LE DRAGON DE BÉOTIE DÉVORANT LES COMPAGNONS DE CADMUS
et l'on voit clairement que s'il eut vécu à un autre degrc de latitude, s'il avait eu sous les yeux des modèles plus élégants, Corneille de Harlem aurait fait là un chef-d'œuvre académique dans toute la force du mol.
Tl suffira, nous le croyons, de jeter un coup d'œil sur les gravures qui accompagnent la présente monographie, pour vérifier notre opinion touchant le caractère maniéré du dessin de Cornëlisz. Nul doute que l’école de Gollzius n’ait été séduite par ce défaut même, regardé alors comme une qualité magistrale. Avec quel plaisir Henri Goltzius dut entreprendre la gravure des quatre grandes figures de Tantale, d'Icare, de Phaéton cl d'Ixion, si connues sous le 110m des Culbuteurs Il faut convenir que le graveur et le peintre étaient bien faits pour se comprendre ! Autant l'artiste original était osé dans le mouvement et le raccourci
ÉCOLE HOLLANDAISE
de ces figures jetées en plein air et surprises par la pensée dans les plus étonnantes postures d’une chute imaginaire, autant le traducteur s'est montré hardi, fier ou, pour mieux dire, crâne dans sa manière de couper le cuivre. Comme les tailles ondoyantes de Goltzius, ces tailles surprenantes par le parallélisme de leurs courbures, parla sûreté de leur marche violente, par leurs atténuations subites et leurs renflements extraordinaires, comme ces tailles, dis-je, répondaient bien aux lignes savantes, audacieuses et imprévues de Cornelisz ! Avec quelle complaisance Goltzius a dû graver le tableau des Compagnons de Cadmus , et faire entrer son burin dans le cuivre comme le dragon fait entrer ses griffes dans les flancs du malheureux qu’il dévore !
Sans doute, il est permis de penser que Henri de Goltzius, de même que Jean Muller et Jacques Matham ont fait pour Cornelisz comme pour bien d'autres, je veux dire qu'ils lui ont prêté beaucoup de leurpropre style en le traduisant. Ainsi, quand nous regardons les estampes des Culbuteurs et, par exemple, ce Phaéton précipité du haut du soleil, et enveloppé dans un réseau de tailles qui semblent tourner autour de ses membres comme autant de serpents, il nous est difficile de ne pas confondre le maniérisme du graveur avec celui du peintre. Il en est de même quand nous arrêtons nos regards sur la singulière planche de Caïn tuant Abel, gravée par Jean Muller d’après Corneille de Harlem. Ici, loin d’être mitigés par la version du graveur, les défauts de l’original sont mis en relief, outrés et renchéris. Abel, renversé à terre, montre ses talons au spectateur et l’on ne voit de sa tête que le menton et le bout duriez; mais ce qu’il y a de violent, de désagréable à l’œil dans ces inutiles raccourcis, paraît bien davantage par l'affectation du graveur, qui ajoute son pédantisme à celui de son maître. Il serait donc injuste de mettre uniquement sur le compte de Cornelisz les extravagances de style que ses traducteurs ontgrossisen les interprétant, et c’est à Jean Muller, non pas à Corneille, qu’il faut attribuer les monstruosités de la pièce intitulée Arion jouant de la lyre , oùsont prodiguées, sous prétexte de science anatomique, ces fossettes ridicules qui sont l’extrême de l'absurde et du mauvais goût, le dernier mot de la barbarie.
Ce qui prouve qu’il ne faut pas entièrement juger de la manière de Cornelisz par la façon dont ses peintures ont été gravées, c'est qu'il nous paraît beaucoup plus simple sur le cuivre de Jean Saenredam. Nous n'avons pas vu le tableau allégorique qu’on appelle V Antre de Platon et ne savons où il est, ni s'il existe encore; mais il est certain que d'après l’estampe de Saenredam, on ne le croirait pas du même peintre que le Ca'in ou Y Avion. La composition en est assurément fort étrange; elle est même empreinte d’un germanisme fantastique tout à fait inattendu de la part d’un artiste que l’on dit être exempt d'affectation. Tandis qu'un petit nombre de sages se groupent autour d’une lampe allumée à la voûte d'une caverne, la tourbe des humains se rassemble dans la partie obscure de l’antre, à peine éclairée par un pâle reflet de la lampe, et suivent du regard les ombres de l'Amour, de la Religion, de la Charité, de la Gloire, dont les figures en petit sont posées sur l’épaisseur d’une muraille qui sépare la lumière des ténèbres, c’est-à-dire la vérité de l’erreur. Cependant, quelle que soit la bizarrerie de cette composition emblématique, on doit supposer que l’exécution du peintre était plus simple et plus magistrale qu’elle ne paraît l’être dans les estampes de Jean Muller.
