‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 167 sur 239 · HÉRISSEY · texte numérisé non relu

HÉRISSEY

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JEAN VAN HUCHTENBURG

NÉ EN 1646. — mont vers 1733.

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Jean Van Huchtenburg, que les amateurs de parallèles pourraient peut-être surnommer le Van der Meulen de la Hollande, est né à Harlem en 1646. IL fut entrainé vers l'étude de la peinture par l'exemple de son frère Jacques et par les conseils de son ami Jean Wyck, qui, bien qu'il ne fût guère plus âgé que lui, devint cependant son premier initiateur. Quant à Jacques Van Huchtenburg, il avait appris à peindre sous Nicolas Berghem, et, si la mort ne fût pas venue l'arrêter

prématurément au début de sa carrière, il aurait sans doute

inscrit son nom parmi ceux des maîtres habiles. Établi à Rome

depuis it d'écrire à son frère

ses premières années, il ne ces que l'Italie était l'école éternelle, et il l'engageait, par les meilleures raisons du monde, à le venir joindre au plus vite. Jean céda aisément à cette prière ; ilse mit en route vers 1665, et bientôt, témoin des grands spectacles que la ville des papes offre aux yeux enchantés de l'artiste, il put continuer, sous

la conduite de son frère, l'éducation qu'il avait ébauchée à Harlem.

Déjà son précoce talent faisait les plus heureuses promesses, et il allait à son tour devenir maitre, lorsque

la mort de Jacques Van Huchtenburg vint interrompre tristement les études qu'ils poursuivaient en commun. Jean n'avait guère alors que vingt et un ans: il ressentit amèrement le malheur qui le frappait : Rome ne fut plus pour lui qu'un désert : aussi, une occasion s'étant présentée de quitter cette ville, où ilne trouvait plus pour appui la douce amitié de son frère aîné, il la saisit avidement et se dirigea vers Paris.

«Dès 1667, — a-t-il dit lui-même‘, —j'eus l'honneur deme voir appelé et logé aux Gobelins, pour y travailler

aux dessins des tapisseries royales, sous les ordres de MM. le Brun et Van der Meulen. » Quel jeune peintre n'eût envié cette bonne fortune ? Van der Meulen ne peignait pas seulement des batailles. A ce talent spécial

il joignait tous les mérites du paysagiste, et, au besoin, il faisait le portrait avec une rare distinction.

socié à ce nouveau maître, Van Huchtenburg fit de grands progrès dans la science du coloris et dans ’art de grouper les personnages. Tout en travaillant aux modèles destinés aux ouvriers des Gobelins, il acheva plusieurs tableaux qui obtinrent quelques succès auprès des amateurs. C'est sans doute aussi à la

même époque, et sous les yeux de Van der Meulen, qu'il s°

ya dans la gravure : il y réussit aussi fort bien ; mais le mal du pays le tourmenta à Paris comme à Rome, et, en 1670, il retourna en Hollande.

’endant bien des années, Van Huchtenburg poursuivit, assez obscurément, une laborieuse carrière. Il

peignait un peu d'après ses souvenirs, et plus souvent d'après les idées qui lui venaient à l'esprit, des

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ailles imaginaires. Ses tableaux brillaient par un certain goût d'arrangement, par une exécution facile

et bravement conduite. Mais on ne commença vraiment à tenir compte de son talent que lorsqu'un des

lus éminents personnages du temps, le prince Eugène, l’eut attaché à sa personne et eut donné une raison

d'être à ses compositions, en le chargeant de représenter des combats réels, des batailles où des soldats

sérieux avaient échangé de véritables estocades. On ignore à quelle époque le grand capitaine et le peintre se connurent. Les visiteurs du musée de la Haye se rappellent, toutefois, avoir vu dans cette galerie un

portrait équestre du prince Eugène qui porte la date de 1692. C'est l'œuvre de Van Huchtenburg, qui

préludait ainsi, par l'étude de son héros, au récit de brillantes aventures militaires dont il devait être l'historiographe. Nous sommes donc tenté de croire que lorsque Descamps raconte que le prince le prit à son service en 1708 ou 1709, il a tort de passer sous silence les relations qui existèrent entre eux

antérieurement à cétte époque.

Quoi qu'il en soit, Van Huchtenburg reçut mission de peindre les grandes journées où Eugène de Savoie

avait joué le premier rôle, et il s’en acquitta avec un talent qui lui fait honneur. Ces tableaux, au nombre

e dix, sont aujourd'hui au musée de Turin, et si la salle qui les renferme ne contenait aussi quatre batailles de Van der Meulen, qui, il faut l'avouer, l'écrase par sa supériorité, Van Huchtenburg pourrait passer pour un maître plein de vigueur et de science. D'après les indications que le prince lui fournissait lui-même, il a représenté, entre autres combats célèbres, les batailles de Zenta, de Hochstedt, de Malplaquet, de

Peterwaradin et de Belgrade, c'est-à-dire qu'il a successivement mis en scène son protecteur aux prises avec

es armées de Louis XIV et avec les Tures. Villeroy, Vendôme et Villars sont assez maltraités par Van Huchtenburg; mais c'est surtout dans ses luttes contre le Turc qu'il s'exalte et qu'il triomphe. Van Huchtenburg n’était ni à Zenta ni à Belgrade ; il a traité ces sujets un peu à l'aventure; et, comme il n'avait vraisemblablement pas vu les soldats ottomans, il a pris le parti de les inventer. Il leur donne des aspects doucement barbares, des mines modérément farouches ; les armes, les costumes, les harnachements des

chevaux, tout révèle chez lui plus d'imagination que de fidélité. La couleur locale, cette qualité moderne

ont on a fait peut-être trop de bruit, mais qui a cependant son prix dans les représentations des scènes

historiques, fait complètement défaut à Van Huchtenburg. Nulle recherche du type, nul respect pour l'individualité des races qu'il met en présence. Ses Tures sont des Hollandais déguisés; à cela près, les batailles du musée de Turin sont des œuvres estimables sous le rapport du mouvement et de l'accent pittoresque. Les groupes sont adroitement disposés, les cavaliers courent bien, les mourants agonisent selon

toutes les règles de l'art; le drame se joue au milieu de paysages vastes et profonds ; mais, dans presque

! Dans la préface de l'Histoire militaire du prince Eugène, publiée à la Haye, en 1725

JEAN VAN HUCHTENBURG (1646). 3

tous ces tableaux, la coloration générale est un peu sombre, et s’il en fallait croire Van Huchtenburg, le prince Eugène se serait toujours battu à cette heure indécise où, n'étant plus jour, il n’est pas encore nuit. Le succès de ces grandes compositions fut décisif. Elles avaient, pour ainsi dire, été brossées sous la

direction du prince lui-même, qui faisait au peintre de fréquentes visites, et qui l’aidait volontiers de & souvenirs et de ses conseils. Les batailles de Van Huchtenburg devinrent donc la représentation authentique des faits glorieux qu'elles rappelaient. D'importants personnages voulurent en avoir des copies, et

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