‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 11 sur 136 · ÉGYPTE · texte numérisé non relu

ÉGYPTE

roi. « Gustave, en échange de ce tableau, fit expédier au peintre un cadeau royal, savoir une bague de prix, un manteau de martre zibeline, un traîneau qui servait ordinairement à Sa Majesté suédoise, tout le harnachement d'un cheval, et un fromage pesant deux cents livres. Mais ces présents n'arrivèrent pas jusqu’à Sclioorel: il ne reçut que la lettre portant la signature du roi, et dont le sceau avait été enlevé. » On peut juger par ces faits du crédit dont jouissaient alors les artistes supérieurs, et nul doute qu'il ne faille compter dans ce petit nombre un homme qui lut si célèbre dans le pays et dans le temps où florissait Lucas de Leyde. Mais la plupart des peintures qui avaient établi sa réputation n’existent plus aujourd’hui. Celles qu’il exécuta pour Notre-Dame d’Utrecht, église fondée par l'empereur Henri IV, furent transportées

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lui porta secrètement un paquet île hardes et quelque argent, au moyen duquel il gagna le jour même la ville de Delft. Il entra d'abord dans l’atelier de Jean Lucas et il y montra autant d'application que d’aptitude. Mais, peu de temps après, ayant ouï parler de Jean Schoorel, qui revenait d’Italie avec la réputation d'un peintre consommé dans son art et initié à de nouvelles manières, Martin l’alla trouver à Harlem et se lit admettre dans son école. L’élève en sut bientôt assez pour inquiéter son maître, qu'il imitait à s'y méprendre, si bien que Schoorel, se voyant serré de si près, en conçut, dit-on, de la jalousie et congédia Martin Heemskerk.

Martin se retira chez Jean Fopsen, qui, voulant mettre à profit les talents de son hôte, lui fit faire dans sa maison diverses peintures, notamment deux figures d'Adam et Eve, représentées entièrement nues, de grandeur naturelle, et deux autres figures, Apollon et Diane, que Martin peignit dans une chambre à coucher, sur le bois du lit. La femme de Fopsen, qui admirait beaucoup ces peintures, et qui avait un laible pour 1 artiste, ne voulait pas qu on 1 appelai Martin tout court ; elle disait à ceux qui venaient le demander qu’ils devaient l'appeler maître Martin pour rendre hommage à la supériorité de son savoir. Il est vraisemblable que Jopsen prit ombrage des sentiments que le peintre semblait inspirer à sa femme ; car maître Martin ne tarda pas à changer de domicile et s’en alla demeurer chez un orfèvre de la ville, nommé Josse Cornelisz, qui était aussi un curieux et pour lequel il lit quelques ouvrages.

Cependant Heemskerk avait la plus vive impatience de voir cette belle Italie d’où son maître Schoorel était revenu si habile et si fier. Mais ayant été reçu dans la communauté des peintres de Harlem, qui était placée, comme toutes les confréries de ce genre, sous l'invocation de saint Luc, Heemskerk, avant de partir, offrit pour son chef-d’œuvre à la communauté un grand tableau représentant saint Luc qui peint la \ierge et 1 Enfant-Jésus. Ce tableau, destiné à la chapelle des peintres, était exécuté dans la manière de Schoorel, manière encore sèche et dont les formes raides, les draperies anguleuses trahissaient un reste de style gothique. « La tète de la Vierge est fort belle, dit Van Mander, et son attitude est pleine de grâce. Sur ses genoux est jetée avec élégance une étoffe indienne aux couleurs variées, dont les plis sont rendus avec une vérité irréprochable. Les traits de l’Enfant respirent une douceur divine ; la tète du saintLuc, fidèlement copiée d’après celle d’un boulanger de Harlem, exprime l’attention d'un artiste qui peint d après nature, et sa main gauche, de laquelle il tient sa palette, est tellement en relief qu’elle semble sortir du panneau. Derrière saint Luc, on remarque la figure d’un poète couronné de lierre, qui passe pour être le portrait de Heemskerk lui-même. A-t-il voulu faire entendre qu’il cultivait la poésie en même temps que la peinture, ou que les peintres doivent être animés de l’esprit des poètes ? Je l'ignore. » On voyait encore dans ce tableau un ange qui tient un tlambeau allumé, et comme si la naïveté flamande ne perdait jamais ses droits, l’artiste avait orné sa composition d’un perroquet perché sur le bâton de sa cage. Dans le bas, il avait figuré une feuille de papier, collée contre la muraille avec de la cire, et sur laquelle on lisait : Ce tableau est l ouvrage de Martin Heemskerk, qui l'a "peint en l'honneur de saint Luc et en a fait présent à ses confrères. Nous devons le remercier nuit et jour de ce précieux cadeau et prier Dieu quil lait en sa sainte garde. Le panneau a été terminé le 22 mai 1532. Martin était donc âgé de trente-quatre ans lorsqu il peignit ce chef-d'œuvre que les magistrats de la ville achetèrent plus tard de la communauté et firent placer dans la chambre méridionale ( zuid-kamer ) de la cour des Princes.

