HALTE D'OFFICIERS
pluscoloréeque les toiles de Wouwermans, et, grâce au génie d’un tel maître, vous vivrez plus longtemps que les tours croulantes de vos manoirs et que vos parcs... déjà disparus.
CHAULES BLANC.
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Wouwermans a gravé à l’eau-forte une seule pièce en lar- I geur, extrêmement griffonnée et fort rare, le Cheval. Elle est I décrite à la fin du premier volume du Peintre-Graveur , par I Adam Bartsch, qui en donne une copie. On lui attribue encore une autre pièce, mais sans aucune certitude.
Philippe Wouwermans lut sans contredit le peintre le plus laborieux et un des plus féconds de la Hollande. 11 n’a vécu que quarante-huit ans, et on peut évaluer à trois cents le nombre des tableaux qu’il a exécutés ; déjà nousen trouvons cent soixante-cinq dans les galeries publiques, et certes il
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est difficile (le n'en pas supposer un égal nombre dans les collections particulières.
Les tableaux de Philippe Wouwenmms ont été gravés en grande partie par J. Moyreau, Beaumont, Danker Dankerts. j p i,e Bas, J. Aliamet et autres, et forment un ensemble d’environ cent soixante-cinq pièces.
Le Musée du Louvre renferme onze tableaux de Wouwerinans; le Départ pour la chasse au vol , la Chasse au cerf, le Départ pour la chasse, la Sortie de l’hôtellerie, sont les plus importants. Le musée d’Amsterdam en compte neuf, dont le plus remarquable représente des brigands battus et Chassés par des paysans. Celui de La llayo en possède neuf également ; le Musée de Madrid en renferme six ; et celui de Munich dix-sept, dont une Grande chasse au cerf, vaste et magnifique ouvrage que rien ne dépasse dans l'œuvre du maître. On trouve deux Wouwermans au Belvéder de Vienne, un Retour de chasse et une Attaque de voleurs, morceaux choisis ; — dans la galerie royale de Dresde, Wouwermans est représenté par soixanle-deux tableaux d'une exécution soigneusement finie. A 1 Ermitage de Saint- Pétersbourg, comme ïeniers, comme Rembrandt, comme liubcns, Philippe Wouwermans a une salle à lui, dans laquelle brillent quarante-neuf de scs ouvrages. Lcsprincipaux son! : une Grande chasse au cerf, une Mêlée de cavalerie, un Manège en plein air, un Carrousel flamand. Un chat pendu par les pattes à une corde tendue sert de but aux lances des cavaliers : pleine de mouvement et de gaieté, cette scène est vraiment superbe, rien ne la surpasse ni dans la collection, ni dans l’œuvre de Philippe Wouwermans. (Viardot.)
Le Trésor de la Curiosité ayant publié le catalogue jusqu’alors inédit de la comtesse de Verrue, nous y puisons la mention des Wouwermans qui se trouvaient è la vente du cabinet de cette illustre dame :
Deux grands tableaux. 5,036 liv.
Un tableau représentant un Marche aux chevaux, acheté par M. le comte de Clermont.
Deux tableaux moyens, sont l’un Y Abreuvoir et 1 autre un autre sujet. Très beaux. 3,775 liv.
A la vente de M - Quentin de Lorangère, dirigée par Gersaint , une petite Chasse de Wouwermans, peinte sur cuivre, qui avait appartenu à la comtesse deVerrue, futvendue 1,050 liv. 40 s A la vente du chevalier Laroque, en 174», faite par le même appréciateur, le Départ pour la chasse au vol, gravé par Laurent sous le titre : les Adieux, fui vendu 430 liv. 1 s.; une Chasse au cerf, 72 liv.; deux autres paysages avec figures et chevaux, ensemble 641 liv. 3 s.
A la vente de M. de julienne, en 1767, une Chasse au cerf fut vendue 16,700 liv.; un autre tableau, gravé par J. Moyreau sous le titre ; Occupations champêtres, 5,060 liv.; un Port de mer, grave par le même, n"72de son œuvre, n’atteignit que 2 701°liv.; l'Écurie de la poste, gravée par le même, n" 73,
fut adjugée è 1,220 liv.
