‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 133 sur 136 · JEAN-BAPTISTE AVE IÎN I X · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE AVE IÎN I X

ou profanes, bacchanales, scènes familières et rustiques, bamboehades, animaux. Sa manière, moins solennelle que celle de Bloemaert, séduisit promptement Jean-Baptiste Weenix, qui, comme tous les talents faciles, devait arriver à une certaine originalité en passant par d'heureuses imitations.

Dès cette époque, il peignit des tableaux qui, au dire d’Arnold Houbraken, se vendaient un assez bon prix. Weenix n’avait pourtant alors que dix-huit ans ; mais, en dépit de sa jeunesse, il songeait à se marier comme on songe à une partie de plaisir. Bientôt, en effet, il épousa Josina Hondekoeter, fille d’un paysagiste dans la maison duquel grandissait le futur peintre des volières et des basses-cours, Melchior Hondekoeter. Ces Hondekoeter étaient une famille de protestants, graves et quelque peu

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puritains. Tout alla bien dans les premiers temps. En 1644, Jean-Bapliste devint père de l’enfant qui fut plus tard le célèbre peintre de chasses et de gibier mort, Jean Weenix. Mais bien que sa jeune femme et sa famille lui fissent une vie très douce, il était, au sein même de son bonheur, tourmenté d’un opiniâtre désir, celui de voir Rome! Il résolut d'y aller, ne fut-ce qu'en courant, et de peur d’en être dissuadé, il ne confia son projet à personne, pas même à sa femme. Un beau matin donc, il quitta la maison furtivement, sans rien dire et comme un prisonnier qui s’évade. On suivit ses traces, on le chercha quelque temps, et on finit par le rejoindre à Rotterdam au moment où il allait s’embarquer. Jean-Baptiste n’essaya pas de résister, et comme un enfant tout honteux d’avoir été pris en faute, il se laissa reconduire au logis.

Néanmoins, il n’avait pas encore entièrement renoncé à voir l'Italie. Seulement il s’y pritcette fois

ÉCOLE HOLLANDAISE

d'une autre manière. Il eut recours à la douceur, à la prière ; il négocia, et il obtint de sa femme une sorte de congé de quatre mois. C’était peu pour aller jusqu’à Rome, y voir tout ce qui est digne d’ètre vu. Mais Weenix n’en demandait pas davantage. Que dis-je? il ne lui en fallait pas tant.

Trois jours au plus rcndronl mon âme salisfailo.

Je reviendrai dans peu c.onlcr de point en point Mes aventures à mon frère...

Weenix s’embarqua enfin et aborda au rivage si longtemps désiré. Mais le ciel italien a d’irrésistibles séductions. Là où Weenix devait demeurer quatre mois, il demeura quatre ans. Le travail, le plaisir, le soleil, tout le retenait à Rome. Lui, pour qui les premiers objets d’art avaient été les dessins d’architecture de son père, il trouvait à chaque pas des ruines héroïques et se promettait bien d’en embellir ses tableaux. Les paysans, les paysages, les animaux de la campagne de Rome, il dessinait tout ce qui pourrait un jour figurer dans les bizarres compositions qu'entrevoyait sa fantaisie, et les dessins, qu’il tit alors au crayon noir ou à l’encre de Chine, dans la manière de Roland Roghman et de Beerestraten, sont aujourd’hui fort recherchés des amateurs. Il avait eu, du reste, l’heureuse fortune d’attirer les regards du cardinal Pamphile, graud amateur de peinture hollandaise, qui le logeait chez lui, lui achetait ses ouvrages et lui payait une pension fort honnête. Grâce à ce bon cardinal, Weenix eut même l'honneur de travailler pour le pape. L histoire ne nous dit pas quels furent les tableaux que le Saint-Père lui commanda ; mais il est permis de croire qu’à cette circonstance se rapportent les quelques sujets pieux que nous rencontrons dans son œuvre, notamment le Repos en Egypte, qui lit partie de la collection des ducs de Brunswick-Wolfènbuttel et dont M. de Burtin nous a donné la description suivante: « Au pied dune belle ruine, la Vierge, assise avec le Sauveur sur ses genoux, écarte un épagneul qui veut sauter sur elle. Le petit Jésus, dont l’habit brun est retroussé jusqu’au nombril, tient une pomme dans sa main gauche et une tourterelle sur sa main droite. La Vierge, des sandales aux pieds, une jupe écarlate, un manteau très bel azur, a un habit brun et un voile jaunâtre. Derrière elle saint Joseph fait passer 1 ane entre deux colonnes. Les plans qui suivent sont tous vaporeux et représentent une ville dans l’éloignement, derrière laquelle des montagnes vont se perdre dans un ciel clair et argentin. »

C’est ainsi que Jean-Baptiste Weenix concevait ses tableaux religieux ou autres. Mettre en œuvre les divers éléments pittoresques qui ornaient sa mémoire ou ses portefeuilles, voilà tout ce qu il demandait. L'imagination et la nature se mêlaient dans son œuvre delà façon la plus étrange. Tantôt il promenait ses figures et ses animaux au milieu d’un paysage impossible, tantôt dans un site connu il plaçait un assemblage d’objets disparates et d’actions sans vraisemblance. Il s inquiétait fort peu des convenances historiques ou locales, qui ne relèvent que de l’esprit, et pourvu que 1 œil fut charmé par un rapprochement heureux de couleurs brillantes, pourvu que 1 attention fût soutenue, réveillée çà et là par quelques épisodes variés e( inattendus, il ne lui importait guère qu on relevât dans son tableau tel anachronisme, telle erreur de jugement, telle faute contre la géographie, 1 histoire, le costume. La Vierge lui paraissait charmante se reposant en Egypte sous quelques ruines des environs de Rome, avec la jupe écarlate des paysannes du Trastevere, et M. le cardinal, de son côté, ny trouvait pas à redire. Quant à l’enfant Jésus, au lieu de jouer avec le mouton, emblème consacré de sa douceur, il caressait une tourterelle et s’amusait des gentillesses d un épagneul, soyeux et joli chien, d’invention toute récente, qu’on ne s’attendait guère à voir figurer parmi les primitifs animaux de l’Écriture.

Weenix dut aimer la chasse ou êlrc lié avec des chasseurs, car il a lait de la chasse un des motifs familiers de son paysage. Mais comme il peignait avant tout pour le plaisir de peindre, il s attacha particulièrement à grouper sur le devant de sa composition les produits de la chasse, plutôt qu a représenter la chasse elle-même. C’est dans le lointain seulement qu on aperçoit meutes et veneurs courre le lièvre, tandis que la pauvre bête est déjà tuée sur le premier plan et suspendue par la patte aux branches d’un arbre. Un beau coq de bruyère, une ou deux perdrix, des fdets, quelques

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fleurs, un grand vase de jardin accompagnent ce lièvre et forment un tableau à souhait pour l'enchantement des yeux. La justesse, la finesse des couleurs locales, le piquant et agréable clairobscur provenant d’un jour frisé, la touche, tout le technique de l'art est employé à nous faire admirer cette nature morte. Il taul. voir avec quelle franchise le peintre a brossé le pelage de son lièvre mort, rougi de sang; avec quelle complaisance il a caressé le duvet delà perdrix et son ventre d’un gris si doux et si fin, et les plumes légèrement hérissées de son jabot; comme il a rendu le

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