UN PHILOSOPHE ÉCRIVANT
fosselles qui rappellent les dépressions de la ouate sont rendus avec tout le naturalisme de l'école, mais avec un mélange inattendu de prétention au style. Contemporain de Lairesse, Arnold Houbraken appartient à cette pléïade d'artistes hollandais qui avaient perdu le charme de l'intimité et le sentiment naïf de la nature, sans acquérir pour cela ni l'élégace italienne ni la dignité du grand goût. Rien n'a moins réussi à la Hollande que ses tentatives pour s'approprier le style étranger et pour s'amender selon les conventions académiques des autres écoles, parce qu'en renonçant à ses qualités propres, elle n'a pris que les défauts d'autrui. Houbraken, toutefois, aurait pu, mieux qu'un autre, se défendre de cette tendance funeste, car il se rattachait par son maitre, Samuel Hoogstraten, à la tradition de Rembrandt, et s’il y fût demeuré fidèle, il aurait mieux aimé s'inspirer directement de la nature que de la regarder à travers les Innettes du poncif. Ses arrangements, ses allitudes, ses draperies rappellent le maniérisme sans caractère de la décadence
italienne, avec moins de grâce et un peu plus de pesanteur. Il n'y a guère que les fonds, dans ses
eaux-fortes, qui soient légers, spirituels, improvisés, et par cela même exempls de celte froideur qui s'attache aux figures, compliquées d'ailleurs d'inténtions subtiles etsouvent inintelligibles.
Le vrai titre de Houbraken à prendre rang dans l'Histoire des Peintres, c'est le livre qui, traduit et souvent travesti par Descamps, nous à ébauché la vie de tant de maîtres aimables et de quelques artistes immortels. Z'hauché, disons-nous, car si nous jugeons, par exemple, de ses biographies par celle de tembrandt, nous devons soupçonner Houbraken d'avoir commis beaucoup d'erreurs, et nous étonner que
son livre n'ait pas plus de physionomie, alors que l'auteur pouvait se renseigner à la source et nous faire
pénétrer, non-seulement dans l'atelier des peintres de son temps, mais dans les secrets de leur vie et de
leur esprit. Élève d'un élève de Rembrandt, il aurait pu nous apprendre sur ce grand homme autre chose
que les historieltes sans vraisemblance dont il a assaisonné son récit et qui, malgré les investigations et les progrès de la critique moderne, se répètent encore dans presque tous les livres (notamment dans le Dictionnaire de Biographie et d'Histoire de Desobry, publié en 1857). Il aurait dû surtout être mieux informé touchant la naissance de Rembrandt, sa famille, son double mariage, sa ruine et la saisie de ses meubles et immeubles, la vente désastreuse de ses dessins et de ses portefeuilles; il aurait
dû savoir, enfin, que Rembrandt était mort, non pas en 1674, mais en 1669; et s'il a commis tant
d'omissions graves et tant de méprises sur un homme qui avait jeté un si grand éclat, et dont l’histoire
avait dû lui être racontée de première main par Hoc
straten, que doit-ce être pour les autres biographies? Tel qu'il est, pourtant, le Grand Théâtre des Peintres néerlandaïs, enrichi de portraits pleins de vie et fort délicatement gravés, est encore un livre précieux, et l'on doit y rechercher particulièrment la belle eau-forte que l'auteur y a insérée, d'après un sublime dessin de Rembrandt: es Pélerins d'Emmaüs. La mort
de l'écrivain, arrivée le 44 octobre 1719, interrompit la publication de son livre, dont les deux premiers
volumes seulement avaient paru. Proposée au célèbre grefMier Fagel, qui la refusa poliment, la dédicace du
Grand Théâtre fut offerte au sieur Van Schiulenburg, secrétaire des domaines de Guillaume IE. Un exemplaire du premier volume, magnifiquement relié (in best maroquin, dit Van Gool), lui fut présenté par la femme de l'auteur, qui obtint à peine un remerciement. Le second tome fut dédié au sieur Pierre dela Court Van der Voort, qui répondit à la remise de son exemplaire par un honnête cadeau à la veuve; car Houbraken mourut au moment où ce volume était fini d'imprimer. Le troisième fut publié après sa mort, par les soins
de son fils, qui avait gravé avec talent tous les portraits de l'ouvri
CHARLES BLANC
ET INDICATIONS
Arnold Houbraken a gravé, à notre connaissance, trente- | entableauxde ce maitre:on n'en trouve ni au Musée d'Ams
neuf pièces, savoir : | terdam, ni à celui de la Haye; mais dans le Musée Van der
1. Les Disciples d'Emmaüs, belle eau-forte, d'après un Hoop, quiestaujourd'hui la propriété de la ville d'Amsterdessin de Rembrandt;elle ést ins ans le {tr volume dam, par suite du don testamentaire de M. Van der Hoop, du Grand Théâtre, à la page 258. | ilexiste unassezjoli tableau de Houbraken : c'est l'Atelier
2, Jupiter et Sémélé, autre eau-forte d'après un bas-relief; | du peintre. elle est insérée à la page 476 du tome II. | Voici, pour les prix de ventes, ceque nous extrayonsdu
3-4, Héraclite et Démocrile, en bustes ; ce sontles meilleu- | Trésor de la Curiosité. res pièces du peintre-graveur, après celle quenous venons | Vente ALLARD DE LA Court. 1766. — Romulus et Rémus
de mentionner. Houbraken y asuppriméles demi-teintes és dansle milieu du tableau, sont découverts par un et il a employé le travail agréable d'un pointillé qui, ca berger et une bergère ; un autre enfant est à côté d'eux.
