COMBAT DE CAVALERIE
Van Huchtenburg, assisté de quelques élèves, multiplia les exemplaires de son œuvre, et se fit de la sorte une honnête fortune. L'électeur palatin, vers 1744, lui demanda des tableaux et l'honora des plus flatteuses récompenses. Enfin, Pierrele Grand, qui encourageait les arts à sa manière, montra un extrême désir de posséder quelques œuvres de Van Huchtenburg ; mais, malgré les observations qui lui furent faites par ses courtisans, ils'obstina à vouloir des marines, et comme Van Huchtenburg ne se sentait plus assez jeune pour apprendre un métier nouveau, les propositions du ezar demeurèrent comme non avenues, el l'artiste ne connut point les générosités impériales.
Van Huchtenburg se consola aisément de ce mécompte. IL était riche, d'ailleurs, et dans la tranquille maison qu'il habitait à la Haye, il ajoutait aux ressources que lui procurait son art les produits d'une industrie
lucrative, car il faisait le commerce des tableaux. En outre, quand le pinceau pesait à sa main lassée, il prenait, pour se reposer, les instruments du graveur. C'est là surtout qu'il a montré son vif esprit, sa touche alerte et légère. Les eaux-fortes qu'il à faites d’après Van der Meulen ou d'après ses propres compositions sont dans la manière de Baudoins, qu'il avait connu à Paris. Ce sont des batailles, des études de chevaux, des scènes de chasse, des paysages. Graveur à la manière noire, il a mérité d’être cité avec honneur par les historiens de cet art spécial. Enfin, Van Huchtenburg donna, en qualité d’éditeur, tous ses soins à la publication de l'Aistoire militaire du prince Eugène, magnilique recueil, dont il existe deux éditions (1725 et 1729). C'est peut-être ici le lieu de dire que les peintures que l'artiste hollandais exécuta dans les dernières années de sa vie sont loin de valoir celles qu'il fit au sortir de l'atelier de Van der Meulen. On l'avait toujours loué du soin qu'il mettait à exprimer, dans ses escarmouches de cavalerie, les sentiments divers qui animent les combattants. Désireux de consacrer la réputation qu'il s'était acquise, et sans doute aussi de l'accroitre, il dépassa la mesure et tomba dans des exagérations regrettables. Il prêta à ses blessés, à ses mourants, des attitudes violentes, des expressions qu'on appellerait aujourd'hui ultra-mélodramaliques. C'était vraiment
montrer trop de zèle. Un jour vint cependant où ce beau feu s'éteignit. L'artiste vieilli se retira alors à
Amsterdam, chez sa fille, et c’est là qu'il acheva sa vie, en 1733. Il avait vécu quatre-vinglt-sept ans.
Jean Van Huchtenburg est un maître inégal. Il est fâcheux peut-être que, pour complaire à sa noble clientèle, il se soit presque toujours borné à peindre des batailles ; il avait, en effet, d'autres aptitudes, et son Warché aux chevaux, du Musée de Rotterdam, en est certainement une preuve, puisque, par la vigueur de la coloration et la liberté du pinceau, cette toile est sans contredit une des meilleures de l'artiste. Il reste aussi de lui quelques paysages, dans lesquels les elfets de la lumière sont très heureusement observés ses portraits du prince Eugène et de Guillaume IT montrent que, s'il l'eût voulu, il eût compris, dans tout son accent, le caractère réel de la physionomie humaine. Le seul reproche qu'on puisse faire à Van Huchtenburg, c'est de n'avoir pas toujours été d'une sincérité parfaite et d'avoir quelquelois préféré aux conseils de la nature, qui ne ment pas, les trompeuses séductions de la fantaisie. Moins ambitieux, il eût été plus fort, eLil ne se serait jamais trompé s’il n'avait pas oublié trop souvent les salutaires leçons de Van der Meulen.
CuarLes BLAwc.
