‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 188 sur 239 · RAISINS, PÈCHES, GRENADE,: NOIX, PAVOTS, ETC · texte numérisé non relu

RAISINS, PÈCHES, GRENADE,: NOIX, PAVOTS, ETC

fauvette vient familièrement faire son nid au pied des bouquets de Van Huysum, et à côté de ses petits œufs

que la taille-douce. le mezso tinto dessine moins spirituellement el ne se prête pas aisément aux saillies pleines de feu

mouchetés, paraissent des boutons de roses : oiseaux et fleurs vont éclore ensemble. Il n'est pas enfin

jusqu'à la goutte de rosée que le peintre n’imite avee amour dans sa fraîche transparence, et, chose admirable ! voilà plus d’un siècle qu'elles tremblent sur les raisins et les pampres de Van Huysum, ces perles humides

qui ne virent point deux aurores.

Ce n'est pas sans étonnement, nous le croyons, que les amateurs liront ici le jagement qu'a porté sur Van

Huysum le célèbre Mariette, dans les notes manuscrites si précieuses dont il a enrichi l'exemplaire de

que la gravure à l'eau-forte peut recevoir d’un habile dessinateur, non plus qu'aux fines expressions que la pointe sèche peut donner.

Un autre défaut de ce genre, c'est d’avoir peu de durée et de s’user promptement à l'impression. L'auteur anglais. William Gilpin, avoue lui-même que l’on n'obtient pas au delà de cent bonnes épreuves d'une planche gravée en manière noire, le frottement de la main et de la presse ayant bientôt usé des travaux qui ne font qu'effleurer la surface du cuivre.

Cependant, ajoute cet amateur, si on répare constamment la planche, elle fournira quatre ou cinq cents épreuves d'une

force tolérable. Les meilleures impressions ne sont pas loujours les premières; celles-ci sont trop noires et trop dures ;

c'est à compter de la quarantième jusqu'à la soixantième ; les barbes sont alors adoucies, et il leur reste pourtant encore suffisamment de force. »

Par un singulier renversement des choses, il est arrivé que la manière noire a produit ses plus étonnants résultats dès le commencement même de la découverte, de sorte que le premier des graveurs en manière noire en fut aussi le plus habile et le plus justement célèbre. Sur ce point nous sommes en désaccord avec le chanoine de Salisbury, qui prétend au contraire que

cet art s'est perfectionné plus que tout autre, et que les maîtres du dix-huitième siècle sont bien supérieurs aux contemporains

du prince Rupert (Robert). L'existence même des gravures de Rupert est mise en doute par Gilpin, qui dit en propres terme « Quant aux ouvrages du prince Rupert, je n'en ai jamais vu aucun qui fût reconnu pour être certainement de lui, et ceux « que j'ai vus qui passaient pour être de sa main sont exécutés dans la manière dure, noire, désagréable qu'on remarque ‘ chez les maîtres qui lui ont succédé. » Double erreur et vraiment regrettable de la part d’un connaisseur aussi estimé que Gilpin ! Et d'abord il est bien certain que Robert a gravé, et quelle preuve plus convaincante en puis-je donner que l'apposition de ses armes, en guise de monogramme, sur les planches qu'il a exécutées, notamment sur la grande figure à mi-corps du bourreau qui tient la tête de saint Jean, d’après Ribera? Ces armes , elles se retrouvent encore sur la même planche, après qu'elle a été réduite, et qu'il n’y reste plus que le buste du bourreau. À une preuve aussi décisive convient-il d'ajouter le surabondant témoignage de Basan ?

Mais sans nous arrêter à une question bien résolue, nous devons dire qu’à notre sens il s’en faut bien que les ouvrages du prince Robert soient exécutés dans la manière dure, noire et désagréable dont parle Gilpin. Au contraire, la grande pièce en hauteur, représentant le bourreau, nous paraît être un des chefs-d'œuvre de la manière noire, si on l'examine, bien entendu, sur de belles épreuves comme celles que nous avons rencontrées deux fois en Angleterre, et qui élaient plus brillantes

eacore et plus veloutées que l'épreuve du cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale. On peut juger par cette magnifique

pièce jusqu'où peut aller la manière noire, quand la main d’un maître vient lui enlever sa mollesse et corriger ce qu'elle à

naturellement de cotonneux par la hardiesse dont il attaque les lumières, par la brusquerie des transitions et la rudesse du grattoir. Ainsi traitée, la gravure en manière noire est une vraie peinture, parce qu'à la tranquillité que produisent des ombres larges et bien liées elle réunit les touches libres et vives, les mâles rehauts qui n’appartiennent qu'aux peintres. A

ces beaux effets, le £

raveur au burin n'y saurait atteindre facilement, par cela même que sa main n'y fouille que les noirs et se contente de ménager les clairs, au lieu de les appliquer résoläment, comme on peut le faire, en mezzo-linto, par des

coups vigoureux et secs de brunissoir. En d'autres termes, en fait de burin, les blanes sont négatifs, et l'énergie ne peut être

que dans les ombres ; en manière noire, l'énergie peut se trouver aussi bien dans la touche des lumières grattées au vif que dans les ombres, dont la douceur peut être renforcée par l'eau-forte.

Le caractère du prince Robert se peint tout entier dans cette belle estampe du Bourreau tenant la tête de saint Jean, aussi

rudement enlevée, aussi fière que la peinture de l'Espagnolet. Au milieu d’une cour raffinée, comme dit Horace Walpole,

Rupert avait l'air d'un artisan grossier; mais transcrivons plutôt le portrait qu'en a tracé Antoine Hamilton et que Walpole

ne peut lui-même s'empêcher de citer : « Il était brave et vaillant jusqu’à la témérité. Son esprit était sujet à quelques travers

dont il eût été bien fâché de se corri

er. Il avait le génie fécond en expériences de mathématiques, et quelque talent pour la chimie. Poli jusqu’à l'excès, quand l'occasion ne le demandait pas ; fier et même brutal, quand il était question de s’humaniser. Il était grand et n'avait que trop mauvais air. Son visage était sec et dur, lors même qu'il voulait le radoucir ; mais dans ses

mauvaises humeurs, c'était une vraie physionomie de réprouvé. »

Tel était l'homme qui se délassait des fatigues de Naseby et de Marston-Moor, et qui fuyait l'ennui des cours en se livrant

à un.art dont il ne connaissait encore que les rudiments, et que néanmoins il poussa presque à la perfection. S'il fut réellement

*Abecedario pittorico du P. Orlandi, que possède le cabinet des estampes, à la Bibliothèque nationale. « Jean

Van Huysum, dit-il, est dans les fleurs ce que Van der Werff à été dans la figure. L'un et l’autre se sont

signalés par le plus grand terminé, et l'un et l’autre ont eu la satisfaction de voir vendre leurs tableaux

de leur vivant à des prix excessifs. On à pourtant beau dire, le plus parfait tableau de fleurs de Van

Huysum n'approchera jamais de ce que Baptiste à fait dans son meilleur temps. Van Huysum avait, dit-on,

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