En 1770, à la vente du cabinet de M. de La Live de Jully, le Retour du marché, gravé par Strange, fut vendu 1,200 liv. •1 S ■ deux autres, le Défilé de cavalerie et les Nageurs, gravés
sous ces titres par Beaumont, se vendirent 4,001 liv. A la
vente Lempereur, en 1773, deux tableaux de Wouwermans, tous les deux gravés par J. Moyreau, furent adjugés ensemble pour 7,460 liv. A la venLe du comte Dubarry, en 17 il, une Foire (cent figures et un charlatan) lut vendue 6,001 liv.; un
autre, un Marché (quarante figures et six chevaux, 3,230 liv.: une Halte de cavaliers , 4,000 liv.
Vente marquis de Bkunoy, en 1776, deux tableaux : Marché aux chevaux et Défile d’équipages , les deux 6,600 liv- — Vente prince de Conti, en 1777, un Marché de chevaux et un Manège , ce dernier gravé par Thomas Major, furent vendus, les deux, 19,800 liv.; Départ pour la chasse au vol, sur cuivre, provenant de la vente du cabinet du duc de Choiseul [n° 51 du catalogue], 4,000 liv. — Vente Blondel de Gagny, en 1776, la Petite chasse au cerf, gravée par J. Moyreau, n° 13 de son œuvre, fut adjugée 6,580, liv.: la Course de la bague , gravée par le même, 5,901 liv. — Vente Randon de Boisset, en 1777, la Course du hareng , dans une place, cinquante ligures avec chevaux, fut vendue 11,999 liv. 19 s.; le Cabaret et la Fontaine des chasseurs, gravés par Moyreau, ensemble 7,799 liv. 19 s.; le Retour du marché, gravé par R. Strange, fut vendu 2,896 livres. — Vente de Calonne, en 1788, les Bûcherons, gravés par Moyreau, furent vendus 1 1 ,500 liv. ; l’Abreuvoir, gravé par le même, 6,400 livres.
— Vente Choiseul-Praslin, en 1792, un Convoi militaire, chevaux, traversé par une rivière (vingt chevaux, dont un blanc monté par un maquigrion), lut vendu 16,150 Irancs.
— Vente Lapérière, en 1817, Campement d année (sur le premier plan, quatre beaux chevaux), fut vendu 9,400 fr.; na Port de mer, 11,600 fr. — Vente Tallcyrand-Périgord, en 1817, le Convoi militaire, gravé par Moyreau sous le titre: la Ferme au colombier, fut retenu à 36,000 francs. Vente Chevalier-Érard, en 1832, les Pèlerins, 4,500 fr.; le Maréchal ferrant, 5, 700 fr. — Vente duc de Berri, en 1837, le Marché aux chevaux, grave par Moyreau, n° 18 de son œuvre, fut vendu 35,600 fr.; le Choc de cavalerie , 1 1,050 fr.; le Retour du marche, 6,730 fr.; le Trompette , 7,500 fr.; le Départ pour la chasse au faucon, 4,300 fr.; le Cabaret, deux tableaux gravés par Moyreau, nus Tl et 12, 4,750 fr. — Vente comte Perregaux, en 1841, l’Espion, 35,100 fr. — Vente du cardinal Fcsch, en 1844, à Rome, la Halte au retour de la chasse, 12,350 écus romains, soit l'énorme somme de 66,790 fr. : une Bataille, 4,500 écus, soit 24,300 fr. — Vente Duval de Genève, faite à Londres en 1846, l'Apparition de l'ange aux bergers, 4,225 fr,; le tableau connu sous le nom du Bûcheron, 8,400 lr.
Vente Mecklembourg (1854). — Le Marché aux chevaux qui figurait dans la vente de la comtesse de Verrue. 80,000 fr. Adjugé à lord Hartford.