Sans compter tous les morceaux que la gravure nous a conservés, Van Mander nous fait connaître plusieurs autres peintures de Cornelisz, qu’il dit avoir été admirables et fort admirées. « Pendant qu'il se livrait à ses études d’après nature, dit ce biographe, Corneille fit un grand tableau sur toile en largeur, représentant le Déluge, qui passa plus tard en Angleterre, chez le comte de Leicester. Dans son meilleur temps, il peignit un Serpent d'airain sur une grande toile de forme oblongue et un morceau en hauteur, également sur toile, la Chute des Anges rebelles. Ces deux tableaux sont à Amsterdam chez Jacques Rauwaart. Le peintre y a parfaitement étudié le nu dans les attitudes les plus diverses, et il y a montré une telle précision de dessin, des proportions si justes et de si beaux mouvements, qu'il esta déplorer que de pareils ouvrages ne soient pas exposés à la vue de tout le monde dans un lieu public. Corneille à exécuté, depuis, quantité de peintures grandes ou petites, mais souvent des nudités, entre autres le Monde primitif ou \' Age il' or, que possède Henri-Louwers Spieghel, amateur d'Amsterdam, ouvrage incomparable pour la
perfection du nu et pour la fidélité avec laquelle sont exprimés tous les muscles et jusqu'aux plis de la peau dans les mains et les autres parties du corps. C’est une des œuvres capitales du maître. On voit encore de sa main chez Barthélemy Ferreris, à Leyde, un autre Serpent d'airain, et à Middlebourg, dans le cabinet de Melchior Wintgens, un excellent tableau d'Adam et Ève, et douze petits panneaux des sujets de la passion de Jésus-Christ, délicatement et artistement touchés, ainsi qu’une composition d'une beauté singulière, la Purification des enfants d'Israël dans les eaux du Jourdain. »
Voilà tout ce que l’histoire nous apprend sur Corneille de Harlem. Van Mander écrivit la biographie de ce peintre en 1004, lorsque son ami avait quarante-deux ans, et c’est par Sandrart et par Houbraken que nous savons la date précise de la mort de Corneille, arrivée le 11 novembre 1637. Il vécut donc soixante-quinze ans, et comme il était tout entier à l’exercice de son art, on peut croire qu il fit un très grand nombre d’ouvrages et s’étonner qu’il en existe si peu dans les musées de son pays.
Toutefois, ce que nous connaissons de lui nous permet de le considérer comme un des maîtres les plus savants et les plus forts de cette période durant laquelle on suivit en Hollande le style étranger, et s'il fallait, eu égard au caractère italien de ses œuvres, le comparer à un des grands maîtres d Italie, nous dirions que Corneille Cornelisz est le Baccio Bandinelli de la Hollande, de même que Martin Heemskerk en est à peu près le Michel-Ange. cuarles blanc.
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Musée du louvre. — On n’y trouve aucun tableau de Corneille de Harlem.
Musée de Toulouse. — Composition allégorique sur les dérèglements des hommes. Ce tableau a été envoyé au Musée en 1812 parle Gouvernement.
Musée d’Amsterdam. — Adam et Eve dans le Paradis terrestre. — Le Massacre des Innocents, signé et daté de 1590. — Le portrait de D. V. Coornhert.
Musée Royal de la Haye. — Le Massacre des Innocents, grande composition où presque toutes les figures, au nombre de plus de cent sont entièrement nues, mais plus petites que nature.
Galerie du belveder a Vienne. — Un sujet de la Fable représentant le Dragon de Béotie qui dévore les compagnons de Cadmus, qu'on voit de loin accourir à leur secours ; il est à cheval et tient une lance à la main. Sur cuivre, 22 centimètres sur lG.C’estle morceau que Goltzius a gravé, et que nous avons reproduit dans la présente biographie.
