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DE LA CONSERVATION DES ESTAMPES

La brièvelé de cette monographie nous permettra de placer ici à l'adresse des amateurs et de ceux qui veulent le devenir une note essentielle sur la conservation des estampes.

On ne saurait calculer ce qu’il a péri de belles estampes dans le monde, soit par l’incurie d’héritiers ignorants, soit par le zèle mal entendu des possesseurs. A vrai dire, le zèle est encore plus à craindre, s’il est possible, que l’ignorance, soit qu’il ait sa source dans l’amour de l’art, soit qu’il ait trait à la passion du propriétaire pour sa chose, ou à l’avidiLé du vendeur. Dans les indications que nous allons donner, c’est l’intérêt de l’art qui nous occupe en première ligne; mais cet intérêt est, après tout, le même que celui des amateurs.

Si une estampe est en parfait état , les soins du possesseur se bornent à la préserver de tout accident futur. Pour cela, il faut sacrifier le plaisir d’étaler sa gravure à tous les yeux, et choisir sans hésiter la mise en portefeuille de préférence à l'encadrement. S'il est vrai qu’on jouit mieux d’une estampe quand elle est dans son cadre, ce qui est contestable, en revanche, il est certain que la lumière, le soleil surtout, altèrent le noir éclatant de l’impression, le font tourner au gris et finissent par détruire l’effet de l’estampe, c’est-à-dire la fraîcheur, le velouté, qui en font le charme et le prix. Celte altération est même tellement sensible, que nous avons vu un des plus fins connaisseurs de notre temps, M. Guichardot, reconnaître à première vue qu’une eau-forte de Van de Velde avait été encadrée, bien qu’elle n’eùt passé que six semaines sous verre.

Le portefeuille à ce destiné doit être formé d’un carton raide mais peu épais. Il ne doit pas contenir plus d’estampes que n'en comporte la largeur du fond, car autrement elles se froissent, se déforment par le bas, se dépassent l’une l’autre et ne peuvent aisément se remettre en place quand on les a tirées de la collection 1 . Les portefeuilles doivent être à serviettes, c’est-à-dire munis de bonnes toiles fixées sur les trois côtés. Ces toiles, qu’on peut remplacer par des peaux plus ou moins riches, s'opposent à l’introduction de l’humidité, de la poussière et de la lumière, tous principes funestes aux estampes.

Le portefeuille ainsi formé, on se procure des feuillets de soutien, c’est-à-dire des feuilles d’un papier plus fort et plus consistant que celui de l’estampe. Ces feuillets, d’une dimension uniforme eL plus grands que la gravure à laquelle ils font un support et une marge, doivent être coupés nettement et à l’équerre. On y fixera les gravures en les collant légèrement à la colle de pâte, d’un seul CQtéet parle bord seulement, de manière que l’estampe pende librement. On peut aussi les fixer à charnières sur le papier de support, c’est-à-dire que la gravure est munie alors sur un seul côté de deux ou trois petites bandes de papier qui. collées à leur tour sur le feuillet de soutien, préviennent la déchirure de l’estampe dans le cas où on voudrait la transposer. Les gravures rattachées au feuillet doivent être placées de façon que le côté opposé aux charnières ou à la bande collée regarde le dos intérieur du carton. Autrement la gravure s’affaisserait et se plisserait toutes les fois qu’on ouvrirait le carton pour le feuilleter. Le portefeuille ne doit pas être un registre, mais une réunion de feuillets mobiles que l'on peut intercaler, transposer, extraire et remettre à volonté. On évitera le frottement, en plaçant le portefeuille dans une position verticale et non à plat.

Si l’estampe est sale et très- enfumée ^ je dis très-enfumée, car le peu ne nuit point, il suffira pour les désenfumer et les éclaircir

i Voyez l'Essai sur la restaurution des anciennes estampes et des livres rares. Paris, chez De/lorcnne et Vignères, 1846, par M.Bonoarilot, Parisien. Il y a d'excellente choses dans cet opuscule; mais plus simple et plus court, it eut été plus utile, et les opérations chimiques que l’auteur y décrit sont peut-être périlleuses.

CORNEILLE DÉGA (1620). .ï

personnages à des fonds simples, et les détacher les uns des autres, moins encore par la différence des tons que par les jeux du clair et de l’obscur. Une ligure traitée en demi-teinte, ou jetée franchement dans. I ombre, soutient la figure éclairée, sert de liaison aux parties contiguës et de délassement à l’œil du

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