Une paysanne faisant des galettes, pièce ronde. In
13. Un paysan allumant sa pipe à un réchaud tenu par une femme. ln-4°.
14 — 19. Suite de paysanset de paysannes, six pièces sans marque ; la première représente une femme qui demande l’aumône. In-4°.
Le portrait de Brauwer, par Van Dyck, a été gravé par Schelte à Bolswert. Jean Gole l’a pareillement gravé en manière noire ; Boulonnois l’a copié.
Adrien Brauwer est un des peintres hollandais qui ont été le plus gravés. Voici le nom de ses graveurs :
Meyssens, Blooleling, Mac Ardell, Lebas, Basan, Bary, Bremden, Delfos, Demouchy, "Wenceslas Hollar, Jean Gole,
T. Major, Malœuvre,' Mathan, Marinus, Nicholds, Ploos Van Amstel (dans ses imitations de dessins d'après les principaux maîtres flamands et hollandais), Iiiedel père et fils, Van Schagen, Seiler, Schenck, Van Sommer, Spilsburg, Spooner, Jonas Suyderhoef, Wallerant Vaillant, Le Vasseur, Verkolje.
Il faut distinguer dans cette nomenclature des graveurs hors de ligne, tels que Blooleling, Lebas, Hollar, Jean Gole et Suyderhoef, et il faut ajouter à la liste le grand nom de Visscher. On a de Corneille Visscher, d’après Brauwer, deux pièces de la plus grande beauté et très recherchées des amat.*urs : le Chirurgien qui panse le pied d’un homme, dont les premières épreuves sont avant l’inscription ure,scca,purga; et une tabagie où l'on voit un homme qui joue du violon en clignant de l’œil, trois autres qui chantentet un qui va boire.
Ce tableau, que nous avons reproduit, est appelé en Hollande le Joueur de Violon.
Jean de Visscher a aussi gravé, d’après Brauwer, une suite de quatre tabagies; ce sont également d’excellents morceaux pleins de couleur.
Ce n’est pas tout ; l'illustre Lucas Wostermann a gravé d'après ce maître les Sept Pêchés capitaux, représentés par des ligures à mi-corps. La Volupté s’y trouve dessinée de deux manières, ce qui fait que les sept péchés sont en huit
pièces; elles portent le chiffre V; et les Cinq Sens de Nature , cinq pièces.
« On voit dans les dessins de Brauwer, dit d’Argenville, un contour arrêté à laplume, aidé d’unpetitlavis d’encre de la Chine et de quelques touches hardies, et des hachures à la plume qui font tout l’effet qu’on en peut attendre. Des figures courtes, ramassées, leurs grimaces, le caractère des têtes garnies de cheveux tout droits, vous disent sans hésiter le nom de leur auteur. »
Lebrun nous avertit que David Teniers a peint dans sa première manière (ce n’est pas celle qui est d’un beau gris argentin) des tableaux que l’on ne manque pas d’attribuer à Brauwer pour en avoir un plus grand prix, et parce qu’on ne les trouve pas assez beaux pour les donner à Teniers.
Voici les prix de quelques tableaux de Brauwer.
Vente Laroque, Gersainl, 1745. Petit paysage dans sa bordure de bois doré, 16 livres 19 sols. Ce sont là de bien modestes commencements.
Vente Caulet d’Hauteville, Joullain, 1774. Une Dispute au jeu, contenant six figures et faisant pendant à un Corneille Dusarl fut vendue 48 francs seulement. 11 est vrai qu’à la même vente un beau Rembrandt, gravé par Mac- Ardell en manière noire, n’allait pas à 600 francs.
Vente Randon de Boisset, 1777. Une tabagie représentant un homme assis qui allume sa pipe à un tison, un autre, penché sur le dos de sa chaise, rend la fumée du tabac; une femme tient un pot, etc. ; tableau capital de 40 centimètres environ de hauteur, 2,400 livres.
Vente Burgraaf, Lebrun, 1811. Un petit tableau où Ton voit deux paysans qui fument près d’un tonneau renversé, un troisième dans le fond, 63 francs ! Brauwer, sous l’Empire, était naturellement tombé, avec tous les flamands, dans un grand discrédit.
Vente Eraud, 1832. Un Intérieur de Cabaret, sur bois, provenant du cabinet de Wille. Dix ligures : 960 francs.
Vente Cardinal Fesch, 1845. Les Joueurs de Caries. Quatre paysans assis sur des baquets renversés, le coup parait décisif. Une cloison en planches sépare ce groupe de trois autres personnages qui se chauffent à une large cheminée : 780 francs.
