‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 34 sur 136 · ABRAHAM BLOEMAERT · texte numérisé non relu

ABRAHAM BLOEMAERT

imprimant les ombres, l'autre les rehauts. Bloemaert s’est servi de ce procédé ; mais il s’est écarté de l’usage en ce qu’il a gravé le trait à l’eau-forte sur le cuivre, et les rentrées avec des tailles sur des planches de bois. 11 en est résulté nécessairement un désaccord entre la maigreur du premier contour obtenu à l’eau-forte et la vigueur des ombres gravées dans le bois. Ces morceaux n’en sont pas moins fort recherchés des amateurs, et plus recherchés encore que ne le sont les eaux-fortes du môme mai Ire.

Bloemaert était un homme de mœurs douces, complètement absorbé non pas tant par l’étude que par

1 amour de son art. Il fut marié deux fois et, de ses deux femmes, il eut quatre fils, qui tous les quatre ont été artistes : Henri, qui fut 1 aîné et qui mourut le premier, peignit le portrait avec quelque succès ; Frédéric et Corneille, qui se sont appliqués à la gravure et s’y sont également distingués, le premier ayant acquis dans l’histoire une place honorable, le second s’y étant fait un nom illustre ; enfin, Adrien Bloemaert, qui peignit l’histoire et le portrait. « Il se forma en Italie, disent Iluber et Rost ', passa de là à Vienne, puis a Saltzbourg où il fut tué en duel. » Heinecke rapporte à l’article de ce maître un grand nombre de portraits, dont il croit plusieurs « gravés par Adrien lui-même, étant sans nom de graveurs ». Le chef de cette belle famille fut aussi un chef d’école. Etabli à Utrecht, après la mort de son père, il y ouvrit un atelier où se formèrent, avec ses quatre fils, des peintres la plupart devenus célèbres : Cor-

Manucl des curieux et des amateurs de l'art, Zurich, 1801. Ecole des Pays-Bas.

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neïlle Poelenburg, Henri Terbruggen, Gérard Honthorst, Nicolas Kimfer, Jean et André Bolli, Jean-Baptiste Weenix, Guillaume Van Drillemburg, Dyck Hais et Henry Bylert. Ce fut à Ütrecht que Bloemaert mourut en d 647, âgé de quatre-vingts ans.

Les amateurs ont un peu oublié maintenant Abraham Bloemaert ; mais l'histoire ne saurait faire comme eux. Aimable, brillant, habile en tout genre, il a su mettre dans son dessin incorrect et maniéré une élégance qui amuse et captive. Son principal défaut est d'avoir de la sécheresse dans la touche et un coloris tirant sur le jaune, qui est trop éclatant et pas assez harmonieux. Si la postérité s'est un peu refroidie pour Abraham Bloemaert, cela lient à ce qu’il y a de mixte et d'un peu bâtard dans son génie. Il faut croire que ses compatriotes 1 ont trouve trop italien, tandis que les Italiens le trouvaient à leur tour trop balave, et qu ainsi, il n'a séduit complètement ni les hommes qui courent après le style, ni ceux qui veulent avant tout le naturel. Et, de fait, on peut se former une assez juste idée d’Abraham Bloemaert, en le regardant comme le Parmesan de la Hollande.

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Abraham Bloemaert a gravé il l’eau-forte, d’une pointe libre et facile, et d’un burin fort souple, plusieurs pièces dans lesquelles il imitait le dessin à la plume. H a aussi gravé, en clair obscur ou en camaïeu, quelques morceaux qui sont plus recherchés que ses eaux-fortes. Cependant Uartsch, qui a si longuement décrit 1 œuvre des Muller et des Saenredam, n’a pas fait mention d’Abraham Bloemaert dans son Peintre-graveur. Voici l’indication de son œuvre.

Eaux-fortes : 1. Saint Jean avec son agneau, petit in-4 ;

— 2. La Madeleine pénitente, d'après Callot, in-4 ; — 3.

Saint Pierre pénitent, sans nom, in-4 ; — 4. Sainte lnmille.

La Vierge donne le sein à l’enfant Jésus. J. Stutems exe.,

1393, petit in-folio en travers. Il existe des épreuves avant l’adresse de l’éditeur. Elles sont avec la date. On lit au bas quatre vers latins commençant par celui-ci : Quid mortem infante moliris percitus ira... ; — 3. Autre Suinte Famille La Vierge et l’enfant tiennent chacun une pomme. Saint Joseph est derrière eux, appuyé sur un tronc d’arbre, un chapeau à larges bords sur la télé.

