LE VIEUX CHA
ou bien une fermière qui porto dans ses bras un jeune agneau malade, trop faible encore pour suivre la marche du troupeau. Quelquefois, cependant, Van de Velde se plaisait à introduire de nobles cavaliers dans le paysage de son maître. Si ce paysage représentait une route, il y faisait cheminer un gentilhomme a cheval suivi de ses gens à pied, accompagnant une amazone élégante. Si c'était entrée d une forêt, il y groupait des chasseurs entourés de leurs fauconniers, de leurs valets et de leurs chiens. Mais il ne lui arriva jamais ni de ne pas adapter ses petits personnages à la nature du site, ni de leur prêter une importance exagérée qui nuisît au paysage au lieu de le faire valoir. Avec une rare délicatesse, avec une intelligente sobriété, Adrien Van de Velde laissait toujours triompher ces délicieux details de terrains, qui, chez Wynants comme chez Huysmans de Malines, semblent etre le morceau de prédilection, la fleur du tableau. Si l’on voit une chèvre grimper aux buissons épineux qui couvrent un tertre au bord du chemin, l’animal ne fera qu'attirer plus fortement les regards de ce coté, et rendra plus intéressant à l’œil ce chemin sablonneux, coupé d’ornières, brillant ce petits cailloux parmi lesquels ont poussé quelques brins d’herbe, et qui est ordinairement le coin
ÉCOLE HOLLANDAISE
le plus soigné du paysage de Wvnants, l'objet de toutes les coquetteries de son pinceau. Mais lui, Van de Velde, qui savait si bien, quand il le voulait, donner aux figures, aux animaux surtout, la première place dans ses propres paysages, comme il l a fait tant de fois, par exemple dans la Fenaison , le Soleil levant, du Louvre, ou l’Aveugle, il se gardait bien de primer immodestpment suite domaine d'autrui, ou du moins il se défendait de le vouloir, car il faut bien en convenir, à un peintre si admirable il était difficile de ne pas tenir le premier rang, même à côté de Wynants.
Quant aux autres collaborateurs de noire paysagiste, les plus renommés furent Philippe Wouwermans et Lingelbach. Wynants eut aussi pour aides Adrien Van Ostade, une ou deux lois seulement, Barent Gael, Daniel Scliellincks, qui peignait si bien les dunes pour son propre compte, Jean Wouwermans, qui fut si près d’être aussi habile que son frère Philippe, Nicolas de Helt-Stokade, le peintre de batailles, et Wyntranek, si recherché pour ses animaux de basse-cour, et qui fut l’ami, le compagnon assidu de Wynants. Wouwermans et Lingelbach conduisirent l'un et l’autre leurs figures favorites, chasseurs, piqueurs et meutes, au pied des dunes de leur maître ; — je dis leur maître, parce que Lingelbach peut bien avoir été aussi l’élève de Wynants1, mais ils furent peut-être moins discrets qu’Adrien Van de Velde, ils eurent moins de tact dans le choix des figures et moins de réserve. Presque toujours leurs groupes rappelaient un des mille épisodes de la chasse, le départ, le rendezvous, la buvette, la halte des piqueurs, le relais des chiens, la conversation équestre de la châtelaine avec son écuyer. Un exercice de manège, une dispute de maquignons, l’action d’un voyageur qui a mis pied à terre pour rajuster les sangles de sa monture, étaient à peu près les seules variantes de leur mise en scène. Souvent, ces petits drames ne s’accordaient pas parfaitement avec le solitaire aspect du paysage de Wynants; une figure indifférente y eût mieux fait. 11 m est arrivé plus dune fois, en contemplant ces arides et mélancoliques paysages, d’y regretter la présence des cavaliers fringants, empanachés et richement vêtus, de Wouwermans et de Lingelbach, alors qu au lieu de bruyantes figures, il eût suffi d’un paysan qu'on aurait aperçu au loin talonnant sa mule et se hâtant vers l'horizon. U est juste de dire que parfois le peintre auxiliaire a saisi 1 intention du paysagiste, est entré dans la profondeur de son sentiment, de manière à nous faire mieux comprendre, tantôt en représentant au milieu de ses solitudes, au détour d'un bois, une attaque de voleurs, comme le fit Wouwermans dans le beau paysage qui appartenait au maréchal de Choiseul Stainvillc, tantôt en y lançant deux cavaliers qui courent à toute bride vers une habitation isolée, comme 1 a fait Lingelbach dans le paysage dont nous donnons ici la gravure. Cette fois on peut dire que les deux artistes n en font qu’un, et que le tableau de Wynants s’est imprégné de la romantique poésie des anciennes ballades, par l'arrivée de ces deux personnages qui se précipitent de toute la vitesse de leurs chevaux vers une maison éloignée, où les attend sans doute quelque mystère redoutable.
« Wynants, dit Lebrun2, a eu trois manières distinctes ; la première est brodée et tient aux effets piquants de Jacques Ruisdael, la seconde est vraie comme la nature. 11 parait quelquefois un peu bleu à cause des gommes-guttes avec lesquelles il glaçait ses tons pour les faire verts. Adrien Van de Velde et Van Huysum en usaient ainsi. Or, ce n’est pas au peintre qu'il faut s’en prendre, c’est au savon qui fatigue les tableaux pour leur donner plus de fraîcheur et plus d éclat. Ce savon détruit le ton propre et le charme et l'accord des tableaux; — sa dernière manière est facile, mais elle se sent plus de l’habitude, le ton en est rougeâtre et alors les figures sont presque toujours de Lingelbach. » En élaguant de ce passage ce qui est inintelligible, il reste que Wynants a eu plusieurs manières. La vérité est qu'il en eut au moins deux; que, sur la fin, surchargé d'ouvrages, il adopta une pratique plus expéditive; sa couleur se rembrunit, sa touche, si fine dans ses bons ouvrages, devint pesante. On retrouve toutefois son meilleur faire dans certains tableaux de lui postérieurs à 1660, dont quelques-uns même portent la date de 1 608, d’autres celle de 1671, et appartiennent par conséquent à sa vieillesse. De sa manière brodée, on peut voir au Louvre plus d'un admirable échantillon, et d’abord dans la Lisière de forêt, oii il a réuni tous ses objets de prédilection,
1 Cette opinion est également celle de M. Smith. Voir le Catalogue raisonne of the Works of the most eminent paintei s —
2 Galerie des peintres flamands, hollandais et allemands. In-folio, 1 791.
!. ISIÈriE n'UNE FOnÊT.
dira-t-on, un chemin, une mare, un pont rustique... Voilà de quoi se compose ce paysage tant vanlé, admiré depuis si longtemps, payé si cher, estimé plus cher encore ? Oui, sans doute, c’est avec ce peu de choses que NVynants et son élève ont fait un chef-d’œuvre. Ainsi rendus avec un scrupule naïf par un artiste qui a étudié les formes, le caractère, le ton des moindres objets, des plantes les plus vulgaires, des plus humbles racines, qui a saisi leurs harmonies et leurs contrastes, ou, comme dirait Bernardin de Saint-Pierre, leurs consonances, ce chemin caillouteux, cette mare avec son plancher de verdure, ce vieux pont délabré prennent une physionomie qui frappe, un attrait pittoresque, une grâce, et pourquoi ne pas le dire? une certaine poésie oue tout le monde ne saurait exprimer peut-être, mais que touthomme bien organisé doit sentir.
