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t. œuvre de Corneille Béga esl une édition corrigée d’Adrien van Oslade; mais c’est le cas de préférer l’édition avec les fautes, lin artiste profondément original, arrivant dans le domaine de l’art aAce une manière de sentir toute personnelle, ne manque pas de faire des prosélytes. Les maîtres qui n’ont imité personne sont ceux qu on imite le plus. Adrien van Ostade eut une école d’où sortirent plusieurs peintres charmants : son frère Isaac, d'abord. Corneille Dusart, Antoine Goebauw, Michel de Musscher et Corneille Béga. Béga et Dusart furent ceux qui saisirent le mieux la manière du maitre et la reproduisirent le plus fidèlement; mais Corneille Béga, imitateur moins franc que Dusart, y apporta une pointe d’esprit, je ne sais même quelle intention d’élégance ou du moins de correction, quelque chose enfin de maniéré et d’affùté. Assurément, si l’on regardait des tableaux et des eauxlortes de Béga sans savoir d’où il procède, on pourrait trouver étrange que nous parlions d’élégance à propos de ces paysans Inillés à coups de serpe, de ces goinfres enluminés, bossus, gros et courts, qui, s’éloignant de toutes les proportions humaines, semblent former une nation de caricatures. El pourtant, si
l’on rapproche Béga de Van Ostade, on reconnaît aussitôt que celui-ci est entré plus avant dans la vérité du laid, qu’il a vu sérieusement ses magots et les a sérieusement illustrés, tandis que celui-là, moins dévot au culte de la dilîormité, a voulu civiliser un peu ses modèles et leur a prêté une sorte de grossière linesse qui n’était pas dans le maître, et qui n’était guère non plus dans la nature.
A cela près, Béga est un bon peintre, un graveur excellent, et, somme toute, un artiste agréable, recherché des amateurs, et qui vaut bien la distinction d’une biographie, de même qu’il a eu l'honneur de figurer dans les plus célèbres cabinets de l’Europe à côté et au-dessous de Van Ostade. Malheureusement on sait fort peu de chose sur son compte, et l’on ne connaît bien que les circonstances de sa mort, qui furent, il est vrai, la plus belle page de sa vie. Harlem, qui vit naître tant de peintres, et des meilleurs, fut aussi la patrie de Béga. La date de sa naissance, qu’on ne sait pas au juste, se place vers 1620. Sa mère, Marie Cornelisz, était fille du peintre Corneille Cornelisz, si connu souS le nom de Corneille van Harlem ; son père était sculpteur en bois et S’appelait Bégyn ; mais le jeune Corneille, ayant montré presque autant de goût pour le libertinage que pour la peinture, fut chassé de la maison paternelle, et se fit appeler Béga au lieu de Bégyn, ne voulant pas porter le nom d’un père qui ne le reconnaissait plus, et commençant en sa personne un nom qu’il espérait illustrer. C’est ainsi que le raconte l’historien Houbraken. Descamps dit, au contraire, que Béga changea de nom pour obliger son père, et que réellement il l’obligea. Le plus sur était de changer de conduite, ajoute sensément ce biographe.
Quoi qu’il en soit, Corneille Béga (lit reçu dans, l’atelier de Van Ostade, et il subit l'influence de oe maître, comme il aurait subi celle de tout autre. C’était une nature timide, souple et facilement gouvernée. Il eut deux passions : les -femmes et l’art. En fait de galanterie, il se laissa entraîner par le plaisir; en fait de peinture, il se laissa dominer par l' imitation. Pour intéresser tout de suite les lecteurs à sa personne, nous raconterons sa mort. En 1664, une femme que Béga aimait tendrement fut attaquée de la peste. Le peintre, au mépris de tous les avertissements, allait voir sa maîtresse et lui prodiguer dos soins. Comme elle était à l’extrémité, il voulut lui dire adieu dans un dernier embrassement. Mais, cette fois, les médecins et la mère du jeune peintre le tinrent de force éloigné (lu lit de la malade. Béga, ne pouvant approcher, prit un long bâton qu’il fit toucher par un bout à sa maîtresse. Celle-ci baisa trois fois de ses lèvres mourantes le bâton que lui présentait son amant, et, de son côté, le peintre, au désespoir, lui envoya trois baisers par son bâton conducteur. Houbraken, qui rapporte ces détails, ajoute qm Béga, sous l’impression d’un tel adieu et sous le coup de la douleur qu’il en ressentit, fut attaqué lui-même de la peste et mourut peu de jours après, en cette même année 1064, âgé d’environ quarante-quatre ans.
Dans l’atelier de Corneille Béga, nous retrouvons tous les modèles d’Adrien van Ostade; mais ses paysans sont moins patauds que ceux du maître et plus délurés. Ils ont une désinvolture où la bonhomie sérieuse d’Ostade est remplacée par un air de jovialité grivoise et d’indépendance. Leurs femmes même ont une façon de se tenir et de marcher qui en fait des êtres possibles, ayant trace de formes humaines. Peut-être aussi paraissent-elles moins grossières par le Contraste qu’elles forment avec des rustres qui demeurent trapus et laids, en dépit des intentions du peintre et du raffinement qu’il a voulu leur donner. Les mains des femmes d’Ostade ressemblent quelquefois à des battoirs de laveuse. Dans les tableaux de Béga, les femmes ont des mains un peu dégrossies; leur profil n’est pas si tourmenté, et leur taille est plus facile à supposer ou à comprendre sous les lourdes camisoles qui les recouvrent.
Quelle n’est pas la puissance de l’art ! On aura beau dire que les modèles de Béga sont ignobles, comme ceux de Van Ostade; que l’étude de la laideur produit des œuvres repoussantes et ne saurait produire autre chose; qu’il n’y a rien d’intéressant pour l’esprit ni pour l’œil dans ces scènes de cabaret où des goujats caressent tour à tour le verre qu’ils vont boire et l’hôtesse qui le leur sert... Tout cela est vrai, et pourtant, parce «pie le maître hollandais a su mettre en œuvre deux éléments de l’art, le clair-obscur et la touche; parce qu’il a su d’ailleurs trouver une expression dans la grimace de ses buveurs, la saisir et la rendre avec sentiment, il est arrivé à plaire aux amateurs, il a eu le privilège de nous charmer pour aussi longtemps qu’il \ aura des hommes amoureux de la vérité dans l’art, c’est-à-dire du mélange heureux des mensonges que l’art
conseille avec la vérité que la nature fournit. Un personnage du monde s’écriait un jour devant un Béga qui représentait une assemblée de paysans et de paysannes dans une tabagie : « Qu'il soit possible de cajoler de