‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 185 sur 239 · ROSES, OREILLES-D'OUR£, ANEMONES, PAVOTS, SOUCIS D'AFRIQUE · texte numérisé non relu

ROSES, OREILLES-D'OUR£, ANEMONES, PAVOTS, SOUCIS D'AFRIQUE

le travail qui conduit à la perfection, ces artistes joignent ordinairement une douceur de caractère. une

sérénité d'âme et une égalité d'humeur, propres à rendre la précision toujours la même, la couleur toujours pure, la touche également sûre et légère !. »

Qui ne croirait que ce portrait du peintre de fleurs est précisément celui de Van Huysum? Qui supposerait

que l'auteur de ces doux chefs-d'œuvre, que le compagnon assidu des jacinthes, des tulipes et des roses, vécut

d'une vie agitée et sombre ?.… Il est pourtant vrai qu'au milieu de ses triomphes, Van Huysum connut le poison

es d'un

de la jalousie. Il avait épousé une femme qui n’était ni jeune, ni jolie, ni désirable ; mais un jour les railleri de ces sots qui éprouvent un plaisir imbécile à troubler le bonheur d'autrui, lui causèrent un profond chagrin. Il eut même par accès des égarements d'esprit. Un jour, dans un moment d'irritation, ilinjuria le maître de la maison qu'il habitait et il en fut expulsé. A ces vivlences succédait une longue mélancolie. Pour comble de malheur, le fils qu'il avait eu de cette femme soupconnée tomba dans la débauche, au point que Van Huysum, le voyant incorrigible, dut le faire embarquer pour les Indes. Il arriva cependant, par une exception des plus rares , que sa peinture ne se ressentil point de ces tourments de la vie intérieure. Son humeur était triste el noire, ses lableaux étaient toujours riants et clairs. Quand il travaillait, personne n’était admis dans son atelier. pas même ses frères, comme s’il eût voulu, dit son biographe Descamps, d'après Van Gool, dérober à tous les

regards sa manière de purifier les couleurs et de les employer. Mais peut-être faut-il penser que le recueillement

était néce

aire à celte âme troublée ; que Van Huysum, pour peindre ses fleurs, avait besoin de solitude et de silence, comme Gérard Dow pour peindre ses doux intérieurs, ses Lectures de la Bible. Un tel fini suppose en effet une attention que rien n’a dérangée , un enthousiasme qu'aucun accident du dehors n’est veuu refroidir. Il est done permis d'attribuer à autre chose qu'à un charlatanisme vulgaire ou aux petitesses de l’égoisme l'habitude qu'avait le peintre de se cacher de tout le monde quand il était devant ses fleurs.

On assure toutefois que Van Huysum fut accessible à l'envie, sentiment plus cruel encore et moins avouable que la jalousie, car l'envie n’est qu'un côté de la haine, tandis que la jalousie est une forme de l'amour. Le seul élève que Van Huysum eût formé (c’est toujours Van Gool qui nous l'apprend) était une demoiselle Havermann qui vint presque à bout de l'égaler. L'historien hollandais raconte que cette jeune fille, déshonorée par une faiblesse, fat obligée de quitter son pays et de se réfugier à Paris, où ses ouvrages furent recherchés. 1] ajoute que Van Huysum se félicita d'une circonstance qui le délivrait ainsi de sa rivale. Mais une chose prouverait , à l'honneur du peintre, qu'un tel fait est au moins douteux, c’est que Van Gool paraît mal informé au sujet de M'° Havermann, car il prétend qu’elle fut reçue en France de l'Académie de peinture, ce qui n'esi point exact. Quoi qu'il en soit, Van Huysum ne laissa rien paraître dans ses tableaux des amertumes de son cœur. Peut-être lui arriva-t-il quelquefois de les exprimer mystérieusement et par un langage symbolique compris de lui seul. Peut-être laissa-{-il exhaler la plainte de son âme blessée dans l’âcre parfum de telle fleur sauvage mêlée à ses bouquets de jardin. L'antiquité avait connu ces allusions délicates, et la célèbre bouquetière d'Athènes savait, dit-on, exprimer une pensée par chacune de ses guirlandes. Mais si Van Huysum fil comme Glycère , je l'ignore, et qui ne sent néanmoins qu'il a mis toute son âme dans sa peinture ?

Harlem était au dix-huitième siècle la ville des fleurs par excellence. Là se cultivaient les plus beaux Jardins du monde. Un des compagnons du capitaine Cook, George Forster, dans son voyage sur les rives du Rhin, parle ainsi du fameux jardin de fleurs de Harlem : «Je n'ose plus nier que les vents n'apportent les parfums de l'Arabie heureuse jusque sur l'Océan, car il est très-vrai qu'à travers cette atmosphère embrumée nous distinguions l'odeur balsamique de la jacinthe et des oreilles-d’ours?. » Tout le monde sait quel prix excessif les amateurs hollandais attachaïent alors à certaines fleurs et particulièrement aux nombreuses variétés de la tulipe. \u temps où florissait Van Huysum, certains carreaux de tulipes furent prisés jusqu'à 15 et 20,000 francs. Un curieux donna un jour, à défaut d'argent, des bestiaux et des denrées évalués à 2,500 florins de Hollande. C'étaient les fiers possesseurs de ces plantes rares qui se faisaient un honneur d'ouvrir à Van Huysum leurs

serres merveilleuses, leurs incomparables jardins. On cite Woorhelm comme ayant dû en partie sa grande

‘ Millin, Dictionnaire des Arts, au mot Fleurs.

? George Forster, Voyage sur les rives du Rhin. Paris, 1793

répulation de jardinier à ce genre d'hospitalité envers le peintre. Celui-ci n'avait donc qu'à choisir les plus belles fleurs parmi les plus belles, et quel avantage que d’avoir constamment sous les yeux des modèles aussi parfaits !

Il semble qu’à force de les contempler, Van Huysum y ait découvert un des aspects de la vie infinie ; mais

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