SOUS LA TREILLE
prévenu les deux compositions qui ont pour litre : {he Jocund peasants el the Cottagers, Si admirablement
gravées par Woollett !, on pourrait croire qu'on a devant les yeux deux tableaux d'Isaac Ostade, tant il y a du
1 WILLIAM WOOLLETT.
Il est rare que les graveurs aient une biographie. Leur existence se passe ordinairement régulière, unie elsilencieuse, et la
nature même de leur profession exige autant de patience qu’elle en suppose, je dis de leur profession, c'estleur art qu'il faut
4 ÉGOLE HOLLANDAISE.
sentiment de cet excellent maitre dans la rusticité des chaumières et dans le pittoresque arrangement de cette jolie treille qui ombrage les buveurs attablés, et dont la vigueur fait si bien fuir les plans éloignés et les petites figures du fond. C’est une composition dans le goût des deux Ostade que ce tableau charmant dont nous avons
dire, car dans le travail du graveur, il y à de l'art toujours, même quandil semble n’y avoir que du métier. Le maniement de
l'échoppe, la marche du burin, l'allure de la pointe sèche intéressent l'art non moins que le calcul délicat des minutes qu'il
faut donner à la morsure de l’eau-forte ou du degré de chaleur que demande le vernis. William Woollett, qui connut et
employa si bien tous les procédés de la gravure, fut artiste même dans les détails les plus matériels de la pratique, et il
mérite d'autant plus les honneurs d'une notice particulière qu'il fut un des rares graveurs qui exécutèrent des planches
’est-à-dire d'après leur propre invention,
d'après leurs propres dessins, © L'Angleterre, qui a produitles plus fameux graveurs en manière noire et les chefs-d'œuvre de ce genre, a eu beaucoup
moins de succès dans la gravure au burin. Sous ce rapport sesartistes ont é
6 dépassés par ceux dela France, de l'Allemagne et des Pays-Bas. Cependant il faut reconnaitre que dans la gravure de paysage, William Woollett rivalise avec Lebas,
alechou etles plus grands maitres de toutes les écoles. On ne sait rien de Woollett, sinon qu'il naquità Maidstone
Vivarès, B Horace Walpole avait déjà publié son Catalogue des graveurs anglais
dans le comté de Kent, en 1735 et mourut en AT Il n°y fait aucune mention de Woollett, sans doute parce qu'il s'était imposé la loi de ne
qui ont travaillé en Angleterre.
parler que des morts. Nous ne pouvons que le regretter.
C'est done dans l'œuvre considérable de Woollett qu'il faut étudier son talent, qui est pour nous toute sa vie. s Hogarth, Mais il ne dut la perfection de son art qu'à
Il eut
pour maître John Tuiney, de qui nous avons différentes pièces d’aprè
jrincipalement à la gravure du paysage, et c'est là c w’il se fit un nom, car ses estampes d'aprèsles F À ; 1
son génie. Il s'adonna Diane et Actéon, d'après Philippe Lauri, sont assez faibles, le travail en est lourd,
peintres d'histoire, notamment celle de :s figures nues sont trop froidem , Woollett est tombé dans un défaut dont les maitres s'étaient habilement défendus.
ent suivis, et, pour avoir trop scrupuleusement observé le
les plans de la chair dans principe qu'il faut envelopper les formes Cette affectation d'envelopper les formes, c'estl'air d’être prise dans un filet. Toutefois, Woollett a su parfaitement modeler et faire vivre une tête; et illui est arrivé dans son Portrait de Rubens d'après Van Dyck. Le grand peintre est représenté déjà vieux etun . La tête est rendue par des travaux serrés
à-dire de faire suivre à la taille la direction des muscles, fait que la figure a
d'exécuter un chef-d'œuvre ées. La physionomie est encore vive, mais moins fiè
peu courbé par les ann
qui en expriment les plans, la morbidesse, et rappellent la qualité même des touches de Van Dyck.
