‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 127 sur 136 · LE JOUEUR DE VIOLON · texte numérisé non relu

LE JOUEUR DE VIOLON

pareilles matrones; que cette chose délicate, idéale, qu’on nomme l’amour, se puisse glisser parmi ces truands, se lire dans leurs yeux avinés, s’exprimer par leurs bouches fendues jusqu’aux oreilles...! voilà ce qu'il ne m’est pas donné de concevoir— Oui, sans doute, reprit le possesseur du tableau, mais si ces peintures n avaient aucune valeur, aucune saveur; si l’extrême vulgarité du sujet n’y était pas relevée par la dignité

ÉCOLE HOLLANDAISE

naturelle à tout ce qui est humain, si quelques-uns des côtés de l’art n’y étaient pas sauvés du moins, il serait encore plus difficile de comprendre que depuis deux siècles tant de fins amateurs eussent admiré de tels ouvrages et les eussent introduits dans les galeries des Choiseul et des La Vallière, dans celles du prince de Conti, du prince de Hesse. » Il convient en effet de placer ici une pensée qui s’applique à presque tous les maîtres de la Hollande, et que le grave Boileau a formulée lui-même du haut des marches du Parnasse, lorsqu’il a dit en ses doctes alexandrins:

D’un pinceau délicat l’artifice agréable Du plus affreux objet fait un objet aimable.

Corneille Béga avait-il du moins cette délicatesse de pinceau, cet agréable artifice qui pouvaient racheter la trivialité des modèles qu’il avait appris à observer dans l’atelier de Van Ostade? Ce peintre, je parle de Béga, possédait deux des qualités essentielles aux maîtres : le clair-obscur et la touche, et il les faisait très-habilement servir à l’expression de sa pensée, ou plutôt de son sentiment, car il en avait, et beaucoup. Il entendait aussi bien qu’Ostade l’effet d’une composition; il connaissait la part qu’il huit faire à la lumière et à l’ombre, et les repos qu’il importe de ménager dans un tableau comme dans une estampe '. Il savait opposer ses petits

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