JEAN NVYNANTS (1610). 5
de vieux chênes mutilés par les orages et en partie dépouillés do leur écorce, un tronc d’arbre coupé, de belles et larges plantes dont les feuilles versent les pluies du ciel aux graminées qui poussent au travers de leurs découpures profondes ; — ensuite, dans le joli paysage que Van de Velde a orné de si charmantes figures et qui représente, à gauche, une ferme, un chemin montant que descendent des bœufs ; à droite, une marc traversée par un pont rustique... Assurément celui qui lira une pareille description, sans avoir vu le paysage où Wynants et Van de Velde ont confondu leurs talents, se demandera quelle peut être la valeur d'un tableau composé d’éléments aussi simples. Une ferme ?
ÉCOLE HOLLANDAISE
La claie de la mort de Wynants est aussi incertaine que celle de sa naissance. Les biographes la placent dans l’année 1070. Josi1 a rectifié cette erreur en disant : « Nous avons la preuve que Wynants vivait encore au décès de son élève Adrien Van de Velde en 1072, et même qu’en 1077 il se fit enregistrer dans la société des peintres de Harlem; ainsi sans être en état de déterminer l’année précise de sa mort et celle de sa naissance, il y a des raisons de croire qu’il atteignit à un grand âge. » Ce que prouvent les registres de la corporation des peintres, ce n’est pas que Wynants se fit enregistrer en 1077, c’est qu’en cette année Wynants vivait encore, puisque son nom se trouve inscrit sur les listes de la corporation; il serait invraisemblable qu’un peintre natif de Harlem eût attendu l'âge de soixante-dix-sept ans pour se faire admettre dans la société de ses confrères. 11 est vrai que, suivant nous, Wynants a dû naître vers 1610 plutôt que vers 1000, et le motif qui nous porte aie penser, c'est que, de tous ses ouvrages signés, il n’en est pas un seul à notre connaissance qui ne porte une date postérieure à 1059. Quelques-uns de ses plus beaux tableaux sont même de l’année 1070. Or, est-il probable, je le demande, qu'un paysagiste ait exécuté à soixante-dix ans ses meilleurs paysages? D’autre part, si Wynants était né avec le dix-septième siècle, il y aurait une différence d’âge de près de quarante ans entre lui et son assidu collaborateur Van de Velde, différence qui est également invraisemblable. J’ajoute que tous les paysages de Wynants ont été ornés de ligures par des artistes qui auraient tous été de vingt ou vingt-cinq ans plus jeunes que lui, d’où il faudrait conclure que Wynants fut condamné à ne pas mettre au jour un seul tableau avant d’avoir atteint lui-même trente-cinq ou quarante ans, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il eût des élèves en état de le seconder. Nous croyons être plus près de la vérité en plaçant la naissance de ce peintre vers 1610 et sa mort vers 1680.
Wynants fut le créateur du genre hollandais proprement dit, de celui qui consiste à imiter la nature prise au hasard, sans la choisir, sans l’ennoblir surtout, à tirer de grandes ressources de l’expression des petites choses, à trouver le beau dans le détail. C'est de lui que procèdent, en tant que paysagistes, Philippe Wouwermans, Adrien Van de Velde, Daniel Schellincks, lsaac Ostade, Karel Dujardin dans ses tableaux familiers, Paul Potier dans le rendu de ses terrains, et, sous quelques rapports, le grand Ruisdael lui-même. 11 en est du paysage comme des autres branches de la peinture. Là aussi se rencontrent les hommes de style et les réalistes, c’est-à-dire les amants de l’idéal et les adorateurs de la nature. Nos Français du grand siècle, le Poussin, Claude, le Guaspre, n’aimaient que les grands aspects des paysages ; ils cherchaient des sites magnifiques, des effets imposants ; au besoin, ils inventaient des contrées arcadiennes, pour en faire le digne séjour des dieux et des nymphes de la fable antique, et s’ils avaient à peindre des bœufs dans leurs augustes pâturages, c’était le troupeau du roi de Thessalic dont le berger s’appelait Apollon. Au contraire, le Hollandais, comme s’il eût senti transpirer dans la nature la divinité même, ne se croyait pas obligé de rapporter le paysage aux sensations de l’homme, aux plaisirs des dieux. Wynants fut des premiers à comprendre le charme ineffable que pouvait avoir la solitude, à respirer le parfum qui s’exhale des plantes sauvages. 11 fit comme ces peintres qui, dans l’humanité, trouvent le mendiant aussi intéressant à peindre que le gentilhomme. Lui, dans la nature, il trouve que les brins d’herbe, les cailloux, les gazons déchirés, un filet d’eau, un tronc d’arbre mort, un chardon, valaient bien la peine qu’on les peignit, et qu’observés avec amour, rendus avec art, ces humbles modèles pouvaient être aussi attrayants à peindre que les arbres solennels du Guaspre et les campagnes que nous appelons héroïques. Wynants a donc pris pour éléments de son paysage les plus menus détails de la création. Le principal personnage de son tableau, c’est ce tronc d’arbre que les bûcherons ont abattu et qui est couché sur le chemin, comme un voyageur qui serait mort de ses blessures. Le chemin ressemble à un ruisseau desséché que le chariot du paysan a sillonné d’ornières tout le long desquelles poussent des brins d’herbes qui forment, pour ainsi parler, des ourlets de verdure. Ce chemin, qui a les plus délicates préférences du peintre, il tourne autour d’un tertre qui en cache le prolongement.
1 Collection d’imitations de dessins d’après les principaux maîtres hollandais, commencée par Ploos Van Amslel, continuée par Josi. Londres.