RECHERCAES ET INDICATIONS
Bartsch, dans le Peintre graveur (V. 401), et Weigel, dans | couverte d'arbres, derrière laquelle se développe une grande : (1. 316) ont décrit | bataille ; avecunsoin minulieux les estampes de Van Huchtenburg. Ces
le Supplément qu'il a ajouté à cet ouvr
Attaque d'un transport militaire sur la pente d'une montagne.
Musée DE TURIN. Batailles de Zenta, de Luzzara, de Hochstedt, de Cassano, de Chiari, de Turin, d'Oudenarde, de Malplaquet, de Peterwaradin et de Belgrade. Ces tableaux, exéculés pour le prince Eugène, ont tous la même dimension ({ mètre 16 centimètres de haut sur 4 mètre 53 de la
pièces sont au nombre de 51, dont 8 àla manière noire et le
reste à l’eau-forte. Le défaut d'espace ne nous permettant pas de les examiner en détail, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur curieux aux catalogues dressé
sés par les deux iconophiles allemands.
eur).
Quant aux tableaux du mailre, nous citerons les plus im-
portants. Musée pu Louvre. — Choc de cavalerie ; Vue d'une Ville de
Guerre, avec les apprêts d'un siège.
Musée D'AmsrenDaM. — Une Charge de cavalerie ; Portrait de Guillaume IIL.
Musée pe DRespe. — Cinq tableaux représentant des
escarmouches de cavalerie, dont l'une avec des Pe de
e Prince Eugène à cheval.
sans.
Musée DE LA HAYE. — Une Escarmouche cavalerie ;
Cambat de cavaliers ; Musée DE cavaliers ; un Paysage.
Musée pi
Rom
Choc de
RDAM. — Marché aux chevaux ;
Municu. — Combat de cavalerie sur une colline
Ils sont gravés dans l'Histoire militaire du prince. VENTE NEyMAN. 17 porte d'une ville (de:
Une Bataille de cavaliers à La
sin à l'encre de Chine). 79 livres.
Deux autres batailles (dessins datés de 1716). 495 livres.
Venre Van Hecszeurer. 1802. — Une Bataille dans une
plaine, et le pendant.
VENTE Fournier. 1831, — Combat de cavali
, tableau capiugène, 660 fr.
- Bataille livrée devant Namur (proée-Bourbon). 4,070 francs.
Choc de | lemands et des Turcs. 280 franes
tal, cité par Descamps et peint pour le prince Ventre Héns. 1841.
venant de VE
VENTE STEVENS. — cavalerie des Al-
entre
ammes du maitre :
Voici divers monog
LB. freeu IVH.
IVIB -f.
3358-08. — ConseiL
Imprimerie Éb. Créré
Ze Coole Hohanduise
Cabane LA ae TA
KAREL DE MOOR
NÉ EN 1656, — monT EN 1738.
Ce n'est pas sans raison que l'antique allégorie représente la Fortune avec un bandeau sur les yeux. La renommée, la richesse, l'amitié des puissants, l'inaltérable sérénité d'une longue vie, tous les biens de ce monde, en un mot, sontéchus en partage à Karelde Moor, qui, il faut le dire, ne fut pas tout à fait digne de tant de bonheur. Lorsqu'on met en balance les mérites de son œuvre avec les éloges qu'il lui fit décerner, on se prend à douter de la sagacité de l'ancienne critique, on a quelque envie de supposer que le sentiment des arts s'était singulièrement affaibli en Hollande à la fin du dix-septième siècle, et l'on ne sait si l'on doit en vouloir aux artistes qui ont injustement profité de l'erreur contemporaine, ou plaindre les connaisseurs qui, n'ayant plus de grands maîtres à admirer, se consolaient de la pauvreté de l'école en divinisant les peintres de la décadence.