Cette pièce non décrite est un in-quarto en travers. Elle est datée de 1593 et ne porte pas de nom. — 0. Junon ou l'Orgueil personnifié, petite pièce en hauteur. La déesse est debout, tenant de sa main gauche un sceptre. Elle porte sur la tête une coiffure haute qui ressemble à des ailes, un paon. Au bas, vers la gauche : A. Blocm : fc. et à droite. B (Boece) Bolswerd exe. On en connaît des épreuves avant l'adresse de l'éditeur. — 7-10. Quatre paysages avec figures, animaux et baraques in-4.

Pièces en camaïeu : 1-2. Moïse et Aaron. Deux ligures assises, in-fol. - 3. la Vierge avec l'enfant emmailloté, in-4. — 4. Marie, Joseph et le petit Jésus, in-4. — b-6.

Deux bustes : Saint Joseph et la Vierge, p. in-4. — 7. L’apôtre saint Simon, avec sa scie, d’après le Parmesan, in-4 - 8. La Madeleine. Elle est assise devant un cruci-

fix. — 9. Saint Jérôme lisant. A. Blo., in-8. — 10. Autre saint Jérôme , d'après le Parmesan, in-8. — 11. Un Enfant nu, d'après le Titien, sans marque, in-8. — 12. Une femme voilée , vêtue d'une longue tunique, d’après le Parmesan, in-8. — 13. Un Éléphant. Pièce anonyme, attribuée à Bloemaert, gr. in-fol.

A ces pièces, sommairement décrites, Ileinecke ajoute : Les trois Maries , en demi-fig. ; espèce de clair obscur û l'eau-forte.

Indépendamment de ces divers morceaux, il existe encore un Livre à dessiner d' Abraham Bloemaert , mis en ordre par Bernard-Picard, en 170 planches. Amsterdam,

Musée du Louvre. 1. La Salutation angélique. — 2. La Nativité, signée : Bloemaert fe., i 612, id. Portrait d'homme : il est coiffé d'un bonnet de fourrure et prend avec une pincette du charbon dans un réchaud. Signée : .4. Blocmuert fc., acheté par le musée 800 fr.

Le Musée de La Haye possède le Festin des Dieux et La Distribution des prix d'une course ; et la Pinacothèque de Munich, la Résurrection de Lazare.

Les ouvrages de Bloemaert ne sont pas d'un grand prix, dit Lebrun ; je doute que le meilleur fût payé plus de 1 200 liv.

Vente Julienne, 1767. La Sainte Vierge, assise au pied d’un arbre, tient l'enl'ant emmailloté ; sur bois, 732 fr.

Vente Neyman, 1776. On y vit les plus beaux dessins d'Abraham Bloemaert, notamment celui de YAdoration des Rois, connu par l’estampe qui s éleva au prix de 167 liv., et celui de? Pères de l'Église , également connus par l’estampe, qui fut vendu 100 liv.

Ab. Bloemaert a signé presque tous ses tableaux et ses eaux-fortes, comme nous l'indiquons ci-après :

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L'art du portrait fut toujours florissant en Hollande, et il dut l’être dans ce pays où la double influence de la religion et du climat donnait une si grande importance à la vie de Camille. Aussi, depuis les commencements de l'école de Hollande on y compte de fameux peintres de portraits. Michel Mirevelt est du nombre et il figure parmi les plus anciens, car il est presque le contemporain d’Antoine More et il a précédé de beaucoup Van der Helst et Rembrandt. Au dire de Carie Van Mander et de Sandrart, Mirevelt naquit à l)elft en 15G8 ; il était le fils d'un orfèvre. Envoyé aux écoles dès l’enfance la plus tendre, « teneris unguiculis , il y montra un naturel tranquille, patient et rangé, une grande assiduité au travail, et il lit tant de progrès par son application, qu’à l'âge de huit ans il surpassait déjà les plus habiles écrivains, c'est-à-dire les plus élégants calligraphes de la ville de Délit. Son père, lui voyantcette dextérité surprenante dans un art qui est une manière de dessiner et dont les Hollandais ont toujours fait grand cas, lui appiit le dessin et le plaça dans l'école du célèbre graveur Jérôme Wierix. Là il fit voir encore une précocité extraordinaire, si bien qu'à l’âge de douze ans, il gravait non seulement d après les dessins ou les estampes de son maître, mais d’après ses propres compositions, proprio motu. Van Mander décrit même une planche que Michel Mirevelt avait gravée de la sorte ; elle représentait la Samaritaine an puits, lorsque Jésus se

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manifeste à elle et s'annonce comme le Messie. Dans le fond de l’estampe, on apercevait la ville de Sichar sur une montagne et les apôtres qui venaient rejoindre Jésus-hCrist ’•