Philippe Wouwermans a signé presque tous ses tableaux de ses initiales, comme ci-après :
Vente Patureaü (1857). Halte de cavaliers. Trentedeux centimètres sur trente-cinq. Ce tableau provient de la collection de Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse. 50,100 fr.; Nieuwerkerke.
Marche d’une année. — Trente- cinq centimètres sur quarante et un. Ce tableau a fait partie de la galerie de l’Escurial, en Espagne, et provient de M. Pennell. 12,600 fr. Nieu-
werkèrke. • .
Paysage sablonneux. Vingt-deux centimètres sur dix-sept et demi! Collection de M. le baron’ de Bors de Matines, et de Jl”' la douairière de Bors d’Overen. 30,000 fr.
Ces trois tableaux ont été achetés pour orner les appartements des Tuileries.
6863-06. — Corbeil. Imprimerie Ed. Ciiüt*.
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ZORG (HENRI ROKES, dit
Lebrun, qui se connaissait en peinture aussi bien que personne, a écrit au sujet de Zorg, dans sa Galerie clés peintres flamands, hollandais et allemands : « Zorg doit être regardé comme un des plus habiles peintres. Élève de Téniers, ses ouvrages se placententre ceuxdeson maîtreetceuxd’Ostade. Son dessin est très correct; sa couleur est empâtée, piquante et très harmonieuse ; ses têtes et ses mains sont rendues avec linesse et vérité. Ses tableaux sont plus répandus en Hollande que partout ailleurs et ne sont pas très communs. Il lient parfois de Brauwer; mais il est plus arrêté, plus précieux et d’un meilleur choix. Nous connaissons à Paris très peu de ses tableaux, dont quelques-uns se sont vendus jusqu'à 3,000 livres. Ils ne sont pas payés à raison de leur mérite réel en comparaison de ceux de ses contemporains. Le tableau que j'ai fait graver fut vendu 800 livres. Je regarde ce maiti e comme devant occuper une des premières places dans les cabinets. »
Un homme qui a mérité une mention aussi honorable delà part d’un expert tel que Lebrun est certainement
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digne de figurer dans Y Histoire des -peintres . Sans y mettre plus d’écriture qu’il n’en faut, nous dirons que Zorg était né à Rotterdam en 1621. Son père, appelé Martin de Rokes, était voiturier d'eau; il conduisait la barque destinée à porteries marchandises de Rotterdam à Dort. Les soins qu’il donnait aux commissions dont il était chargé et son application à son métier le firent surnommer Zorg, qui veut dire soigneux. Ce nom passa au fils et lui resta.
Henri Rokes devint l’élève de David Téniers, et quoique, suivant toute apparence, il ne soit pas demeure longtemps chez ce grand maître, il se ressentit toujours de ses premières leçons qu’il y avait reçues. Et d’abord il y prit le goût des tabagies, des scènes rustiques et de ce qu’on appelle en général les bambochades. Quant a sa manière de les traiter, s'il rfy apporta point l’ingénuité caustique et spirituelle de David Téniers, il sut du moins éviter les dégoûtantes allures d’Adrien Brauwer, qui mit tantde génie à peindre l’ignoble. Cela tient à ce qu’au sortir de l’atelier de son premier maître, il travailla chez Guillaume Buytenweg, qui peignait assez bien des tableaux d’une intention plusrelevée, c'est-à-dire les sujets d e conversations. Entre ces deux maîtres, Buytemveg et Téniers, Zorg se lit une manière qui participait de l’un et de l’autre. Aussi manque-t-il d’originalité, en ce sens du moins que scs compositions trahissent à première vue son origine : c'est un Téniers avec moins de verve, mais avec plus de distinction, un Téniers assagi et refroidi. Toutefois je ne veux pas dire que Téniersn'a pas eu, quand il le fallait, une parfaite élégance, un sentiment exquis de la grâce particulière aux gentilshommes de son temps; je parle seulement des tabagies de ce grand maître, de ces petits tableaux où les allures du buveur sont si