Après avoir dit adieu à ses confrères, il partit pour Rome, muni de lettres de recommandation, qui, a son arrivée, lui valurent les bonnes grâces et l’hospitalité d’un cardinal. Au lieu de mener joyeuse vie en compagnie des peintres flamands, qui lui en donnaient l’exemple, Heemskerk s'appliqua avec beaucoup d ardeur à étudier les sculptures antiques et les ouvrages de Michel-Ange. Chaque jour il dessinait d’après ces grands modèles, mais, comme l’amour de la nature n’abandonne jamais un homme du Nord, il variait ses occupations en copiant les monuments et les ruines qui remplissent la ville éternelle et en peignant les paysages de la campagne de Rome avec tous les accidents qu'il y rencontrait. Il passa ainsi trois ou quatre ans à travailler avec tant d’assiduité qu’il acquit une science et une fermeté de dessin extraordinaires. La dernière année de son séjour, en 1536, on fit à Rome de grands préparatifs

.MARTIN HEEMSKERK i'U98,). 3

pour y recevoir magnifiquement l'empereur Charles-Quint à son retour d'Afrique. Antoine de San Gallo, qui était l'ordonnateur de la l'ète, y employa, dit Vasari, tous les artistes italiens ou étrangers, bons ou mauvais qui se trouvaient à Rome, buoni e catlivi, entre autres Martin (Heemskerk) aveu quelques jeunes allemands. Celui-ci, chargé d’une partie des grisailles qui devaient orner l’arc de triomphe érigé à Saint- Marc1, s'eu acquitta si bien que ses peintures et celles de Salviati lurent estimées les meilleures de toutes. Martin représenta sur l’arc des sujets de batailles entre les Chrétiens et les Turcs, qui étaient touchés

avec tant de fermeté et de résolution, qu il n'est pas possible de mieux l'aire. Comme l'ouvrage pressait extrêmement, les peintres allemands y travaillaient avec une promptitude merveilleuse et 11e le quittaient point ; on leur apportait souvent à boire, et du meilleur cru, de sorte qu'étant échauffés par le vin et ayant d ailleurs une grande pratique, il n’était pas surprenant que leurs ouvrages se ressentissent du feu dont ils étaient animés. » Après avoir cité ce passage de Vasari, Mariette ajoute dans ses notes sur YAbecedario : « Je 11e vois rien qui puisse faire douter que ce ne soit Martin Heemskerk dont il entend parler, car c est précisément le temps qu'il étoit à Rome; il estoit dessinateur, il inventoit facilement, mais il esloit surtout grand praticien. Tout s’accorde avec ce que dit Vasari •>

1 C esl-u-dire auprès du palais de Saint-Mare, sur la place de Venise, à une des exlrémilés du Corso.

- Ma venuto I an no 1536, mellendosi a ciriline ungrandissinioe sontuoso apparato da Antonio da San Callo per la venu ta di

