‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 96 sur 136 · BARTHÉLEMY VAN DER HELST · texte numérisé non relu

BARTHÉLEMY VAN DER HELST

s’évanouit dans l'atmosphère des derniers plans. Quant à sa coloration, elle est franche mais tempérée, elle est vigoureuse mais elle reste blonde, et constamment elle est ramenée à des gris fins qui font la base de son harmonie. Le musée d’Amsterdam possède le même tableau peint en grand, avec quelques variantes (par exemple, il n’y a que deux arbalétriers au second plan, au lieu de trois). Les trois noms que l’artiste y a figurés, tracés à la craie sur une ardoise, sont ceux de trois des maîtres jurés ; le nom du quatrième manque à l’ardoise, ce qui a fait présumer que ce quatrième personnage était Van der

Ilelst lui-même ; mais il parait certain, comme le pense M. Scheltema, que le peintre a représenté là frans Banning Kock, seigneur de Purmerland et d’ilpendham, le même qui paraît au premier plan, tout vêtu de noir, dans la Ronde de nuit de Rembrandt.

Barthélemy Van der Helst eut un frère nommé Jacob que les échevins de la ville d’Amsterdam nommèrent châtelain (c est-à-dire maître d’hôtel, aubergiste) de la maison du tir de l’arbalète à main, de ce doele qui fit peindre ses directeurs dans le tableau dont nous venons de parler. Suivant Houbraken, Barthélemy eut un fils qui pratiqua aussi la peinture, mais qui demeura bien inférieur à son père. C’est sans doute le peintre Ludwyck Van der Ilelst, duquel on voit, au musée d'Amsterdam, un portrait de 1 amiral Augustin Stellingwerf. Il paraîtrait même que, tout vieux qu’il était lorsqu'il se maria — qui donc n a jamais lait de folies ? dit à ce sujet Sandart — Van der Helst eut plusieurs enfants, du moins si j en ju§'e Par la description d’un tableau qui se trouvait à la vente Page en 1786, et qui est mentionné en ces termes au catalogue: « Portrait de l’artiste accompagné de sa famille dans un paysage agréable.

ECOLE HOLLANDAISE

Trente et un pouces environ sur trente-neuf. » Quoi qu'il en soit. Van der lielst put laisser de grands biens à ses héritiers, car ses ouvrages étaient de son vivant payés fort cher. « On sait, dit Immerzeel, dans ses Œuvres- des peintres hollandais que Van der Helst recevait cent ducats pour un portrait jusqu'aux genoux. » Aujourd'hui même, après deux siècles de postérité, les peintures de ce grand artiste sont estimées en Hollande au moins autant que celles de Rembrandt. Mais à voir les choses d'un peu haut, il y a, même dans les simples portraits de Rembrandt, une magie, une àme, un je ne sais quoi, qui place le peintre admirable du Banquet de la i/ardc civique au-dessous du peintre sublime de la Bonde de nui/.

CHARLES R LA NC.

MMIŒS m

Musée Di- Louvre. — Le Jugement du prix de l'arc , toile collée sur bois; ligures de cinquante centimètres environ. Ce tableau est une variante de celui d’Amsterdam, où les ligures sont de grandeur naturelle. Signé et daté de 1G53. — Portrait d'homme à mi-corps, signé et daté de 1G55. — Portrait de femme, id.. reproduit par la gravure eu tête de cette notice. Ces deux portraits furent achetés oOO francs chacun en 1817.

Misée d'Amsterdam. — Portrait du vice-amiral Egbert Mecuwiszoon-Korlenaar. 11 porte un manteau rouge à larges plis, et un bâton de commandement.

Portrait d’Andries Bicker , bourgmestre d'Amsterdam. Lu tête découverte, forte barbe, habit de velours noir, une fraise autour du cou ; dans la main gauche un petit livre fermé, et la main droite sur la hanche. Figure jusqu’aux genoux.

Portrait d'Andries Bicker. Andricszoon , bailli de Muidcn. Chargé d’embonpoint, au teint frais, les gants dans la main droite qu’il lient sur la poitrine, un collet et des manchettes de dentelle, un justaucorps blanc avec galons et fleurs en or, et un manteau gris, doublé de velours rouge, légèrement drapé sur l’épaule gauche.

Portrait d'homme. D’un Age mûr, aux cheveux clairsemés, une large fraise autour du cou et en habit noir.

Portrait de f marne. Buste; pendant du précédent. Dame en robe de soie noire, petite coiffe blanche et large fraise. Signé du monogramme du maître.

Portrait 'le la princesse Marie-IIenridtc Stuart, veuve du prince Guillaume II. Elle est assise dans un fauteuil en argent, sous un dais de velours pourpre, habillée de satin blanc, et tieut dans la main droite une orange. Dans le fond, on distingue des promeneurs dans une rue.

Banquet de la garde civique. — Les Sgndics du tir de l'arbalète à main, a Amsterdam. Ces deux tableaux sont ceux qui sont décrits et gravés dans la présente biographie.