franches, où le débraillé du fumeur est si naturel et si complet. Ses fermiers en goguette, ses paysans en liesse ont unëtournurequi toucheà lacharge, des trognes elïroyables, enluminées et bourgeonnantes, une taille ramassée, des jambes cambrées ou cagneuses, un corps enfin dont les proportions insultent aux plus simples convenances de la beauté. Au contraire, Zorg évite avec soin tout ce qui ressemblerait à la caricature ; ses héros boivent et se gaudissent dans les cabarets, les uns avec une sorte de conviction philosophique, les autres avecu ne gaité tolérable, — sans chanceler comme ceux de léniersoude Jean Slecn, sans ivrogner comme ceux de Brauwer, sans trognonner comme ceux du bon Ostade. Voit-il les matelots de Rotterdam en pourparler avec les harengères du port ? il ne se croit pas obligé de les vouer à lalaideuretde lesengueniller à plaisir : sesrevendeuses se permettent d’ètre jolies ; ses marins n’ont i ien d’ignoble, et j’en pourrais citer pour exemple le tableau si lin et si clair qui se voit a la galerie de Dresde, la Marchande de poissons. Elle a étalé son éventaire auprès d’un canal à Rotterdam. G est une femme robuste, prévenante et aussi fraîche que sa marchandise. Elle est en conversation avec une fille qui, a en juger par son costume, dit le texte, est préposée àquelque cuisine bourgeoise dont elle vient faire les provisions; elle paraît indécise sur le choix des poissons que lui vante la marchande, singulièrement coilléed un pélase en lormc de terrine renversée. Une troisième figure complète le groupe. C’est un pêcheur, qui a sans doute apporté du poisson dans les filets que l’on voit à ses pieds. Il regarde avec intérêt la jolie cuisinière. Les habits sont propréset d’une vérité assez pittoresque. Lepêcheur porte un bonnet en peau de chien, comme on en rencontre si souvent dans les ports de la Hollande. En somme la composition décente, les attitudes sont de la plus grande simplicité, et rien ne rappelle ici la commère forte en gueule de Brauwer ou de Jean Steen, ni les éternelles ripailles de David Téniers. C'est une conversation comme l’aurait composée Gabriel Metsu.
Pour être juste, il faut convenir que ces velléités de décence refroidissent un peu l’œuvre de Zorg. Le cabaret et la tabagie veulent plus de liberté, du moins en peinture, car, en pareille matière, c'est la verve, c est l’entrain du peintre qui font l'intérêt du spectateur. Quand nous regardonsun tableau, il est bien rare que nous soyons émus de toute l’émotion que l’artiste a dû éprouver; il iautdonc, pournous attacher a son œuvre, qu il soit plus réchauffé que nous-mêmes. 11 est donc vrai qu'Henri Zorg a eu le défaut de ses qualités, que, dans la plupart des tableaux où il recommenceTéniersQU’amoindrit, et que, sion le jugeait d'après la gravure, c està-diresur l’invention, surl’arrangementdes figures, etleur geste, et leurphysionomic, on n'aurait qu’une faible idée de son mérite. Mais le véritable talentde Zorg, c’est son talent de peintre, je veux dire 1 cxellence de son
1 Voyez Pilali, La Galerie de Dresde lithographiée.
ZORG (1621). ;;
exécution, son faire habile ; par ce côté, il est maître; sa manière, du reste, bien que puisée aux meilleures traditions, est à lui; il a dans sa louche presque tout l'esprit de Téniers, mais il est plus monté de couleurs, et l'ensemble de son tableau s’enveloppe d'une plus chaude harmonie; à la profondeur de ses ombres, uses tons bitumineux et mordorés, on voit qu'il a connu Rembrandt, qu'il l’exemple de ce grand homme il a su épargner la lumière, la luire briller sur les parties essentielles par des empâtements vifs et d'une finesse proportionnée aux dimensions de la toile, la laisser transparaître partout, la rappeler enfin ça et là par des touches piquantes, dans ce qu'on appelle le repos de la composition.