Karel de Moor est tout à faitl'homme de cette triste époque. Formé
par de bons maitres, il ne fut qu'à demi fidèle à leurs leçons, mais
ses contemporains ne l'en estimèrent pas moins. Son père exerçait à Leyde le commerce des tableaux : c'est
là, c'est dans la glorieuse ville où était né Rembrandt, que Karel de Moor vint au monde le 22 février 1656. Sa famille essaya d'abord de lui faire étudier les langues et les littératures anciennes; mais l'enfant rebelle se croyait destiné à devenir peintre, et il fallut bien lui permettre d'entrer chez Gérard Dow, avec lequel il ne parait d’ailleurs être resté que peu de temps. Désireux d'apprendre à peindre d'après des procédés plus expéditifs et plus larges, il partit pour Amsterdam et se mit sous la conduite d'Abraham Van den Tempel, maître excellent que la France ne connait pas assez. Van den Tempel faisait surtout des portraits. À une pratique très sûre, il joignait un sens particulier des physionomies, et les personnages qu'il a représentés ont quelquefois autant de tournure et de dignité que ceux dont le grand portraitiste Van der Helst nous a conservé les traits. Karel de Moor était done là à bonne école; mais il vit bientôt mourir son maitre (1672), et quoiqu'il eût déjà acquis quelque habileté dans le maniement du pinceau, il revint à Leyde pour profiter des leçons d’un peintre alors fort illustre, François Miéris le vieux.
Ainsi le jeune Karel, un instant entrainé par À. Van den Tempel vers la manière large et souveraine des Hollandais du bon temps, allait de nouveau apprendre avec Miéris les délicatesses du fini, les pratiques parfois un peu sèches de la peinture patiente et minutieuse. Les conseils qu'il alla demander ensuite à Schalken n'étaient pas de nature à agrandir beaucoup sa manière. Quoi qu'il en soit, Karel de Moor parvint à combiner tant de systèmes différents, et il se fit une méthode qui, dépourvue d'originalité véritable, séduisit d'autant mieux ses contemporains. Le succès lui sourit dès ses premières tentatives ; ses biographes font surtout mention d’un tableau qu'il avait peint au sortir de l'atelier de son dernier maitre, et où il avait représenté, avec un talent précoce, la fatale aventure de Pyrame et de Thisbé. Cette composition réussit au point que les États de Hollande résolurent d'encourager officiellement ce jeune peintre. Ils demandèrent à Karel de Moor un tableau pour la salle du Conseil, le laissant libre de choisir son sujet, qui devait seulement glorilier la Justice ou en symboliserles attributs. De Moorse rappela à ce propos qu'il avait appris l'histoire romaine : il peignit Brutus prononçant contre ses fils la sentence de mort. Dans ce violent sujet, le jeune artiste chercha surtout l'expression : il réussit, nous dit-on, à traduire « les différents mouvements de l'âme », et l'on jugea son tableau « effrayant ». Nous ne l'avons point vu.
