scène
gentilhomme souriant et amoureux; troisième était quelquefois un pelit page malin, quelquefois
le tour de ce petit monde hollandais, Guillaume Miéris s'y trouva sans doute un peu à l'étroit; il voulut l'agrandir. Il se mit à la fenêtre, jeta les yeux sur le paysage et pensa que la nature lui fournirait pour ses tableaux de conversation un encadrement aussi gracieux que les tentures de soie. Il
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y lransporta done ses modèles, el comme, en dépit de tout, l'influence de Gérard de Lairesse gagnait alors toute la peinture en Hollande, il imagina d'aborder les sujets poétiques. Voici done que la jeune femme qu'il avait jusqu'alors représentée promenant ses doigts sur un clavecin où occupée à quelque
ait mainte-
ouvrage de dentelle, auprès d'une table recouverte d'un riche tapis de Turquie, elle s'és nant dans la campagne avec un chapeau de paille orné d'une plume, une robe de satin lilas et des
manches galamment entr'ouvertes pour laisser voir les plus jolis bras du monde et une chemise plissée
du plus fin tissu. Devenue bergère, notre héroïne a quitté ses mules, et pour la vraisemblance elle est
venue s'asseoir pieds nus à l'ombre d'un chène, dans un paysage éclatant de fraicheur, à côté d'un berger bien tendre, bien élevé et bien mis. Étrange pastorale, direz-vous? Aussi n'y chercherons-nous pas
la saveur des réalités agrestes, mais peut-être sera-t-il amusant et curieux de rencontrer dans le domaine
de la peinture une églogue aussi faclice que
précieux et faux. Ajouterons-nous que tout y
es bergerades de M. de Fontenelle. Tout ici est alambiqué,
est charmant ? Ainsi le pensait un amateur fameux, le car-
dinal Fesch, autrefois possesseur du tableau «
ue nous venons de décrire.
Vers it dans l'art et dans la poésie de
la Hollande. Les nymphes de la fable antique vinrent se promener sur les gazons de Van de Velde et Parmi eux, Guillaume Miéris comptait un protecteur chaleureux, un ami, M. Delacour:t
la fin du xvu* siècle, la mythologie, oubliée, repart
de Berghem. goût de la littérature profane avait gagné les Mécènes d'Utrecht, de la Haye et
d'Amsterdam
Van der Woort, riche amateur de tableaux, personnage lettré, qui aimait surtout les poètes italiens. Pour lui
être agréable, Guillaume alla chercher un sujet dans la Jérusalem délivrée. représenta Renaud endormi sur les genoux d'Armide entourée des Gräces et des Amours, parmi les fleurs d'un jardin enchanté. Sur le fond du paysage s'enlevaient en clair, par des tons d'un blanc rosé, les chairs peu vêtues du héros et de l'enchanteresse. Cette composition, à laquelle le vieux François Miéris n'eût jamais songé, fit grand bruit dans le monde des eurieux. Le comte de Wakkerborth en voulut avoir une répétition,
sur la demande de l'envoyé Meinershagen, Guillaume Miéris dut en faire une troisième copie où,
pour complaire à ce diplomate, il dut peindre Renaud et Armide sous les traits de l'envoyé et de sa
femme.
De
ce jour, Guillaume Miéris évoqua, pour les faire entrer dans ses précieux petits tableaux, toutes
de
les trois déesses, les Sabines, Tarquin et Luerèce, Cléopâtre... que sais-je ? Toutes
les grandes figures la fable et de l'histoire : Diane chasseresse, Bacchus triomphant, Jupiter et
Ari Päris
Antiope,
ces divinités, toutes ces héroïnes, pour lesquelles tant de peintres d'histoire avaient trouvé insuffisantes les proportions humaines, Miéris les faisait tenir sur des panneaux ou sut des planches de cuivre qui n'étaient guère plus grands que la main. Et il ne manquait jamais de choisir les situations où ses figures devaient être naturellement nues ou présenter du moins quelque nudité, car il fallait aussi qu'il eñt un prétexte pour montrer son habileté merveilleuse à peindre les étoffes, de sorte que
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CARBONNEAU.SQ
LE VIEILLAND AMOUREUX.
c'était moitié nues, moitié vêtues, qu'il peignait ses figures. Les prenait-il dans l'histoire, il avait soin d'imaginer une scène d'amour et donnait la préférence à toutes celles que l'on raconte dans les livres. Il prenait, par exemple, le sujet de Tarquin et Lucrèce, enchanté d'avoir à représenter la chaste Romaine presque nue, renversée sur un lit de repos, couvert des plus riches draperies, se défendant contre la fureur de Tarquin, qui, l'épée à la main, lui tient le bras droit et la menace. Le chien de Lucrèce aboie après Tarquin, rien de plus vraisemblable ; mais ce qui ne l'est guère, c'est que ce chien fût un épagneul. Du reste, le tout s'enlève sur un fond d'architecture orné de pilastres cannelés et d’un bas-relief qui représente l'enlèvement des Sabines : idée ingénieuse par laquelle le peintre
n ÉCOLE HOLLANDAISE.
a voulu sans doute exprimer qu'on ne trouve pas aisément toute une nation de Lucrèces : son le Lucresie rare à travar. dit la comédie italienne. En s'attachant à ces galantes compositions, Guillaume Miéris était de son temps, car de pareils tableaux, comme on le pense bien, étaient moins faits à l'intention de prècher la morale que pour montrer de belles épaules, un sein palpitant, des bras d'ivoire, des yeux humides et des lèvres provocantes. Ainsi le voulaient en ce temps-là les amateurs, et c'était par complaisance pour eux que Guillaume Miéris, de sa touche la plus délicate, la plus moelleuse, la plus fondue, caressait les blanches carnations d'une Antiope émue sous les baisers du Dieu, ou le torse voluptueux de la chaste Diane, endormie sous les lauriers-roses.
