se sont conservées jusqu'à nous. Le premier de ces édifices lui est redevable, en outre, du dessin de sa belle porte et des ornements de stuc qui entourent les fenêtres.

Parmi les ouvrages que le Bergamasque fit pour les églises de Gènes, il faut citer en première ligne ceux qui lui furent commandés par le duc Gasparo Grimaldi pour San Francesco di Gastello et pour la Santissima Nunziata di Portoria. Dans cette dernière église, il travailla concurremment avec Luca Gambiaso et le surpassa, de l'avis des connaisseurs, en peignant le Jugement dernier sur les murs delà tribune. « Cet ouvrage, dit Lanzi, offre une composition savamment étudiée, en comparaison de laquelle les peintures latérales semblent indiquer que Gambiaso, par qui elles furent exécutées, s'était endormi, tant elles sont inférieures pour l'ordonnance et l'expression. » Les deux artistes, unis d'une étroite amitié, travaillèrent simultanément dans d'autres édifices, notamment dans l'église de Saint-Mathieu pour laquelle le Bergamasque fit un tableau à l'huile représentant un trait de la vie de cet apôtre ^ , et dans la chapelle de la famille Lercaro, à la cathédrale, où il peignit à fvesquesnv la \oùtclc Couronnement de la Vierge et diverses figures de Prophètes et de Patriarches. Soprani assure que, dans le tableau de l'église de Saint-Mathieu, Gastello imita de la façon la plus trompeuse la manière de Gambiaso; il ajoute toutefois, et Lanzi a répété après lui, que, malgré ce qu'il y eut de commun entre ces deux peintres nourris l'un et l'autre des traditions de l'école romaine, Gambiaso eut une imagination plus riche, un dessin plus élégant, une exécution plus souple et plus variée, et que le Bergamasque se montra plus savant dans la perspective et plus vigoureux dans le coloris.

Outre les peintures et les ouvrages d'architecture qu'il exécuta à Gènes, Gio.-Battista Gastello fit plusieurs statues, entre autres celle de VEspérance pour la chapelle des Lercaro. En dépit de ces nombreux travaux, il ne réussit qu'à faire des dettes, et, pour échapper à ses créanciers, il dut se résoudre à quitter Gênes furtivement. Il se rendit en Espagne. Gean Bermudeznous apprend que Philippe II, informé de son talent, le reçut en audience le 5 septembre 1567 ', et lui assigna des appointements annuels de 3000 réaux, avec obligation de résider à Madrid et de se rendre, dès qu'il en recevrait l'ordre, au monastère de l'Escorial, au

' Ce palais, situé rue Neuve, a appartenu depuis aux familles Carega et Cataldi.

^ Milizia [Memorie degli archilelli, 11, p. 73) attribue au Bergamasque la restauration qui fut faite de cette église en 1560, aux frais du prince Andréa Doria, et il a accordé de grands éloges à ce travail.

^ Soprani fait partir Oastollo de Gênes, en 1576, et ajoute qu'il arriva à Madrid après de longues pérégrinations. Palomino Yelasco prétend que ce fut Becerra qui, en revenant d'Italie en 1556, amena le Bergamasque en Espagne. Ce qui est certain c'est que les deux artistes ont travaillé ensemble à l'Alcazar de Madrid; et, comme Becerra est mort en 1570, la date de i 576 donnée par Soprani comme étant celle du départ deCastello, ne peut être que le résultat d'une erreur.

le chaieau du Prado et aux autres résidences royales; il fut d'ailleurs entendu que les ouvrages qu'il y exécuterait lui seraient payés en sus de sa pension.

A l'Alcazar deMadrid, où il fut d'abord employé, il aida le grand artiste espagnol Gasp. Becerra dans la décoration de la tour du midi, et il exécuta, dans la galerie du couchant, des fresques dont Bermudez a fait le plus grand éloge. Ces peintures ont malheureusement péri dans l'incendie qui détruisit l'Alcazar, le 24 décembre 173'i.