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Martin Heemskerk habitait Rome depuis quatre ans environ, lorsqu'une aventure fâcheuse lui lit quitter précipitamment celle ville. Un jour qu’il était allé dessiner des ruines dans la campagne, un Italien de sa connaissance se procura l'entrée de son atelier, détacha deux toiles de leur châssis et les emporta avec quelques autres objets d'art. Heemskerk, à son retour, conçut des soupçons contre le véritable auteur du vol, alla droit chez lui et se Ht rendre ce qui avait été volé; mais, craignant de la part de cet homme quelque noire vengeance, il partit de Rome et s’en retourna dans son pays. « Il revint ici, dit Van Mander, riche d'une ample provision de dessins et la bourse garnie de pièces d'or. » Mais il n’avait échappé à des dangers peut-être imaginaires que pour en courir de réels et de terribles. Il avait reçu, à son départ de Rome, une lettre de recommandation pour un aubergiste de Dordrecht, dont la maison devint plus tard la Brasserie de l’Ancre. Heemskerk s’étant présenté à l’auberge, y fut retenu à souper et invité à passer la nuit. Il aurait accepté, bien qu’un amateur nommé Pierre Jacobs lui eût offert l’hospitalité, lorsqu ‘ayant aperçu un navire qui allait sortir du port, il eut l'heureuse idée de s’y embarquer. Quelques jours après, on apprit que cette auberge était un èoupe-gôrgc : l'hôte et ses gens lurent arrêtés, et la justice, ayant fait une descente dans la maison, y trouva une fosse pleine de cadavres. Une des filles de l’aubergiste s'était enfuie à Venise où elle vivait avec le peintre Jean de Kalcker. Mandée par les magistrats de Venise, elle déclara qu'elle avait fui la maison paternelle pour u’ètrc pas témoin des horreurs qui s’y commettaient, mais que les sentiments de la nature 11e lui avaient pas permis de dénoncer elle-même ses parents. Cet aveu parut sincère, et on lui rendit la liberté.

Heemskerk, de retour chez lui, se livra tout entier à son art. Sa première manière, qui tenait de celle de Schoorel, s’était beaucoup modifiée; ses contours n’étaient plus découpés aussi sèchement sur le fond, ses draperies étaient moins anguleuses, ses formes moins roides et moins pauvres. Toutefois, les habiles gens, dit le biographe llamand, jugeaient que Martin avait plus perdu que gagné à ses transformations; mais il était, lui, convaincu du contraire; si bien qu'un de ses élèves étant venu lui rapporter ce qu’011 pensait de son nouveau style comparé à l’ancien : Mon /ils, répondit-il, je ne savais pas alors ce que je faisais L Les premiers ouvrages où se montra le changement qui s’était opéré dans son esprit furent les volets d'un tableau destiné pour l’autel des drapiers. L’intérieur de ces volets représentait la Nativité de Jésus-Christ et YAdoralion des rois , et le dehors, la Salutation angélique. Bien que ces peintures fussent traitées d’une manière et dans un goût beaucoup plus italien que tudesque, on y retrouvait pourtant ce naturalisme qui prête à des figures historiques ou sacrées la physionomie d’un portrait. Toutes les tètes étaient copiées fidèlement, ou, pour mieux dire, strictement d’après nature, et Martin s’était peint lui-même parmi les hommes du peuple qui lui avaient servi de modèles. Par un autre genre de contradiction, très explicable d’ailleurs chez un artiste qui s’est dépaysé, Heemskerk avait multiplié les accessoires dans ces volets; il s’était complu à y rendre minutieusement les détails d’un pavé de marbre tellement poli que l’image de l’ange qui vient saluer .Marie s'y réfléchissait comme dans une glace. Il avait ainsi méconnu ce principe que lui avaient enseigné les grands maîtres italiens et que lui-même il répétait toujours à ses élèves ; « Tout peintre qui veut réussir doit éviter les enjolivements. »

Le style fier et violent, mais bâtard, que Martin Heemskerk fit voir à son retour d'Italie, fut désormais le sien. Il ne put jamais se défaire d’un certain goût barbare d'autant plus frappant chez lui qu'il est

CarloQuinlo imperatore... egli 1 Mattista Franco) si portomoltomegliochenonfecero alcunidicolorochefecero le storie dell' arco di san Marco; net quale luroiioollo storie, cioè qualtro per banda, che le migliori di tutte furono parte fatte da Francesco Salviati, e parte daun Martino ed altri giovani tedeschi, che per alloraerano venuti a Roma perimparare. Nelascero <li dire aqueslopropositocheil detto Martino, il quale molto valse nellecose di chiaroscuro, fecealcune batlaglie con tanta lierezza e si belle invenzioni in certi affronti e fatti d’arme fraChristiani e Turchi che non si puo far meglio. Equello chefu eosa nuira vigliosa, feceil dette Martino e suoi nom i ni quelle telecon tanlasolleciludineeprestezza, perche l’opéra fusse fini ta à tempo, che non, si partivano mai dal lavoro; e perche era portalo loro continuameiite da bere, e di buongreco, Ira lo stare fcempre ubriachie riscaldati dal furor del vino e la pralica del fare, feciono cosc sLupende.