Le Louvre ne possède qu’un seul tableau d’Adrien Brauwer, ['Intérieur de Tabagie. Un homme vu de dos dort sur une table, un fumeur allume sa pipe et un autre embrasse la servante. Dans le fond, deux hommes qui causent avec une petite fille.
Brauwer a laissé pour élèves Gonzalès, Craesbeck, Tilborg, Bernard Fouchers et Jean Steen, qui fut aussi l’élève de Van Goven.
Nous donnons ci-dessous le monogramme d’Adrien Brauwer.
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GÉRARD TERRURG
Entre Gérard Terburg et Metsu, il y a des traits de ressemblance tellement marqués qu'il est impossible de n’en être pas frappé à la première vue. Mais s’il est aisé de voir par où se ressemblent ces deux maîtres, en revanche, il est bien difficile d’exprimer, sinon de sentir la délicate nuance qui les sépare. L’un et l’autre ont relevé l’école hollandaise de l’état d’abaissement moral où l’avaient jetée des peintres de cabaret, toujours occupés de mettre en scène des buveurs, et de boire en les peignant. La vie élégante, la beauté des visages, la grâce des manières et des formes leur parurent des sujets tout aussi dignes des honneurs de la peinture que les joyeusetés du maijot et ses goinfreries. Terburg et Metsu s’attachèrent donc à représenter de préférence ce qu’on appelait alors des sujets de mode , expression singulière qui pourrait passer pour la désignation ironique de ces tableaux où le satin, le velours, la dentelle, le damas des tentures et la qualité des tapis jouent un si grand rôle. Seulement de Terburg à Metsu, il y a la différence de la bonhomie à la finesse ; l'un a été naïf et gracieux, l’autre ingénieux et piquant.
Gérard Terburg était fils d’un peintre. Il naquit à Zwol dans l’Over-Yssel, en 1(108, tout au commencement de ce dix-septième siècle qui fut. je ne dis pas la plus grande, mais la plus brillante époque de la peinture. Le père de Terburg, au dire d’Houbraken, avait longtemps travaillé à Rome ; mais il
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faut croire qu’il ne s’était guère façonné aux habitudes et aux idées de l’art italien, car il n'en reste aucune trace dans les ouvrages de son fils, qui pourtant reçut de lui cette première éducation de peintre qui ne s’efface qu’avec peine et ne s’oublie jamais entièrement. Le second maître de Gérard Terburg fut un artiste de Harlem dont on ignore le nom ; et il serait difficile de le savoir, si l’on n'avait d'autre indication pour le retrouver que la similitude des genres ; car Terburg fut le créateur du sien. Sorti de l’atelier de ce peintre inconnu, Terburg se sentit le goût des voyages. 11 était déjà bon peintre de portraits, et il savait donner à ses modèles de la distinction et ce caractère qui est la ressemblance morale, plus essentielle peut-être que la ressemblance physique. C’est là sans doute ce qu'a voulu exprimer l'historien d'Argenville, dans son Abrégé, lorsqu’il a dit si naïvement que Terburg savait imiter même le caractère.
A l’époque où Terburg était déjà dans la pleine possession de son art, il fit la connaissance d'un personnage qui eut sur sa destinée une grande influence, le comte de Penaranda, l'un des plénipotentiaires envoyés par le roi d'Espagne au congrès de Munster, et voici comment se nouèrent leurs relations. Un peintre accrédité auprès de l’ambassadeur d'Espagne, ayant ouï parler de l'artiste hollandais, le rechercha et lui demanda son amitié. C’était dans l'intention d’avoir bientôt recours à lui pour l’achèvement d'un certain tableau du Calvaire, destiné au comte de Penaranda et que le peintre favori de ce seigneur ne pouvait terminer à son goût. Terburg vint en aide à son confrère et mit la dernière main au tableau, mais avec tant de bonheur que l'ambassadeur d'Espagne reconnut sur-le-champ l’intervention d’une main étrangère. L’auteur fut donc obligé de convenir qu'il avait secrètement emprunté le pinceau d’un ami, et il dut présenter au comte de Penaranda, désireux de le connaître, cet aide obligeant et habile qui allait sans doute devenir un rival.