Portrait du lieutenant-Timiral Aarl van .Y es. Il porte un collet en dentelle, un pourpoint de velours noir à manches ouvertes, orné de galons et de boutons d'or. Derrière lui, un domestique lui remettant une lettre ; dans le fond, un combat naval peint par Backuisen. Figure jusqu aux genoux. Signé B. Van der Helst f., avec l’année 1668. Grandeur naturelle.

Portrait de l'èpousc du lieutenant-amiral AnrPvan A'es.

Pendant du précédent. Elle est debout près d’une balustrade, eu robe de soie noire ornée de dentelle : dans la coiffure, autour du cou et des bras, des colliers de perles fines. Signé, avec l’année 1G68. Même grandeur que le tableau précédent.

Musée royal de Bruxelles. — Portrait de l'auteur. — Portrait de la femme de Van der Helst.

Musée royal a la Haye. — Portrait de Paul Potier.

Musée du Belvédère a Vienne. — Portrait d'un homme avec barbe et cheveux noirs, portant, un vêtement de soie noire et une collerette carrée et plate.

Pinacothèque royale de Munich. — Portrait de Martin Hùrpertz Tromp, amiral hollandais, vêtu de noir. Demiligure. Bois. — Portraits de la famille de Hutten. Le père est assis dans un fauteuil ; vis-à-vis, dans un corridor ouvert, se trouvent son épouse et ses trois enfants. Bois. — Portrait en buste d'un guerrier cuirassé, avant une fraise blanche de dentelle. Bois.

Vente Nicolas Nieuhokk, 1777. — Jeune femme assise et tenant de la main gauche une écuelle pleine d'eau-devie ; auprès d’elle, un homme en bonnet rouge la regarde avec satisfaction. Ce beau morceau est fini comme uu François Miens. Neuf pouces sur huit, 1,005 florins (ou 3,005 livres).

Vente du comte de Vaudreuil, 1784. — Le Jugement du prix de T arc. Ce tableau, dont Houbraken a parlé, vient do la vente Loquet, d’Amsterdam. Vingt pouces sur vingt-six. 10,010 livres. Acheté pour le roi ; maintenant au Louvre.

Vente Tronchin des Délices, 1801. — Deux portraits : celui du bourgmestre Cornelis Witzen et celui de sa femme ; ils sont vêtus de satin noir et assis à une table. Vingt-six pouces sur vingt. 1,790 francs.

Le Portrait de l'artiste, vu jusqu'aux genoux ; il tient de la main gauche un portefeuille et de la droite un crayon. Quarante-trois pouces sur trente-quatre. 840 fr.

Vente Helsleuter, 1802. — Le portrait d’une dame, j hollandaise, vêtue de noir et tenant son éventail de la 1 main droite. Toile. Quarante pouces sur trente. 800 francs.

Vente Guillaume 11, 1850. — Dans un jardin, un homme est assis à côté d'une dame avec un enfant; près de lui, j un jeune homme tient un faucon devant deux chiens de chasse ; un jeune seigneur conduit une jeune dame. Deux cent trente-deux centimètres sur trente-quatre. 11,900 lloi rins.

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ne peignait que des sujets familiers sur

L’art veut des Gérard Dow aussi bien que des Lanfranc, a dit un homme de goût, et il a dit vrai, car s’il n’y avait dans le monde qu’une seule bonne façon de peindre, ce serait, il me semble, à nous faire périr d’ennui. Heureusement que la nature y a pourvu, et qu’elle a créé pour nos plaisirs cent et une manières d’être charmant. On peut faire des chefs-d’œuvre avec le pinceau du miniaturiste comme avec la brosse du décorateur, et il n’est pas un aspect de l’art qui ne réponde à une des nuances du caractère de l’homme, à une des infinies variétés de sa condition et de son humeur. Gérard Dow dut facilement plaire et faire école dans un pays septentrional et protestant, où l’on vit d’une vie intérieure, silencieuse, recueillie, de la vie de famille, où l’homme attache à sa demeure, soigneusement ornée, soigneusement close, une idée de sanctuaire, inconnue aux peuples méridionaux et catholiques. En effet, Gérard Dow des toiles ou des panneaux de petite dimension, tels que les

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comporte 1 étroit cabinet d un curieux, et il a mis en honneur, un des premiers, le genre de peinture h plus lecliuché en Hollande, celui tics petits tableaux exécutés dans cette manière précieuse cpie les Français du dernier siècle appelaient le beau fini.

