LA -PÈCHE AUX ÉCREVISSES
traita dans le même goût ou à peu près le Paysage à la grande rivière , qui est terminé et comme cendré par des tailles très menues qui ont éteint la transparence du papier sur les premiers plans, et n'en font que mieux fuir les lointains du paysage. Mais quand il eut pris une fois l’habitude de dessiner sur le cuivre et de calculer la profondeur des morsures de l’eau-forte, Saft-Leven changea de manière et se rapprocha de celle qui caractérise les bons peintres-graveurs du dix-septième siècle. Pour le rendu des arbres, il rappelle parfois les rudes procédés de Waterloo ou bien la pointe plus douce de Swane-
29. La Porte des Femmes Blanches. Ce morceau représente la vue d’une des portes de la ville d’Utrecht, qui est nommée Wilte-Wrouwen poort , c’est-à-dire, la porte des femmes blanches. A gauche, le monogramme de l’artiste, et à droite : A° 1646.
30. Le Porcher. Superbe paysage représentant une chaîne de montagnes à pentes douces qui fuient à droite dans le lointain, où l’on voit la moitié du soleil qui se lève. Sur le devant, un homme, un bâton à la main et un paquet sur le dos, fait marcher devant lui quatre cochons... Le chiffre de Saft-Leven et l’année 1649 sont marqués au bas de l’estampe, vers la gauche.
31. Vue de Nieuwenrode. Vue du village de Nieuwenrode sur la rivière de Vecht, à Utrecht. La rivière s’étend sur toute la largeur du devant de l’estampe. On y voit, vers la droite, un petit bateau avec deux hommes. Près du bord est un
bâtiment à différents corps de logis, orné d’une tour qui s’élève au milieu de l’estampe . Le chiffre de Saft-Leven et
l’année 1633 sont marqués dans l’eau, au bas de la droite.
ÉCOLE HOLLANDAISE
velt. Dans les pièces qu'on appelle le Pays montacux et le Bateau à petit mât , Herman ressemble à Everdingen avec plus de finesse, et toujours il sait à merveille détacher les objets les uns sur les autres, et le tout ensemble sur le fond. Il convient au surplus de citer, à propos des eaux-fortes de Saft-Loven, ce qu'en a dit Bartsch, car le savant iconographe n’a parlé d'aucun peintre aussi bien que de celui-ci : « Ce qui est rare, dit-il, c’est que Saft-Leven, à l’àge de cinquante-huit ans, âge où l’on commence déjà ordinairement à baisser, ait pu produire des estampes dont les détails sont d'une telle finesse qu’on a de la peine à la démêler avec la vue la plus perçante, môme avec le secours d’une loupe. Cet artiste ne s’est pas contenté de nous donner les productions de sa pointe, telles que la première opération de l’eau-forte les a rendues ; il les a presque toujours retravaillées jusqu'au point d’y répandre un très bel effet de clair obscur. Quelque vaste que soit l’étendue de ses superbes lointains, il y a soigné la dégradation des plans avec la plus grande exactitude. Dans le cas où le détail ne lui permettait pas d’épargner les parties claires en les garantissant contre l’eau-forte par le moyen du vernis, il faisait mordre faiblement toute la planche et la soumettait une seconde fois à cet acide, après y avoir repassé de sa pointe les ombres fortes et ce qu’on appelle les coups. Du reste, il serait difficile de suivre et d’analyser la marche de son procédé, puisqu’il n'a eu aucune manière fixe, et qu'à cet égard il a gravé en véritable peintre. Peu difficile sur le choix des moyens, il saisissait indifféremment tous ceux dont il pouvait attendre le succès désiré. Il n'a cherché que la vérité, il l’a rarement manquée et il l'a toujours rendue avec goût. Ce qu'il y a de particulier dans quelques-unes de ses estampes, c’est qu'il les a ornées de ciels bien soignés, quoique faits à l'eau-forte. De tels ciels se trouvent rarement dans les planches faites par des peintres, parce que ceux-ci n’ont ordinairement ni la patience ni la pratique requises pour vaincre les difficultés que l'eau-forte oppose à un traitement aussi délicat. »
Le genre de tableaux dans lequel Saft-Leven s’est créé une originalité véritable et s’est fait un nom. ce sont les vues du Rhin ou de la Meuse. Et même la pluparl des amateurs et des marchands ne connaissent de lui que ces sortes de peintures qui sont les plus communs de ses ouvrages. Il y a poussé jusqu'au dernier degré de la perfection l’art de. creuser sur la toile des perspectives à perte de vue. Mieux que personne, il a connu cette loi optique qui veut que les objets, en peinture comme dans la réalité, reculent ou avancent non seulement par l'intensité ou la faiblesse de leur ton, mais encore par la vaguesse ou la précision de leurs contours ou de leurs formes. Les lointains de Saft-Leven sont admirables ; en les embrassant d'un point de vue très élevé, de la cime d’une montagne ou du haut d’une de ces tours qui couronnaient les châteaux gothiques des burgraves, Saft-Leven les voit se perdre jusqu'à l’infini et se noyer dans les brumes d'une atmosphère septentrionale. Ce n’est donc pas cette poussière d’or dans laquelle sont baignés les paysages de Claude ; c’est une vapeur légère, transparente et d’un bleu tendre qui tourne au gris-perle. Au seizième siècle, la perspective aérienne était fort mal observée par les graveurs comme par les peintres des Pays-Bas, et on ne la trouvait guère que dans
32. Le chemin par-dessus la montagne. Au milieu du devant, un paysan, avec une hotte sur le dos, et assis à terre près d’un arbre rabougri, parle à un homme vu par le dos, qui passe devant lui, sur un chemin qui conduit à une montagne garnie en haut de beaucoup d'arbres... Le chiffre de l'artiste, écrit à rebours, est au milieu du bas de l'estampe.
