‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 78 sur 136 · KVREOX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSE Y · texte numérisé non relu

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SALOMON KONINCK

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Il n’est pas un amateur qui, en voyant des peintures de Salomon Koninck, ne le prenne pour un élève de Rembrandt. C’est, en effet, le môme goût pour les effets de lumière, la même accentuation de la réalité, la môme prédilection pour les sujets de la Bible; ce sont le plus souvent les mômes costumes, les mômes motifs. Et cependant Koninck presque aussi âgé que Rembrandt, puisqu’il était né en 1609, n’avait pas été à l’école de ce grand maître. « Son père, Pierre Coning d’Anvers, était un fameux joaillier et un connaisseur en peinture, dit Descamps, et cette inclination favorisa celle de son fils. » Dès l'âge de douze ans, Salomon avait été placé à Amsterdam sous la direction de David Colyn, qui ne lui enseigna que les principes du dessin. Il quitta ce premier maître pour entrer chez le peintre François Vernando, et ensuite chez Nicolas Moyaert. Mais aucun de ces maîtres ne lui imposa sa manière, et il est évident qu’une seule influence le domina, celle de Rembrandt. Du moins, nous n’avons vu aucun tableau de Koninck qui ne fût marqué à cette empreinte. Rembrandt étant venu s’établir à Amsterdam vers 1G30, alors que Salomon n’avait que vingt et un ans, il

ÉCOLE HOLLANDAISE

11'est pas surprenant que le goût du jeune peintre se soit formé sur celui d’un homme qui exerça l’ascendant de son génie sur tous ceux qui l'approchèrent.

En 1630, Salomon Koninck fut admis dans la société des peintres d’Amsterdam, qui était sa ville natale ; mais on ne sait pas d’autre détail sur sa vie, et Sandrart, son contemporain, n’en dit que fort peu de chose1. Ce qui n’est pas douteux, c’est qu’il travailla pendant plusieurs années à Amsterdam, car on retrouve dans ses tableaux, non seulement la manière de Rembrandt, qui vécut dans cette ville depuis 1630 jusqu a sa mort, mais celle de Gérard Dow, qui fut le créateur de son petit genre et qui florissait aussi à Amsterdam avant d’aller mourir à Leyde. De ces deux manières mêlées, fondues ensemble, se composa le talent de Koninck, du moins si nous en jugeons d’après le très petit nombre de peintures que nous avons vues de sa main.

Les trois grands musées de la Hollande, ceux d’Amsterdam, de Rotterdam et de La Haye, ne renferment pas un seul ouvrage de Salomon Koninck. Il n’en existe pas non plus dans les galeries du Louvre. C’est seulement en Angleterre et en Danemark que nous avons rencontré des tableaux du maître. Celui qui nous a le plus frappé faisait partie de la collection du comte deMollke, alors premier ministre du Danemark. Nous visitâmes cette collection il y a dix ans (en octobre 1849), et il nous souvient que l’illustre amateur, en nous faisant les honneurs de sa galerie, insista particulièrement sur ce morceau qui était placé sur un chevalet, au milieu de la pièce principale. On y voyait une femme à sa toilette; elle se regarde à un miroir que lui présente une chambrière à genoux. De la main droite elle tient un éventail en plumes d’oiseau de paradis ; un manteau de velours vert est jeté sur le dossier d’une chaise. Au caractère juif des figures et des costumes, on croit î econnaître une scène biblique, et il semble que le peintre ait voulu représenter Esther au moment où elle se pare pour aller se montrer à Assuérus. Le tableau est peint sur un panneau d’environ trois pieds de haut sur deux de large. Autant que je me le rappelle, l'effet général est chaud, intense et mordoré ; les fonds, rembrunis mais transparents, font valoir le ton brillant des linges dont la blancheur est tempérée par un glacis de jaune ; les ajustements et les coiffures ressemblent tout à fait à ceux dont Rembrandt s’est toujours servi pour les personnages de la Bible. Quant aux étoffes, elles sont traitées avec intiniment de délicatesse et de soin : les plis en sont très étudiés, et le manteau de velours, coloré d’un vert profond, est aussi précieusement fini que le serait un morceau du vieux Miéris.