Dès la première entrevue, l'ambassadeur pria Terburg de faire son portrait, et le peintre, sensible à un honneur si peu attendu de la part d’un homme qui, comme les rois, avait à son service un peintre ordinaire, se mit à l’œuvre avec une ardeur extrême, ne voulant pas rester au-dessous de la haute opinion qu'on avait conçue de son talent. Houbraken raconte que Terburg avait une manie qui était de chanter en peignant. Il est rare que les peintres n'aient pas quelques habitudes de ce genre. Guillaume liauer, par exemple, s’échauffait tellement au travail qu’il ne cessait de parler tout haut à son modèle, même un objet inanimé, et le Bamboche, lorsqu'il était devant son chevalet, s'interrompait à chaque instant pour retrousser sa moustache. Terburg se mit donc à chanter, pendant que le comte de Penaranda posait devant lui ; mais le fier et ombrageux espagnol, surpris d’un tel acte de familiarité et le prenant pour un manque de respect, se leva brusquement et allait se retirer, si Terburg ne se fût bien vite excusé sur une habitude dont il n’était pas le maître. Le peintre ajouta pour mieux apaiser son grave modèle, que cette irrésistible envie de chanter lui venait toujours dans les moments où il était en bonne veine et se sentait content de sa peinture : « Puisqu’il en est ainsi, reprit l'ambassadeur, continuez de chanter, » et il se remit en place. Terburg acheva le portrait, à la grande satisfaction de Penaranda et de ses amis. « Ce premier tableau, dit Houbraken, lui en procura plusieurs autres pour le même seigneur ; il n'y eut même aucun des ambassadeurs qui se trouvaient au congrès de Munster, qui ne voulût avoir son portrait peint par Terburg. »
C’est ici le cas de rectifier quelques erreurs semées dans les livres au sujet de Terburg et de son protecteur. La Bibliographie universelle, par exemple, dit que Terburg connut à Rome le comte de Penaranda dont le nom est défiguré en celui de Pigoranda. Or ce n’est pas à Rome que put se faire cette connaissance, puisque le comte de Penaranda n'était jamais sorti de l'Espagne avant l'année 1643 ', époque où il fut envoyé à Munster en qualité de plénipotentiaire de Philippe IV. Pour le dire en passant, don Gaspar Bracamonte, comte de Penaranda, cadet d’une famille noble, avait d’abord été homme de lettres, puis professeur à l'Université de Salamanque. La mort de ses frères aînés le constitua l’héritier
‘Voyez le P. Bougeaut, Histoire du Traité (le Westphalie.
de sa maison, ce qui le fit changer tout à coup d’inclinations et de vues. Ayant épousé la plus belle personne de toutes les Espagnes, il fut par elle introduit à la cour de Madrid ; mais la beauté de cette femme qui lui avait ouvert l'accès de la cour, fut bientôt cause de son éloignement. Elle lui fit donner une ambassade, brillante faveur qui devait sans doute consoler le courtisan des disgrâces de l'époux. Cela est si vrai que longtemps on lui refusa la permission de retourner auprès de sa femme, quoiqu’il représentât qu’étant sexagénaire, on lui ôtait ainsi l’espoir d’avoir des enfants. Pour en revenir à
Tcrburg, rien ne prouve qu’il ait voyagé en Italie et le contraire paraît plus vraisemblable, si l’on considère qu’il ne reste pas dans ses peintures la moindre trace d’un tel voyage. Nous le verrons, en effet, après avoir connu à Munster le comte de Penaranda, le suivre à Madrid, quitter l’Espagne pour l'Angleterre, venir en France et rentrer dans son pays pour s’y marier et y finir paisiblement ses jours à Deventer. Quoi qu’il en soit, il est certain que Terburg ayant fait le portrait de la plupart des ambassadeurs et des députés présents au congrès de Munster, fut naturellement amené à composer le fameux tableau qui, par suite d’une longue erreur, a passé jusqu’à ce jour pour représenter la Paix de West -
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phalie. Nous lisons au bas de la belle gravure exécutée par Suyderhœf, d’après l’œuvre capitale de Terburg, cette inscription latine :
ICON EXACT1SSIMA QUA AD VIVUM EXPRIMITUR SOLEMNIS CONVENTUS LEGATORUM PLENIPOTENTARIORUM HISPANIARUM REGIS PHILIPP1 IV ET ORDINCM GENERALIUM l-'ŒDERATI BELGII, QUI PACEM PERPETUAM l’AULÔ ANTE SANC1TAM, EXTRADITIS UTRINQUE INSTRUMENTIS , Jl’RAMENTO CONFIRMARUNT, MONASTERII WESTPHALORUM IN DOMO SENATORIA, ANNO CIO 10 CXLVIII, IDIRUS MAI1. Suvderhoef, SC.