33. Les Eléphants. Sur le côté droit de cette estampe est un éléphant debout, vu presque de face et dirigé un peu vers la droite, l'n autre, vu de profil et tourné du même côté, est debout dans le fond à gauche... Le chiffre de l'artiste et l’année 1646 sont marqués au milieu du bas de l’estampe.
3i. La Femme trayant la vache. Ce morceau représente un village richement orné de grands arbres qui fuient à droite dans le lointain. Sur le devant, une femme trait une vache vue presque par derrière. Dans la marge du bas, à droite, est écrit : Saft-Leven f.
34. Vue de la ville d'Utrecht , en trois feuilles. Trois feuilles destinées à être collées en largeur, et faisant un grand morceau qui représente la vue de la ville d’Utrecht. Le devant, depuis le milieu jusqu’à la droite, est orné de différentes figures.
36. Vue de la ville d'Utrecht , en quatre feuilles. Autre vue de la ville d’Utrecht. prise du côté opposé. Elle est partagée en quatre feuilles destinées à être collées en largeur. On remarque, sur la première feuille, quatre paysans au sommet d’une petite colline.
HERMAN SAFT-LEVEN (1609) 7
les estampes de Lucas de Leyde. Depuis Albert Diirer jusqu'à Paul Bril, les peintures et les gravures des plus habiles maîtres du Nord présentaient des lointains aussi accusés, aussi précis que les devants du tableau, et, pour ne parler que des paysages, on y voyait toujours, même dans les plans les plus reculés, des bleus crus, des verts violents et âpres, touchés avec autant de décision que s'ils eussent été tout près de l’œil. Saft-Leven, comme les peintres de son temps, sut tenir compte de l'air interposé et en fit sentir la présence par le rompu de ses couleurs et par ses fonds toujours estompés, toujours endormis dans le brouillard, mais pourtant assez visibles encore pour intéresser le regard et ouvrir un
chemin aux voyages de la pensée. S'il ne fut pas le premier à observer et à rendre les phénomènes de la perspective aérienne, il fut du moins celui de tous les maîtres hollandais qui porta Je plus loin le sentiment et la science de cette perspective, et 1 on peut dire que, sous ce rapport, il ne fut pas inférieur à Claude Lorrain lui-même.
tous les catalogues, anciens ou modernes, donnent aux tableaux dont nous parlons le titre général de V ues du Rhin, et il est bien difficile, en effet, de les désigner autrement, à moins qu'on ne les distingue les uns des autres par les différents épisodes qui les animent, je veux dire par l'action des figures que le peintre y a introduites. Embarquements de vivres, parties de pêche, noces de village, auxquelles se rendent des barques chargées de monde, voyageurs et chevaux dans un bac, scènes de baigneuses, vendanges, moissons : tels sont les petits spectacles dont il égaye ses Vues du Rhin, comme pour empêcher qu on ne les confonde, car souvent des actions différentes se passent dans les mêmes lieux, sur les mêmes rivages. Si quelquefois les figures de ces tableaux sont peintes par Philippe Wouwermans ou par Berghem, ce n est pas que Saft-Leven eût besoin d avoir recours au pinceau d'autrui ; cela tient uniquement à un goût assez fréquent parmi les curieux de ce temps-là, qui aimaient à réunir deux maîtres en un seul tableau.
