‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 104 sur 136 · DK L’ART DES ENCADREMENTS · texte numérisé non relu

DK L’ART DES ENCADREMENTS

La valeur réelle, le mérite d’un tableau ne dépendent pas assurément du cadre qui le renferme, mais on ne saurait méconnailre qu’un cadre bien approprié à une peinture, contribue puissamment à en rehausser l'éclat et à rendre plus appréciables certaines de ses qualités. Le cadre est même indispensable à l'effet du tableau, puisqu'en lui donnant des limites, il y concentre l'attention du spectateur et empêche l’œil de se distraire au dehors. La forme d’un cadre ne saurait être une pure affaire de caprice. Un homme de goût, un amateur qui a un sentiment délicat des choses qui intéressent la vue et l'esprit, ne fera jamais la faute de commander le cadre qui doit orner une composition de Boucher ou de Fragonard, par exemple, du même profil et avec les mêmes ornements que celui qu'il destine à un tableau de Rembrandt ou de Ribera. 11 choisira pour un vase de fleurs de Van Huysum un cadre fuyant, léger et coquet, pour une conversation de Metsu un cadre riche et profond, mais à la forme simple, aux ornements tranquilles.

La dimension de la toile, le sujet qu’elle représente, l'école à laquelle elle appartient, la teinte générale qui lui est propre , sont autant de considérations importantes que le véritable amateur doit peser avant de commander la bordure de son tableau. Je suppose que vous possédiez une Madone de Raphaël, ne sentirez-vous pas qu’il y faut un cadre à la fois précieux et simple, qui ne réveille ni une idée de luxe, ni une pensée trop sévère qui serait déplacée. Une dorure unie avec deux rangs de perles d’inégale grosseur, accompagnent très bien la Vierge de l'école italienne. Si j’avais à encadrer le portrait de madame de Monlespan avec ses diamants et ses pompeuses draperies, je voudrais une de ces riches bordures que le grand siècle inventa tout exprès et auxquelles Louis XIV a donné son nom. Que si c’était une La Vallière repentie, en son costume de religieuse, j’aimerais que le cadre fût austère, je ne dis pas seulement sans fleurons, sans moulures, mais d'une forme inélégante et rigide, de manière que rien ne pût rappeler les petits appartements de Versailles ou les charmilles du parc.

11 est certes bien difficile en ces matières de poser une règle invariable, et cependant il ne convient pas d'abandonner «à la seule fantaisie le soin de résoudre un point aussi délicat. Nous dirons seulement qu il y a deux manières d encadrer un tableau ; c’est-à-dire qu'on peut le traiter par la similitude ou par le contraste. 11 est également permis de relever l'importance d’un sujet modeste par un cadre riche, ou d’accorder la simplicité du tableau avec la simplicité de 1 encadrement. La grande question est de ne jamais choquer l'intelligence ni le regard par une opposition mal entendue. Une gravure de prix s’accommode également d’un cadre gravé ou d’une bordure simple ; mais ce qu il faut éviter pour les estampes, c’est de les enfermer dans l’ébène ou le palissandre, comme cela se fait tous les jours. L'ébène n’est tolérable que lorsqu'il s'agit d'une estampe imprimée au bistre ou très fortement jaunie. Le jaune et le noir étant les deux couleurs qui se marient le mieux, il faut mettre le jaune au cadre, si l'estampe est noire, et tenir le cadre noir si l'estampe est jaune. Mais, pour en venir à la peinture, l'art d'encadrer en est l’accompagnement obligé. L’encadreur, s’il est possible de s’exprimer ainsi, tient le piano du peintre. Si le peintre chante bien, le piano doit s’effacer; s il a la voix faible, il faut le soutenir par un habile accompagnement. Il est aussi des sujets qui, par leur nature, ont besoin d être rehaussés. Par exemple, une marine avec un ciel vaste demande un cadre historié, sous peine d être monotone. Le cadre ici doit être l'appoint de l’effet. Il en est de même des natures mortes qui ont de grands fonds, et des paysages qui manquent de mouvement pittoresque et de jeu, tels que les tranquilles tableaux de Paul Potier, où deux vaches et un tronc d arbre sont dominés par un grand ciel triste; tels encore que les calmes de Guillaume Van de \elde, et les belles marines de Gudin, lorsqu'elles ne représentent pas des rivages animés ou les drames de la mer. Pour ce qui est du profil des cadres, l’on pourra, si le tableau est clair et gai, risquer un cadre fuyant qui laisse avancer le tableau : au contraire, si le tableau est rembruni, la bordure doit être creuse et profonde, de manière que les reflets de l'or viennent éclairer la peinture et en augmenter la transparence.

En thèse générale, il faut marier les tableaux avec les cadres de leur temps. Un portrait de Gérard ou de David ne saurait être mieux encadré qu’avec les palmettes de l’Empire, quelque froid que nous paraisse aujourd’hui cet ornement. Une estarpolette de Fragonard veut une bordure du style rococo. Quant aux tableaux de notre époque, il faut bien, puisque nous n'avons pas su trouver un style qui la caractérise, composer nos cadres avec les ornements déjà trouvés, en cherchant des combinaisons heureuses, et jamais peut-être on n’eut un plus grand besoin d'hommes de goût, tels que les Trouillon et les Souty.

On comprendra que nos observations ne s’appliquent qu’aux ouvrages de petite ou de moyenne dimension. Les grandes pages d’un Paul Véronèse ou d'un Rubens sont en dehors des règles, et permettent tout a 1 audace. (Cn. Bl.)

GABRIEL METSD ( 1 G 1 S )

sans doule il ne s'en trouvait pas de plus beaux dans les autres pays. En effet, j’eus occasion de m’en assurer quand je visitai les galeries de Dresde, de Berlin, d’Amsterdam, de La Haye, de Copenhague et de Londres!

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