JEAN WYNANTS (1610). 7
On ne sait où aboutit cette route déserte ni d’où elle vient. Sur le tertre s’élèvent des arbres vigoureux, des chênes au feuillage rigide se projetant sur un ciel chargé de pluie; plus loin coule une petite rivière bordée de saules. Tout au fond s’élèvent tristement des dunes de sable qui annoncent que la mer n'est pas loin, et quelle menace d’engloutir un pays si mal défendu par ces mouvantes barrières. Voilà l'éternel paysage de Wynanls. Il n’a rien à y ajouter. A certaines clôtures agrestes, on peut bien deviner sans doute que la campagne n’est pas absolument inhabitée; mais le
peintre est satisfait. Cet arbre renversé, cette route, ce pâle ruisseau qui ont captivé ses regards, lui paraissent suffisants pour captiver les nôtres : il n’a pas même pensé à y peindre une figure d’homme. 11 a fallu qu un amateur jaloux de ses florins voulût avoir en échange de son or, et comme par-dessus le marché, les coups de pinceau d’un Wouwermans, d’un Van de V’elde, d’un Lingelbaeh, et donnât 1 exemple d exiger la présence des spirituelles figures de ces maîtres dans les paysages de Wynants, paysages dont la tristesse naturelle serait, je crois, plus poétique, si l’on n’y voyait que ces ravins stériles ou, parmi les cailloux éboulés et les troncs morts, croissent quelques fleurs sauvages dont l’odeur exhalée parfume la solitude.
Charles Blanc.
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Il n est guère de musée en Europe ou de collection célèbre où l'on ne rencontre quelques beaux Wynanls.
Le Louvre en renferme trois : 1° la Lisière de forêt , dont nous avons parlé plus haut ; il est signé et daté de 1668. 11 provient de la Vente Raxdox de Boisset ; il fut estimé
1 o 000 francs ; — 2° la Ferme, c’est le paysage que nous avons décrit, dont les figures sont de Van de Velde ; il est signé par les deux maîtres. 11 fut évalué par les experts à 10 000 francs; — 3° la Chasse au vol. Signé. Estimé 1 500 francs.
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Mi sée d'Amsterdam. Paysage, coupé par une route le long d’une dune sablonneuse. — Des chasseurs et un troupeau, par Van de Velde. — Vue sur une bruyère, avec figures et animaux, du même. — Vue sur une habitation de campagne, Ce petit tableau est ravissant.
Musée de la Haye. Un paysage boisé. Un autre, avec des figures de Lingelbach.
Musée de Dresde. Trois paysages de Wynants : Un site montagneux et boisé, orné de figures par Lingelbach. — Une forêt de hêtres. Sur le devant, une femme conduit un âne. — Paysans avec bétail. Le paysage est remarquable par une vieille muraille percée d’une arcade ; figures par Van de Velde.
Pinacothèque de Municiï. L^s Chasseûrs. On y voit un gentilhomme sur un cheval gris, accompagné d’un homme à pied et suivi de deux chiens. Les figures par Van de Velde. — Paysans avec bétail. Un y distingue un berger avec son bâton et une femme qui porte sur sa tète un panier de linge, par Van de Velde. — Une chasse au vol. Au milieu, passe une dame sur un cheval bai, accompagnée d’un gentilhomme sur un cheval gris, etc.
L’Hermitage, a Saint-Pétersbourg. Ce musée est riche en Wynants. On y en compte cinq. Une chasse à courre, dont les figures sont de Schellincks. — Un voyageur faisant boire son cheval. Lesfigures sont de Lingelbach. — Une ferme hollandaise. La scène est égayée par nombre de canards, d’oies et d’autres animaux de basse-cour, par Wvntranck. — Deux autres paysages, faisant pendants. Ce sont aussi des fermes ombragées d’arbres et animées de volatiles ; figures par Wyntranck.
Le Belvédère a Vienne. Le cavalier charitable. Paysage boisé. Un gentilhomme sur un cheval gris s’arrête pour assister une pauvre femme avec son enfant.
Galerie Dulwich, près de Londres. Quatre Wynants: Vue extérieure d'une fortification. Un homme en manteau écarlate, suivi de deux chiens, passe sur une roule. — Deux pendants, représentant : l’un, sur le devant, un arbre mort parmi des plantes sauvages; l’autre, un étang où s’abreuve une vache. — Vue des environs de Harlem. Un y distingue un homme sur un cheval blanc accompagné d’un serviteur à pied et de trois chiens, par Van de Velde.
On trouve encore de beaux Wynants à Londres.
Au Palais de Buckingham, chez la reine. Une chasse au vol, dont les figures sont de Wouwermans.
Dans la Galerie Bridgevvatf.r, quatre Paysages dont trois avec les figures de Van de Velde, le quatrième avec les figures de Lingelbach.
Dans la Galerie Sutherland, deux beaux Paysages.
Dans la Collection df. Lansdowne, un Paysage composé, comme toujours, d’un tronc d'arbre mort, d'un étang, d’un terrain sablonneux ; un cavalier sur la route, un homme assis avec deux chiens.
Chez Sir Robert Peel, deux peintures excellentes du maître : une Contrée stérile. Un voyageur assis au. bord de la route avec son chien, etc., par Lingelbach. 11 a été payé, en 1821, 250 guinées. — La seconde représente des Paysans avec des vaches et des brebis. C’est également une contrée
stérile, sablonneuse. On y voit deux chasseurs, etc. par Van de Velde. Il a coûté, en 1820, 233 guinées.
A Vienne, chez le Prince de Lichtenstein, un Paysage, signé et daté de 1666, avec des figures de Wouwermans.— Chez le Prince Esterhazy, un Paysage, avec un chasseur châtiant son chien, par Lingelbach.
La Galerie de Hesse-Cassel, celle de M. Van Steengraciit à la Haye, celle de M. Six et de M. Van Loon, à Amsterdam, M. DELESSERTet M. Ad. Thibaudeau, à Paris, M. Donald son, à Edimbourg, le docteur Fletcher, à Gloucesler, possèdent de beaux Wynants.
Vente Dubarri, 1774. Paysage avec figures de Wouwermans, une dame à cheval, un cavalier conduit le sien par la bride. — 1 300 francs.
Vente Blondel de Gagny, 1776. Trois Wynants, deux avec des figures de Wouwermans; l’un vendu 1216 lrancs, l’autre 900 francs. Le troisième, avec figures de Lingelbach, 83 o francs.