Ou voit au Louvre un Intérieur de cuisine de Zorg, qui se tient tort bien à côté d'un Kult et d'un Rembrandt, et qui ne souffre pas trop de ce terrible voisinage. Toutes les lois que je me suis promené dans ce Louvre, les jours de travail, j'ai rencontré quelques-uns de nos maîtres, et toujours les plus coloristes, devant ces modestes cuisines de Zorg. Tantôt c’était Philippe Rousseau ou Troyon, tantôt Decamps ou Meissonnier. Lu jour, nous étions là avec Diaz et quelques autres peintres, de ceux qui aiment le plus la peinture. « C'est la ce que j appelle peindre ! s écria Diaz en montrant Kalf et Zorg, et pensez-vous que ce pied de céleri ne vaut pas bien leurs Agamemnon de papier ? »
Ainsi parlait ce fou de Diaz, auquel il sera beaucoup pardonné parce qu’il a beaucoup aimé la poésie, la nature, la couleur et l’rudhon. Pour en revenir à notre Zorg, il eut cela de particulier et d'étonnant dans sa vie,
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■ l ne, doué d'un talent hors ligne, il abandonna la peinture pour remplacer son père dans la profession de voiturier. Il est vrai, ajoute Descamps, qu'il ne laissa pas de peindre jusqu’à sa mort, arrivée en 1082. Il avait alors soixante-un ans. l’eut-è tre faut-il rabattre un peu du jugement qu’en a porté son biographe, lorsqu'il a lit : Les ouvrages de ce maître se soutiennent auprès de ceuxdeTéniers. Sans doute le Taire eu est excellent cl peut servir de modèle, au moins dans l'exécution des natures mortes. Mais pour ce qui touche à l'expression des ligures, au jeu des physionomies, aux nuances qui trahissent une profession, un vice, un caractère, Téniersesl vraiment incomparable. Son ironique observation s'attaque à l’homme tout entier et se retrouve dans les moindres détails de 1 ajustement. S'il peint un rustre qui a trop bu, le bonhomme sera ivre de la tète aux pieds ; s il représente un loustic de cabaret ou quelque profond politique de village, tout lui va servira caractériser.sou héros : 1 accoutrement, la pose, le geste. Zorg ne va pas si loin, il s'en faut, dans l'art de faire parler ses personnages; aussi n'esl-ce point par ce côté-là qu'il intéresse les amateurs; c’est plutôt par l'habile distribution du clair-obscur, parla chaleur de son coloris et le piquant de sa louche. Dans le monde des ventes, il est surtou t connu comme un peintre d’intérieurs de cuisine, et l'on peut dire qu'il y excelle. Les deux tableaux de ce genre que l'on voit au Louvre, l'un dans le ton argent, l'autre dans le ton or, pour parler comme M. Vaagen, montrent toute la variété et toute la souplesse d'un pinceau qui, dans le rendu des ustensiles de cuivre, rappelle le précieux 11 ni de Van-Tol et de Slingelandt, et môme quelque chose des tons gris si fins et si charmants de notre Chardin, tandis que, pour le rendudes fruits, des légumes et des viandes, Zorg approche des meilleurs maîtres.
Kncore une lois, Zorg méritait une place dans cette Histoire, et, celte place, il la lui faut assigner au-dessous de Téniers et d’Oslade, dans le voisinage de Brauwer et de Kalf.
CHARLES BLANC
iiiisii
ET
Les tableaux de Zorg sont assez rares. On trouve au musée du Louvre un Intérieur de cuisine. On y voit un tonneau, une cruche degrés avec un couvercle d’étain et une serviette ; dans le fond trois figures, dont un homme causant avec une femme. Il y a un second Zorg au Louvre, — c’est celui que nous avons reproduit ; — le nouveau catalogue le relègue aux maitres inconnus. 11 représente des ustensiles de cuisine et des légumes.
Les galeries de Hollande, celles de La Haye et d’Amsterdam, ne renferment aucun tableau de Zorg ; mais il y en a deux dans le musée de Dresde : 1° les Vendanges, 2° la Marchande de poissons. Ce dernier est la représentation d’une scène comme il s'en voit chaque jour dans les rues de Rotterdam ou — pour parler plus exactement — sur les bords d’un des canaux de cette ville, dont les rues sont des canaux.
