‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 10 sur 136 · SAINTE CHRISTINE ET SAINTE GODJII.K · texte numérisé non relu

SAINTE CHRISTINE ET SAINTE GODJII.K

d’ailleurs : c’était l'exaltation d’un pape hollandais, Adrien IV, natif d’Utrecht. Ce pontife était peu favorable aux arts, particulièrement à la peinture que Jules II etLéonX avaient encouragée, celle desnudités mythologiques, dont l’admission sur les murailles du Vatican était pour lui un scandale ; mais Adrien était Hollandais, et il s’en souvint lorsqu’on lui présenta Sclioorel. Non seulement il lui commanda son portrait, qu’il envoya à l’Université de Louvain, mais il lui donna la conduite des travaux du Belvédère. C’est du moins ce qu’affirme Van Mander, et on peut l’en croire, si l'on se souvient combien fut profond le découragement des artistes

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italiens, à l’avènement d'Adrien IV, et de quelle manière en parle Vasari. « Heureusement, dit ee biographe, Dieu ne tarda pas à rappeler à lui ce pape hostile aux beaux-arts. » Adrien n'ayant occupé le Saint-Siège que pendant vingt mois, la faveur de Sclioore! ne fut pas longue. Il eut le temps, toutefois, de peindre quelques tableaux pour son compatriote, et, avant de retourner en Hollande, il fit de nombreuses études d’après Raphaël, qui venait de mourir, et d'après Michel-Auge, qui vivait encore. Le dernier de ces deux grands maîtres lit une impression si forte sur le peintre hollandais, que celui-ci ne put se défendre, par la suite, de mêler à son naturalisme quelques-unes des désinvoltures michelangesqnes, et ces fiers contrastes'de mouvements qui deviennent si fatigants et si affectés dans les simples imitateurs.

Arrivée Utrecht, il apprit que la fille de Cornelisz avait épousé un orfèvre d'Amsterdam, et il en ressentit une si vive douleur, qu'il ne voulut pas aller jusque dans la ville où il aurait pu rencontrer l'objet deses premières amours. Il s’arrêtadoncà Utrecht, chez le doyen du vieux monastère ( Outhminster ), nommé Lockorst, personnage très considéré et grand amateur de peinture. C'est pour lui qu'il peignit le tableau dont nous avons parlé, l'Entrée de Jésus-Chrit dans Jérusalem. La ville était représentée d'après les dessins que le peintre en avait pris sur les lieux mêmes. On y voyait Jésus monté suruhe ànesseet traversant une multitude de Juifs, empressés a étendre leurs manteaux sur son passage ou à répandre des fleurs. Cette peinture, si intéressante par l'exactitude inusitée du costume et la vérité des couleurs locales, fut placée, après la mort du doyen, sur sa tombe, dans la cathédrale d'Utrecht.

Vers ce temps-là, des troubles éclatèrent à Utrecht, par suite des querelles de l’évêque avec le duc de Gueldre. Schoorel nevoulant pas être mêlé aux Iuttessanglantes de la guerre civile, alla s'établir à Harlem. Là se trouvait un commandeur de l’ordre de Saint-Jean, Simon Saan. Le peintre avait connu à Rhodes le grandmaître de 1 ordre ; il se présenta donc chez le commandeur, qui lui lit bon accueil et lui commanda plusieurs tableaux, notamment le Baptême de saint Jean. « On y remarquait, dit Van Mander, de belles figures de lemmes, aux airs de tête gracieux, dans le goût de Raphaël, et levant les yeux vers le Saint-Esprit, qui descend du ciel sous la forme d'une colombe ; puis, dans le lointain, un paysage orné de figures nues. » C’est un côté charmant, en elle!, dans l’œuvre de Schoorel, que le paysage, et cet élément occupe chez lui plus de place encore que chez Albert Rürerou chez Mabuse. Ayant beaucoup voyagé et beaucoup vu, ayant dessiné les plus beaux sites de l'Italie, les côtes de l'Adriatique et les grandes îles de la Méditerranée, dans leurs plus magnifiques points de vue, il n'est pas étonnant que Schoorel ait donné tant d’importance et tant de

place à unepartie de l'art qui relève si directement delà nalure. lln'estpresque pasune de ses peintures où 1 on ne voie se dérouler, dans le fond, un port de mer italien, un de ces heureux golfes que protègent des montagnes rocheuses, au pied desquelles s’étendent lesplus riantes prairies. Rien n’égulelavariétéella saveur pittoresque des paysages de Schoorel. Tantôt ce sont des pays creusés de ravins profonds, accidentés de roches bizarres, qui relient des ponts naturels suspendus sur des précipices ; tantôt ce sont des montagnes percées de grottes qui témoignent des bouleversements produits par le déluge. Quelquefois, le peintre oppose à des hauteurs inaccessibles, à des pics sourcilleux, les onduleux mouvements d'une chaîne de collines boisées, où I on aperçoit, parmi la verdure, de petits villages bâtis en amphithéâtre. Toujours le sommet des pics est couronné d'un château-fort, dont les murailles, taillées dans le roc, se hérissent de clochetons et de tourelles. Il va sans dire que les fabriques jouent un grand rôle dans ces paysages, dont les dessins avaient été rapportés des plus belles contrées de la terre. Celles qui embellissent les fonds de Schoorel appartiennent, soit au style oriental, soit à l’architecture italienne du quinzième siècle, soit au gothique allemand, tel que nous le voyons figurer dans les estampes de Durer. Ainsi ombragés de forêts

raliatehis par des fontaines, sillonnés de rivières dont les ponts en ruines ajoutentau pittoresque de la vue, les paysages du maître hollandais sont d'autant mieux appropriés aux scènes de l’Évangile, que voyageant lui-même dans les pays que la Sainte Famille avait parcourus, il a pu se représenterà chaque pas la Vierge se reposant pour allaiter l’Enfant, au bord d’un ruisseau, et Joseph grimpant sur les tertres pour y cueillir des fruits au nourrisson de Marie, dès lors encadrée justement dans la nature qui fut témoin de ses angoisses maternelles et des pérégrinations du jeune Dieu.

JEAN SCHOOREL : 1493).

La réputation de Sclioorel, qui l'avait mis en relation avec les plus grands seigneurs des Pays-Bas, se répandit au dehors, et arriva jusqu'aux oreilles de François I". Ce prince, qui avait attiré à sa cour tant de peintres illustres, Primatice, Niccolo dell'Abbate, André del Sarte et Léonard de Vinci, crut devoir y appeler Jean Sclioorel; mais celui-ci refusa de s'expatrier. Connu du roi de Suède Gustave I", il prit la liberté de lui adresser, avec recommandation, un architecte hollandais auquel il confia un tableau de Vierge destiné au

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