‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 73 sur 136 · LA PROPOSITION · texte numérisé non relu

LA PROPOSITION

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célébré par des salves de mousqueterie et de coups de canon, car les hommes n'ont jamais su encore célébrer la paix autrement qu’en se servant des instruments de guerre.

Maintenant, que l’on ait confondu la paix de la Hollande et de l’Espagne avec le fameux traité de Westphalie, qui pacifia l’Europe, c’est-à-dire une paix particulière avec la paix générale, cela s’explique sans doute, mais ne s’excuse point. La première cause d’erreur, c’est que les deux traités ont été signés

ÉCOLE HOLLANDAISE

à Munster et que Lun et l’autre l’ont été dans l’année 1648; mais si l’on eût pris la peine de lire l'inscription de la gravure et de rapprocher les dates, on se fut aisément gardé de cette méprise qui, grâce à la légèreté avec laquelle se font les livres, s’est perpétuée depuis deux siècles.

En 1837, le tableau de Terburg figurait à la vente de la duchesse de Berri, où tout Paris l’alla voir à l’exposition qui précéda la vente. Il nous souvient de l’avoir admiré avec l’enthousiasme de la jeunesse. Bien que les figures, les principales du moins, y soient des portraits fidèlement peints d’après nature, il est impossible de s’apercevoir qu’elles ont posé devant le peintre, tant chacune d’elles est tout entière à la solennité de l’acte qui s’accomplit. Les diverses nuances de la dignité y sont observées très finement; la dévotion espagnole et la gravité protestante s’v reconnaissent au premier coup d'œil. Le peintre n'a fait du reste autre chose que suivre à la lettre le procès-verbal de cette cérémonie mémorable où furent consacrées les plus chères prétentions de la Hollande; il a reproduit scrupuleusement tous les détails, les deux doigts levés en signe d’adhésion, l'évangile .ouvert, sans parler de la physionomie et du costume de chacun des personnages, lesquels sont peints ad vivam. Pour éviter la monotonie d'une ligne horizontale et interrompre le parallélisme des figures, Terburg a supposé au fond de la salle des spectateurs plus élevés que les acteurs de la scène. De la sorte, il a fait pyramider sa composition. Au fond, sur la muraille, est fixé un cartable où sont écrits ces mots : !’ax oi’tima rerum. Quant à l’exécution du tableau, elle est exquise. La touche est moelleuse, bien qu’elle accuse avec précision les méplats de la chair et qu’elle accentue vivement les ressemblances. Tout petit qu'il est de proportion, ce chef-d’œuvre est traité librement, avec celte largeur de pinceau qui n’exclut point la délicatesse et qui convient à une peinture d’histoire, môme quand elle est renfermée dans de telles dimensions.

Pendant que nous regardions attentivement à la vente de la duchesse de Berri le plus célèbre tableau de Gérard Terburg, en témoignant l’espoir que le gouvernement français en serait le dernier enchérisseur, on lisait à côté de nous à voix haute le catalogue dressé par un des experts du Musée. Pendant cette lecture, les amateurs cherchaient à découvrir sur le tableau les personnages emphatiquement nommés dans la description de l’expert, sans se douter que ceux-là dont on croyait voir la figure étaient précisément ceux qu’on n’y devait point chercher, à l’exception du comte Gusman de Penaranda (c’est Gaspar qu’il fallait dire) et du président Adrien Paw, pour les Provinces-Unies. Cependant l'heure de

I adjudication arriva : la curiosité et l’inquiétude étaient peintes sur tous les visages. Enfin, au grand déplaisir des amateurs qui auraient voulu voir entrer au musée du Louvre un aussi précieux morceau, le seul tableau d'histoire de Gérard Terburg fut adjugé à M. Dcmidolf pour la somme de 45,500 francs. Le peintre l’avait estimé 6,000 llorins et n’avait jamais pu en trouver ce prix1.

Malgré tout, Gérard Terburg n’est resté et ne resLcra que comme un excellent peintre de Conversations.

II fut même le créateur de son genre. Avec moins d’esprit peut-être que Mclsu, avec moins de goût, il a su pourtant ravir les amateurs en prenant pour sujets les concerts de famille, les galants tête-àtête, les frugales collations de l’après-midi, et en choisissant pour ses héros les cavaliers les plus élégants du monde où il vécut, les jolis pages aux manches bouffantes, rayées de velours noir, et ces femmes blondes à la peau transparente, aux mains potelées, à la taille ronde, dont le type n’est marqué nulle part aussi vivement que chez Terburg. Avant de s’adonner aux scènes de la vie privée, il avait appris à imiter tout ce qui peut contribuer au charme de ces représentations familières, les soyeuses tentures, les tapis de Turquie, le maroquin, l’hermine, le velours, le satin surtout, et particulièrement le satin blanc, dont il poussa l’imitation, ou, pour mieux dire, le modelé, jusqu’aux derniers degrés de 1 illusion et de l’art. Qui ne connaît l’ Instruction paternelle, gravée par George Wille d’une

1 Avant d appartenir à la duchesse de Rem. ce tableau de Terburg avait fait partie de la collection de M. de Talleyrand, '•I par une coïncidence remarquable, il s’était trouvé dans le salon de cet illustre diplomate au moment où les souverains alliés y signèrent le traité de 1814.

taille si brillante et si merveilleuse? Nous avons vu au musée de Berlin l’original de cette gravure célèbre, et nous avons compris en le voyant, pourquoi on lui avait donné ce nom aujourd’hui consacré : la Robe de satin. Vraiment celte robe y est si parfaite, elle est si près de l’œil, j’allais dire si près de la main, qu’elle absorbe toute l’attention du spectateur. On dirait que la jeune fille, si tendrement morigénée par son père, n’est venue là que pour être le prétexte de sa robe, et en effet le peintre, par un excès de préférence pour cet ajustement que son pinceau avait caressé avec amour, a mieux aimé cacher le visage de la jeune fille et ne laisser voir que sa nuque blonde et la naissance de ses cheveux, dont les tresses sont entremêlées de velours noirs qui en relèvent le ton cendré. Chose singulière ! ce

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