‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 11 sur 239 · LA FONTAINE · texte numérisé non relu

LA FONTAINE

Jacques Van der Does s'atlacha particulièrement à la manière du Bamboche, et qu'il atteignit presque à l'excellence de ce maitre. Pour nous, à parler sincèrement, il ne nous est jamais arrivé de rencontrer un Van der Does qui ressemblât à un Bamboche, si ce n’est quant à la teinte générale, tirant parfois sur le roux. Il existe, au contraire, une relation frappante de Van der Does à Karel Dujardin, et la nuance qui les sépare en peinture est précisément celle qui distinguait leurs caractères, sans néanmoins les séparer dans le commerce de la vie.

A ce propos, le bonhomme Descamps est vraiment précieux à entendre, lorsqu'il dit avec son ingénuité ordinaire : « Van der Does awrait mieux fait de prendre en même temps le caractère enjoué et doux de

celui qu'il cherchait à imiter en peinture. » Cet / aurait mieux fait n'a pas son pareil! 1] semblerait que

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les caractères se prennent à volonté, comme les voitures. Notre homme fit si bien « qu'il devint insup-

« portable à ses meilleurs amis par son humeur bizarre et mélancolique ; non seulement il eut le tort de

« fuir ses camarades, mais ils s'aperçurent bientôt que c'était par la jalousie qu’il avait de leurs succès. « Il en travaillait davantage pour les surpasser, ambition bien estimable quand on ne passe pas les « bornes de l'émulation, mais il la poussait jusqu'à la haine de ceux qu'il croyait plus habiles que lui. » Descamps nous apprend un peu plus loin que l'humeur mélancolique de Van der Does /ui donna peu de

goût pour la société. — Cela est en effet très probable. — Karel Dujardin était le seul qui pût supporter

les dégoûts de son humeur et vivre avec lui. Il est impossible, disions-nous en commençant, qu'un peintre

qui a le goût du paysage, le sentiment de la nature et ce qu'il faut d'amour pour bien rendre la toison

frisée des brebis, la laine ondulée des agneaux, il est impossible qu'un tel peintre n'ait pas quelque tendresse au fond du cœur et que sa mélancolie même ne soit pas un effet de la bonté que les chagrins irritent et qui se tourne en aigreur. Karel Dujardin, sans se laisser rebuter par le caractère farouche de son camarade, le rechercha, au contraire, précisément à cause de l'isolement où il le voyait languir, et il se plut à jeter quelques lueurs de gaité dans celte vie sombre.

La différence du ton est peut-être la seule chose qui distingue Dujardin de Van der Does. Les sujets sont les mêmes, la composition obéit aux mêmes lois pittoresques : elle est dictée par le même sentiment des beautés agrestes ; l'un seulement voit la nature à travers un voile de misanthropie, l’autre la contemple d'un œil riant et ravi. A cela près, ne croirail-on pas reconnaitre un sujet de Karel Dujardin dans la description suivante d'un tableau de Van der Does : « Un paysage clair argentin et du plus piquant effet, couvert d'une forêt de haute futaie, qui est percée dans son milieu par une clairière, près d'une fontaine

de belle architecture, où va s'arrêter une caravane qui arrive. Celle-ci est composée d'un conducteur,

, avec

d'un garçon qui porle un agneau sur ses épaules, de deux chameaux et d'un mulet très cha cinq moutons et une chèvre’. » En lisant une pareille description, on pense naturellement soit à Karel Dujardin, soit à Jean-Baptiste Weenix, mais l'on ne songe guère à Jacques Van der Does, par cela seul

ntüin ne sont pas dans ses habitudes. En effet, ainsi que Descamps

que les tableaux clairs et le ton ar ‘a justement observé cetle fois, Van der Does donnait volontiers à son coloris la Leinte de son tempérament : tandis que Dujardin aimait les tableaux riants et ne les variait que du ton argent au lon 07, son malheureux ami recherchait les tons bruns, tombail souvent dans le roux et se ressentait dans

resque tous ses ouvrages de la tristesse qui décolorait ses pensées.

Les Italiens comprennent en général fort peu la mélancolie, si familière aux artistes du Nord. Ils donnent à la méchanceté le nom de #istezza, prenant ainsi en mauvaise part ce mot de tristesse, qui, dans a langue française, porte un caractère sérieux, élevé et poétique. La tristesse de Jacques Van der Does le

il abandonner de tout le monde, et si elle n’était inspirée que par la jalousie, on n’est guère tenté de le

laindre. Le seul Karel Dujardin lui demeura fidèle. Il l’allait voir souvent, et leur conversation tombait aisément sur la peinture. Van der Does défendait sa manière rembrunie, la trouvant plus conforme à

celle des g

ands maitres. Dujardin préférait la sienne, et il avait bien ses raisons pour cela. Toutefois ces

disputes, loin de porter atteinte à leur amitié, ne faisaient que la rendre plus étroite. Ils convenaient réciproquement de leurs fautes, dit d'Argenville, et s'ils avaient fait dans leurs compositions quelques larcins considérables aux anciens peintres, ils se l'avouaient mutuellement, et cet aveu est d'une belle âme : /ngenui est fateri per quos profeceris.

Cependant Jacques Van der Does, se voyant délaissé et détesté de tous les artistes de Rome, quitta cette ville, dit adieu à Karel Dujardin, qu'il ne devait plus revoir, et retourna dans sa patrie. Il s'était

d'abord établi à Amsterdam ; mais la mort de sa mère le délacha de cette ville, et il alla demeurer à

La Haye avec sa sœur, qui prit soin de lui jusqu'à ce qu'il eut épousé une jeune fille, Marguerite Boor-

fers, qui aimait fort la peinture, dessinait bien et joignait à ces avantages la possession d'une rente

! Ce paysage appartenait à M. de Burtin ; il se trouve décrit dans son livre.

JACQUES VAN DER DOES (1623) D

viagère de 700 florins. Leur union ne dura que quelques années. Marguerite Boorfers mourut en 1661, laissant à son mari quatre petits enfants.

Le malheureux peintre, dont l'âme s'était un peu rassérénée dans cet heureux mariage, relomba dans

la plus noire tristesse. Redevenu pauvre par la perte de la rente qui venait de s'éteindre avec sa femme Ë »

et plus que jamais découragé, il rappela sa sœur auprès de lui et lui confia l'éducation de ses quatre

petits enfants. Rien ne put consoler notre artiste, dit Houbraken. On le vit s'abandonner à une espèce de

langueur qui dura quatre ans et dégénéra en une inaction presque totale. Ses parents, pour le tirer de la

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