Cependant l'inclination de Mirevelt pour la peinture lui lit quitter l’atelier de Jérôme Wierix pour entrer dans celui d’Antoine de Montfort, dit Blocklandt, dont il eut bientôt pris la manière, mais qu’il imita seulement dans la peinture du portrait. Dessinateur correct, poursuivant le contour en toutes ses finesses, habile à draper ses modèles, dont il ajustait les coiffures avec grâce, et à les peindre d'une touche rapide et légère qui rendait surtout à merveille les cheveux et les barbes, Blocklandt était un excellent maître pour un artiste qui voulait s'attacherau portrait. En se livrant exclusivement presque à ce genre de peinture, Mirevelt y apporta bientôt les qualités qui lui étaient propres, l’attention, la patience, la délicatesse dans le soin du détail, justement tout ce qui pouvait plaire aux amaleurs hollandais. Aussi n’est-il pas un seul portrait de sa main où l'on ne reconnaisse de la complaisance à rendre les accessoires, sans trop nuire toutefois à l’importance de la tète. Et c'est là un des écueils du peintre de portraits. Il lui faut une habileté rare pour ne pas détruire, par la grâce attrayante du détail, la vive et franche impression que doit produire l'ensemble. D'autre part, à moins qu’une tètë-ne soit modelée par la main créatrice du grand Titien, à moins qu’elle ne soit animée, pénétrée du fluide de la vie par le pinceau magnifique de Bembrandt, il est nécessaire, dans un portrait, de 11e pas sacrifier les accessoires autant qu'on le ferait dans une composition historique, et cela pour deux raisons : d'abord parce qu'un portrait ayant toujours moins d'intérêt dans son immobilité qu’une action où se meuvent les héros ressuscités de l'histoire, il est bon d'y ajouter ce charme de l’exécution qui captive le regard et qui trouve place surtout dans le rendu de l’ajustement et des objets précieux qui l’embellissent, tels que bijoux, dentelles, broderies, matières ouvrées d'or ou d'argent; en second lieu, les accessoires, dans un portrait, serventà caractériser le personnage, à exprimer ses habitudes, sa profession, son humeur, et, en ce sens, ils font partie de lui-même, et s'ils doivent être subordonnés au triomphe de la tête, ils ne doivent pas être pour cela traités avec négligence.

C’est ainsi que Mirevelt a compris le portrait: mais il est bien surprenant qu'un peintre si soigneux, si attentif aux détails et si délicat dans sa touche, ait pu faire un si grand nombre de portraits. Sandrart affirme que Mirevelt disait en avoir peint plus de dix mille, ipse aulem comme/nordsse dicilur sæpiùs , quod ultra decem iconum elaboraverit millia. Dans ce nombre prodigieux, en admettant même qu'il soit exagéré, Mirevelt a fait beaucoup de portraits historiques, et c'est là ce qui rend son œuvre si curieux à parcourir. On y voit figurer, en effet, les plus illustres personnages du temps, tous ceux du moins qui eurent quelque rapport avec la Hollande ou qui habitèrent cette petite contrée, alors si grande et si prépondérante en Europe : le poète populaire, Jacob Cats, le célèbre prédicant Uytenbogaert, qui eut aussi l'honneur de poser pour une eau-forte de Bembrandt ; l'immortel Grotius, qui était né à Delft comme Mirevelt lui-même; l’élégant Buckingham, avec sa moustache en paraphe, sa cuirasse garnie de perles fines et sa collerette dont on croit sentir les parfums subtils ; Constantin Huygens, l’électeur Frédéric, roi de Bavière, Gaspard III de Coligny, maréchal de France, le président Jeannin, le fameux capitaine Ambroise Spinola, l'héroïque Gustave-Adolphe et tous les membres alors vivants de la maison d’Orange, et à côté du vertueux Barnevelt, qui mourut pour la liberté de son pays, le cruel et ambitieux Maurice de Nassau, qui le fit mourir.

C’est sans doute pour faire diversion à la monotonie d'une besogne qui sans cesse recommençait (car il n'était pas de seigneur, pas de riche bourgeois de la Hollande qui ne voulût être pourtraict par Mirevelt). que cet artiste infatigable s’exercait parfois à peindre des bambochades et des cuisines remplies de viandes, de légumes et de gibier. Mais en même temps qu'il y trouvait une distraction, c’était pour lui une manière d’étudier ces détails qu'il aimait tant, de chercher dans la nature des localités de ton singulières etd’assoupli,* son pinceau à traduire l’aspect, les qualités apparentes des diverses substances végétales ou animales qu'il avait sous les yeux, le lisse et le grenu, l’uni et le plucheux, le brillant et le mat. Il en revenait ensuite avec

1 Cette estampe, qui serait si curieuse, n'est connue que par la description qu'en donne Van Mander, et que Sandrart a répétée. Elle n’existe, à notre connaissance, dans aucune collection, et il est probable que la planche, aussi bien que les épreuves qu’on en avait tirées, a disparu.

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