et là, égratigne
e cuivre et n'en est que plus vif. Ce pa
> est montagneux. Bois. Vingi-trois pouces sur
5-38. Une suite detrente-trois figuresallégoriques, d'un dix-neuf. 220 florin format oblong et presque uniforme. VENTE NEywan. 1776. — Une pelite Adoration des Bergers 39. Une eau-forte qui se trouve à la page 269 de la Haute pendant la nuit, à la lueur d'une lanterne. Dessin colorié et École de peinture de Samuel Hoogstraten. d’un beleffet. Quatre pouces sur quatre en ovale. 55 livres. Il n'existe aucun morceau de la main d’Arnold Houbra- Un Philosophe entouré de livres, écrivant dans son cabinet. ken au Musée du Louvre. | Dessin d'un effet piquant. Quatre pouces sur trois, 120 Les Musées de la Hollande ne sont pas richesnon plus | livres.
7100 09. — CouuerL. Imprimerie Év. Cnéré.
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NÉ EN 1662, mort EN 1747.
Lorsque, vieilli avant l'heure par les soirées bachiques qu'il avait passées au cabaret avec son ami Jean Stenn, François Miéris disparut de ce monde qui lui avait montré tant d'indulgence pour ses débauches et tant d'admiration pour son talent, il emporta du moins dans la tombe cette consolante pensée qu'il ne mourrait as tout entier. Sans parler de son œuvre à lui, et il pouvait en
ètre fier, ii laissait dans sa petite maison de Leyde deux fils qui,
quoique jeunes encore, étaient déjà d'habiles peintres, et que son cœur d'artiste et de père regardait comme les héritiers de son nom. l les voyait aussi savants que lui, dans peu aussi célèbres. Ce fut sa dernière pensée, ou plutôt son dernier rêve.
Jean, l'ainé des fils de Miéris, fut le moins fidèle à la tradition aternelle. Élevé par Lairesse, il avait appris à dessiner des figures sages, froides et sans accent, de fades allégories, d'ambitieuses compositions mythologiques ; il faisait aussi de grands portraits istoriés dans un sentiment solennel et faux. Aussi l'histoire la-t-elle
à peu près oublié, et nous ferons comme l'histoire.
Eee SNS.
Quant à Guillaume Miéris, il n'avait guère, à la mort de François, que dix-neuf ans, étant né à Leyde
en 1662. Il dut achever lui-même son éducation, soigneusement, tendrement commencée par son père. Il n'aspirait alors qu'à limiter, en se renfermant dans le cercle étroit de ces petits sujets de la vie de famille où la richesse des étoffes, les rideaux de soie, les meubles de velours, les lustres reluisants, les
porcelaines du Japon, les ustensiles en cuivre poli, les cristaux, les fleurs, jouent un si grand rôle et se prêtent si bien aux caresses du pinceau. [semble que l'honneur de son nom lui tint au cœur. Génie patient, d'ailleurs, esprit froid, avec le goût de la distinction et de la beauté, il avait tout ce qu'il faut pour réussir dans les tableaux de conversation. Profitant de l'exemple de son frère Jean, pour ne pas le suivre, il se garda prudemment d'aller se fourvoyer dans la peinture de style, et de toute son âme 1l se mit à continuer son père, espérant l'égaler... mais il devait rester au-dessous. Toutefois, Guillaume Miéris voulut bientôt ajouter quelque chose à ce qui avait fait la gloire de son père. Le vieux Miéris, on le sait, n'avait eu d'autre ambition que de reproduire les scènes familièrès de la vie bourgeoise, l'intérieur des riches salons, l'intérieur des boutiques élégantes, ce qu'il pouvait
Il y ourrure, les plumes, les bijoux, tout ce qui
observer tous les jours, à chaque pas, dans la réalité choisie. avait eu l'occasion de rendre les
costumes, les jupes de satin, les casaquins bordés de
le plaisir de la voir. Trois personnages faisaient les frais de sa mise en
pare la beauté et prolonge le premier était une jolie Hollandaise dans un négligé de toilette très étudié; le second un le ce n'était qu'un épagneul caressant et soyeux, témoin muet de ce galant tête-à-tête. Après avoir fait