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CESARE CORTE

lJjO-1613.

Voici encore une famille de peintres, originaire de Pavie, qui par ses travaux appartient à l'École génoise. Valerio Gorte (de Curtc, da Gorte ou délia Gorte), naquit à Venise, mais il eut pour père un gentilhomme pavésan. Il apprit, la peinture sous la direction du Titien. A l'âge de vingt ans, il vint à Gênes, avec l'inten-

^8 ÉCOLE GENOISE.

tion de s'embarquer pour la France et d'aller s'enrôler dans les bandes de Plelro Strozzi; jeune, élégant, instruit, beau diseur, il se fit bien vite des amis parmi les Génois; on le détourna de ses projets belliqueux et on le décida à rester dans une ville qui offrait, d'ailleurs, tant de ressources aux peintres de talent. Il s'y maria tout aussitôt avec la signora Ottavia Sofia, ce qui semblerait indiquer que l'amour ne fut pas étranger à sa détermination de renoncer au métier de condottiere. Il s'adonna spécialement à la peinture de portraits, et, au dire de Soprani, il s'y montra habile imitateur du Titien ; mais il finit par négliger complètement son art pour s'occuper d'alchimie, et dépensa son temps, sa santé, sa fortune, à la recherche de la pierre philosophai. Il mourut, en 1580, dans la plus extrême pauvreté.

Son fils aîné, Gesare Gortc, qu'il avait instruit dans les belles-lettres et la peinture et à qui un oncle maternel avait enseigné l'architecture militaire, mena une vie assez aventureuse. Il voyagea, dans sa jeunesse, en France et en Angleterre. Des peintures qu'il fit dans ce dernier pays attirèrent l'attention de la reine Elisabeth, qui le chargea de faire son portrait et qui, charmée du résultat, voulut le retenir à son service. Il préféra retourner dans sa patrie, où les protecteurs et les travaux ne lui manquèrent pas. Il fut pris en affection par le prince Alberigo de Massa, qui lui fit peindre, pour l'église San-Francesco di Gastelletto, une Assomption de la Madeleine, et, sur sa recommandation, il fut appelé par le grand-duc de Médicis, qui l'employa à des travaux de fortification ; mais au bout de quelques mois, poussé sans doute par son caractère fantasque et ennemi de toute sujétion, il s'enfuit nuitamment de Florence.

A Gênes, Gesare Gorte fit plusieurs tableaux pour les églises et pour les galeries particuhères. On loue surtout un Saint Pierre aux pieds de la Vierge, qu'il exécuta, en 1600, pour l'église Notre-Dame des Vignes, et le Supplice des luxurieux qu'il peignit pour le signer Filippo Pallavicino. Cette dernière composition, dont le sujet est emprunté à VEnfer du Dante, excita l'admiration des connaisseurs et des lettrés par la vivacité des expressions et la chaleur du style. Gabriello Chiabrcra lui consacra un sonnet des plus flatteurs. Ce poète, une des gloires de la Ligurie, a célébré aussi, dans une de ses délicieuses can^on^■, la beauté et les vertus de Geronima Fabiani, fille d'un gentilhomme génois et femme de Gesare. Celui-ci cultiva luimôme la poésie et se lia avec les principaux littérateurs de son temps. Comme peintre, il paraît avoir surtout réussi dans les portraits. Celui qu'il fit du cardinal Orazio Spinola a été très-vanté par Soprani. Dans une lettre relative aux nouveaux statuts proposés pour la corporation des peintres de Gènes, Gio.-B. Paggi écrivait de Florence à son frère, en 1591 : « Je suis heureux d'apprendre que le Gorte s'oppose à l'adoption de ces statuts plébéiens, comme tout galant homme devrait faire. Faites-lui mes compliments. J'ai vu de lui, à Pise, le portrait d'un vieillard génois que je crois être le grand-père du signor GiuUo Sale : ce morceau m'a plu infiniment. »

Gesare Gorte fut atteint, comme son père, d'une passion qui devait lui être fatale. Il s'éprit des idées de Luther et commenta l'Apocalypse dans un sens favorable à la Réforme. Dénoncé à la sainte Inquisition de Rome, il fut emprisonné le 30 décembre 1612, opposa, dix jours durant, les plus fermes réponses à ses juges, et finalement fit l'abjuration solennelle et publique de ses erreurs dans l'église S. Domenico, le 11 août 1613; après cela, on lui fit la grâce de le condamner simplement... à la prison perpétuelle, à des oraisons quotidiennes, à des confessions et des communions fréquentes, au jeûne le plus rigide tous les vendredis, etc. Le malheureux artiste succomba promptement à ce régime archi-saint. « Il mourut d'un accès de rage féroce, et ce fut là tout le fruit qu'il retira de la lecture des livres impies, » disent les biographes qui écrivaient du temps... de la sainte Inquisition.