Galerie royale de Dresde. — Vénus caressantCupidon ; une nymphe jouant de la guitare et Cérès avec la corne d’abondance; figures nues et entières. Toile, 2 m. 11 c. sur 1 m. 75 c. — Un tableau attribué à Cornelisz. Un vieillard offrant une bourse à une jeune fille, pour l’engager à lâcher un jeune homme qu’il serre dans ses bras.
Musée de Stokholm. — Cérès, Vénus et l’Amour. — Jugement de Paris.
Musée de Copenhague. — Allégorie sur la brièveté de ia vie.
Musée de Berlin. — Betzabée entourée de quatre servantes et le roi David. — Réunion d’hommes et de femmes nus autour d’une table garnie de mets et de boissons ; un vieillard prend des notes, etc.
Les graveurs de l’école de Goltzius etGoltzius lui-même ont gravé, d’après Corneille de Harlem, un assez grand nombre de pièces qui sont décrites dans le troisième volume du Peintre graveur, par Adam Bartsch.
Goltzius a gravé la suite des quatre estampes de forme ronde, connues sous le nom de Culbuteurs. Elles ont trente cenlimètreshuil millimètres de diamètre. Les sujets représentés sont : 1° la chute de Tantale, pièce datée de 1588. Tantales in mediis residens , etc. ; 2° la chute d’Icare; Scire Dei mundus, etc. ; 3° la chute de Phaéton, Non ambire
probat, etc. ; i° la chute d’Ixion,Cu i sibi cor punit. Ces quatre estampes portent le monogramme du peintre et la signature ou la marque du graveur.
Goltzius a aussi gravé dans les mômes dimensions les Compagnons de Cadmus dévorés par un dragon. Hosceartis, primitiasC. C.piclor invent, simulquc Goltzius sculpt., etc., an0 1558. Dirus agenoridœ laniat.
Jacques Malham a gravé cinq pièces d’après Corneille de Harlem : 1° Suzanne au bain surprise par lesdeuxvieillards Illecebris tentata senium... a0 99 ; 2° la Vierge vue de profil, ayant dans ses bras l’enfant Jésus qui est assis sur un coussin à mi-corps. Planche hexagone. Ipsasuum Regina ; 3° les nymphes de Dianedécouvrant la grossesse deCalislo. Montinagos inter Triviæ.. . etc. ;4°Apollon, représenté debout surles nuages. Astrorumprinceps ; 5° Diane pareillement représentée surles nues. Sortioreæ Phœbo. Ces deux dernières estampes se font pendant; elles ont 324 millimètres de hauteur sur 218 de large; les autres sont de grandeur moyenne .
On trouve cinq morceaux d’après Corneille dans l’œuvre de Saenredam : l°Adam etÈve, Edicti immemores; 2° Suzanne au bain ; Æslus erat mediisque ; Pâris assis auprès d’QEnone, dont il grave le nom sur un arbre ; Nudus ad QEnomen ; 4° Vertumne et Pomone dans un jardin, Hortorum Pomona potens, a0 1G05; 5° l’Antre de Platon, pièce emblématique. Elle est gravée dans la présente notice. Jean Muller a gravé six estampes d’après le môme maître, savoir : 1. Caïn tuant Abel ; Impius ecce Caïn ; 2° le Combat d'Ulysse et d’Irus ; Sponsos Penelopes (cette planche est aussi attribuée à Goltzius, parce que beaucoup d’épreuves portent son adresse; elle porte la date de 1689) ; 3° les trois Parques; Très tria lanificæ ;4° Arion jouant de lalyre Quisnam igitur liber. Les premières épreuves portentl’adresse d'Hermann Muller ; les secondes, celles de J. C. Visscher ; 5° laFortuneaveugledispensatrice de ses faveurs. Prudentissimis Reip. Harlemcnsis... 6° Portrait de Théodore Cornhert, graveur d’Amsterdam, en buste. Thcodorus Coornhertius .
Toutes ces pièces sont de grandes dimensions, à l’exception de la dernière, qui n’a que 148 millim, de hauteur sur 126.
Nous reproduisons la signature de Corneille de Harlem, qui se trouve sur un des tableaux du Musée d’Amsterdam, le Massacre des Innocents, et divers monogrammes.
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