N’ente Prince de Conti, 1777. Paysan avec une chaumière et des palissades, 1 500 livres. — Un autre, avec un homme et deux chiens, par Pierre de Laër, et son pendant, avec un cavalier faisant l'aumône et un chariot, de Van de Velde. ensemble : 1 391 livres.
Vente Randon de Boisset, 1777. Quatre Wynants, un, avec figures de Lingelbach, 1 200 livres. — Un autre, avec figures de Wouwermans, 1 510 livres. — Un troisième,
1 961 livres.
— Le quatrième, la Lisière de forêt, aujourd’hui au Louvre, fut acheté par le maréchal de Noailles 10 000 livres.
Vente Galonné, 1788. Vue des environs de llarlem. Un la trouve gravée dans la Galerie Stafford. — 2 400 livres.
Vente Lebrun, 1791. Une chasse au vol, avec les figures de Wouwermans. — 1 972 francs.
Vente Praslin, 1793. Le Cavalier charitable, les ligures de Lingelbach. — 1 060 francs.
Vente Geldermeester, 1800. Pajsan avec bétail. Il est gravé dans la galerie Stafford et il figure aujourd’hui dans la collection Bridgewater. — 1 20a florins.
Vente Sérévii.le, 1811. Une partie de chasse, avec figures de Lingelbach, 1 210 livres. — Meme Vente, Paysage agreste, avec des arbres morts, des canards et autres volatiles dans un étang. Un chasseur avec des chiens, par Lingelbach.—
2 a 10 livres.
Vente Général Verdier, 1816. Une contrée pittoresque , avec des arbres morts et des figures, par Van de Velde.
— 3 000 francs.
Vente Saint-Victor, 1822. Un moulin à eau. Un paysan, une femme et son entant, par Lingelbach. — 2 400 francs.
Vente Pourtalès, 1826. Vue d'une chaumiè>e avec une Grande route ; sur le devant trois paysans, de la volaille, et à distance un moulin à eau et d’autres fabriques.— 1 02a francs.
Vente Érard,. 1832. — Paysage montagneux. Un paysan et des moutons, par Van de Velde. — 2 410 francs.
Wvnants a signé un grand nombre de ses tableaux comme il suit :
13663-11. — Cokuk.il . Imprimerie Cm4rÉ.
JEAN ASSELYN
« Je choisis un paysage d’Asselyn. Affaire de goût. Ce maître est si suave, si aimable, si imprégné de tout ce que les champs inspirent de riant et de paisible ! Sur le devant, c’est une grève, quelques bestiaux boivent au fleuve. Chèvres, cavales, l’âne aussi, sont enveloppés dans l’ombre que projette un pont dont les arches inégales supportent des assises tantôt de briques, tantôt de moellons en roche, ici recouvertes de plâtre ou de ciment, là cachées sous des touffes d’herbe. Ce pont aboutit aux escarpements de l’autre rive, au-dessus desquels on voit s’étendre au loin des plateaux verdoyants et onduleux. A l’horizon, le ciel brille de l’éclat tempéré d une belle soirée ; plus haut, quelques nuages frangés d'or flottent dans un azur calme et profond. Ce tableau, il existe, et c’est un chef-d œuvre. Le site qu’il représente existe-t-il ? Je ne sais, et peu importe, car il n’existerait pas qu'il n’en est pas moins certain que tous les objets qui y sont représentés ont leur modèle dans la nature l. » Le charmant écrivain qui a retracé à la plume ce frais paysage, n’a pas voulu subordonner le peintre à la nature ; au contraire, il a prétendu laisser la nature dans la dépendance du peintre. Car si c’est elle qui fournit l’objet, et plus que 1 objet, 1 inspiration, il n’en faut pas moins que l'artiste ait reçu cette inspiration et l’ait exprimée. « Sans Asselyn, dit-il, la nature peut étaler ses beautés, elle peut resplendir au soleil, mais elle n’est ni
1 lopffer. Réflexions et menus propos d un peintre genevois , précédées d’une notice par Albert Aubert. Paris, 1848.
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sentie ni exprimée. Sans Asselyn, elle existe; mais le paisible, mais, le doux, mais 1 aimable, qui donc s’en imprégnera ? Sans lui, cette toile pourra être une vue et jamais un tableau... »
11 n’y a que les maîtres pour inspirer à leur tour de telles pensées, et soulever ces problèmes qui touchent au fond même de l’art. Asselyn fut un maître, non de premier ordre sans doute, mais si aimable, comme dit Topffer, si naïvement épris des beautés agrestes, et si lumineux, qu'il faut lui assigner sa place de paysagiste entre Claude Lorrain et Both d’Italie, et son rang de peintre d’animaux entre Karel Dujardin et le Bamboche. Croirait-on cependant que le nom d’Asselyn ne se trouve pas même dans l’ouvrage de Descamps? Houbraken en fait mention, il est vrai, mais en peu de mots. Quant aux autres biographes, ils ont commis au sujet d’Asselyn beaucoup d’erreurs ; les uns le disent élève de Jean Miel, ceux-là d’Isaïe Van de Velde. Harms, dans ses tables chronologiques des peintres, fixe sa naissance à l’année 1567 ; d'Argenville le fait naître en Hollande vers 1610. Au milieu de ces incertitudes, ce qui nous semble le plus vraisemblable, d'après les divers indices, c’est que Jean Asselyn naquit en Hollande vers 1610, et qu’il fut élève d’Isaïe Van de Velde, duquel il apprit sans doute à peindre des batailles, car ce fut, comme nous le verrons, une des spécialités de son talent. Cela résulte au surplus d un passage de Sandrart qui avait connu personnellement Asselyn, et dont le témoignage est ici par conséquent d’une autorité incontestable. « Inter Amstelodamenses subdialium pictores valdè celebris erat, tam quoad equorum, quàm aliorum animalium hominumque figuras et quoad prælia. Discipulus enim luit Isaïæ de Velde, artificis in hoc pingendigenerequi Hagacomitis habitabat. » Ailleurs Sandrart parle d Amsterdam comme de la patrie d’Asselyn : lu urbe patrid Amstelodamensi l.