Gesare forma deux des meilleurs peintres de l'École génoise, Bernardo Strozzi et Luciano Borzone. Son fils Daviddc, à qui il donna les premières leçons et qui eut ensuite pour maître le Sarzane, se signala par son habileté de copiste : il y a de lui, au Palais-Royal de Gênes, une fort belle copie d'une Madeleine aux pieds du Christ, de Paul Véronèse, dont l'original appartient à la même galerie et a été gravé, en 1832, par Girolaino Scotto. Davidde mourut de la peste en 1657.

Valerio Corte avait écrit une vie de son ami Luca Cam- | soin de donner des leçons à son fils Cesare. Soprani fait biaso à qui, suivant quelques auteurs, il aurait confié le I naître ce dernier en 1554, mais Ratti donne pour cette

naissance la date de 1550, qu'il dit avoir relevée sur les registres de la paroisse de Santa-Maria délie Grazie.

Gênes. — L'église Saint-Pierre de' Danchi possède le Saint Piètre peint par Gesare pour Notre-Dame des Vignes; ce tableau est signé: Cœsar Cortepinxit aiino 1600.

Église Santa-Maria del Carminé : Saint Simon Stock recevant le scapulaire des mains de la Vierge et Saint François recevant les stigmates, par G. Corte.

Sesthi di Levante. — Église des Dominicains : la Vierge, sainte Anne et sainte Catlierine, par G. Gorte.

LAZZARO TAVARONE

NÉ EN loôC — MORT EN IG41.

Après la mort de Luca Gambiaso, survenue en 1585, le soin de continuer les grands travaux qu'il avait commencés à l'Escurial fut confié il Lazzaro Tavarone, son meilleur disciple et son aide préféré. Lazzaro ne revint à Gênes qu'en 1594. « Il semblait, dit Lanzi, qu'il eût rendu à cette ville Luca lui môme, tant il avait bien saisi sa manière. Il s'était, néanmoins, formé une méthode de colorier à fresque, par laquelle, si je ne me trompe, il surpassa tous ceux qui l'avaient précédé dans son école, et tous ceux qui lui succédèrent, à l'exception de Giovanni Carlone. Il employait des tons gras, vigoureux, variés, et tels étaient la netteté et l'éclat de son pinceau que ses personnages semblaient agir sur un tliéâtre splendidement illuminé, au milieu d'une brillante et délicieuse harmonie. On souhaiterait parfois un peu plus de douceur à ses fresques; elles sont exécutées pour la plupart de manière qu'on les prendrait pour des peintures à l'huile. »

Le premier ouvrage que Tavarone exécuta, lorsqu'il fut revenu dans sa ville natale, est la décoration extérieure de l'édifice qui appartenait alors à la banque de Saint-Georges et qui depuis a été affecté li la Douane. Sur la façade qui regarde la mer, dans un compartiment central, il représenta Saint Georges tuant le dragon; tout autour, il peignit en camaïeu d'anciens patriciens génois, les uns couverts d'armures, les autres en costume civil ; il figura, dans le haut, les armes de la sérénissime République soutenues par les Vertus, et, sur les côtés, des Génies portant des instruments de navigation et des trophées. Au dernier siècle déjà, ce grand travail était presque effacé.

