‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 86 sur 136 · ANDRÉ BOTH · texte numérisé non relu

ANDRÉ BOTH

La vie d’André Bolli fut tellement liée à celle de son frère Jean Both, le grand paysagiste, que nous aurions dû peut-être confondre les deux frères dans une seule biographie, comme souvent eux-mêmes ils confondirent leurs talents et leurs couleurs dans un seul tableau. Mais le cadre de cet ouvrage nous force à réserver pour chacun une place à part. Aussi bien, André Both ne se borna pas à peindre des figures de muletiers, de paysans ou de bandits dans les paysages italiens de son frère; il peignit aussi et grava de sa main quelques compositions qui ne manquen t pas de sel et qui permettent de le considérer autrement que comme le simple auxiliaire d’un paysagiste.

On ne sait au juste l'année de la naissance d’André Both, ni s'il était l’aîné ou lecadetde son frère. Joachim Sandrart, qui les avait connus l’un et l'autre, 11e s'explique point là-dessus. Ce qui est certain, c'est qu’André

1 Le portrait, de ce peintre n’existe pas.

É CO LE HOLLANDAISE

Boili était né à Utrecht, comme son frère Jean ; que leur père, qui était peintre sur verre, les mit ensemble chez Abraham Bloëmaert, bon professeur qui exercaitalors beaucoup d'influence sur toutel'École (Je Hollande. Jean et André partirentun beau jour pour l'Italie ; ils traversèrent la France et arrivèrentà Rome, où ils comptaient se perfectionnerdans leur art, c’est-à-dire apprendre le style, car on ne leur avait enseigné dans leur pays qu'à voir la uatureet àl’aimer. Mais les deux frères étaient beaucoup trop hollandais l'un etl’autre pourdésapprendrela naïveté et le naturel, qui étaien t les qualités dominantes desartistesde leur patrie. Tandis que Jean Both prenaitpourmaitre Claude Lorrain et s'efforcait de marier le style de ce grand maîlreavec le sentiment des choses agrestes, André Both s’attachait dans Rome, non pas à un Romain, mais à un Hollandais, à Pierre de Laer, dit Bamboche. Celui-ci était ou passait pour être le créateur de ce genre de ligures familières ou grotesques qu'on n’avait pas encore introduit dansle domaine de la peinture, et qui, en tous cas, convenait fort peu aux grandes idées que les Romains s’étaient faites jusqu'alors des convenances de l'art de peindre et de sa dignité-

Quand il eut appris à bien camper ses petites ligures, à en bien saisir le costume, les mouvements ou l’attitude, André Both mit son talent au service de son frère. Dans ces paysages montueux, accidentés et pleins de lumière, il se plut à faire entrer tantôt les rudes Transtéverins qu’il voyait chaque jour descendre sur les marchés de Rome, tantôt les bateliers du Tibre passant, dans leur barque, le gentilhomme en pourpoint à côté d’une paire de bœufs et du paysan qui les conduit, tantôt enfin ces muletiers qu’ils avaient rencontrés dans h s Apennins, menant sur le dos de leurs bêtes des petits tonneaux de vin précieux.

Il est rare que des peintres de figures et d’animaux sachent parfaitement approprier leurs motifs au style du paysage qu’ils veulent orner. Souvent nous avons eu occasion de remarquer des disparates fâcheuses dans les plus fameux ouvrages des grands paysagistes. C’est ainsi que plus d’ur.efois les cam pagnes arcadienn es de Claude Lorrain et les mélancoliques forêtsde Ruysdael furent déparées pardes peintres quine surent pas entrer dans le sentiment de ces maîtres. André Both, au contraire, eut précisémenttout cequ'il fallait d’intelligence et de modestie pour se soumettre au génie de son frère et ne lui apporter en tribut, dans ses lumineux paysages, que des accessoires qu’on devait naturellement s’attendre à y trouver, et des figures telles, après tout, que Jean Both aurait pu lui-même les choisir.

Si le paysagiste représente des ravins profonds, bordés de roches et de broussailles épineuses, et sur le liane de la montagne un chemin escarpé aboutissant à un pays plus heureux qu’on aperçoit au loin par delà les monts, et qu’embrase la chaleur du soir, le peintre de figures se pénètre de la pensée qui inspira le tableau, et le long de ces ravins sauvages il fait passer unepauvre femme cheminant sur unàne qu'un vieillard chasse devant lui. Au premier abord, on ne fait aucune attention à ces figures vulgaires perdues dans la grandeur du tableau et dans son éclat ; mais en y revenant, on croit reconnaître ces voyageurs obscurs, et l’on se demande si ce n’èst pas la Vierge qui s’enfuit emportant dans ses bras l’enfant qui sera un Dieu.

André Both ne lut pas seulement remarquable par le choix des figures et leur intelligente appropriation aux paysages de son frère, il eut encore le mérite assez rare de les subordonner au triomphe du paysagiste, c’est-à-dire que, tout en traitant ses petits personnages de la touche sûre, spirituelle et libre qu’il y mettait, il savait les sacrifier à propos pour laisser valoir l'ensemble, et prenant ses tons sur la palette même de son frère, il achevait leur œuvre commune avec tant d’harmonie qu’il n’était pas possible d’y soupçonner l’intervention d'une main étrangère, et de distinguer la touche d’André Both du faire de Jean.

Joachim Sandrart nous apprend que les deux frères vécurent àRomedans la fréquentation du Bamboche, de Claude Lorrain, de Poussin, d'Elzheimer. Leurs talentsfurentremarquéset vantés même en dépitdu dangereux voisinage de ces grands maîtres. L’accord qui régnait dans leurs tableaux, aussi bien que dans leur vie, n’échappaità personne. Après un séjourde quelques annéesà Rome, Jean et André Both se rendirent à\ enise. C'est là qu'ils laissèrent le plus grand nombre de leurs ouvrages; car, bien qu’ils y missent un prix élevé, caro sua divenderent pretio, ils nemanquèrent jamais d’acheteurs. Toujours unis, lesdeuxf'rères ne furentséparés que parla mort. Un jour qu’André, venant desouper avec des amis, regagnait sa demeure sur une gondole, il se laissa tomber dans un des canaux de Venise et, faute de secours, il y périt misérablement. Au sujet de cette mort, Florent Lecomte, dans son Cabinet des Singularités d' Architecture ^ publiéen 1691), etM. de Piles,

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