Ce qui est parfaitement certain, c’est qu’ Asselyn partit fort jeune pour l’Italie, qu’il voyagea beaucoup et fit un long séjour à Rome, où la communauté des peintres de son pays lui donna le surnom de Crabbetje (qui en hollandais signifie petite crabe), parce qu il avait la main torse et les doigts recourbés. Or, il se trouva que ce manchot avait précisément une touche facile et franche, un pinceau plein de légèreté. Mais entouré de maîtres, il s’en rencontra deux dont la manière séduisit toutd abord Asselyn : ce furent Claude Lorrain elle Bamboche. Quel singulier mélange ! Associer dans une même admiration deux hommes aussi différents ! L’un grave, voué au culte de la lumière et aux solennités du paysage ; l’autre volontairement descendu aux scènes de carrefours, et apportant dans sa peinture tout le mordant, tout l’esprit d’une conversation facétieuse ; un poète et un bouffon. Et pourtant il en fut ainsi pour Asselyn. Il put de la sorte satisfaire à la fois le besoin d’exprimer 1 impression que lui faisait la nature italienne, et le goût naturel à un Hollandais pour toutes les choses de la vie commune.
A l’exemple de Claude, Asselyn se mit à parcourir tous les environs de Rome, non pas tant pour y observer les effets du soleil dans la campagne que pour dessiner une à une les nobles ruines qu il rencontrait à chaque pas, et dont il ferait un jour les motifs variés de son paysage. Soit qu il portât en lui-même un sentiment de la nature plus large, plus élevé que ne l’ont eu d ordinaire les peintres des Pays-Bas, soit que la fréquentation de Claude Lorrain eût agrandi ses pensées, Asselyn montra tout de suite une intention de style qui ne l’empêchait point de garder sa naïveté de Hollandais. Ces monuments dégradés de la puissance romaine, il les observait sous leurs divers aspects à toutes les heures du jour, et le plus souvent en plein soleil; il les savait par cœur. Ouvrant son âme à la poésie des ruines, il s’attachait de préférence à celles qui rappelaient les plus grands souvenirs de 1 histoire ou des temps héroïques. Ici c’est un vestige de la maison de Cicéron, débris vénérables, où des arbres entiers ont pris racine et poussé leur ramure à travers des pierres disjointes. Là ce sont quelques arcades de 1 ancien aqueduc de Erascati, qui amenait l’eau au palais d’Auguste. Plus loin, c’est le temple de la Svbille
1 Academia nobilissimæ artis pictorix.... Norimbergæ, 1683. ...
Florent Lecomte dit qu'Asselyn était surnommé Petit-Jean à cause de sa petite stature. De là quelques écrivains ont confondu Asselyn avec Petit-Jean de Hollande, artiste qui peignait aussi des paysages avec des figures très fines. Mais d'Argenville fait observer que ce peintre, dont le surnom était Bellon, mourut à Rome avant l’année 1651. Ce n est donc point Asselyn.
JEAN ASSELYN (1610)
Tiburline à Tivoli, temple circulaire encore soutenu par des colonnes mutilées dont le chapiteau corinthien a perdu ses acanthes. Les ruines de l'amphithéâtre de Marcellus, si connues sous le nom de Colysée, et que notre Jacques Callot gravait dans le même temps d'une pointe si savante et si ferme, Asselyn les peignit plusieurs fois dans toute leur majesté, c’est-à-dire avec leurs décorations de verdure, avec ces milliers d arbustes et de fleurs qui sont venus se ranger sur les gradins de l’amphithéâtre, à la place où la mort d'un gladiateur faisait mugir d'aise le peuple romain. Chateaubriand a décrit un tableau d Asselyn, lorsqu il a dit dans son Voyage en Italie : « Je me réfugiai dans les salles des Thermes, voisins du Pœcile, sous un figuier qui avait renversé un pan de mur en croissant. Dans un petit salon octogone, une vigne vierge perçait la voûte de l’édifice, et son gros cep lisse, rouge et tortueux, montait le long d un mur comme un serpent. Tout autour de moi, à travers les arcades des ruines,
l’abreuvoir
s'ouvraient des points de vue sur la campagne romaine ; des buissons de sureau remplissaient les salles désertes. Les fragments de maçonnerie étaient tapissés de feuilles de scolopendre, dont la verdure satinée se dessinait comme un travail en mosaïque sur la blancheur des marbres.... Les sommités des ruines ressemblaient à des corbeilles et à des bouquets de verdure. »
Mais au milieu de ces augustes monuments où le premier venu des artistes mettrait du style, même sans le vouloir, Asselyn retrouvait à satisfaire sa bonhomie naturelle et son amour pour la réalité, par la simplicité des figures dont il ornait ses tableaux:. Arrivé à Rome au moment où Nicolas Poussin inaugurait le paysage historique, où Claude Lorrain versait des torrents de lumière sur ces contrées arcadiennes que son imagination avait inventées, Asselyn ne voyait passer que des troupeaux de chèvres, des pâtres grossiers menant boire leurs buffles et leurs cavales à demi sauvages. Là où nos peintres français eussent introduit les grandes figures de Coriolan, de Pyrrhus, quelque philosophe antique, ou bien
ÉCOLE HOLLANDAISE
Antoine et Cléopâtre, l'artiste hollandais se contentait de dessiner le paysan sabin qu'il avait vu cheminer avec ses mulets au pied des trophées de Marius. Sans y penser, peut-être, il faisait ainsi revivre dans son œuvre un contraste qui plaît à la mélancolie du poète.
C’était dans la manière de Bamboche qu’Asselyn peignait ses attelages de grands bœufs aux cornes démesurées, ses chevaux, ses ânes, toutes ces bêtes rustiques. Cependant, comme il y apportait un peu moins de rudesse, une touche plus moelleuse, un sentiment plus paisible et plus doux, il se rapprochait de Karel Dujardin par ce côté. On peut voir, par exemple, parmi les estampes de Claessens, une très jolie et très piquante eau-forte, finement terminée, qui rappelle l'esprit, la grâce imprévue de ce maître, je parle de Karel Dujardin, dans une composition qu'on attribuerait au Bamboche, à première vue, ou à Jean Miel. Un cavalier a fait descendre son cheval dans un souterrain qui semble formé par la chute ancienne de rochers énormes, et au fond duquel est un puits. Drapé avec élégance dans son manteau, le gentilhomme, reconnaissable à la finesse de sa figure et aux rubans qui ornent son feutre, a mis pied à terre et attend qu’un jeune rustre ait fini de puiser de l’eau pour abreuver son cheval. Un rayon de lumière qui a pénétré sans doute à travers les fissures du rocher, tombe sur la croupe du cheval blanc qui se détacheainsi vigoureusement sur la transparente obscurité du souterrain. Al'autre extrémité de celte grotte on aperçoit une sorte d’escalier grossièrement taillé dans le roc, par où monte un muletier. Pierre de Laer, Dujardin, Wouwermans n’ont rien fait de plus charmant que ce tableau, ni de mieux entendu pour le clair obscur, ni de plus vrai : c’est un petit chef-d’œuvre.