Cet amour du nu, Miéris le poussa si loin, qu'il l'alla chercher jnsque dans la Bible. De son pinceau
devenu païen, il peignitles Æ'êlles de Loth, Bethsabée, avec ses femmes, Susanne surprise par les vieillards. La sévérité de la critique moderne trouverait sans doute beaucoup à redire dans les formes mesquines, souvent incorrectes, que Guillaume donnait à ses modèles ; mais les juges de ce temps-là, j'entends les acheteurs, n'y regardaient pas de si près, et ce fini excessif qui nous fatigue anourd'hui e que nous blämons dans toute l'école de Gérard Dow, était précisément le côté par où il leur plaisait le plus. Le succès de l'heureux peintre alla donc grandissant chaque jour. Mais il faut dire que parmi les Hollandais qui faisaient profession d'aimer l'art, quelques-uns restaient encore fidèles au got des
scènes de la vie intime, et demandaient à Guillaume Miéris des intérieurs de famille comme ceux qui
avaient ilustré son père. Cette tradition était, du reste, continuée dans ce temps-là même par Slingelandt,
Van Tolet les autres imitateurs de Gérard Dow, et l'invasion de la mythologie ne put faire oublier complètement ces naïfs tableaux.
I faut croire que Guillaume Miéris voyait de sa demeure quelque maison élégante dont la façade
pittoresque s'embellissait de fenêtres cintrées, encadrées de verdure, où parfois un tapis aux harmonieuses couleurs, un bouquet de jonquilles, un pied de tulipe venaient égayer les tons froids de la pierre. Cette fenêtre que Gérard Dow afectionnait aussi, elle a servi de cadre à la plupart des compositions
familières de Guillaume. Tantôt il y fait sourire une blonde courtisane qui jette un regard au passant,
tantôt il y fait paraitre la jolie figure d'un enfant gravement occupé à soufler des bulles de savon. Quelquelois c'est un honnète bourgeois qui vient arroser les fleurs des jardins suspendus de sa Babylone, où bien c'est l'artiste lui-même qui s'y montre, car ce cadre gr
gr
‘ieux et complaisant se prête à toutes les fantaisies. Et quand Miéris renonce à celte facile ressource, il nous introduit dans des boutiques abondamment garnies de gibier, de volaille, de légumes, comme en peignait quelquefois Gabriel Metzu, dans des cuisines toutes reluisantes de la propreté hollandaise, comme les aimait Slingelandt. J'en pourrais citer par exemple la Boutique d'épicier, du musée de la Haye. Le vieux Miéris ne l'aurait pas désavouée, je crois, ni Gérard Dow, l'inventeur du genre. Là, tout est rendu avee un soin minutieux et puéril; on n'y voit que deux figures, un jeune garçon qui achète, ct une jeune épicière qui vend; mais ces figures n'y ont pas plus d'importance ni même autant que les denrées de toute espèce élalées dans la boutique, sur l'appui de la fenêtre et au dehors. La fenêtre est décorée à sa base d'un bas-relief représentant des amours qui jouent avec un oiseau. Ce bas-reliet est en partie caché par un superbe tapis sur lequel, sans s'inquiéter de la vraisemblance, le peintre ä mis une bourriche de fruits secs. De grands sacs de graines, de haricots, de pois, de tout ce qui se mesure au boisseau, sont exposés sur le pavé de la rue, avec un baquet et des bidons pleins d'olives, de sardines ou d'anchois. À la muraille est accroché un panier dont l'œil peut compter toutes les
mailles. Un magnifique rideau de Damas à larges fleurs est relevé et suspendu à un anneau extérieur.
Entin, au haut de la niche, une cage d'oiseaux complète le luxe de cette riche devanture, sans parler
des innombrables détails qu'on aperçoit dans l'intérieur de la boutique, et tout contre le bas-relief,
un petitrat vient ronger les graines qui s'échappent par un trou du sac. Tout cela est rendu avec
une patience etun fini qui tiennent du prodige, mais qui fatiguent le regard plus encore qu'ils ne
lintéressent. On soufre de la peine qu'a dû se donner le peintre pour nous faire si peu de plaisir.
\ celte manière blaireautée, ivoirée, finie à l'e
‘ès, appartiennent les trois tableaux de Guillaume Miéris que renferme le musée du Louvre. Un appréciateur quelque peu sévère pour notre collection nationale, le docteur Waagen, homme d'esprit d'ailieurs et quil ne faut pas toujours prendre au
sérieux, regarde les Micris de notre musée comme de faibles échantillons du talent de ce maitre. Ce sentiment n'est pas le nôtre. Inférieurs sans doute aux œuvres de Miéris le père, /e Warchand de volaille, es Bulles de savon, la Cuisinière sont tout à fait dignes de Guillaume Miéris. Si ces tableaux sont d'un faire pénible et mesquin, c'est qu'après tout ce sont là les défauts du peintre; mais ses