Cette faveur des États fut le commencement de sa fortune, et les amateurs s'empressèrent dès lors autour de lui. L'église des Jacobins de Leyde lui commanda un tableau d'autel dont les biographes ne nous font pas connaitre le sujet. Mais ce qui, plus encore, fit le succès de Karel de Moor, ce fut la manière ingénieuse dont il déguisait en personnages allégoriques les riches bourgeois qui lui demandaient leurs portraits. Karel avait quelque littérature, etilen faisait volontiers étalage. Nous avons au Louvre un de ses tableaux qui donne l’idée de ce genre familièrement mythologique. On n'y voit cependant que les portraits d'un honnète marchand hollandais, de sa femmeet de leurs trois enfants. Mais sur une donnée aussi simple, l'ingénieux artiste a imaginé les variations les plus compliquées. Le père, riche armateur qui fait le commerce avec les deux mondes, est représenté sous les attributs de Mercure, la tête couverte du pétase ailé, les jambes nues, le caducée à la main; il est assis gravement sur des ballots de marchandises. A ses côtés est sa femme, sous la figure de la Paix; elle tient une branche d'olivier, et, riche dans ses habits,
arde jouer auprès d'elle trois enfants ou plutôt trois génies à demi nus,
solennelle dans son attitude, elle re portant des fleurs et des fruits. Aux pieds de ce couple divinisé, s'entassent tous les produits qu'épand la des
corne d’abondance, tous les trésors que les navires du négociant rapportent des régions lointaines bijoux, des porcelaines, un morceau d'ivoire et surtout des monnaies de tous les pays. Ces privilégiés du sort habitent un somptueux palais, et, entre les colonnes du péristyle sous lequel ils sont assis, on peut entrevoir les perspectives fuyantes d'un beau jardin. Malgré la bizarrerie de l'accoutrement mythologique qu'il a prêté à ses personnages, nous pardonnerions à Karel de Moor le grotesque parti pris de sa
composition, s'il avait su peindre ce qu'il a su inventer. Malheureusement, l'exécution de ce tableau
révèle une main lourde et empèchée : tout est difficile, tout est pénible dans ces carnations martelées de touches incohérentes, dans cette architecture en carton, dans ces accessoires que l'esprit seul pouvait
rendre supportable. Peut-être, il est vrai, est-ce là une œuvre de la vieillesse de Karel de Moor.
KAREL DE MOOR (1656). 3
Bien qu'il ait mieux réussi dans ses portraits, nous n'ivons pas, Dieu nous en préserve! dire avec Descamps: « Les portraits de ce maitre sont d'une grande beauté : il en a fait avec la vigueur de Rembrandt, et d'autres comme ceux de Van Dyck. » Non, Karel de Moor ne ressemble ni à l'un ni à l'autre de ces glorieux portrailistes, mais il a quelquefois peint, dans des tons bruns assez harmonieux, des portraits sages, tranquilles, pleins de convenance, et nous concevons très bien qu'après la mort de tous leurs grands artistes, les Hollandais se soient contentés du talent que Karel de Moor faisait paraître dans ce genre. Et ce
LA PAUTIE D'ÉCIECS,
ne fut pas seulement dans son pays que Karel obtint du succès. L'Empereur lui fit demander, par ‘intermédiaire de son ambassadeur, le comte de Zinzendorf, les portraits du prince Eugène et du duc de Marlborough. Réanissant dans le même tableau ceux que le hasard de la guerre avait associés dans la même œuvre et la même gloire, de Moor peignit les deux grands capitaines, à cheval et l’un à côté de
autre. Il fit aussi le portrait de l'ambassadeur de l'Empereur. Les effigies de ces puis
ants personnages ayant été envoyées à Vienne, y obtinrent un tel succès, que Karel de Moor fut immédiatement nommé chevalier du Saint-Empire, faveur qu'il n'était guère d'usage d'accorder à des artistes. Mais de Moor n'était plus un peintre ordinaire ; toutes les majestés lui faisaient fête; et le ezar lui-même, l'impatient Pierre le Grand, trouva le temps de poser devant lui. Le due de Toscane employa aussi le pinceau du nouveau chevalier : occupé alors à réunir dans son palais de Florence les portraits des artistes illustres, il demanda à de Moor de se peindre lui-même ; le peinture s'acquitta de ce soin en 1702, et il reçut en échange une chaîne d'or, avec le médaillon du grand-duc.