1 Traduction manuscrite de Van Mander, par M. Kolloir.

MARTIN H Ë li'Jl S K K R K (11118

associe à une prétention qui lui est commune avec tous les imitateurs de Michel-Ange, et qui met en relief l'extravagance de ses inventions, de ses mouvements et de ses contours. Dans ce style, qui pourtant sur la lin s'étail un peu agrandi et tranquillisé, Heemskerk lit quantité de grands ouvrages pour les églises et les communautés religieuses. Van Mander en cite quelques-uns. « A Amsterdam, dit-il, dans 1 église vieille, Oude-Kerk , Martin peignit tes deux volets d'un tableau d’autel où sou maître, Scltoorel, avait déjà peint

le Christ en croix. Le dedans de ces volets représentait la Passion et la Résurrection de Noire-Seigneur: le dehors était décoré de figures en couleur de bronze; le tout d'une fort belle exécution. A Alkmaar, ou voyait de lui, dans la grande église, au maitre-autel, un autre Christ en croix, entre deux volets figurant la Passion de Jésus-Christ et le Martyre de saint Laurent. A Medenblick, le principal tableau de l'église était de sa main. Au village d’Eerstwoude, en Nord-Hollande, il fut chargé de composer deux volets qui devaient protéger le rétable sculpté du maltre-autel. Divisés en compartiments, ces volets étaient consacrés, sur la face intérieure, aux miracles de Jésus-Christ, et. sur l'autre côté, à divers épisodes de la vie de

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saint Bomface. A Délit, où il avait travaillé pour l'ancienne et la nouvelle église, il lit, dans celle de Sainle-Agathe, un triptyque représentant les rois mages, disposés de façon qu'il se trouvait un des mages sur le panneau central et sur chacun des deux volets. A l'extérieur du triptyque, Martin peignit en grisaille l'histoire du Serpent d'airain. Ce morceau capital lui valut une rente annuelle de cent florins.

Heemskerk, si hardi dans sa peinture, était un homme très paisible, fort timide et accessible à tous les genres de peur. Sa poltronnerie était si grande, que pour voir passer la revue des arquebusiers, il montait en haut du clocher de Harlem, croyant que c’élait le seul endroit où il lut à l'abri de 1 explosion fortuite des armes à l'eu. Lorsque les Espagnols vinrent assiéger la ville de Harlem, en 1572. le bourgmestre, connaissant les frayeurs de Heemskerk, eut pitié de lui et lui permit de sortir de la ville; Martin se retira à Amsterdam, chez son élève et ami Jacques Ranwaart. Mais la plus vive terreur de Heemskerk était de tomber dans l'indigence sur ses vieux jours. Aussi voulait-il être payé de ses tableaux en rentes viagères, et il portait constamment sur lui un grand nombre de ducats d'or cousus dans les doublures de son habit. Il avait épousé en premières noces une jeune et jolie personne nommée Marie, fille de Jacques Koning, et leur mariage avait été célébré par une comédie que jouèrent en public les rhétoriciens de Hatlem, mais la jeune mariée mourut en couches au bout de dix-huit-mois. Quelques années plus tard, Heemskerk se remaria avec une vieille fille qui n’avait pour toute beauté et pour tout esprit que beaucoup d argent. Malgré sa fortune, celte femme était si avide du bien d'autrui quelle achetait partout sans payer et trouvait ce qui n'avait pas été perdu. Martin, aussi honteux qu’affligé de cette conduite, s'en allait restituer à chacun ce que sa femme avait pris, et supplier qu'on ne la déshonorât point par un scandale. Bien que lui-même il aimât 1 argent, moins pour le plaisir d'en avoir que par la crainte d'en manquet, il était plein d honnêteté et de droiture. Un jour, il t enait d'achever pour son élève, Jacques Ranwaart, un de ses plus beaux ouvrages : les Quatre Fins dernières de l'homme ; c'était un tableau rempli de figures nues, très variées d’attitude et de caractère, et particulièrement remarquables par l'expression des frayeurs de la mort et des joies du paradis. Ranwaart, qui était un riche amateur de peinture et un giand admirateur de Heemskerk, lui versait sans compter des doubles ducats; mais l'artiste l’arrêta, en disant : » En voilà assez. >