Un peintre qui a passé sa vie à faire des pastiches de tous les maîtres et qui a souvent imité Rembrandt, Diétrich, disait «que dès qu’on voulait ordonner et éclairer un tableau dans le goût de Rembrandt, il fallait aussi adopter sa manière de draper et d’ajuster les figures, sans quoi l’ouvrage serait privé de ce ragoût qui

en fait le charme. Il a raison, sans doute, si le peintre a pris absolument la manière de ce maître 2 . •>

l)e même Salomon Koninck, voulant s’approprier la manière de Rembrandt, a dû adopter aussi sa bizarre façon de draper les figures et de les orner, ses turbans orientaux, ses fourrures polonaises, ses chaînes d’or et de diamants, ses pendants d’oreilles et ses bijoux qui chatoient sur les mains décharnées du vieux marchand Israélite, et ses colliers de pierres fines qui étincellent sur la robe foncée d’un rabbin à barbe blanche. Nous retrouvons les lambeaux de cette défroque illustre dans tous les tableaux de Koninck, et particulièrement dans celui que Lebrun a fait graver comme une des bonnes peintures de sa galerie. Que représente ce tableau? Il est difficile de le dire au juste. Dans un lit magnifique, dont le bois est finement sculpté et à demi caché par des courtines de soie, gît un enfant mort. A son chevet une femme richement vêtue et que l’on pourrait prendre pour une reine juive, semble pleurer la mort de son fils; mais parmi les nobles personnages qui remplissent la chambre mortuaire, il y en a un qui s’avance vers la mère en

1 Salomon, dit Sandrat, ne se proposait pour modèle que la nature la plus simple, et c’était à la reproduire qu'il excellait : studia autem illius potissima naturam pro objecto haletant simplicissimam,in quel sold excellere inlendelat. Undè in hoc quoque généré ita profecit, ut variés Amslelodami, Harlemi et Lugduni Butavorum celcbretur operibus. (Academia nobilissimæ artis pictoriæ, 1G83.)

Ilagedorn. Réflexions sur la peinture.

SALOMON KOXINCK ( 1 009). 3

larmes et lui montre du doigt deux enfants, sans doute comme une consolation dans son infortune. Les Hollandais ont une telle pratique de la Bible qu’ils en savent par cœur les moindres traits, les épisodes les moins connus. 11 leur arrive souvent de tirer leurs sujets de certains passages auxquels personne n'avait encore lait attention, et d intriguer ainsi la mémoire insuffisante du spectateur. C'est le genre d'incertitude que nous éprouvons en présence du tableau deSalomon Koninck ; peut-être est-ce uneallusion à ce verset du livre des Rois : «Alors la femme de Jéroboam se leva et s'en alla et vint à Tirtza, et comme elle mettait

les pieds sur le seuil de la maison, lejeune garçon mourut.» Quoi qu'il en soit, c'est une bien froide douleur que celledelamèrequ'a représentée ici le peintre ; on diraitd'une pleureuse de commande ou d’une reine de tliéâtr e qui vet se des larmes obligées. Il n y a donc dans l’œuvre de Koninck d’autre intérêt qu’un intérêt purementoptique ; la distribution de la lumière dansce palais d'une obscurité solennelle, le relief gradué des figures, la richesse des costumes et le Uni de leur exécution, le charme d'une couleur qui çà et là demeure blonde, bien que l'ensemble soit d'un ton ranci et rembranesque, c’est là ce qui rend précieuses toutes les peintures de Salomon, et notamment celle que nousavons fait graver pour la présente biographie d'après l'estampe de la galerie Lebrun.

CHARLES BLANC

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Salomon Koninck a gravé les pièces suivantes, décrites par Barlsch dans son catalogue de l'œuvre de Rembrandt :

Buste de vieillard. Un beau buste de vieillard placé à la gauche et lourné vers la droite de l'estampe. U est vu de profil, et ses cheveux sont frisés sur le devant. Sa barbe est grande, et son oreille droite en partie découverte. Il est vêtu d’une robe de velours ou de satin noir. Lé fond est clair, et on y lit dans le haut, de la gauche : S. Iioninck, A0 1628. Quatre pouces sur trois.