11 est du reste fort rare qu’Asselyn se soit servi d’une lumière concentrée. En général, c’est en plein air, au grand soleil, que se passent ses pastorales et ses bambochades. Sans doute la lumière d’Asselyn est encore loin d’avoir l’intensité, l’éclat et la magie de celle de Claude ; ce n’en est, à vrai dire, qu’une réverbération. Mais dans une gamme tempérée, le Hollandais a parfaitement observé et rendu les effets du ciel, la fraîcheur des matinées, l’embrasement du soir. Les masses de rochers et de feuillages qu’il place d’ordinaire sur le devant ne sont jamais opaques et obscures, mais toujours égayées par des reflets ; car chez lui la lumière est partout, et la perspective aérienne qu’il a étudiée en digne élève de Claude, fait reculer ses horizons à perte de vue. Une vapeur lumineuse répandue dans l’atmosphère adoucit l’escarpement des rochers, les lignes trop dures des montagnes et leurs surfaces heurtées. Cet air ambiant marie les diverses nuances du paysage, unit la terre, le ciel et l’eau, et forme un tout harmonieux, doux et calme; c’est le procédé de Claude avec moins de génie. Souvent, il est vrai, la couleur d’Asselyn est mal broyée ; ses ciels, ses terrains éclairés, sont alourdis par une teinte rougeâtre ; sa peinture, au lieu d’être délicate, insensible, j’allais dire presque immatérielle comme celle de Claude, sent trop la palette et manque un peu de transparence. Mais ce défaut n’est pas commun à tous ses ouvrages. Il en est de très heureusement réussis, où les tons dégradés du couchant sont admirables, et dans lesquels on retrouve la splendeur des soirées italiennes, dans des paysages moins hérissés que ceux de Jean Both, moins magnifiques et moins nobles que ceux du Lorrain.
Les promenades d’Asselyn aux environs de Rome étaient toujours celles d’un artiste. Sa préoccupation de peintre ne l'abandonnait pas un instant. Les villages, les antiquités, les animaux, les figures qui se trouvaient sur son passage, étaient aussitôt tracés sur le papier. « Il est surprenant, dit d’Argenville, combien il a laissé de tableaux à Rome et à Venise pendant le séjour qu’il y a fait. Un jour, il fut accueilli par deux aimables pèlerines qui, le voyant dessiner dans la campagne, furent curieuses de voir ce qu’il faisait. Elles le louèrent beaucoup sur son ouvrage, et la conversation commençant à prendre couleur , le peintre s’enhardit à leur demander le sujet de leur pèlerinage. « Nous sommes Allemandes, dit la plus jeune. Un père qui s’est remarié, inspiré par les conseils d’une belle-mère, veut nous forcer à prendre le voile. Ma sœur et moi, qui n’avons nulle vocation pour le couvent, toutes réflexions faites, nous avons avec nos bijoux pris le seul parti qui nous restait. — Hé! ne craignez-vous point, belles comme vous êtes, leur répliqua le peintre, quelque fâcheuse rencontre ! — Non, dirent-elles : nous nous sommes vouées à la déesse de Cythère pour trouver chacune un bon mari, et nous marchons dans
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celte confiance. » L occasion était des plus séduisantes pour un peintre libre de tout engagement ; mais son heure n était pas encore venue ; sa fermeté fut victorieuse d’un si grand danger. »
Cette petite histoire, si simplement racontée, nous apprend qu'Asselyn a séjourné quelque temps à Venise, et qu il dut ainsi parcourir toute la haute Italie. On ne sait au juste en quelle année il quitta Venise, mais il est probable que ce fut vers 1643 ou 44. Comme il retournait dans son pays, il passa par Lyon qui était alors une ville où abondaient les amateurs de peinture. Leur empressement à admirer, à acheter les tableaux et les dessins d Asselyn, le retinrent dans cette ville. Heureusement pour lui que les innombrables trésors de son portefeuille, les éludes dont il avait approvisionné sa mémoire et son
talent, lui permettaient de satisfaire aux amateurs, sans crainte de se répéter. Il y avait alors à Lyon un marchand d'Anvers, nommé Houxvart Koorman, qui avait deux jolies files ; plus heureuses que les aventurières qu Asselyn avait rencontrées en Italie, les filles de Koorman, qui s’étaient mises sous la protection de Lucine, trouvèrent chacune un mari. L’ainée venait d’épouser un peintre des Pays-Bas, Nicolas de Heldt-Stocade, qu'Asselyn avait connue Venise. Celui-ci épousa la cadette en 1645, et les deux beaux-frères s’en retournèrent en Hollande avec leurs femmes. « C'est ce que Genoels m’a rapporté, dit Houbraken, l’ayant entendu de la bouche de Laurent Franck, peintre d'histoire, lequel logeait en ce temps-là en la maison dudit Houwart à Lyon, avec Artus Ludlinne, qui a fait ces fameux ouvrages de sculpture que l’on admire à la maison de ville d'Amsterdam. •
Les ouvrages d’Asselyn firent une grande sensation dans le monde des amateurs. La nouveauté leur en plut. Ces teintes claires et fraîches parurent d’autant plus charmantes qu elles tranchaient d’une façon inattendue sur le vert cru et sauvage de Paul Bril, sur les tons bleus non moins crus et non moins sauvages de Breughel et de Roland Savery. Le maître de Rembrandt, Jacques Pinas, et Rembrandt lui-même, avaient habitué les Hollandais à des effets de paysages plutôt fantastiques. La manière d’Asse-
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lyn, qui était celle de Claude, dut aisément surprendre et ravir les écoles de Hollande, qui n'avaient jamais vu autant de lumière ni dans la nature ni dans leurs tableaux. Et comme dans le même temps Herman Swanevelt et Jean Both revinrent d'Italie, les rayons du soleil de Claude Lorrain illuminèrent toute la peinture du Nord, jusqu'à ce que le grand Ruysdael, jetant sur les campagnes la teinte mélancolique et sombre de son génie, fit sentir quelle poésie profonde pouvaient cacher le soleil voilé et la nature embrunie.