On ne peut énumérer, dit Van Mander, tous les rétables, tous les tableaux commémoratifs, tous les portraits peints par Heemskerk, qui eut à la rois le goût incessant du travail et une prodigieuse facilité d'exécution. Lorsque la ville de Harlem lut prise par les Espagnols, ceux-ci s’approprièrent quantité d’ouvrages de Heemskerk et les envoyèrent en Espagne. \ in t ensuite la fureur des iconoclastes, qui détruisirent tout ce qu ils en purent trouver, de sorte que, du temps de Vau Mander, il en existait déjà fort peu en Hollande, feu d ai listes pourtant ont été plus léconds que Martin Heemskerk. Il est surprenant par l’abondance de ses inventions, par le nombre et la variété des figures que lui suggèrent sou imagination, sa mémoire ou ses portefeuilles : car il avait beaucoup vu, beaucoup retenu et immensément dessiné; enfin, par le rôle que joue dans ses tableaux une architecture inventée, dont les ruines de Rome ne lui ont fourni que les éléments. Heureusement que Théodore Cornbert, Philippe Galle, Jérôme Coek, Jacques Matbam, Jérôme Wierix, Herman Muller, Corneille Bos et autres nous ont conservé dans leurs estampes le plus grand nombre des ouvrages de Heemskerk. Ce peintre, s'il faut en croire Sandrart, aurait gravé lui-même à l'eau-forte quelques-unes de ses compositions' ; et eu effet, il est dans son œuvre quelques pièces qui sentent la main du peintre, par exemple l’estampe d’Adam et Eve, qu’on peut d'autant plus lui attribuer qu elle ne poite pas d autre nom que le sien. Cependant, Van Mander, qui fut le contemporain de Heemskerk, et qui le connut personnellement, dit en propres termes : « On ne peut pas compter le nombre des estampes laites d après Martin et la quantité de sujets ingénieux qu'il a mis au jour, bien qu'il n'ait pas gravé ui-même. »

1 C j? te ru ni metliodo quoque utebalurelegantissinià, tam calamo delineandi, quam œri roso exil i bondi quæpiam. A eudemia nobilissimæ artis picturiæ Nuremberg, 1 683).

M A H T I N HEEMSKERK lins,

Quoi qu'il en soit, on peut dire que Heemskerk est presque tout entier dans l’œuvre de ses graveurs, Dessinées le plus souvent, de pratique, ses ligures nues le sont avec beaucoup de science eide fermeté, dans un goût moitié italien, moitié barbare. Elles sont énergiques, rudes et assez Hères, mais sans élégance dans les mouvements, sans grâce dans les airs de tête et peintes sèchement. Sa manière de draper est assez bonne, parce que, voulant montrer son savoir et faire paraître les formes du corps sous les draperies,

il a évité de multiplier les plis et s'est ainsi maintenu, par pédantisme, dans une heureuse sobriété. Quelquefois, par la bizarrerie de ses costumes et le caractère de ses compositions, il rappelle Lucas de Leyde, notamment dans la suite des Histoires de Daniel. « La réputation de Martin Heemskerk a été autrefois si grande, dit Mariette, qu'on lui donna dans son pays le surnom de Raphaël des Pays-Bas. Cette dénomination lui convenait cependant très mal; car, loin d'être gracieux, comme Raphaël, il est tout à fait sauvage. On aurait pu, avec plus de vérité, l’appeler le Michel-Ange de son pays. » Martin Heemskerk mourut riche et sans postérité le 1er octobre 1374. 11 fut enterré dans la chapelle du côté du nord de la grande église de Harlem dont il avait été vingt-deux ans marguillier. Son testament portait que le revenu d'une de ses terres serait employé à l’entretien de l’obélisque en pierre bleue, orné d’emblématiques

fi CO LE HOLLANDAISE.

sculptures, qu'il avait fait élever sur la tombe de son père, dans le cimetière de Heemskerk, et que le revenu d'un autre domaine serait affecté tous les ans à doter une jeune fille qui viendrait se marier sur son tombeau.

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Le Musée du Louvrf. ne contient aucun tableau de Martin Heemskerk.

La Pinacothèque royale de Munich renferme onze tableaux de ce maître.

(1) Saint Benoît ay uni un livredanssa main gauche. Petite ligure, sur bois.

(2) Saint Maurice cuirassé tenant un bouclier et portant une enseigne. Petite figure, sur bois.

