LA DANSE AU CABARET
spectateur. L'art d’éclairer un tableau était le trait distinctif du talent de Corneille Béga. On a vu des intérieurs de ce maître rivaliser pour l’harmonie et le piquant de l’effet avec les plus beaux ouvrages d’Adrien, et nous pouvons citer ceux qui figurèrent à Amsterdam, dans les célèbres collections de Smeth et de Van Leydeiq
au bout de vingt-quatre heures environ d’un simple bain à l’eau pure. Cette opération se fera* par exemple, dans une assiette si l’estampe est petite, et si elle est grande, dans une feuille de zinc ou de plomb dont on aura relevé les bords. Quand la teinte enfumée du papier a suffisamment déposé dans l’eau, il faut des précautions pour retirer la gravure, surtout, si le papier en
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comme celui qui parut à la vente Laperrière en 1817. En général, Béga s’y montre fort sobre de détails, à moins qu’il n’ait à peindre des Cabinets d' alchimistes, car alors le sujet même comporte une grande quantité d’ustensiles, des verres de Bohême, des bouteilles de Leyde, des fourneaux, des cornues de toutes les dimensions, des vases de toutes les lormes, des fioles de toutes les couleurs, tout ce qui peut enfin trouver place dans le laboratoire d’un savant qui cherche la pierre philosophale, sans compter les papiers chargés <1 équations et de figures cabalistiques. Encore est-il que dans ses Alchimistes Corneille Béga n’a jamais compromis l’harmonie, c’est-à-dire l’ensemble de son tableau, subordonnant avec art les petits clairs à la lumière dominante, la rappelant en maint endroit par des touches locales, et la fortifiant par de grandes ombres égayées elles-mêiqes par des reflets.
Quant à la touche, il faut avouer que Béga est inférieur à son maître. Quelquefois sa peinture est sèche et creuse; on la dirait inachevée; mais si elle n’a pas la moelleuse fermeté, les empâtements fins, nourris, et le feu d’Ostade, elle est du moins piquante et spirituelle, he tableau de sa main que l’on voit au Louvre n’est peut-être pas de ses meilleurs; celui que nous avons remarqué au musée de Dresde, la Dai\se au Cabaret. «*st vraiment rempli d’esprit et de verve, plein de sentiment surtout, et présente un choix de caricatures étonnant, mais le faire en est assez pauvre. Il est juste de dire que l’élève d’Ostade a serré davantage son exécution lorsqu’il s’est, attaché à des peintures d’un style plus noble, conçues dans le goût de Miéris et de Metzu, et qu’on appelle tableaux de conversations. Le catalogue de la fameuse vente Poullain, dressé en 1781» par Lebrun, excellent connaisseur, nous en offre, entre autres, un exemple. On y désigne ainsi un Béga :
« L’intérieur d’une chambre dans laquelle on voit une jeune femme debout, chantant devant un livre de musique posé sur une table où sont un théorbe et un sable. Un homme l’accompagne de son violon. » Ce
est faible. Après l’avoir soulevée, on la saisit par lesendroits les plus noirs, qui sont aussi les plus consistants, et on l’amène sur des feuilles de papier brouillard pour l’essuyer. Ensuite, pendant qu’elle est encore à l’état de moiteur, on l’applique sur un carton, fort, bien sec et bien lisse, et à l’aide d'un autre carton ou d'une tablette de buis très-unie, on les met en presse, en interposant une ou plusieurs feuilles de papier. Si la pièce est petite, on peut la repasser avec un fer chaud, qu’on applique à l’envers, en prenant les mêmes précautions que pour le linge, de peur de roussir l’estampe. Si les plis sont très-prononcés et rebelles, on fera bien de les mouiller légèrement avant d’appuyer le fer *
Si l’estampe est doublée... Beaucoup d’estampes se rencontrent doublées, c’est-à-dire renforcées d'une feuille de papier, ou même d’une toile, comme les plans et cartes géographiques. Quand ce renfort a été mal appliqué, etque l’estampe grimace, il n'est pas inutile de procéder au dcdoublage , soit pour supprimer le doublage, soit pour le rétablir plus habilement. Le procédé pour dédoubler une estampe est de lui faire prendre d'abord un bain de vingt-quatre heures, après lequel on la retire comme nous l’avons dit plus haut, pour l’étendre sur une table bien unie ou sur un marbre de commode, en ayant soin d’avoir sous les yeux l’envers de l'estampe, c’est-à-dire que le côté gravé touche la table. Il suffit alors de soulever doucement par un coin le papier de renfort et le dédoublage s’opère sans difficulté; mais il importe d’agir prudemment, car si l’estampe était trouée ou déchirée, un dédoublage trop brusque élargirait les trous et continuerait les déchirures. Dans le cas où la feuille doublante serait d’une mauvaise pâte et ne céderait pas d’une seule pièce, il faudrait patiemment la râcler avec une de ces lames minces et arrondies appelées couteau à palette et en faire une sorte de bouillie, qu’on enlève avec assez de précaution pour ne pas écorcher le fond de l’estampe et même pour ne pas l’atteindre.