On compte deux Zorg à la pinacothèque de Munich : une Famille de paysans, un Intérieur villageois.
C’est donc dans les galeries privées qu’il faut chercher les tableaux de ce maitre, et nul doute que chez un certain nombre de demi-connaisseurs, beaucoup de ces tableaux ne figurent sous le nom de Téniers, quelquefois sous celui de Brauwer.
Dans la galerie Bridgewater, à Londres, on peut voir un joli échantillon du talent de Zorg. C’est une Scène de buveurs et de fumeurs. Ce tableau avait été précédemment attribué à Abshove, qui fut un des plus heureux inlitateurs de Téniers.
La galerie de M. V. Steingraght, à La Haye, et celle de
M. Quarles, à Harlem, renferment chacune un Zorg que nous y avons vu ; ils sont l’un et l’autre dans la manière de Téniers.
Nous citerons encore celui qui se trouve dans la galerie Leucutenbkrg. C'est une des compositions capitales du maitre. On n’y compte pas moins de dix figures groupées d ans une cuisine servant de salle à manger et dont la porte estouverte. Plusieurs sont assises à table, parmi lesquelles on distingue un homme qui caresse le menton d'une femme ; à gauche une femmedeboutfait boire sa petite fille ; derrière elle un homme debout regarde trislementun cruchon vide. On voit aussi à table une mère avec son nourrisson. Près de la cheminée est un homme : par terre est un chat parmi des ustensiles de cuisine.
Enfindans une des célèbres collections de Genèvese trouve le charmant tableau que M. Baron a si bien lithographié dans la publication des Artistes anciens et modernes. Il représente les deux élèves d’un alchimiste laissant brûler des pièces de poterie au fourneau de leur maitre.
Zorg a eu pour disciple Abraham Diepraam.
Ses tableaux se produisent assez rarement dans les ventes.
Vente Carré, 1817. — Un homme et une femme buvant cl fumant, 56 francs.
Vente Vigneron, 1828. — Intérieur d'estaminet, 450 fr.
Vente Giroux, 1851. — Un Estaminet hollandais, 899 fr.
Lebrun et après lui M. de Burtin portent à 3 OUU livres le prix maximum des tableaux deZorg. — Sasiguature ne nous est pas connue et son monogramme même manque aux Dictionnaire de Brulliot et de Siret.
4G18-99. — Cubdeil. Impriment) Êd. CnÊrt.
-*w: èfe
Sco/e /taÆwdaji
c/e este/', y/ba/tere cnor/e.
IJEAN-BAPTISTE WEEN IX
NÉ m 1021, NOllT EN 1ÜÜJ.
Voici un maître qui échappe, par le caractère multiple de son œuvre, à toutes les classifications ordinaires. Où
sait pourquoi, dans les flots. A côté
encore, qui peignit avec un égal talent des paysages et des portraits, des conversations et des natures mortes, des figures mythologiques et des pièces de gibier, des , tableaux d’architecture et des sujets religieux? Ne | semble-t-il pas qu’à force de se répandre dans tous les genres il n’appartienne plus à aucun?
Voulez-vous, du reste, avoir une idée de tous les divers talents de Jean-Baptiste Weenix? Le premier tableau de ce peintre que vous rencontrerez, au Louvre ou ailleurs, vous la donnera, car il est bien rare qu’il n’ait pas dans un seul et même ouvrage réuni, confondu, entassé presque au hasard tous les trésors de sa palette. Sommes-nous devant un port de mer, vous verrez là les ruines d’un magnifique palais qui se baigne, on ne une guinguette où s’égayent une compagnie de francs
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buveurs, sous une treille de houblon ou de vigne. Un gentilhomme à cheval, élégamment coiffé, richement velu , passe et se rend je ne sais où; il va peut-être se promener dans la mer, afin de donner raison à ce distique fameux :
Il fait aujourd’hui le plus beau temps du monde,
Pour aller à cheval sur la terre et sur l'onde.