Gènes conserve heureusement un grand nombre d'autres peintures de Tavarone. Les plus remarquables sont celles dont il orna le chœur de la cathédrale; Gochin, dans son Voyage d' Italie, les traite avec sévérité (1) et, pour tout dire, un peu à la légère; en revanche, Lanzi en parle avec éloges et les regarde comme les meilleures productions qu'il y ait de lui dans les édifices publics de sa ville natale. Cette décoration est, assurément, l'œuvre d'un fresquiste rompu à toutes les difficultés de l'art : le Martyre de saint Laurent, qui en est le sujet principal, est une vaste machine, encombrée d'une multitude de figures et dont le caractère nous a paru plus pompeux que religieux; mais on ne peut nier qu'elle ne soit très-habilement ordonnée et éclairée. Le saint, étendu sur le gril, écarte les bras et lève la main droite vers le ciel; une draperie blanche, que le feu n'a pas encore roussie, couvre le milieu de son corps; les bourreaux, dans des attitudes pittoresques, attisent le brasier. On voit, à gauche, l'empereur Valéricn sur un siège élevé, et, à droite, les spectateurs dans une espèce de tribune. Au fond, une vaste arcade s'ouvre sur des galeries où sont groupés d'autres curieux. Enfin, une grappe d'an^'ioZ^est suspendue au ciel.

Le palais Adorno est rempli de fresques dans lesquelles Tavarone a retracé les actions mémorables des personnages de cette famille. On remarque surtout celles où il a représenté Raffaello Adorno conduisant de Noccra à Gènes le pape Urbain YI, pour le soustraire aux persécutions de Charles III, roi de Naples, et la réception faite à ce pontife par le doge Antoniotto Adorno.

Tavarone n'a laissé qu'un petit nombre de tableaux à l'huile : ils ne valent pas ses fresques.

Gènes. — Outre le Martyre de saint Laurent dont il a été question dans la notice, Tavarone a peint sur la voûte du chœur de la cathédrale les Saints protecteurs de Gênes,

et, dans la tribune, Saint Laurent montrant à Valérien les pauvres comme étant les dépositaires des trésors de l'Eglise. — Sur la voûte de Notre-Dame des Vignes, il peignit

(1) « Il y a quelque dessin, mais la couleur est mauvaise et la manière est dure.

ECOLE GENOISE.

l'Assomption et divers autres sujets tirés de la vie de la Vierge. — Dans l'oratoire de Saint-Ambroise, outre la fresque de la voûte représentant Dieu le Père, il exécuta onze tableaux à l'huile dont sept relatifs au saint patron de cette chapelle; les quatre autres représentent la Cène, le Lavement des pieds, la Prière dans le jardin des Olives et la Déposition de croix (au maître-autel). Ralti signale encore, parmi les compositions religieuses peintes à fresque par Tavarone, les Actes de saint Georges dans une chapelle de l'église Saint-Bénigne, et Soprani, divers sujets de la Vie de la Vierge, des Prophètes et des Sibylles, dans un oratoire de la Madone, voisin du couvent de S. Maria in Passione. — L'infirmerie des convalescents, dans le grand hôpital, est décorée d'une peinture de la Cène, signée et datée de 1626.

Sur le mur du portique du palais Adorno, Lazzaro représenta une Expédition militaire du doge Antoniotto,

ouvrage qualifié par Ratti de « cosa bellissima ». — Au palais Spinola (rue Neuve) : un plafond représentant lo Triomphe de Marc-Antoine, la Bataille d'Actium, la Visite de César à Cléopdtre et la Mort d'Antoine. — Au palais Serra : un plafond représentant les Hébreux recueillant la manne (cité par Ratti).

Aldaro. — Le palais Saluzzo a des fresques représentant divers traits de l'histoire de Gênes, entre autres la Réception faite par l'empereur Mathias à Giacomo Saluzzo, ambassadeur de la République. Dans la grande loggia, située au couchant, l'artiste a peint l'Arrivée de Christophe Colomb aux Indes. Soprani a fait un grand éloge de ces fresques.

Musée des Offices. — Le portrait de Tavarone peint par lui-môme.

Galerie Liciitenstein, à Vienne. — La Vierge debout sur un globe, les mains jointes.

Le Louvre possède un dessin attribué à Tavarone.

CASTELLINO CASTELLO

VERS 1579. — IGiO.

