‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 172 sur 239 · LL C F · texte numérisé non relu

LL C F

ARNOLD HOUBRAKEN

NÉ EN 1660. — mont EN 1719.

S'il n'avait pas écrit le Grand Théâtre des Peintres néerlandais, | Arnold Houbraken ne figurerait peut-être point dans notre | histoire, car il ne fut qu'un artiste de second ordre, mème parmi ceux qui marquèrent la décadence de l'art dans les Pays-Bas. Mais il eût été sans doute malséant de refuser les honneurs d'une biographie à un peintre qui s'était fait un nom comme bhiographe. L'ouvrage de Karel Van Mander, mort en 4606, l'année même de la naissance de Rembrandt, s'arrêtail au seuil de ce dix-septième siècle, qui fut si glorieux pour la Hollande, et il finissait juste au moment où allaient paraitre les artistes qui l'ont à jamais illustrée. Arnold Houbraken reprit et continua l'œuvre de Van Mander. Il eut donc à raconter la vie des plus fameux maitres de son pays, et c'est à lui que nous devons le peu que l'on sait sur Rembrandt, Van der Helst, Ruisdael, Paul Potter, Wouwermans, Berghem, Karel Dujardin,

Gérard Dow, Terburg, Metsu, Pierre de Hooch et les autres

>eintres du grand siècle. Mais, bien qu'il ait pu connaitre personnellement, ou au moins par une tradition

oute récente, la plupart de ceux que nous venons de nommer, son livre n'a pas, il s'en faut, l'intérêt, le

charme, la couleur et l'intimité que l'on devait attendre d'un contemporain.

ÉCOLE HOLLANDAI

Houbraken, né à Dordrecht, en 1660, dans une famille aisée, avait reçu de l'éducation et avait eu plus de maitres qu'il n'en fallait pour étudier la peinture. Il fut successivement l'élève de Guillaume Drillenburg, paysagiste habile, de Jacques Lavecq et de Samuel Van Hoogstraten. Ce dernier, qui avait appris son art, comme Lavecq, à l'école de Rembrandt, avait ensuite voyagé en Italie, séjourné à Vienne et modilié

considérablement la manière de son maitre. C'était, du reste, un liltérateur distingué; il avait écritun traité

remarquable, la Haute Ecole de peinture, et ses poésies étaient fort estimées. Nul doute qu'Arnold

oùt, d'ailleurs, se développe

Houbraken, qui avait de l'étude, n'ait pris de son maitre le goût d'écrire. Ce souvent chez les peintres, lorsqu'ils sont insuffisants à primer dans leur art, et assez lettrés pour s'en faire les historiens. Arnold, cependant, commença par la peinture, et il y obtint quelques succès. Il fit des portraits pour les principales familles de Dordrecht, et il réussit particulièrement dans un tébleau qui représentait réunis tous les officiers de la Monnaie. Il s'essaya également aux compositions historiques et fut chargé de la décoration de quelques riches appartements de la ville; mais un amateur, Jonas Witzeu, secrétaire de la ville d'Amsterdam, ayant goûté deux peti's tableaux du jeune peintre, mit tout en œuvre pour l'attiver à Amsterdam. Houbraken, qui avait épousé la fille de Jacques Sashout, lithotomiste renommé, et qui avait déjà une famille nombreuse, se laissa facilement persuader, et quitta Dordrecht pour aller se fixer à Amsterdam, où il espérait trouver plus de moyens d'élever ses enfants et de les établir.

Ce changement de résidence lui fut avantageux. Arnold, qui n'était pas connu, s'employa à composer des

vignettes pour les libraires et se fit dans ce genre une petite réputation. Un éditeur angli informé des

talents de Houbraken, lui promit des sommes considérables s'il voulait venir en Angleterre, pour dessiner

des suites de portraits d'après Van Dyck et autres. Le peintre se rendit à Londres en 1 et il y passa

neuf mois à faire des dessins dont chacun devait lui être payé cent florins, au dire de Walpole, one

kundred quilders ‘. Mais l'éditeur fit banqueroute, et Houbraken dut offrir ses services à d'autres éditeurs. Ceux qui lui donnèrent du travail furent les sieurs Coke, Comyns et un homme bien connu, Swinny, qui avait été auparavant directeur d'un théâtre de Londres ?. De retour en Hollande, Houbraken, qui n'avait point perdu courage, se remit à l'œuvre; mais, laissant là les vignettes, il composa des tableaux d'histoire dont les titres seuls nous sont connus et qui n'ont jamais été gravés. C'étlaient le Sacrifice d'Iphigénie, la Continence de Scipion, l'Histoire d'Oreste et Pylade. Ces tableaux, qui lui avaient été commandés par M. Van Hemskerk, de la Haye, furent vendus après la mort de cet amateur, et c'est alors sans doute que le Sacrifice d'Iphigénie fut apporté en France et passa dans le cabinet du comte de Vence, commandant à la Rochelle. Nous ignorons ce qu'est devenue cette peinture, et n'en ayant jamais vu qu'une seule de la main d'Arnold Houbraken, nous rapporterons sur ce point l'opinion de Descamps, qui l'apprécie en ces termes, dans un français qui lui est particulier : « Houbraken le père dessinait bien; ses compositions sont d'un homme d'esprit, son pinceau est délicat; sa couleur un peu outrée, tantôt trop rouge et en général peu vraie; ses draperies sont pliées avec nobiesse. Peut-être une trop grande quantité d’étoffes variées de tons empêche de trouver, dans quelques-uns de ses tableaux, le repos qu'on remarque

Il était viche dans ses fonds : un bon goût d'architecture montre quil

dans la plupart de ses ouvr

L'unique tableau de Houbraken que nous ayons vu se trouve à Amsterdam, dans le musée Van der Hoop. Il est peint à peu près comme un Miéris, mais composé avec plus d'esprit et heureusement dessiné. Il représente un atelier de peintre. Une femme nue y pose devant l'artiste et livre ses charmes aux regards concupiscents d'un visiteur qui la dévore des yeux. Le biographe hollandais a beaucoup dessiné, mais il n'a peint qu'un assez petit nombre de tableaux, et il a laissé une quarantaine d'eaux-fortes qui nous donnent une idée de sa manière. Il en est de lui comme de beaucoup d'autres, et notamment de certains peintres français. Faibles praticiens, débiles coloristes, ils prennent leur revanche sur le cuivre. Houbraken gagne plutôt qu'il

! Anecdote of painting in England, by Horace Walpole. New edition. London, 1849, tome IL, page 971.

? Une note de Verlue nous apprend qu'Houbraken composa des dessins pour une ‘histoire de la Bible, sans doute publiée

à Londres.

ARNOLD HOUBRAKEN (1660). 3

ne perd à être jugé d'après les suites de figures qu'il a gravées et qui se trouvent en belles épreuves au Cabinet des estampes de Paris. Toutes ces figures sont allégoriques et ont dû être dessinées pour orner quelque ouvrage iconographique ; il en est qui paraissent faites pour cette histoire de la Bible dont parle Vertue. Elles sont au nombre de trentre-quatre. On y remarque la Justice, la Vérité, la Chasteté, la Foi, la Poésie, l'Étude, la Fidélité, l'innocence... Les draperies en sont arrangées de convention, mais gravées librement. Quant aux nus, ils se ressentent de la lourdeur et de la froideur du peintre. Ses types de femmes sont ceux que Guillaume Miéris a si péniblement et si patiemment ivoirés dans ses petits tableaux.

L'abondance du muscle, l'épaisseur des lormes, les engorgements de la nature, les bourrelets de chair et ces

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