Ce qui prouve qu'Asselyn était devenu fort à la mode à Amsterdam, suivant l'expression de d’Argenvilte, c'est que Rembrandt, qui peignait ou gravait alors les portraits de tous les hommes célèbres de son pays, lit à l'eau-forte celui d'Asselyn, qui est d'ailleurs une de ses plus belles et de ses plus précieuses estampes. Asselyn y est représenté à mi-corps, une main sur la hanche, et l'autre fermée et appuyée sur une table où sont posés sa palette et quelques livres. Il porte un chapeau de forme élevée et pointue qui ne ressemble point à ceux de Clément de Jonghe, d’Ansloo et des autres portraits de Rembrandt, chapeau à l'italienne dont le peintre avait sans doute conservé l'habitude depuis son retour de Rome. Tout en donnant à son modèle une pose Hère et dégagée, Rembrandt a fort habilement dissimulé les mains difformes et les doigts recourbés de Crabbclje, de sorte qu'il a tiré un excellent parti d'un défaut qui peut-être aurait fort embarrassé bien d'autres peintres. Le fond de l'estampe représente un chevalet sur lequel est posé un paysage mêlé d'architecture. Ce chevalet sert à reconnaître les belles épreuves, je veux dire celles du premier état. Elles sont fort rares.
Pour en revenir à notre paysagiste, ce fut sans doute une bonne fortune pour lui que d'avoir son portrait gravé de la main de Rembrandt. Car il appartenait à ce grand homme d'immortaliser tous ceux dont il lui plut de peindre ou de buriner les traits. Qui saurait aujourd'hui le nom d’Abraham France, du bourgmestre Six ou de Coppenol, s'ils n'avaient été les amis de Rembrandt? A vrai dire, Asselyn sut se créer à lui-même des titres à n'être jamais oublié. Sans avoir une originalité bien frappante, ses paysages le distinguent pourtant au premier coup d'œil de tous les maîtres dont il semble avoir subi l'influence ou imité volontairement la manière. Si on le rapproche de Claude Lorrain, duquel il procède directement, on voit sur-le-champ qu'il en diffère par le style tout en copiant les mêmes effets de lumière, les mêmes sites. Claude ennoblit tout ce qu'il touche, il interprète la nature de manière à lui prêter quelque chose de sa grandeur personnelle. Ses arbres ne sont pas seulement ceux qu'il a pu dessiner dans la prochaine villa ; ils s’arrondissent, se balancent et se font contraste, non pas comme la nature l'avait voulu, mais comme le peintre en a disposé. Edifices, terrasses, figures, le ciel et la mer, il n’est rien qui, chez Claude, ne rappelle les temps antiques, la terre de Saturne et de Rhée. Asselyn, au contraire, a reçu naïvement les grandes impressions que produit le paysage italien, et il en a marqué dans sa peinture les vives et lumineuses empreintes. Incapable de s'élever aux idéales conceptions du peintre français, la réalité lui a suffi ; il a simplement admiré la beauté de ces solitudes romaines où les ruines pendent de toutes parts; il a laissé parler ces ruines éloquentes, et les trouvant sans doute assez poétiques, il n'a pas eu besoin d’y ajouter sa propre poésie. Comment voir d’un œil indifférent ces débris éloignés qui se couronnent de fleurs sauvages et qu'enveloppent les vapeurs du soir, si l'on croit y reconnaître le toit de Cicéron ou les restes des Thermes de Mécène à Tivoli ? Toutefois, c’est surtout par le caractère des figures qu'Asselyn se distingue de son maître. Celles qui traversent son paysage sont toutes modernes et assez semblables aux figures qu’on retrouve sur les chemins escarpés de Both d’Italie, dans l’œuvre du Bamboche et dans quelques eaux-fortes de Berghem. C’est un rustre vêtu d'une peau de chèvre qui chasse son àne devant lui ; un voyageur à cheval qui se hâte pour gagner l’hôtellerie encore éloignée, ou un pâtre qui, traversant un gué avec son troupeau, va rejoindre les pâturages qui s’étendent là-bas au pied de jolis coteaux dont la ligne onduleuse fuit à l’horizon. Et, puisque nous parlons des figures d'Asselyn, nous ferons cette remarque singulière, que lorsqu’elles ne jouent point le principal rôle dans son tableau, elles sont presque toujours voies tournant le dos au peintre, et semblent de la sorte, en s’enfonçant dans le paysage, en augmenter pour ainsi dire la profondeur.
Nous avons dit qu'Asselyn peignit des batailles dans le goût d'Isaïe ï an de \ eide, son premier maître.
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Quand il revint d'Italie, il en rapporta la rude et gaillarde manière du Bamboche qui s’adaptait si bien à ce genre de sujet. Il parait, d’après un passage de Sandrart, que les amateurs de Venise, de Lyon et d’Amsterdam lui demandèrent plusieurs fois des batailles , sans doute pour avoir en un même ouvrage les talents réunis d’un si bon peintre. Sandrart lui-même possédait un de ces tableaux, représentant le pont Solario près de Rome, attaqué par des Croates et défendu par des cavaliers bardés de fer ‘. Sandrart fait l’éloge de cette peinture pleine de mouvement et de vérité, et, comme le fait observer d’Argenville, on peut s’en rapporter au jugement d’un homme qui était lui-même un peintre fort distingué.
Que si l’on compare Asselyn à Karel Dujardin, auquel il ressemble sous quelques rapports, on verra que le sentiment d’Asselyn est moins profond, moins intime. Asselyn s’arrête plus volontiers à l’extérieur
des choses, à la saveur des surfaces, à l’effet, et c’est pour cela qu’il est si vivement frappé des phénomènes de la lumière. Incendiée de soleil, la campagne lui apparaît magnifique, imposante, mais sans mystère. Moins grand par l’ensemble, Karel Dujardin est plus puissant par le détail ; il nous retient des heures entières à des riens inutiles et charmants; il nous intéresse au chardon qu’un petit âne va savourer avec délices, et souvent il a mis toute son âme dans tel coin d’abord inaperçu de son paysage. Il est pourtant certains sujets où les deux maîtres se ressemblent beaucoup, ce qui prouve combien ils sont l’un et 1 autre semblables à la nature. Je veux parler de ces scènes familières qui se passent à la porte des auberges d Italie. L escalier de pierre est en dehors, comme il arrive dans les pays chauds; on en voit descendre une maritorne qui porte des rafraîchissements aux voyageurs ; ceux-ci tiennent de lestes propos à la fille du cabaret. L un est resté en selle et boit à même un cruchon ; l’autre arrange, en devisant,
1 In pinacothecâ meà ipsius manu elaboratum habeo pontem Solarium propè Romam qui a eataphractatis custodibus equitibus, a Croatis oppugnatur, ubi velitalio quam proximè ad veritatem accedens summà cura exhibita est.