Cependant un jeune garçon, profitant de la circonstance, mène paître un troupeau de dindons au milieu des matelots qui vont et viennent, à travers les ballots et les coffres de marchandises, tandis qu’une bergère s'est arrangée pour dormir sur des fragments de colonnes de l'ordre toscan, et pour être aussi jolie que possible dans le corset rouge qui serre sa taille robuste, et sous le chapeau de paille qui tempère l’éclat de son visage par une piquante demi-teinte. Ce n’est pas tout. Il est probable que sur ces plages fantastiques vous trouverez, appuyés contre un bas-relief, un paon au plumage étincelant d’or, de saphir et d’émeraude, un lièvre au pelage sanglant et des perdreaux, sans compter une gibecière, un fusil et une poire à poudre, oubliés là par un chasseur qui apparemment se sera noyé dans le port, et qu’attend un superbe chien courant, très fort admiré par une belle dame en robe de satin, à la Terburg, qui sans doute est tombée de la lune sur ce rivage de la Méditerranée.
C’est peut-être à la diversité des maîtres de Jean-Baptiste Weenix qu’il faut attribuer les hésitations, les inconstances de son talent. Il était né à Amsterdam en 1621 et avait reçu tout d’abord de son père, architecte fort employé, les premières notions de la géométrie et du dessin linéaire. Mais, à l’inverse de la plupart des peintres qui, dans leur enfance, ont. montré plus de goût pour dessiner que pour lire, il avait, lui, plus de goût pour lire que pour dessiner. Sa mère, qui avait mis en lui ses plus chères espérances, crut satisfaire ses véritables inclinations en le plaçant chez un libraire. Elle avait compté sans l’inconstance de la jeunesse. Weenix ne fut pas plus tôt installé chez son patron qu’il prit en horreur les livres, que jusque alors il avait tant aimés, et au lieu d’apprendre patiemment le sérieux métier de libraire, il n'eut plus d’autre préoccupation et d'autre plaisir que de dessiner, d’après nature, les enfants, les animaux, les voitures qui passaient devant la boutique. Il avait ainsi brusquement changé de passion, ou, pour mieux dire, il avait changé de livre.
Il fallut prendre un autre parti, au risque de voir se déclarer bientôt un nouveau caprice. La mère de Weenix imagina de le mettre en apprentissage dans la maison d’un marchand de draps. Cette fois le jeune homme persista dans sa vocation de peintre. Son caractère droit et franc ne pouvant se plier aux roueries du commerce, il continua de dessiner avec tant d’application, que le marchand de draps ne tarda pas à le remercier. On le lit alors entrer chez un peintre obscur, Jean Micker, dont le nom doit sans doute à cette circonstance d’être arrivé jusqu a nous, et il travailla dans l’atelier de ce nouveau maître jusqu’à ce que le hasard, le servant mieux que la prévoyance maternelle, le mît en rapport avec Abraham Bloemaert, dont il s’empressa de solliciter les leçons. Sous la discipline de ce savant homme, Weenix sentit son esprit s’élever et vit s’agrandir son horizon. Le paysage, les animaux, les ruines ne furent plus la seule matière de ses études. Il apprit à peindre les ligures, à les vouloir belles, nobles, et à les choisir de préférence dans la fable. Ce devait être un bien agréable atelier que celui d'Abraham Bloemaert. Corneille Poelemburg y préludait à ses charmants paysages qu'il allait remplir des poétiques divinités d’Ovide et de Virgile; Jean et André Both y étudiaient la nature agreste en attendant de la voir resplendir aux rayons du soleil italien; Gérard Honthorst y préparait sa célébrité future ; et cependant un aussi digne maître et d’aussi aimables compagnons ne purent retenir encore l’inconstant Weenix. Il quitta un beau jour l’école de Bloemaert, on ne sait pourquoi, et s’en alla terminer l’éducation de son pinceau chez Nicolas Moyaert, le même qui lut le maître de Nicolas Berghem.
Peintre universel, graveur habile, Nicolas Moyaert savait traiter tous les sujets, tableaux religieux