Si l'estampe est tacher... Les taches que l’on trouve le plus ordinairement sur les estampes sont des taches d’eau qu'on nomme mouillures , des taches d’huile ou de graisse, des taches d’encre, des chiures de mouches et des taches de boue. Les tâches de boue, les taches d’huile ou de graisse et les mouillures se peuvent etfacer par l'innocent procédé du bain à l’eau bouillante, plusieurs fois renouvelé s’il le faut, et pratiqué avec les soins déjà indiqués. Les taches de boue et la plupart des chiures de' mouches s'enlèvent à l'éponge sur l’estampe maintenue dans l'eau, à moins qu’il n’v ait eu j cession, qu’on n’ait, par exemple, marché sur l’estampe, auquel cas tout remède est inutile. Quant aux taches d’encre, elles ne cèdent qu’à des dissolutions chimiques, et il vaut mieux ne pas toucher à l’estampe que la compromettre par des moyens dont on est peu sur.
Il nous reste une dernière recommandation à faire au lecteur. Quand on achète une estampe, on est obligé le plus souvent de la rouler, à moins qu’on n’ait un portefeuille sous le bras. Si l’estampe estdoublée ou seulement adhérente par les coins à un papier de support, il faut la rouler de façon que le côté gravé forme l’extérieur du rouleau, en ayant soin de la couvrir préalablement d’une chemise de papier; si l'estampe est simple, c’est en sens inverse qu’il faut la rouler.
Puissions-nous par ces indications préserver l’œuvre de nos artistes des avaries futures, et sauver ce qui reste des estampes des anciens maîtres, estampes dont la rareté et le haut prix tiennent le plus souvent, non pas àce qu’elle furent tirées à petit nombre, mais au grand nombre des épreuves qui ont péri. Ch. Th..
tableau, ajoute 1 expert, d’un genre plus noble que les productions ordinaires de Béga, est point avec plus de soin et de finesse et doit être regardé comme un dos meilleurs do cet artiste.
Mais c est dans la gravure à l’eau-forte que brillent surtout les qualités de C irneille. Soit dit en bonne part, il n’est jamais plus peintre que lorsqu’il est graveur. L’intelligence du clair-obscur, l’art de remuer la composition en détachant les figures, l’esprit, ou plutôt le comique de son observation, tout ce qui
le caractérise est là visible et en relief. Les personnages,' d’une laideur malicieuse et à l’œil sournois, sont vivement éclairés et viennent en avant, parfois avec une vigueur rembranesque. Le blanc du papier doit jouer presque toujours un grand rôle dans les eaux-fortes. Aussi les belles estampes de Béga sont-elles remarquables par une adroite économie de travaux qui, opposée à des parties chargées d’ombres variées, leur donne du piquant, du pittoresque, ou, si l’on veut, de ce que les amateurs appellent du ragoût. Il en est quelques-unes, de ces estampes, où reparaît tout à coup dans sa naïveté le sentiment du bon Ostade, par exemple la Mère èi son mari. Dans les chaumières misérables où vivent, sous le nom de gueux, des hommes laborieux patients simples et honnêtes, la lumière pénètre avec abondance. Béga ne leur ménage pas le soleil, cet unique bien du pauvre. Ce beau soleil de quatre heures qui vient si souvent égayer la brumeuse Hollande, il est ordinairement de la partie, dans les cabarets et les intérieurs de Béga, soit qu’il faille réchauffer un enfant dans les liras de sa mere, soit que le peintre-graveur veuille éclairer une danse villageoise, une bruyante assemblée de fumeurs.
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une lippée. Béga conduit ses eaux-forles avec hardiesse, mais avec bonheur. Il les réussi: ordinairement du premier coup, sans avoir besoin d’y revenir avec le burin ou la pointe sèche; ce n’est pas qu’il ne sût manier l’un et l'autre de ces instruments, comme il l’a prouvé dans quelques pièces, notamment dans celle qui porte le il" 1!) de l’œuvre, le Paysan à sa fenêtre , laquelle est presque entièrement achevée à la pointe sèche avec beaucoup de dextérité et une rare finesse. Les autres morceaux, attaqués d’une main sûre par des tailles prononcées, d’une pointe ferme et grosse, ont du piquant et de la transparence. Ses travaux sont charmants quand ils expriment les détails du mobilier rustique, des contrevents vermoulus, des échelles branlantes, des clôtures de planches, de vieux bancs, et ces chaises mal assurées qui, dans un ménage batave, rappellent l’antique fable de Baucis et de Philéraon.