ECOLE HOLLANDAISE
C’est à l trecht que se passa la vieillesse de Saft-Leven, et c'est là qu’il mourut en 1G85, selon d'Argenville, laissant pour unique élève Jean Griffier, si connu sous le nom du Gentilhomme d’Utrecht. Quand il eut abandonné la gravure à l'eau-forte — ses dernières estampes sont datées de 1GG9 — il continua de peindre et il ne cessa de dessiner, tantôt à la pierre noire et à l'encre de Chine, tantôt au bistre ou en couleurs. « 11 n'est pas, dit Josi, un seul coin de la ville dTlrecht ou de ses remparts qui n'ait été dessiné par Herman. Les ravages que le terrible ouragan de 1G74 causa dans la ville dTlrecht ou aux environs, ouvrirent un vaste champ à notre artiste pour exercer son crayon. 11 a représenté les ruines de la superbe cathédrale de cette ville par plusieurs beaux dessins qui sont encore à l'hôtel de ville dTlrecht. » Ainsi l'amour et l'exercice de l’art absorbèrent la longue vie d'Herman Saft-Leven, et le temps qu'il n'employait pas à dessiner, à peindre ou graver à l'eau-forte, il le passait à compléter une collection de dessins et d'estampes qu'il avait formée dès sa jeunesse, à l'exemple de Van Goyen, son maître, et qu'il avait rangée soigneusement dans un ordre chronologique et topographique. On devine qu'un tel homme dut avoir des mœurs très douces, et l'on ne s’étonne point d'apprendre qu’il fut charitable et toujours délicat dans sa manière de donner, lin artiste qui avait un goût si vif pour les belles choses et qui produisait lui-même des œuvres aussi charmantes, ne pouvait pas ne pas avoir un esprit bien fait et une belle âme.
CHAULES BLANC.
Le Musée du Louvre renferme un tableau d'Herman Saft-Leven, Vue des bords du Rhin. Ce tableau est signé du monogramme de l'artiste, formé des lettres II. S. L. enlacées et daté de 1653. Ancienne collection.
Musée d’Amsterdam. On y compte seize tableaux de Saft-Leven, parmi lesquels sont des vues d’L trecht . de Cologne et des environs.
Pinacothèque Royale de Munich. Une contrée du Rhin. Le fleuve animé par des vaisseaux, serpente le long des montagnes fertiles. Au sommet se trouve un château, au pied un couvent.
Autre contrée du Rhin. Le chemin passant tout auprès du fleuve mène à un groupe d’arbres, derrière lequel s’élève un château fort.
Vue du Rhin. Plusieurs navires et des barques chargés de figures voguent ou sont amarrés au rivage. Dans le fond se dessinent de hautes montagnes. Ce tableau porte le monogramme du maitre et l’année 1678.
Village aux bords d'une rivière. A travers un massif d’arbres aux bords d'une rivière, se dessinent les maisons et le clocher du village. Sur la rivière voguent des navires chargés de figures. Sur la rive opposée, on voit de hautes montagnes couvertes de végétation. Ce tableau n’est pas signé.
Musée Royal de Dresde. Ce musée renferme aussi seize tableaux de Herman Saft-Leven pour lesquels nous renvoyons le lecteur au catalogue du Musée.
Musée Sybrand Feitama. 1758. Quatre Vues du Rhin , dessinées au crayon noir et à l’encre de Chine, 1677. Sept pouces sur douze. 43. 35. 46 florins.
Vente Dionis Muilman, 1773. Une Ruine au dehors de la ville d'Utrecht. Très beau dessin pour le clair obscur. Daté de 1674. Neuf pouce sur 71 florins.
Vue du Rhin, prise d’une hauteur ; elle est éclairée d’un beau soleil. Huit pouce sur dix. 56 florins.
Vente Paicnon-Dijonval, 1821. Site montagneux sur les bords du Rhin, à l'effet du soleil couchant. Bois. Sept pouces sur dix. Il vient du cabinet Blondel de Gagny. 81 francs.
Vente Durand, 1821. Les Eléphants, première épreuve. 80 francs.
Vente Pierre Vischer, 1852. Élude d'un tronc d'arbre , in-folio en largeur, â la pierre noire et lavé de bistre, sur papier blanc. Beau dessin. 6 francs. Le Rois. Rare et assez belle. 70 francs.
La Femme trayant une vache . Belle épreuve du deuxième état. 7 francs.
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