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la bride de son cheval el atlend le vin qu’on lui descend, tandis que les enfants du logis dévorent de leurs grands yeux ces beaux gentilshommes et leurs belles montures. Ajoutez une vigne qui court sur l'escalier et un ciel d’Italie, vous aurez un ravissant tableau que pourraient signer également Karel ou Asselyn. Charles blanc.
lIEŒMffiS K HHDEMM1S
Asselyn, malgré le charme et la grâce de ses tableaux, i n’est pas précisément rangé au nombre des maitres précieux ; j'entends de ceux dont les ouvrages vont toujours en augmentant de prix, tels que Van de Velde, AVouwermans, Both, Ruysdael, Claude Lorrain. Mais il tient honorablement sa place dans les musées et dans les collections particulières.
Musée du Louvre. Vue du pont Lamentano , sur le Tevcrone. Une femme montée sur un bœuf et causant avec une autre femme va passer le fleuve à gué; plus loin, des animaux le traversent.
2° Paysage. Une tour, entourée d’arbres el construite sur un rocher, domine un fleuve encaissé. Au pied du rocher un muletier décharge deux mulets; près de lui un galérien montre deux barques; sur le devant, un homme, précédé de son chien, porte un paquet. Effet de soleil couchant.
3° Vue du Tibre. A gauche, une masse de rochers. Au fond, un pont à quatre arches protégé par une tour, et aboutissant à une cminence sur laquelle s’élèvent des fabriques. Des pâtres montés, l’un sur un âne, l’autre sur un bœuf, traversent la rivièi-e.
4° Ruine dans la campagne de Rome. Deux pâtres sont assis à côté d'une hutte dressée au pied d’un fragment d’aqueduc antique ; près d’eux des chèvres et des moutons.
Ce tableau et le précédent décoraient le cabinet de V Amour peint par Lesueur à l’hôtel Lambert, dit le nouveau catalogue du Louvre, rédigé par M. Villot, conservateur.
Musée d’Amsterdam. On y voit un tableau fort singulier d’Asselyn. C’est une composition emblématique sur le zèle et la vigilance du grand pensionnaire Jean de Wilt : elle représente un cygne défendant son nid contre l’approche d’un gros chien, faisant allusion à la personne et au nom de de Witt.
Musée de Bruxelles. Paysage d'Italie. C’est un superbe tableau, plein de lumière et richement garni de figures.
Pinacothèque de Munich. Paysage orné de figures. Il représente une vue d'Italie avec des fabriques. Quelques voyageurs à cheval enrichissent cet agréable paysage.
Musée de Berlin. Un port de mer. — Signé J. À.
Galerie Bridgewater. Vue sur le Tibre , avec un pont élevé (le Ponte Molle). Des pâtres et des troupeaux se préparent à passer le fleuve â gué.
La Galerie nationale de Londres et celle de Hamptoncourt ne contiennent aucun tableau d’Asselyn. Ils sont aussi assez rares dans les célèbres collections de l'Angleterre.
Asselyn n’a pas gravé lui-même, et il est permis de le regretter; mais il a été gravé avec sentiment par divers, notamment par Perelle, qui a donné d’après ce maître les pièces suivantes :
Vestiges des Arcades ou Aqueduc de Frascuti, qui amenaient l’eau au palais d'Auguste.
La. Grotte d'Aquafarelle où Charles-Quint fil dresser une table. — Vue du Colisée, ou amphithéâtre de Marcellus.
— Haines des trophées de Marias. — Temple de la Sybille Tibertine , â Tivoli. — Vestiges de la maison de Cicéron. — Vue du Tibre. (Vestiges du pont des Sabines et vue de la porte Saint-Paul .
Claessens a gravé la jolie estampe du Cavalier dont nous avons parlé, et qui est reproduite avec cette biographie.
AA'eisbrod a gravé une pièce représentant des voyageurs qui passent sous une voûte maçonnée.
Les tableaux d’Asselyn se produisent aujourd’hui dans les ventes publiques plus rarement qu’autrefois. Voici les prix auxquels ils se sont élevés dans les ventes les plus célèbres.
A'ente Blondel de Gagny. en 1776. Paysage. On voit à droite et à gauche des maisons et des rochers. Sur le premier plan, une femme habillée de bleu, montée sur un cheval blanc et huit autres figures. — 2.4G0 francs.
Vente Neyman, 1776. Deux beaux dessins d’Asselyn : les Vestiges du Temple de la Paix â Home, et un pendant, faits à l'encre de Chine et ornés de jolies figures. — 44 livres.
Vente prince de Conti, 1777. Un Paysage. On y voit, sur le premier plan, une femme qui renverse l’eau d’un vase de bois : elle est sur un cheval qui s'abreuve daos une auge. — 1,410 livres.
Un Paysage et un Port de mer avec figures et animaux. Ces tableaux, dit le catalogue, ont l’avantage d’être richement composés et d’un bon coloris. — 806 livres.
Deux Paysages, sur cuivre, dont l'un représente Tobie et l'Ange. — 800 livres.
A'ente Handon de Boisset, 1777. Deux Paysages. Dans l’un, une femme sur un mulet, tenant un oiseau; près d’elle un chien et un homme qui remet ses bas ; à droite, des vaches et des moutons dans l’eau. — Dans l’autre, deux cavaliers, un enfant et un chien au bord d’un ruisseau. — 4,301 livres.
A’ente Lapeyrière, 1817. Un rivage â la droite duquel on remarque une porte cintrée en ruines. Dans le milieu, la pleine mer. Diverses figures coloriées d’une manière piquante. 600 fr. — Une campagne où l’on voit une dame et un cavalier assis à terre. Ce dernier tient son cheval par la bride. Derrière eux un serviteur et un âne chargé. — 406 francs.
Vente duchesse de Berri, 1837. Ruines d'anciens thermes aperçues d’une voûte sous laquelle passe un paysan conduisant son cheval et un âne. Une jeune fille passe une rivière à gué, donnant la main â un petit garçon. — l,10o francs.
Vente cardinal Fesch, 1843. Les Thermes de Mécène , à Tivoli. On y remarque les arcades d'un portique couvert, une petite fontaine qui tombe en cascade dans un sarcophage antique. — 130 scudi, 807 francs.
Le Chemin à travers le rocher. Sous une voûte spacieuse de rochers, un paysan chasse devant lui un cheval de somme et son âne chargé, pour leur faire passer un gué que traversent, plus loin, un pâtre et deux vaches. — 31 scudi, 166 fr. 78 centimes.
Les tableaux de ce maitre sont rarement signés; nous donnons ci-dessous ses divers monogrammes.