Mais c'est surtout la Hollande qui se montra reconnaissante envers Karel de Moor. En 1719, les bourgmestres et échevins de la Haye se firent peindre par lui dans un vaste tableau, qui fut placé à l'hôtel de ville, et qui prouva une fois de plus que; si de Moor eût conservé la manière ferme et sobre d'Abraham Van Tempel, il eût pu réussir dans les toiles de grande dimension. Son pinceau facile avait même quelque
| tendance à l'art décoratif. Un riche amateur de Harlem, M. Verhamme, l'avait chargé d'orner de peintures le salon d'une maison qu'il venait de faire construire dans cette ville. Déjà le goût des pastorales avait envahi l'art du dix-huitième siècle : de Moor, qui ne fut jamais en retard, et qui partagea toutes les erreurs, toutes les manies de son temps, disposa sur les murailles du salon de M. Verhamme un ordre d'architecture, avec des colonnes simulées, de secrètes échappées ouvertes sur la campagne, et de fausses balustrades où s'accoudaient, dans des attitudes prétentieuses, des bergers et des bergères. Karel de Moor & quand il peignit cette décoration : cette œuvre, comme toutes celles qui se rattachent à la
était déjà riode de sa vie, est d'un faire assez négligé ; la touche, posée d'une main moins ferme, n'a pas
dernière pé toujours sa raison d'être, les couleurs s'embrouillent et perdent leur accent. Aussi les derniers tableaux de
Karel de Moor sont-ils sans valeur : il est vrai que ce laborieux artiste touchait à sa quatre-vingt-deuxième
année lorsqu'il mourut, le 16 février 1738, dans le petit village de Warmont, près de Leyde.
Indépendamment des portraits, assez nombreux, dont nous avons dit un mot, de Moor a laissé, dans les
musées et les cabinets d'amateurs, quelques petits tableaux de scènes familières, dans le style de Gérard Dow et de Miéris. C'est, par exemple, une croisée ouverte et tout entourée de verts feuillages, où l'on voit
paraître la jeune fille échangeant avec son oiseau le premier bonjour du matin, l'enfant faisant des bulles de savon, l'humble ménagère activement occupée des soins de sa cuisine reluisante. Mais de pareils sujets ne valent que par l'exécution, et malheureusement le pinceau de Karel de Moor est sans finesse el sans
esprit. Il apporte une largeur inattendue et des façons décoratives dans ces petits tableaux où Miéris et
i serrés, si intimes. Venu à la suite de tant de virtuoses habiles, de Moor
Dow avaient élé si précieux, s n'a pu que redire après eux le refrain d'une chanson qui avait perdu son charme en perdant sa naïveté. Ge l'ut là son malheur: toutefois l'artiste ne ressentit pas l'amertume de sa situation; il n'eut point conscience de sa banalité, trompé qu'il fut par le doux bruit de l'applaudissement universel et par le son des florins s'ajoutant aux florins dans sa bourse toujours remplie. car il faut le redire, la fortune, qui ne
se connait guère en hommes, se connait encore moins en peinture. CHARLES BLANC.
RECHERCRES ET INDICATIONS
Musée pu Louvre. — Une Famille hollandaise. Ce tableau fut revendu 800 franes à la vente Paignon-Dijon- Casier ne M. Decesserr. — Portrait d'une Jeune Dame. | val, (Une jeune et belle femme, richement vêtue, est assise auprès | Vente Van ver Mack. — AMSTERDAM. 1773. — Une Jeune d'une table, sur laquelle elle s'appuie.) Dame, appuyée sur un panier de fleurs, tient une lettre et Camer pe M. p'Arremowr, rue de Choiseul.— Un Concert: | cause avec une autre femme. Celle composition est encadrée un cavalier et deux dames richement vêtus; fond de jardin. | dans une nit be, au bas de laquelle est figuré un bas-relief
C'est un des meilleurs morceaux du peintre. représentant des enfants. 660 florins.
Auiens. — CamNer pe M. LE comte DE Betz. — Portrait | Venre Raxpox pe Botsser. 1777. — Une Offrande au dieu d'une Femme (de grandeur naturelle. jusqu'aux genoux). | Pan.S840 livres.
Musée pe Turix. — Pyrame et Thisbé. (C'est sans doute le Vexre Cuevauter. 1779. — Une Femme tenant un panier
garni de volaille parle à un garçon qui « un genou en Lerre
Lableau cité par Descamps.)