Encore une fois, l’art est un si merveilleux trésor, qu'il suffit à l’artiste d’en conquérir une parcelle pour que son œuvre ne périsse point avec lui. Heureux qui peut faire briller une ou deux facettes de ce superbe diamant! L’école de Hollande, dans la plupart de ses maîtres, n’en a guère connu davantage. Des buveurs dans un cabaret, c’est peu de chose assurément, et néanmoins ce groupe de figures triviales va nous enchanter peut-être, si un peintre vient marier ses figures avec la lumière, si dans ce réduit obscur et triste il fait entrer tout à coup un des plus nobles personnages de la peinture, qui est le soleil. Charles iil.vxc.
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Corneille Béga a gravé à l’ëau-forle trente-cinq estampes où il a représenté des assemblées de paysans, des cabarets et d’autres sujets pareils. L’œuvre de ce maître, fort estimé des amateurs, se compose de sept, estampes représentant des têtes et bustes . de treize sujets à une seule figure, et de seize à plusieurs figures. A la vente Rigal, 1817, cet œuvre, auquel il manquait quelques pièces, se vendit 117 francs-
Voici pour les peintures :
Le Musée du Louvre possède un seul tableau de Béga; il représente YIntêrieur d’un ménage rustique. Sous l’empire, les experts du Musée lui attribuèrent une valeur de 800 fr. 11 vaut bien aujourd’hui deux et trois fois cette somme.
Au Bclvéder, à Vienne, il y a un tableau de ce maître, c’est une Assemblée de quatre paysans dans une chambre t'usa que.
A Munich, à la Pinacothèque royale, on voit un tableau de Béga ; c’est encore une Compagnie de paysans occupés à boire, h danser et à fumer.
Au musée de Dresde, on trouve deux beaux tableaux de cet artiste, YIntêrieur d’un cabaret de village, et une Danse, que nous avons reproduite.
On en remarque deux autres au musée d’Amsterdam. Dans l’un le peintre a représenté un Vieillard dans son cabinet d’étude, dans l’autre un Divertissement rustique.
Les tableaux de Corneille Béga sont rares chez les amateurs et dans le commerce; on en rencontre rarement par conséquent dans les ventes publiques.
En 1745, à la vente du chevalier de la Roque, un tableau de Béga, représentant des Paysans qui se réjouissent, fut adjugé pour 100 livres 10 sous.
Dans le cabinet de Poulain, on vo\ ait un tableau de Corneille Béga d’un genre plus noble que ses productions ordinaires; il représentait YIntêrieur d'une chambre dans laquelle on voit une jeune femme debout, chantant devant un livre de musique ; un homme l’ accompagne de son violon. Ce tableau, daté de 1663, fut adjugé, en 1780, à 820 livres.
Lors de la vente du cabinet du duc de La Vallière, en 1781, les amateurs admirèrent un beau tableau de Béga, d’un
genre différent, encore du précédent, et des compositions ordinaires de ce maître; il représentait un Chimiste dans son laboratoire: il est assis, et porte une grande attention à peser des drogues; tout autour du savant sont des poteries, des livres, des cornues, des vases de différentes formes. La lumière, qui s’échappe obliquement d’une croisée, frappe sur ces objets, et produit l’entente du clair-obscur le plus parfaitement observé. Ce tableau fut vendu 1,660 livres.
A la vente du cabinet Van Leyden, un Béga représentant un Intérieur rustique occupé par une femme assise à côté d’un homme qui paraît, causer avec elle, fut porté à 600 fr.
A la vente du cabinet du célèbre appréciateur Lebrun, faite en 1811, un tableau de Corneille Béga atteignit le prix de 939 fr. 11 représentait YIntêrieur d'une chambre de paysan, où une jeune fille, debout, présente un verre de vin à un homme assis qui la regarde en souriant, tandis qu’un autre se dispose à allumer sa pipe. Cette composition est enrichie de, divers accessoires.
M. Dufresne, qui vendit sa collection en 1816, possédait cinq tableaux de Béga: un Paysan musicien, assis et le verre à la main, rit avec une femme qui lient un pot de bière; à terre un trictrac renversé et d’autres accessoires: ce tableau fut adjugé pour 380 IV. Un autre, représentant Cinq paysans réunis d'ans une chambre rustique, tableau, fait observer l’auteur du catalogue, M. Férignon, peintre et expert, digne, par l’entente du clair-obscur, d’Ostade et de Rembrandt, fut vendu 801 fr. Les trois autres, représentant les mêmes sujets, n'atteignirent que 300 et 200 fr.
M. de Saint-Victor possédait neuf tableaux de Béga ; à la vente de son cabinet, un Musicien ambulant, jouant de la vielle devant une habitation rustique, fut vendu 801 fr.
Les autres s’élevèrent au prix 'moyen de 400 fr. environ.
M. de Burtin fixait, en 1808, à 2,400 livres la valeur d’un beau tableau de C. Béga.
Cet artiste a signé ses eaux-fortes, et quelquefois ses tableaux. Voici la reproduction décalquée de ses deux signatures. Ad.
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