Il est impossible de ne pas reconnaître que celle inscription a été faite avec soin et par un lettré, car elle est en bon latin, et les mots en ont été évidemment pesés et choisis. Or, cette légende, au lieu, de désigner les plénipotentiaires des souverains qui conclurent la célèbre paix de Munster, ne désigne précisément que les ambassadeurs des deux puissances qui ne signèrent point au traité. Chose vraiment singulière ! le roi d Espagne, Philippe IV, et les États généraux des Provinces-Linies, qui avaient pris part aux conférences de Munster : le premier, dans la personne du comte de Penaranda, les autres, dans la personne de M. Paw, furent mis, ou plutôt se mirent eux-mêmes en dehors du traité de Westphalie. Après trois années d’intrigues diplomatiques, le comte de Penaranda, qui n’avait aucune envie de faire la paix, et qui ne cherchait qu a détacher les Provinces-Unies du parti de la France, quitta Munster pour se rendre à Bruxelles. Son départ, constaté par les dépêches de M. de Servien, l’un des ambassadeurs français, eut lieu au commencement d’avril 1648, cinq mois avant la conclusion de la paix qui fut signée au mois de septembre et publiée le octobre 1648. L’Espagne était donc absente au traité de Westphalie, et il est au surplus bien facile de s’en convaincre en lisant le texte de ce traité, comme nous avons pris la peine de le faire. Ni le comte de Penaranda, pour l'Espagne, ni M. Paw, pour la Hollande, n’y sont mentionnés. Les seules parties contractantes étaient le roi de France, représenté par le duc de Longueville, le comte d'Avaux et le comte de Servien ; l’empereur d’Autriche, qui avait également trois plénipotentiaires, et dix-sept députés agissant au nom des électeurs, princes et États du Saint-Empire Romain. Ces vingt-trois personnes, auxquelles il faut ajouter le chevalier Conlarini, sénateur vénitien, chargé par la république de Venise de la médiation de cette immense affaire : tels lurent les signataires du traité de Westphalie. Que faut-il en conclure ? Que le tableau de Terburg n’est point, comme on le croit, la fameuse Paix de Munster , puisqu’il représente les ambassadeurs des puissances qui ne la signèrent point, et ne représente pas ceux qui la signèrent. Ce qui est l'image très exacte, dit la légende, icon exactissima, des ambassadeurs du roi des Espagnes et des Provinces Unies, jurant la paix au mois de mai 1648 [idibus tnaii), ne saurait être l’image de la paix de Munster, qui fut jurée au mois de septembre seulement, et à laquelle n’assistaient ni M. Paw, qui ne figure pas dans l'acte, ni le comte de Penaranda, qui était parti de Munster au mois d’avril pour aller prendre les eaux à Spa, après avoir fermé sa porte aux médiateurs.
11 est de tradition que le tableau contient non seulement le portrait du peintre lui-même qui s’est placé parmi les spectateurs, comme cela est assez d’usage, mais encore le portrait du comte de Penaranda son protectenr, et celui M. de Paw, négociateur pour les Etats, et rien n'est plus certain puisque ces personnages sont précisément ceux qui sont mentionnés dans l’inscription latine, mais cela même est une nouvelle preuve que le tableau ne représente pas la grande Paix de Munster. Ce qu’il faut y voir, c’est la paix particulière, la petite paix, si je puis m’exprimer ainsi, qui fut conclue sur la fin de 1647 à Munster, entre les Provinces-Unies et le roi d’Espagne et qui fut signée le 30 janvier 1648. Munster étant à cette époque le théâtre de toutes les négociations diplomatiques, il était naturel que les différents traités, particuliers et généraux, fussent datés de cette ville, par cela même que les ambassadeurs de toutes les puissances s’y trouvaient réunis. Mais cette paix une fois signée par les plénipotentiaires, il restait encore à la faire ratifier par les États généraux. L’échange des ratifi -ations 1 eut lieu le 15 mai 1648, c’est-cà-dire à ces mêmes ides de mai que précise
1 Voyez Cerisier, Tableau de l' Histoire générale des Provinces-Unies , tome VI. Ut recht, Londres, Paris, 1777.
l’inscription latine, mise au bas de l’estampe de SuyderliœF. Rien ne fut épargné pour donner de l’éclat et de la solennité à la cérémonie. On convint que les députés des États prêteraient serment en levant les deux premiers doigts de la main droite et les Espagnols en posant la main sur l’évangile ouvert, après avoir baisé le crucifix. Le lendemain, cet événement si intéressant pour les Provinces-Unies fut
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