‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 16 sur 239 · SR TIME · texte numérisé non relu

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ou sa pointe improvisait en se jouant, portent l'empreinte d'un sentiment exquis du pittoresque. Veutl

exprimer l'accablante chaleur d'un soleil d'été, veut-il traduire Fhexamètre Jatin :

Et satiata jacent virides armenta per ayros,

Et le troupeau repu s'endort sur la verdure,

les animaux sont étendus sur le pré, l'œil à demi clos, afaissés, abattus: mais pour interrompre la monotonie des lignes horizontales que présentent des animaux couchés, un âne encore debout dresse tout exprès ses grandes oreilles. Que si nous passons du pitloresque des lignes à celui des couleurs, nous voyons le peintre irer un parti excellent des taureaux pes, opposer leurs faches noires tantôt à la robe fauve d'une vache

voisine, tantôt à la laine plus elaire d'une brebis

au poil lustré dune chèvre, ou bien aux morceaux du elage qui sont d'un jaune sale, chaud et doré, Ce n'est pas non plus sans raison que Berghem montre une irédilection si marquée pour le chêne. « L'écorce du chêne, dit M, Lecarpentier, au sujet de Berghem. dans son Essai sur le Paysage, à quelque chose d'âpre au premier aperçu; elle est d'une couleur grise oncée, dun ton vineux où brun fort, suivant les différents terrains où il est planté. Cette écorce sillonnée de haut en bas en forme de cordes enlacées, lui donne un caractère heurté et rude au toucher, Assez souvent une masse blanche, très-elaire, vient égaver la couleur triste de l'écorce, et elle se prolonge parfois dans

oute l'étendue des branches, qui, peu semblables à celles des autres arbres, sont presque toujours

izarrement tortueuses et fourchues, »

Maintenant, c'est par le clair-obseur el par la touche que le peintre fera valoir ce choix de tons et de lignes. ces divers groupes si bien distribués, disproportionnés avec tant d'art. Qu'il laisse une masse de rochers servir de repos à la composition, qu'il jette quelques gerbes de sa lumière sur ces animaux en désordre. aussitôt vous verrez paitre les moutons, et les agneaux bondir parmi les ânes, les chèvres, les bœufs et les

chevaux : vous les entendrez braire, bêler, mugir ou hennir. Pour éclairer cette scène, il semble que

Berghem ait eu deux lumières : la grande, qui se répand dans tout le tableau et en distingue les masses, puis une autre lumière qui vient se localiser partout, accentuer les détails, pénétrer jusque dans la poitrine d'une paysanne eten trahir les appas robustes. Ce rayon, emprunté à part, réveille les toisons, le poil des chèvres tachetées, le pelage des génisses, les filets lumineux d’une flaque d'eau à peine ridée par le vent; et il se trouve que, sans presque aucun sacrifice, le piquant du détail se marie avec l'effet de l'ensemble. D'un peu loin on est saisi de la vivacité des clairs, et on les croirait obtenus au moyen de la vigueur outrée des ombres. De près, on Saperçoit que les ombres sont transparentes, égayées par des reflets, qu'il ny a rien de noir, pas plus dans Berghem que dans la nature, L'agrément des coups de jour tient iei à la précaution d'une masse brune formée par un bouquet de chênes, quelquefois aussi à un parti de rochers où à une masse de broussailles traités en demi-leinte,

Quant à la touche, n'admirez-vous pas comme elle est savamment appropriée au sujet ? Pour profiter des ressources pittoresques que présentent la robe variée des animaux et le contraste de leurscouleurs, il fallait une

touche vive, capable d'intéresser les veux; mais comme les clairs sont ordinairement isolés sur le pelage des

animaux, si la touche n'en était pas large, elle semblerait faire un trou dans le tableau, et si elle n'était pas moclleuse, elle blesserait Fœil par sa crudité, d'autant plus que les ombres ont chez Berghem beaucoup de force. L'artiste qui à réuni dans sa touche ces trois qualités, dont le mélange est exquis, peut done ètre

proclamé un modèle en ce genre, modèle que vous n'irez pas offrir sans doute à des écoliers, toujours prompts

à tomber dans la 24miêre, mais à des peintres faits, car j'ose dire que, sur ce point, Berghem est un maitre pour les maitres, pour les maîtres en pelit, bien entendu.

Que ce peintre excellent ail voyagé en falie dans s1 jeunesse, il n'en faut pas douter, quoique l'historien Descamps lui fasse un mérite de n'être jamais sorti de la Hollande. Comment concevoir qu'un habitant assidu

des plaines du Zuyderzée ait pu monter son paysage au style historique par la seule force de Fimagination

4e estampe porte le n° 3 dans la suite des cinq sujets d'animaux en hauteur, et le.n° 10 dans le Catalogue de Bartseh.

NICOLAS BERGHEM (1624). ï

aidée de quelques estampes ? Comment aurait-il deviné ces nobles fabriques dont 11 enrichit la campagne. ces fonds imposants, pleins de lumière el de majesté, ces ruines d'un grand goût, ces montagnes bleues qui ferment en fuvant ses compositions les plus champêtres? Aux environs de Harlem, non loin des tristes dunes

qui impriment aux tableaux de Wynants un caractère si désolé, Berghem aurait-il inventé des terrasses d'une

vèg

ation aussi vigoureuse ? Aurait-il prêté aux bergers néerlandais et le vêtement de peau de mouton, el le chapeau particulier au pätre romain !? Non, ce n'est pas seulement avec un dessin rapporté par des voyageurs que Berghem à peint la Fue des côtes de Nice, le Golfe de Tarente, etee Port de Gènes si local, si lumineux. si mouvementé, dont nous offrons iei la reproduction; el pour affirmer que le peintre a visité l'talie, il

nest pas même besoin de savoir que plusieurs de ses paysages sont peints sur la toile du pays.

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