Bien qu'il fût assez proclie parent de Bernardo Castello, Castellino entra à l'école de Paggi, à l'exemple duquel, dit Lanzi, il se montra « compositeur judicieux, correct et élégant ». Il fit un assez grand nombre de tableaux d'églises, parmi lesquels on signale une Descente du Saint-Esprit, commandée par les religieuses du couvent du S. Spirito. Il exécuta plusieurs ouvrages pour le prince Alberigo de Massa et peignit, en 1623, pour l'abbé des bénédictins de San Giorgio, de Venise, un Saint Benoît et un tableau de genre représentant deux Enfants, dont l'un rit de l'autre qui pleure. En 1629, il envoya à Rome au cardinal Gio.- Domenico Spinola une toile que ce prélat lui avait demandée pour la basilique de Saint-Pierre, mais qui n'y put trouver place. Il réussit particulièrement dans l'art difficile du portrait. Il peignit plusieurs personnages des nobles familles Doria, Spinola, Serra, le duc d'Ansona et ime de ses maîtresses, les poètes Chiabrcra et Marino. Van Dycli lui-même désira qu'il fit son portrait et voulut faire, à son tour, celui de Castellino Castello, ce qui est, à vrai dire, le meilleur titre de gloire de ce dernier.

En 1647, Castellino se rendit à Turin, y fit les portraits de plusieurs gentilshommes, et fut présenté au duc Charles-Emmanuel II, qui le chargea de peindre sa fille et lui assigna une pension. Il mourut en 1649, laissant un fils, Niccolo Castello, qui hérita de son talent de portraitiste.

Gênes. — Église de Saint-Cyr : Jésus au milieu des docteurs et Sainte Catherine de Sienne. — Église de Saint-Joseph : Notre-Dame du Rosaire. — Église Santa-Maria del Car-

mine : Sainte Thérèse à gui la Vierge donne un collier. Sestri di Levante. — Église paroissiale : Martyre de sainte Catherine, « tavola molto stimabile » (Soprani).

GIOVANNI-DOMENICO GAPPELLINO

Gomme la plupart des artistes de l'École génoise, Cappellino fit d'excellentes études littéraires. Ses premiers tableaux, exécutés dans la manière de Paggi, son maître, offrent des qualités de composition et d'expression qui témoignent de la culture de son esprit et de la sûreté de son goût. Un Martyre de saint Sébastien, qu'il peignit à l'âge de vingt-deux ans et qui appartient à l'église de Sainte-Sabine, pourrait être attribué à un talent rompu depuis longtemps aux difficultés de l'art. Ses meilleures productions sont la Morl de saint François, qui se voyait autrefois dans l'église S. Niccolo di Gastelletto, et la Sainte Françoise faisant'parler une fdle muette, qui appartient à l'église S. Stefano. « Ces deux ouvrages, dit Lanzi, offrent.

dans leur ensemble, je ne sais quoi de neuf, et, dans les délalls, un choix de la nature, une vérité de sentiments, un charme de coloris qui encliantent les yeux. » Avant Lanzi, Soprani avait déjà signalé la Sainte Françoise comme étant le chef-d'œuvre de GappcUino. Cet artiste modifia, par la suite, le style qu'il tenait de Paggi : désireux d'atteindre aux dernières limites de la réalité et du patliéliquc, il assombrit sa couleur et outra l'expression. La Flagellation et le Couronnement d'épines, do l'église de Saint-Cyr, appartiennent à celte seconde manière.

GappcUino était un singulier original : il était réservé en paroles, cérémonieux, ponctuel et méthodique en toutes circonstances et en toutes choses; il marchait à pas lents, de peur de salir ses habits en soulevant de la poussière ; il poussa l'amour de la propreté jusqu'à refuser pendant plusieurs jours de voir sa mère qui s'était laissé choir dans la fange ; il fit plus, il aima mieux se laisser mourir faute de soins que de permettre à une garde-malade d'entrer dans sa chaml)re.

GKnes. — Soprani a fait un grand éloge d'un Martyre de sainte Agathe et d'une Sainte Agathe apparaissant à saint Didier, que Cappellino peignit pour l'église « Santa Agata presse al Bisagno ». Uatti nous apprend que le premier de ces ouvrages fut enlevé par les Autricliicns en IIM.

VoLTKi. — Église de Saint-Érasme : Saint André adorant l'instrument de son marti/re (cité par Ratti).

Baldinucci s'est trompé en donnant à cet artiste le prénom de Giovambatista.

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