Musée pe Fcorexce. — Portrait de l'Artiste. et qui porte deux lièvres au bout d'un bâton. 407 livres.
Musée pe Rorrenpam. — La Fuite en Égypte; l'Offrande. | VENTE DU CARDINAL E .— Roue. 1845. — Scène pasto- Musée pe Drespe. — Un Ermile en prière rale, ÿ scudi (1753 fr.):; la Joueuse de luth (lableau,pro- Vente JuLENNE. 4767. — Deux Hommes jouant aux échecs. | venant du cabinet Destouches), 320 scudi: Portrait d'une
femme peintre, 65 seudi.
Voici divers monogrammes du maitre :
Dm. /oine.
(Gravé par Lépicié.) 960 livres.
6863-06. — Convez, Imprimerie Éo. Cnéré.
ANT CRC PA Geole À 0 atie À Cane Cle, ADRIEN VAN DER WERFF
NÉ EN 1659. — mont EN 1722
Ce n'est pas au moulin de Kralinguer-Ambach, lieu de sa naissance, que le fils d’un meunier hollandais put se pénétrer de l'image du beau, a dit un écrivain que la politique a rendu célèbre *. Proti
dar
goût pour le de
in par un peintre sur verre ami de la maison, et placé à Rotterdam chez un peintre de portraits, ce ne fut pas encore à voir, à faire ou à copier des portraits hollandais, qu'Adrien Van der Werff dut se former un style. Après huit ans d’études, son père le destinait encore au moulin, tandis que sa mère demandait à Dieu qu'il pût devenir prédicateur. Heureusement le curé du lieu, qui sans doute s'y connaissait, déclara que Van der Werff ne serait jamais un prédicateur, et le peintre sur verre prédit qu'il serait un peintre. Quelque temps après, un tableau de Van der Werff ayant été payé 9 ducatons, le père, surpris
de l’énormité de la somme, l'envoya sur-le-champ à l'église recon-
# naître ce bienfait de Dieu, en donnant un ducaton aux pauvres. Assurément Van der Werff avait pu prendre dans sa famille le germe de beaucoup de vertus, mais non pas celui de l'enthous
me des arts.
! M. Guizot. Eludes sur les Beaux-Arts. — Paris, J. Labitte, 18:
Son maitre fut Eglon Van der Neer ; c'était un peintre élégant de scènes familières et de portraits dans le goût de Terburg. On apporta un jour chez lui un tableau de François Miéris à copier ; l'élève de Van der Neer, séduit par le fini merveilleux de ce tableau, s’offrit à faire la copie demandée et y réussit dans la perfection. À partir de ce jour, il s'attacha au fini qui lui parut être le dernier mot de l'art. Il n'avait pas encore une idée de la beauté; mais il en avait déjà un vague instinct qui commença de se développer quand son maitre l'eut conduit à Amsterdam visiter les plus célèbres cabinets de cette ville opulente. Les plafonds de Lairesse, les plâtres moulés sur l'antique et les beaux marbres qu'il eut occasion de voir chez le bourgmestre, éveillèrent dans son esprit de nobles pensées. Il comprit qu'imiter Ja nature ne suffisait pas, que le peintre se devait de la choisir, d'y puiser avec discernement les formes qui convenaient le mieux à l'expression de son sujet. Cependant cette intelligence ne lui vint pas tout d'un coup. Il a lui-même avoué dans la suite, qu'ayant visité pour la première fois le riche cabinet de M. Flinck, et notamment sa collection d'estampes d’après les plus grands maitres italiens, il n'avait éprouvé d'abord aucune émotion à la vue des ouvrages de Raphaël.