Gérard Dow naquit dans la même ville que Rembrandt, à Leyde, en 1013. Les biographes du pays nous apprennent qu'il était lils d'un vitrier, qu’à l’âge de neuf ans il fut placé chez Bartolomé Dolendo, graveur, pour y apprendre le dessin et la gravure, ensuite chez un peintre sur verre, nommé Kouwhoorn. Ce qui est certain , c’est qu’il fut l'élève de Rembrand! et passa trois ans dans son atelier, à Amsterdam, où ce grand maître s’établit dès l’année 1630. Jamais, peut-être, l’amour de la peinture lie rapprocha deux hommes plus dissemblables. L’un avait le feu du génie, l'autre en avait la patience. Rembrandt, dans sa jeunesse, finissait beaucoup, sans doule, et n’avait pas encore adopte cette manière spirituelle et heurtée qui lui devint familière dans la seconde période de sa vie; mais quoiqu'il poursuivit avec amour le modelé de certaines parties de ses peintures , le rendu des chairs et des vêtements , les moindres rides du visage pourvu qu’ils fussent significatifs , les plis de la peau, particulièrement dans les mains, ce n'était rien encore auprès du fini auquel Gérard Dow bridai L d atteindre, et dont il semblait avoir apporté l'idée en naissant. En homme vraiment supérieur, Rembrandt, même quand il Unissait, savait négliger à propos tel accessoire, sacrifier tel détail à

I expression des parités essentielles, et faire triompher ainsi tout ce qui, dans le tableau, s’adresse au cœur ou intéresse l’esprit. Gérard Dow, au contraire, visant à ce qu’il regardait comme le dernier mol de la peinture, voulait donner une importance égale il tout ce qui devait entrer dans sa composition, n admettait aucune de ces négligences qui sont souvent d’heureux artifices, et mettait

aulan( lll> . . :i llml' un Püt déiuin bossué qu’à exprimer le sentiment dans les traits d’une femme,

la pensée dans la physionomie d’un homme. Aussi la tendance naturelle de Gérard Dow, au lieu de se modifier chez Rembrandt, ne lit que se prononcer davantage. A mesure que son maître élargissait -a touche et passait à une exécution hardie et strapassée , il s’en éloignait, lui. de plus en plus, et tombait dans mit* manière lisse, propre, polie à l'excès.

Au sortir de l'atelier de Rembrandt , Gérard Dow se mit à peindre le portrait ; mais il eut bientôt décourage ses modèles par sa lenteur , par les précautions minutieuses, excessives, qu’il prenait pour conserver la pureté à ses couleurs, et à ses tableaux une propreté irréprochable. On sait qu’avant de se mettre a 1 œuvre , il attendait que la poussière qu’avait pu soulever son entrée dans l’atelier se fût abattue, et qu afin d éviter le plus possible cette poussière tant redoutée , il avait choisi pour laboratoire un cabmel (pu donnait sur un fossé rempli d’eau stagnante Ses couleurs étaient broyées par lui-même sur une table de cristal: lui-mèuie luisait ses pinceaux, auxquels il savait donner une souplesse, "lie délicatesse intimes; il s’occcupail de l’imprimiture de ses toiles, de la qualité de ses panneaux; lui-même eiilin il composait d inaltérables vernis, et il faut convenir que l'admirable conservation de ses peintures le justifie maintenant d’y avoir apporté tant de soins. Mais on conçoit qu’une femm ■ qui se résigne au métier déjà si fatigant de poser devant un peintre, qui la tiendra des heures eutièics sous son îegard, doit trouver insupportables ces minuties qui n’ajoutent rien usa beauté, et lui font perdre de sa physionomie en l’amenant tout doucement à s’endormir dans les bras de son fauteuil. On cite mie ,M“ Spierings, Hollandaise de distinction, que Gérard Dow lit poser cinq jours, rien que pour peindre sa main. Il faut une coquetterie bien robuste , avouous-le, pour résister à de pareilles épreuves.

Gérard Dow voyant les modèles renoncera lui peu à peu, renonça lui-même au genre du portrait U se consacra tout entier à représenter les scènes de la vie commune, sans se donner la peine de ks choisir , bien sur qu il y trouverait I occasion de déployer son véritable génie, le génie du détail.

II se contenta de prendre pour sujet tout ce qui se trouvait à la portée de sa vue, et le cercle de ses inventions ne s’étendit guère au delà. II regarda tout simplement ce qui se passait dans les boutiques

Conctav e ejus ptetorium magnum erat versus seplentrionem altoque instructum lumine. utque eo magis evitaretur pulvisculus, stagnantem fossæ respiciebal undam. El hæc de sedulitate, elegantia et patientia artificis linjus sufficiant. (Sandrart, Academia nobilissimee artis pictoriœ, Norimbergæ. in-fol., 16 83).

GKHAIU) DOW (1613). .,

voisines chez la marchande de poivre, lorsqu’elle pèse sa denrée et fait pencher la balance du bout de ses doigta chez : la fruitière quand elle vérifie la transparence de ses œufs a la lueur d’une chandelle, et dans I officine mystérieuse du chirurgien de village, qui cumule les fonctions de barbier avec la pratique des operations transcendantes. S'il voit passer dans la rue la cuisinière qui revient du marche, chargée de légumes, comptant dans sa main l’argent qu’elle a dépensé et celui qu’elle

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