Le Berganiasquc eut ensuite l'occasion de déployer à l'Escorial son talent d'architecte; il construisit le grand escalier qui conduit du cloître à l'église et que LucaGiordano a décoré depuis de fresques remarquables. Cet escalier, formé de cinquante-deux degrés, a trois rampes décorées d'élégantes balustrades : celle du milieu aboutit à un vaste palier qui s'étend sur toute la largeur de la cage ; les deux autres, en retour, conduisent, à droite et à gauche, au cloître supérieur; les trois portes qui s'ouvrent au sommet de ces rampes sont d'un dessin riche et noble.

Selon Soprani, le Berganiasquc mourut en 1579, à l'âge de soixante-dix ans environ. Orlandi le fait vivre jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans. Palomino place la date de sa mort en 1570 et Bermudez en 1569. Ce dernier rapporte qu'il laissa en compte sur le trésorroyal une somme de 203,965 maravedis(unpeuplusde3, 000 francs), dont une partie servit à payer ses créanciers; le surplus fut remis à sa veuve Margarita, à son fds Fabrizio et à son beau-fils Niccolo Granello.Ge Niccolo étaitfils de Niccolosio Granello, élève d'OttavioSemini, qui mourut jeune, après avoir donné quelques preuves de talent, et dont la veuve fut épousée par le Bergamasque. Niccolo Granello et Fabrizio Gastello exécutèrent à l'Escorial des grotesques qui ont obtenu les éloges du père Francisco de los Santos.

Gio.-Battista Gastello, de Bergame, ne doit pas être confondu avec Gio.-Battista Gastello, de Gènes. Celui-ci étudia la peinture sous la direction de Luca Gambiaso et devint un des plus habiles miniaturistes de son temps. Appelé en Espagne par Phihppc II, il orna de miniatures les livres d'église de l'Escorial. Revenu dans son pays vers 1599, il mérita par ses travaux d'être affranchi, en vertu d'un décret spécial de la Sérénissimc République Génoise, daté de 1606, de l'obligation de se soumettre aux règlements de la corporation des peintres. Il mourut en 1637, à un âge très-avancé. Un de ses fils, nommé Girolamo, cultiva la peinture; un autre, Gregorio, s'adonna au négoce, fit fortune et acquit une principauté en Sicile.

Gênes. — Dans l'église de S. Francesco di Gastelletto, le Bergamasque orna la chapelle des Grimaldi de trois tableaux à l'huile: l'Adoration des Mages, la. Prière au jardin des Oliviers, l' Arrestation du Christ, et de six fresques, dont la plus importante, exécutée sur la voûte, représentait la Transfiguration. — A l'Annunziata di Portoria, il peignit les quatre Évangélistes au-dessus de la corniche du chœur, et le Jugement dernier, dans la tribune. — A la Cathédrale, fresques de la chapelle du Saint-Sacrement (fondée par la famille Lercaro) : le Couronnement de la Vierge (au milieu la voûte), des Prophètes et des Patriarches (sur les côtés). — A l'église de Saint-Sébastien : le Martyre de saint Sébastien, tableau à l'huile « riche en figures et soigneusement étudié dans toutes ses parties », ditLanzi. On prétend que P. Puget s'en serait inspiré pour sa belle statue de l'église Sainte-Marie de Carignan. — A l'église de Saint-Mathieu : le Christ, saint Pierre et saint Mathieu, tableau à l'huile.

Bergame. — Au dire de Ridolfi, le Bergamasque peignit, au-dessus de la porte de l'église du Gesù, une figure du Sauveur portant sa croix, et, dans la chapelle sépulcrale de Bartolommeo CoUeone, une fresque représentant uue Bataille (un Fatto d'armi). Andréa Pasta, dans son livre intitulé Le Pitlure notahili di Bergamo (1775), mentionne la figure du Sauveur comme une œuvre remarquable; mais il nous apprend que le Fatto d'ami ne se voyait plus de son temps; il ajoute que, suivant un ancien écrivain bergamasque, Muzio , les peintures de la chapelle de H. Colleone représentaient les Saints Protecteurs de la ville de Bergame, sur la voûte, et l'Histoire des quatre commandements exercés par Colleone pour l'Église, pour la République de Venise, pour la France et pour l'Espagne, sur les quatre murs. — Aucun biographe ne nous fait connaître à quelle époque de sa vie Gastello vint travailler dans sa ville natale.

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