I. F. NAIN I> R Cil Alt I.ES-QIII NT (Musée du Louvre
Philip ), il est certain qu'il vivait dans une grande familiarité avec ce prince, qui se plaisait à le voir peindre. Un jour que le roi était venu le surprendre à sou chevalet, l’avait assez rudement frappé sur l'épaule, par manière de plaisanterie, More se retournant avec vivacité, lui donna sur les doigts un coup d’appui-main, ou, selon d’autres, lui barbouilla la main de vermillon. 11 est toujours dangereux, dit à ce sujet Van Mander, r/c toucher au lion. En effet, cet oubli de la majesté royale envers un monarque aussi terrible que Philippe II pouvait coûter cher au peintre. Ee roi, cependant, répondit par un sourire ; mais les courtisans, jaloux d'une telle intimité, feignirent de juger le fait plus sévèrement que ne l'avait jugé le
ÉCOLE HOLLANDAISE
roi lui-même. L'inquisition son mêla, dit-on, et s'il faut en croire Palomino, plus explicite sur ce point que Van Mander, elle aurait accusé Antoine More d'avoir ensorcelé le roi par quelque sortilège rapporté d'Angleterre'. Sentant bien que, malgré la faveur du roi, il n'était 'pas en sûreté en Espagne, More prit congé de Philippe et partit pour les Pays-Bas, sans aucun esprit de retour, bien qu'il promit de revenir après un court voyage. Au bout de quelque temps, le roi, qui aimait le talent de l'artiste et qui se plaisait en sa compagnie, lui lit écrire à plusieurs reprises pour le rappeler à Madrid. More répondit à la première invitation en demandant un délai. Les autres lettres du roi furent interceptées parle duc d'Albe, qui, charmé d avoir a sa disposition un tel peintre, aima mieux le prendre à son service que de le renvoyer au roi d Espagne. Antonio, qui s’était retiré à Utrecht, alla donc à Bruxelles trouver le duc, et il fut employé par lui à peindre ses maitresses d'après nature : c'est Van Mander qui le dit.
On ne connaît, dans les galeries publiques ou privées, d'autres ouvrages d'Antoine More que des portraits. Cependant, il parait s’être essayé quelquefois à la peinture religieuse. Il peignit notamment une Résurrection composée de cinq figures. Le Christ y était représenté entre les apôtres Pierre et Paul, avec deux anges au-dessus. Cemorceau, qui appartenait à un peintre, fut porté en France et montré pour de l'argent à la foire Saint-Germain, et vendu par la suite au prince de Coudé". II était encore exposé publiquement du temps de !■ chilien : « Je n'ai vu, dit cet écrivain, qu'un tableau de lui, qu'on estime son chef-d’œuvre et que l'on montrait a Pans, il y a quelques années. Il n'y avoit rien dans l'invention qui pût faire juger avantageusement du Seine de ce peintre; l'ordonnance étoit de même. Quant au dessjn, il étoit assez correct et les carnations assez bien peintes, mais pourtant d'une manière seiche et un peu trenchée. Il y a apparence que ce qui i end ses ouvrages aussi estimés qu ils sont en Flandres, c'est qu'il s'en trouve peu. » Cette appréciation de l'élibien est faite à la légère, et sur le vu d’un seul tableau qui n'était peut-être pas le chef-d'œuvre du maître, quoi qu'il en dise. Mariette, au surplus, a été choqué, comme nous, du jugement porté par fauteur des Entretiens, sur Antoine More. « Selon l'élibien, dit-il, le tableau de la Résurrection est peint avec soin, mais sèchement, ce qui me laisse quelque soupçon sur son authenticité, car tous les portraits d’Antoine More que j'ai eu occasion de voir sont d’un pinceau large, tel que M. Walpole en a donné l'idée au commencement de cette Vie, et plusieurs m’ont paru dignes du Titien, surtout celui d'un nain avec un gros chien, qui est au cabinet du roi. »
Antonio Moro fut aussi bien traité à Bruxelles qu'il l'avait été à Madrid. Ses enfants avaient été comblés de présents parle roi d'Espagne et dotés par lui de bénéfices et de prébendes. Le duc d'Albe ne fut pas moins généreux pour le peintre de ses favorites. Sachant que More avait marié sa fille à un homme réputé savant et capable, il lui donna, pour ce gendre, la recette générale de la Flandre occidentale, charge énormément lucrative, qui permit il la fille de More et à son mari de tenir un grand état de maison, et de venir à Bruxelles de temps à autre dans leur brillant équipage. Quant au peintre, devenu vieux, il se retira à Anvers et il y mourut, dit Van Mander, « un an avant l'entreprise furieuse tentée par les Français contre celte ville. » L'entreprise dont, il est ici question est, sans aucun doute, l'entrée des Français dans Anvers, lorsque François de France, duc d Alençon, frère de Henri III, rut proclamé duc de Brabant par les Pays-Bas révoltés. Ce lait eut lieu en 1582. S'il est vrai que More fût âgé de cinquante-six ans l'année précédente, il serait né en Io2o; mais, comme nous l'avons dit en commençant, cette date est peu vraisemblable ; elle l'est d'nulant moins, selon la remarque de Mariette, qu'avant l'année 151-2, qui est celle de son arrivée en Espagne, More avait déjà fait le voyage d’Italie. De ce voyage, dont Van Mander ne parle qu'eu passant, il ne reste au ourd hui aucune trace, si ce n'est pourtant le portrait d'Antoine More, par lui-même, que l'on voit a Florence, dans la galerie des Offices; mais, nu dire de Baldinucci, cette peinture fut achetée par le grand-duc Comse 111 (au dix-septième siècle). Rien ne prouve donc que l'artiste fait exécutée à Florence,
1 Cumberland, qui n'a fait que suivre Palomino, s'explique ainsi dans ses Anecdotes of the cninent painlen in Spam :
- And lhey coneluded tliat Antonio Moro being a foreigner and traveller, liad eitlier learned the magic, art or more probably obtained, in Ëngland, sonie spell or charm wliere wilh he liad bewitched the king. »
- Entretien sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres. Paris, 11190, in-4", tomel", page 710.