ANCIEN PORT DÉ GENES
Les Travaux de la Bergerie! À ee ütre, qui soupconnerait autre chose qu'une perspective d'humbles
chaumières en un pays agreste? Et cependant, au haut d'un promontoire, se dessinent les restes d’un temple cireulaire dédié à Vénus, et surmonté de statues mutilées se projelant sur les nuages; sous le péristyle ruiné se promènent de nobles figurines, et tandis qu'au premier plan les travaux rustiques sont représentés avec candeur, les fonds appartiennent au style héroïque, la lumière n'est pas épargnée, Pair est chaud, les lignes sont grandes et simples. La terre des demi-dieux est celle que le spectateur salue dans le lointain. Que dis-je? les rochers même n'ont plus rien de sauvage; ils affectent des formes sévères, j'allais dire des pentes classiques; ils donnent jour à travers leurs fissures à des rameaux agréables, et Pon regarde au bas de lestampe pour voir S'il n'y aurait point quelques vers des Wétamorphoses d'Ovide.
Ce qu'on appelle le style, Berghem ne la jamais atteint dans les figures. Un jour, il voulut peindre
! Voyez, à ce sujet, ce que disent Lebrun dans sa Galerie flamande, et M. George dans le Catalogue de la vente du cardinal
Fesch, 3° partie. M, George reconnaît en certains paysages du maître jusqu'aux terrains de la Sabine.
l'Enlèvement d'Europe; mais cette femme, jugée digne d’appartenir à un dieu, trahissait encore la fermière favorite du peintre hollandais. Le cothurne avait en vain remplacé les souliers plats; la draperie soulevée par Éole laissait voir le corset familier d’une villageoise. Ne trouvez-vous pas charmante cette gaucherie du peintre en certains sujets? Peut-être aussi s’est-il amusé du contraste que présenterait l'indifférence d’un rustre passant au milieu des ruines savantes, à deux pas d'un colysée antique, au pied des voûtes majestueuses où le jeune ormeau à pris racine.
Il est au fond de l'âme humaine un sentiment que certains aspects de la nature ont le pouvoir d'éveiller : c'est la mélancolie. Sous le ciel de l'Italie, par exemple, ce sentiment ne se développe jamais, et on n’en trouve presque aucune trace dans les tableaux de ses plus grands maîtres. Les paysages de Salvator Rosa lui-même sont affreux, sauvages, d'une tristesse ambre, âcre, sans consolation; ils ne sont point mélancoliques. La mélancolie est un fruit du Nord. Aussi {ous les paysagistes hollandais en ont-ils laissé l'empreinte sur leurs brumeuses campagnes, à l'exception de ceux qui ont voyagé où vécu longtemps en Italie, comme Berghem, Karel Dujardin, Jean Both. I] y a du Français dans Berghem, et peut-être le relrouverons-nous plus tard, bien affaibli sans doute, et dépaysé dans Demarne. Non. jamais l'âme de Berghem ne fut agitée par les rêveries profondes où nous plonge la vue des bocages d'Hobbema. des torrents d'un Everdingen et de ses sapins rigides. Même lorsqu'il peint la nuit, Berghem trouve encore
moyen de rester gaiement poétique. Sous la lune à demi voilée par de longs nuages, des voyageurs et des
animaux traversant un pays boisé ont rencontré un marais; deux paysans allument une bourrée et se penchent pour pêcher des écrevisses. Tandis que la lune éclaire faiblement le ciel et le sommet des montagnes, la vive lueur des feux improvisés, réfléchie par l’eau des marais, forme sur le devant un petit drame de lumière, Bien loin d'établir un combat entre les deux clartés, Berghem en laisse franchement dominer une. Le flambeau rustique détache la silhouette des pêcheurs et celle d’un chien qui court après son image, accuse la présence d’un âne chargé de paniers, et fait avancer les figures à cheval d'une dame et dun gentilhomme qui s’enlèvent sur un massif d'arbres. C’est la tranquillité d’un fond d'Elzeimer unie aux agréables rehauts du Bamboche,
Dans le paysage vigoureux et d’un si bel effet, qu'un des frères Wischer a gravé sous le nom de {4 Muit Le Berghem demeure toujours fidèle à son humeur. Tout autre eût endormi la nature: Van der Neer y eùt peint de pauvres cabanes, l'eau paresseuse d'un étang et ses tristes grèves ; Berghem, au contraire, se hâte d'animer son tableau nocturne; au moyen de touches hardies et gaillardes, il réveille les figures, les chevaux, le bétail attardé dans les pacages, et il communique au spectateur le seul sentiment que peul éprouver un pâtre jouant du chalumeau, où une bergère folâtre qui provoque l'écho des rochers,
Retiré au château de Benthem, le peintre de tant d’aimables pastorales y vivait paisible, heureux d’un honheur philosophique, et riche sans tenir à la fortune ; car il disait souvent : « Savoir s'occuper dispense des richesses. » Il ne cherchait le bonheur que là où il nous le montre, dans la nature. Des fenêtres de son atelier, il parcourait de l'œil les frais pâturages qui environnaient le château de Benthem, bâti en un des plus beaux sites de la Hollande. 11 voyait passer, à travers les flaques d’eau et les branches renversées.
ère les attendait : autant
des troupeaux de vaches, se rendant d'elles-mêmes par instinet au lieu où la Jai de coups d'œil, autant de tableaux. Et ces tableaux, les amateurs venaient de toutes parts les acheter au peintre, avant qu'ils fussent commencés. Mais sa femme, attentive aux conventions, connaissant d’ailleurs le mépris de Berghem pour l'argent, son amour excessif des vieilles estampes, sa promptitude à les payer
cher, s'emparait aussitôt des florins et mettait bon ordre à ce qu'il ne fût fait au logis aucune folle dépense.
Sûre du talent de son mari, témoin de sa facilité à peindre également bien des chasses, des marines, des
> de gué, des ports de mer et jusqu'à des combats de cavalerie, elle ne lui donnait pas un instant
passag
de relâche, Établie dans une chambre au-dessous de l'atelier, dès qu'elle n’entendait plus aucun bruit, elle
frappait au plancher pour animer au travail le plus laborieux, le plus fécond des paysagistes! Lui, tranquille PI I F ; I Le l
‘ Ce tableau fait partie de ceux que l’on appelle assez improprement les Quatre parties du jour,