Quand il n'eut pas à traiter des figures nues, Woollett réussit à merveille, et l'on cite comme ses chefs-d'œuvres deux
scènes historiques, la Mort du général Wolf et le Combat de la Hogue, où tout en effet parait si bien ouché qu'on ne peut
rien souhaiter de mieux, L'expression des figures y est fort bien sentie: les accessoires, tels que les armes, les broderies,
les aiguillettes, les plumes, ont toul le relief et tout l'agrément qu'il convient de leur accorder sans nuire aux parties l'eau, elle est rendue avec tant de bonheur, que M. Levesque à pu dire, en faisant
plus essentielles. Quant à l'agitation de e modèle, et que Woollett
allusion à cette estampe : «Ses eaux sont gravées dans la manière dont Balechou avait donné 1 a perfectionnée, » Les premières épreuves fort rec ierchées de ces deux pièces capitales, sont avant le nom des auteurs à la
les travaux terminés. Ilme souvient qu'étudiant la gravure dans l'atelier
pointe. On en connait même quelques-unes avant
sillustres maîtres, d'autres grands artistes et parti-
de MM. Calamatta et Mercier, je voyaissouvent veniren visiteur chez me culièrement desgraveurs tels que M. Henriquel Dupont. Un jour qu'on vint à parler de ces deux gravures de la Mort du général Woifetdu Combat de la Hogue dont il y avait là de belles épreuves, M. Henriquel Dupont en fit ressortir les mérites avec beaucoup d'esprit, de compétence etun rare bonheur d'expression. M'étant aventuré alors à dire, avec la folie d'un écolier,
qu'il n'était pas surprenant que Woollett eût em loyé dans la représentation d'un combat des tailles aussi militairement il me fut adressé pour toute réponse un de ces regards terribles qu'il n'est pas possible d'oublier,
alignées, ze. C’est là que notre graveur excelle; c’est là qu’il triomphe, soit qu'il grave un
Mais hätons-nous d'en venir au pay de Claude Lorrain, soit qu'il reproduise les pittoresques chaumières de Corneille Dusart. En parcourant, es de l'Angleterre qui se fait à Londres
paysage héroïque
en1851,cette exposition temporaire dechefs-d'œuvre empruntés à toutes les gale chaque année sousle nom de British institution, nous fûmes arrêté invinciblement devantun célèbre tableau du Claude qu'on appelle le Château enchanté, {he enchanted Castle. Vingt fois nous l'avions vu dans l'admirable estampe de Woollett préparée par Vivarès, mais jamais nous n'eussions pu croire à une pareille fidélité d'interprétation. Lavue d’un tableau est ordinairement défavorable à la gravure quilereproduit. Cefut icile contraire. Mais quelle toilemerveilleuseet véritablement enchantée!
A l'extrémité d'une forêt, sur une langue deterre qui s’avance dans l'Océan, est bâti un palais mystérieux quin'aaucune ouverture du côté de laterre. À la place des fenêtressontdes niches et des statues sépar ées par des pilastres corinthiens. Surune terrasse environnée de balustres s'élèvent plusieurs tour elles inexplicables, qu'on prendrait pour les observatoires de la fée qui habite cechâteau italien, mêlé de constructions du moyen âge. Lesflots delamer viennent battre les pieds du palais féerique. Al'ombredesgrandsarbres du premier plan, une femme, assise sur le gazon ettristementaccoudée, semble prêter l'oreille au
une si jolie eau-forte de la main du peintre. Devant une maisonnette agreste où grimpe une vigne, un joueur de vielle — la vielle cette fois remplace le violon — s'est arrêté pour donner une représentation à son bénéfice. Il est accompagné de toute sa troupe, qui se compose d'un enfant et d'un chien. L'enfant est à cheval sur un grand sabre et porte un bonnet à poils qui sans doute appartint jadis au joueur de vielle quand il servit dans les hulans. Le chien est richement costumé ; il a une belle fraise au cou, et on le prendrait pour un grand
pensionnaire de Hollande, si lon ne voyait sortir sa queue sous le dernier bouton de son justaucorps.