Buste d’un Oriental. Le pendant du morceau précédent, représentant le buste d’un vieillard, vu presque de profil et dirigé vers la gauche de l’estampe. 11 portebarbe et moustaches, est coiffé d'un turban fort élevé, et vêtu d’une robe fermée vers le haut par une agrafe faite comme une petite médaille. On lui voit une perle à I 'oreille gauche. Vers le haut de la droite est gravé : S. Koninck, anno 1038. Ce morceau, qui a été gravé dix ans après leprécédent, est fai t d'une pointe plus délicate et plus spirituelle : du reste il a la même grandeur.

Buste de vieillard. Un petit buste de vieillard, vu de trois quarts. 11 est placé sur la droite, d’où vient le jour, et dirigé vers la gauche. Sa tète est couverte d'un bonnet fourré d’une forme extraordinaire; il porte des moustaches et une petite barbe. Son oreille gauche paraît entièrement. Le fond est blanc, à l’exception de quelques petites tailles qui se voient sur la gauche. Au haut de la droite est écrit en lettres retournées : S. Koninck, invent.

Vieillard assis dans un fauteuil. II est vu de trois quarts et dirigé vers la droite de l’estampe. 11 a une longue barbe blanche. Ses yeux fermés lui donnent l'air d'un aveugle. Il est accoudé sur les bras de son fauteuil, en tenant ses mains élevées et jointes, dans l’attitude d’un homme qui prie. Le fond est blanc. Huit pouces sur trois.

Buste d’homme. Buste d'un vieillard d’un aspect vénérable, vu de trois quarts et dirigé vers la droite de les«tampe, d’où vient le jour. 11 porte une barbe assez longue, et ses cheveux sont frisés. Sa robe est fermée par deux boulons que l’on aperçoit sur la poitrine, au-dessous de la barbe. Le fond est tout à fait blanc. Cinq pouces sur trois.

Paysage. Un paysage représentant un hameau, où l'on voit

quelques maisons entourées d'arbres, et au milieu une espèce de tour ruinée. Tout au bas de la gauche on lit: S. Konninck, 1663. Même grandeur que l’estampe précédente.

Musée de Berlin. — Portrait d'un rabbin : coiffé d’un large turban, il est enveloppé d'une pelisse noire fort riche, fermant sur la poitrine avec des agrafes dorées. Au fond de la pièce, une table est placée près d'une colonne, autour de laquelle s’enroule un serpent d’airain.

La Femme lisant. Une dame de condition est assise lisant une lettre ; elle porte une robe d'une étoffe violette très riche ; ses cheveux tombent sur ses épaules en tresses ornées de perles, etc.

Crèsus, entouré de ses courtisans, montre son trésor, consistant en riches et grands vases remplis d'objets précieux en or et en argent; par une porte ouverte l’on aperçoit le palais.

Musée de Copenhague. — Le Christ entre avec ses apôtres dansunehôtellerie où beaucoup d'hommes réunissontoccupés à supputer, à écrire et à payer des comptes; dans celle foule, le Christ appelle Mathieu à l'apostolat.

Galerie Bridgewater. — Un jeune homme qui lit attentivement dans un riche appartement. L’effet du clair-obscur est très bien entendu.

Ghatsworth. (Campagne du duc de üevonshire.) — Le portrait d'un rabbin dans son fauteuil. Il existe, dit M. Waagen, d'autres peintures du même genre à Gênes, à la Haye, chez M. Van Sewa, et au musée de Berlin.

Cabinet de M. Henry Gatt. - Judas dans le temple.

Cabinet de lord Scarsdale. — Daniel devant Kabuchodonosor. Le tableau a été exposé à Manchester sous le nom de Rembrandt; mais, d'après N. Waagen, Userait l’œuvre de Salomon Koninck.

Cabinet de M. Tu. Baring. — Portrait d'homme en buste et de grandeur naturelle.

Vente Van der Mark, 1773. — Six prêtres et scribes se présententdevant Pilate pour lui demanderlamort du Christ, le secrétaire du préteur tient une plume à la main : il est assis. Ce beau morceau est dans la manière de Rembrandt, que Koninck s’est toujours attaché à imiter. Bois. Trente-sept pouces sur trente-quatre. 260 florins.

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