(3) Portrait d’un homme ayant un bonnet noir; ses deux mains reposent sur une table couverte d’un tapis vert. Derrière apparaît la Mort. Demi-figure, sur bois.

(4) L'empereur Henri le Saint, ayant une riche cotte d’armes par-dessus son armure brillante, porte, comme fondateur de l'évêché de Bamberg, le modèle de l’église cathédrale de cette ville; ses regards sont tournés vers sainte Hélène, quisetrotivede l’autre côté portant la sainte Croix dans la main droite. Le donateur et ses lils sont à genoux, sur le devant. Figures presque de demi-grandeurnaturellp, sur bois.

(5) Saint Jean l' évangéliste tient dans la main gauche la coupeempoisonnée, qu’on lui avaitprésentéedans un repas et lève la main droite sur cette coupe en la bénissant. A son côté se trouve sainte Catherine, épouse du Christ, parée comme une princesse et tenant un livre. La femme et les filles du donateur sont àgenoux àses pieds. Figures presque de demi-grandeur naturelle, sur bois.

(6) Flagellation d'un des saints frères Ewald , missionnaireenFrise. Petites figures. Peinture faite sousl’influence de l’école italienne. Sur bois.

(7) La conversion d'une femme. Petite figure, sur bois.

(8) Saint Ewald défend sa foi devant le juge. Petites figures, sur bois.

(9) La Décollation d'un missionnaire en Frise. Petite figure, sur bois.

(10) Un <les saints frères Ewald faisant ses adieux. Petites figures, sur bois.

(11) Saûit Ewald devant l'Empereur romain. Petites figures, sur bois.

S il est vrai, comme le dit Van Mander, que beaucoup de peintures de Heemskerk aient été envoyées en Espagne.il est surprenant qu’il ne s'en renconlreaucune dans les principaux musées de ce pays, notamment dans le musée de Madrid.

L’Angleterre est plus riche. On trouve à Ilampton-Court trois tableaux de Heemskerk : le Christ guérissant les malades, Jonas dans la haleine, et le Jugement dernier.

Vente Mariette, 1773. Soixante-dix-huit ruines, statues el monuments antiques dessinés à Home, à la plume, avec esprit. Au verso de presque tous ces dessins, il y en a d'autres du mèmegenrequi en doublent la quantité. 179 livres.

La statue équestre de Marc Aurèle, dessinée à la plume. 8 liv. s.

Vente du cardinal Fesch, Home, 1843. Le martyre de saint Étienne. Le saint à genoux : la foi, l’espérance et laplus courageuse résignation éclatenten lui et triomphent des douleurs du supplice et de la rage de cinq bourreaux qui, armés de grosses pierres et les bras levés, semblent prètsâ frapper leur victime. A droite de ce groupe, plusieurs officiers et sénateurs romains assistent avec calme à ce drame religieux : à gauche, le jeune Saul se tient assis auprès des habits des soldats; plus en avant, se voit un chartreux àgenoux, probablement le donateur du tableau. Celte scène se passe à la porte d’une ville qu'embellissent de somptueux monuments : ce doit être Jérusalem. Bois, trois pieds quatre pouces sur cinq pieds. 102 fr. 60 c.

Mythe de Promélhée. Allégorie relative aux sciences et aux arts. Sur le devant de la composition, Promélhée, un compas à la main, fait admirer à Minerve les belles proportions de l'homme qu'il vient de former, et supplie la déesse d’animer son ouvrage. Bientôt conduit par elle, Promélhée est monté au ciel et dérobe du feu sacré au char du soleil qui suit sa course à travers le zodiaque. Ce feu se retrouve ensuite sur le devant du tableau, à peu de distance de Prométhée; il brûle dans un vase où une multitude d’hommes nus, ou légèrement drapés, viennent à l’envi allumer leurs (lambeaux. Un voit plus loin, autour d’une table de pierre, sur laquelle ils consultent un globe céleste, une assemblée de savants qui s’occupent de littérature, de géométrie, de poésie et de musique. Sur la droite de la composition, Parliste a réuni tous les grands génies de l’antiquité. Le fond du tableau offre les ruines d’anciens monuments remarquables parla richesse de leur architecture ; dans l’éloignement on signale encore des villes entières meublées de somptueux édifices, un Meuve couvert de vaisseaux, enfin tout ce qui dénote la puissance de l’homme et la sublimité de son génie créateur. Bois, troispieds sur quatre. 94 fr. 30 c.

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