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LE BOŒUF PIE ET LES TROIS MOUTONS

la place de l'Hôtel-de-Ville d'Amsterdam, on peut voir avec quelle générosité Van de Velde prodiguaitson talent. Plus de trente personnages, des chevaux, des voitures remplissent l'espace laissé vide par le pinceau

nuages, ou plutôt elle en indique le mouvement par ses directions variées, qui font heureusement contraste avec le fond du ciel trailé par tailles horizontales assez écartées, et finissant en traits interrompus et en points suivis. Tout cela est plein de gout.

Wouwermans elTeniers ont exercé plus d'une foisle burin de Jacques Aliamet. Ses deux estampes du Sabbat, d'après Teniers, sont vigoureuses, brillantes et fort recherches des amateurs. Mais rien n’est plus délicieux que la Halte espagnole et la Garde avancée de hulans, d'après Philippe Wouwermans, Moyreau, qui a si bien compris ce peintre, n'a rien fait de mieux. Aliamet

arendu tout aussi bien que lui le vaporeux des fonds et ces Lerrains qui ontsouvent le défaut de paraître veloutés; maisle choix

de Van der Heyden. Les groupes sont disposés avec une habileté qui se cache sous les apparences du plus parfaitnaturel. À gauche, un homme assis semble chercher dans un panier un objet que vient de lui demander une femme debout devant lui: plus loin, deux graves citoyens d'Amsterdam sont assis sur un banc de pierre, adossé au mur de la Maison de Ville, et s’entretiennent des affaires du temps; ici un charretier fouette son cheval attelé à un lourd traineau chargé de bois; là un groupe d'hommes, de femmes et d'enfants courant après une espèce de chaise tirée par un cheval, et qui sans doute excite leur curiosité ; à droite, un autre cheval bai brun, vu de dos, touché avec une rare justesse de Lon, attend sa charge, qu'un homme apporte dans un grand panier. Sur le premier plan, enfin, et au milieu du tableau, deux gentilshommes se saluent avec une grâce toute aristocratique. Ne seraient-ce point deux Français de la cour de Louis XIV, — il y en avait alors beaucoup en Hollande, — et ne croirait-on pas leur entendre dire, dans la langue de Molière :

La place m'est heureuse à vous y rencontrer.

Grâce à Van de Velde, cette peinture de Van der Heyden, qui est d'ailleurs siprécieuse par le fini des détails et par l'entente des deux perspectives, devient une scène animée où se déploie toute l'activité d'une grande ville peuplée d'hommes de tout rang et de toute profession, depuis le mendiant qui attend à la porte le riche étranger en quête de curiosités locales, jusqu'au noble oisif mollement étendu dans un carrosse roulant. Si l'on voulait donnerune idée de l'esprit, de tout le talent de peintre que Van de Velde a dépensés dans ces figurines, de toutes les difficultés qu'il a dû vaincre pour que l'intérêt du spectateur fût acquis à son œuvre sans se détacher pourtant de l'objet essentiel du tableau, il faudrait entrer dans une minutieuse analyse de cette lue d'Amsterdam que nous avons sous les yeux. Il nous suflit d'avoir indiqué ce que pouvait faire son

imagination, servie par un pinceau d'une légèreté, d'une sûreté infaillibles! Mais combien n'ajouterons-nous

pas à l'étonnement des lecteurs, si nous disons que le plus grand de ces personnages si vrais et si vivants a cinq centimètres à peine, tandis que les plus pelits n’en ont pas plus de deux.

Quelquefois, il faut le dire, Van de Velde utilisa dans ses propres ouvrages ce talent qu'il prodiguait pour embellir les œuvres d'autrui. Tantôt il a multiplié les animaux et les personnages, à la façon de Berghem, comme on peutle voir dans une de ses œuvres capitales, /e Départ de Jacob de chez Laban, et encore peut-on dire iei qu'en entourant Jacob et sa famille de leurs nombreux troupeaux, dans un sujet tiré de la Bible, le peintre trahit une fois de plus le penchant invincible de sa nature, si bien d'accord cette fois avec les

convenances du’sujet; tantôt il trace des scènes où, le paysage et les animaux étant rejetés au second

plan, l'action de l'homme attire et concentre l'intérèt : telles sont ses deux Vues de la plage de Schevelingen. Schevelingen est un petit village au bord de la mer, où les habitants de la Haye vontle dimanche se divertir. Van de Velde nous montre, dans un de ces tableaux, le carrosse du prince d'Orange qui se promène, à la

basse mer, sur le sable fin du rivage. La voiture, les coureurs qui la suivent, les postillons, ce pècheur qui

destravaux est réservé pour lacoquetlerie des ajustements, pour expression des figures. Le pinceau du maitre, sa louche ferme mais fondue, le moelleux de sa manière se trouvent avec charme sur le cuivre du graveur. La robe des « hevaux est exprimée

randes masses de lailles et d'ombre, sans acceplion du poil, comme il convient de le pratiquer quand ils ne sont pas

par “andeur inaccoutumée, parce qu'alors on estcensé ne pas distinguer la marche de leur poil, lesdélails

au premier plan el d'une de leur criniére et de leur queue.

“éable,

Les Amusements de l'hiver, d'après Van de Velde, sont encore une des bonnes estampes d'Aliamet. L'aspect en est as ce qui m'arrive guère à ces sortes de compositions. Les peintres fran ais, Boucher, Greuze, Jeaurat, employèrent tour à tour le talent si français de notre graveur. I imila fort bien les fouillis de Boucher, la manière porcelaine de Greuze aussi bien que sa touche par méplats; ilsut reproduire, sans les charger, leurs défauts mêmes, par exemple, la grossiéreté des linges de Greuze. Mais un peintre qu'il Lraduisit à merveille, ce fut Jeaurat, d'après lequel il grava les jolies pièces qui ont pour Litres: la Place Maubert et la Place des Halles. Aliamet fut en gravure ce que furent en peinture Jeauratet Chardin, un artiste naturel, simple. élégant, spirituel et clair. Quant à son frère François. il passa à Londreset travailla sous Robert Strange, mais ses estampes ne

s'en ressentirent point. Elles demeurérent lourdes, maniérées, inutilement chargées de travaux, el sans gout, Cu. BL.

accourt, son filet à la main, pour voir le cortège, ce pauvre qui ôte son bonnet à l'avance, prêt à recevoir

l'aumône, voilà les éléments de cette toile ; et pourtant ces six beaux chevaux de race allemande, si vigoureux etsi élégants qu'on les dirait échappés au crayon de Van der Meulenetretouchés par Wouwermans, nelaissent pas d'avoir une bonne part dans le charme de celte scène officielle. — La seconde Vue n'est peuplée que

de figures. On aperçoit bien encore, dans le fond, la voiture et les chevaux du prince, mais le premier

Viseauce,

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