A l'âge de dix-sept ans, Van der Wertff avait déjà quitté son maitre, et, encouragé par un amateur éclairé, Corneille Brauwer, élève de Rembrandt, il était venu s'établir à Rotterdam et y avait débuté par peindre des portraits en petit qui étonnèrent les curieux. Un d'eux, M. Paats, receveur de l'amirauté, lui acheta 350 florins un petit tableau qui représentait un groupe d'enfants. Un autre, M. Sieen, négociant à Amsterdam, lui commanda un ouvrage qui fit la fortune du peintre, par cette circonstance que l'électeur palatin, Jean Guillaume, voyageant incognito et passant à Amsterdam, vit le tableau de Van der Werff, l'acheta, et l'emporta sans se nommer, mais avec la curiosité d'en connaitre un jour l'auteur.
Ce même M. Flinck qui avait ouvert sa collection d’estampes à Van der Werff, était le fils de Govaert Flinek, l'un des plus fameux disciples de Rembrandt : mais il avait sur la peinture des idées qui lui
venaient d'une tout autre source. La fréquentation du docte Gérard de Lairesse lui avait donné le goût
de la mythologie, des compositions allégoriques, de tout ce qui s’apprend par la tradition et dans les livres. Flinck s'était pris d'amitié pour Van der Werff, et faisant avec lui ce que faisait dans le même temps M. De la Court Van der Voort avec Guillaume Miéris, il lui donnait de sévères conseils, le poussait dans la voie du style. Un jour, en lui montrant les savantes grisailles de Lairesse, il lui proposa de s'essayer à la grande peinture et de décorer un plafond. Van der Werff y consentit et pour son début il peignit, dans un plafond de la maison de M. Flinck, la Renommée entourée de génies, les Arts dans des médaillons en grisaille, Cérès et Flore avec leurs attributs de fruits et de fleurs. Sans avoir vu ce plafond, il est permis de croire que le peintre n'y avait pas mal réussi, comme l’assure Descamps, car rien n'était plus conforme à la froide correction de sa manière et aussi à la délicate élégance qui lui était naturelle, que ces allégories auxquelles on demande avant tout d'être sages, ingénieuses et selon la poétique des académies.
de Van der Werff avec Marguerite Rees, parente de Govaert Flinck et alliée des princi-
paux magistrats de Rotterdam, avait agrandi ses relations et l'avait mis en vue, lorsqu'en 1696, neuf ans
Le mariage
après ce mariage, la fortune vint le trouver dans la personne de l'électeur palatin Jean-Guillaume. Ce prince voyageait cette fois en grand appareil, avec sa famille et sa cour. Il visita Van der Werff et lui fit savoir qu'il était l'inconnu qui, plusieurs années auparavant, avait acheté à Amsterdam le tableau fait pour M. Steen. Il voulut avoir son portrait de la main du peintre, lui commanda aussi un Jugement de Salomon et ajouta gracieusement qu'il entendait bien que sa visite lui fût rendue à Dusseldorf où Van der Werff viendrait lui-même apporter le tableau et le portrait. L'artiste mit toute son application à l'un et à l'autre. Il représenta l'Électeur debout, revêtu de son armure, coiffé selon la mode du temps. c’est-à-dire d'une solennelle perruque à la Louis XIV, et accoudé sur le piédestal d'une colonne, dans gante. Le collier de la Toison d'or, le grand manteau électoral, un tapis à franges, un
une altitude «
coussin de velours cramoisi, garni de houppes d'or, supportant la couronne et les gantelets du palatin,
complétaient ce portrait d'apparat qui était destiné au due de Toscane. Van der Werff y avait déployé tout
le luxe de son pinceau délicat, précieux et recherché : les luisants de la cuira
se, les boucles flottantes de la perruque, l'or, la soie, le velours étaientrendus avec un soin, un fini qui eussent fait envie certainement au vieux Miéris. Mais ce poli excessif de la touche, tolérable peut-être dans un portrait officiel de petite dimension, l'était beaucoup moins dans un lableau aussi dramatique que le Jugement de Salomon. Le peintre avait traité ce sujet en petit et l’avait peint en gri
saille, ce qui refroidissait encore une compo-