LE PATURAGE
misère el l'arracher à ce marasme, lui firent donner l'emploi de secrétaire à Slooten, près d'Amsterdam. Mais la honte d'en être réduit là, pendant qu'il pouvait vivre de son art avec honneur et indépendance, le réveilla de sa létha
ie. Rendu au sentiment de la vie et à l'ardeur du travail, il acheva un tableau qu'il avail commencé depuis sept ans et qui fut vendu fort cher. Ce tableau représentait, dit-on, une seule chèvre; mais elle était peinte avec tant d'amour, touchée avec tant d'art, qu'elle fut payée la somme énorme de 1,000 florins. Ce fait rendit notre paysagiste célèbre, On ne le désignait plus que sous le nom de peintre de la chèvre aux mille [lorins”.
! Abrégé de la vie des plus fameux peintres, par M. *’ (Desallier d'Argenville). Paris, 1762, tome II, p. 164.
Les biographes qui ont écrit sur les peintres hollandais ont commis plus d'une erreur au sujet des Van
der Does. Ceux-ci, comme d'Argenville, ont mêlé l’histoire de Jacques Van der Does le père avec celle
de son fils, également appelé Jacques‘;
ceux-là, tels que Lebrun dans sa Galerie des peintres flamands, hollandais et allemands, ont nié l'existence de Jacques Van der Does le fils et ont voulu le confondre avec son frère Simon, fils de celui dont nous décrivons la vie. Les uns et les autres se sont trompés. Il est constant que Jacques Van der Does, fils d’un peintre de paysages et d'animaux nommé Simon, eut lui-même deux fils qui étudièrent la peinture. Le premier s’appela Simon, comme son aïeul; le second s'appela Jacques, comme son père. Ce qui prouve l'existence de ce dernier, mise en doute par Lebrun, ce sont les particularités qu'a données sur son compte Houbraken, particularités qui ne sau-
raient s'appliquer à Jacques Van der Does le père. Par exemple, il est impossible d'admettre que ce
Jacques Van der Does, né en 1623, ait été successivement l'élève de Gaspard Netscher et de Gérard de
Lairess
, qui avaient presque vingt ans de moins que lui. Ainsi, à l'époque où notre peintre d'animaux
partit pour Rome, assez habile déjà pour vivre de son talent, Gaspard Netscher — né en 1639 — n'avait
que cinq ans, et Gérard de Laires
— né en 1640 — en avait quatre. Il suffisait donc d'un simple
rapprochement de dates pour éviter la méprise dans laquelle sont tombés d'A
genville et Lebrun, d'autant que l'historien Descamps, si souvent en faute, n'avait point commis cette erreur.
Une fois relevé de son abattement, Jacques Van der Does songea à se remarier et il fit cette fois encore
un mariage
avantageux sous le rapport de la fortune. Il n'eut qu'un fils de sa nouvelle femme, qui mourut fort jeune, et l'on ignore si ce fils fut un de ceux qui s'adonnèrent à la peinture. Ce qui est certain, au témoignage d'Houbraken, qui fut presque son contemporain, c'est que Van der Does fit étudier son art à deux de ses enfants, Jacques et Simon. Il avait institué Karel Dujardin son exécuteur lestamentaire et lui avait confié l'éducation de son fils Jacques. Celui-ci, après la mort de son père, arrivée en 1673, el après le départ de Dujardin, eut pour bienfaiteur un de ses parents nommé de Graaf et pour maitres Gaspard Netscher et Lairesse. Inspiré par la reconnaissance, il consacra tout son talent au sieur de Graaf, qui le
combla de présents et lui procura une place de secrétaire à la suite de M. Iemskerke, ambassadeur de
Hollande à la cour de France ; mais le jeune attaché fut enlevé par la mort à l'entrée de la carrière la plus
brillante. S
s ouvrages, qui nous sont inconnus, furent singulièrement vantés par ses contemporains.
Quant à Simon Van der Does, il a laissé
un nom dans la peinture. Comme son père, il fit avec beau-
coup de talent des paysages et des animaux qui se rapprochent de la manière de Karel Dujardin, son
uteur : « Élève de son père, qu'il égala quelquefois, dit Descamps, il alla, lorsqu'il l'eut perdu, demeurer
à La Haye chez une tante où il pouvait exercer son art avec tranquillité. Son inquiétude le fil voyager
en Frise et en Angleterre. Mais revenu dans sa patrie, il épousa, contre l'avis de ses parents, une
femme prodigue qui le ruina et qui, après avoir consommé lout le gain qu'il avait fait dans son art, ne
ui laissa en mourant que des dettes et de la misère. Il aurait succombé sous le poids du chagrin sans
e secours de ses amis, qui lui procurèrent un asile dans l'hôpital de La Haye, d'où il partit deux ou
rois ans après pour Bruxelles. Honteux de sa situation, il se retira en la ville d'Anvers. Il ÿ travailla
eaucoup. Ses ouvrages furent répandus dans toutes les cours de l'Europe par les marchands de tableaux. On ne sait rien de sa mort. Son talent est dans le goût de son père, et ses portraits sont dans la manière du vieux Netscher. Ses ouvrages tiennent leur place dans les cabinets, surtout en Hollande. »
Voilà tout ce que l'histoire nous apprend sur les Van der Does. Si nous avons parlé des fils à propos
du père, c'est que nous n'aurons pas d'autre occasion de les mentionner dans le cours de cet ouv
Pour en revenir à celui qui a illustré son nom, Jacques Van der Does a été le peintre par excellence des moutons, des brebis et des chèvres, de même que Paul Potter a été le peintre par excellence des taureaux, des bœufs et des vaches, et Adrien Van de Velde celui des agneaux. Sans doute, chacun de ces
: mais chacun d'eux à eu ses
maitres a su dessiner, peindre et graver tous les animaux du pâturage
! Bartsch. Le Peintre graveur, tome IV, p. 194
JACQUES V