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LA PROPOSITION DE MARIAGE

sil le faut, en servante, il prendra le tablier, la cornette et le pet-en-l'air, et en attendant qu'on le casse aux gages, il sera aux appointements de sa belle; ou bien il se servira de l'amour même de Bartolo pour mieux lui donner le change, et, avec sa permission, un faux peintre viendra barbouiller un portrait, mais d'après nature, car comment le faire ressemblant, rien que de souvenir? De la copie, il passe au bel original.

ampe. Et ici, je retouve encore une intention piquante dans les accessoires: c'est un

disent les vers de l'es tableau qui est accroché à la muraille et qui représente Apelles recevant Campaspe des mains d'Alexandre

il n'y a qu'un tuteur, évidemment, qui s'y puisse tromper.

s de Troost est l'intelligence du clair-obseur; il estassez rare, au surplus, que cette qualité

Une des qualit fasse défaut à un peintre hollandais. On peut dire de Troost qu'il modèle encore mieux son tableau, pris dans son ensemble, que chacune de ses figures en particulier. Sa lumière est toujours si naturellement distribuée que les figures se détachent parfaitement l'une sur l'autre et toutes à la fois sur le fond. Le Capitaine Ulrie est, en ce genre, un des morceaux les mieux réussis de l'œuvre. La scène est pittoresque et d'un effet piquant. C'est un mari qui, faisant à lui seul une patrouille nocturne autour du logis conjugal, rencontre un joli-cœur en observation et fait le geste de lui passer sa rapière au lravers du corps. La femme d'Ulrie, qui est eoir qu'elle vient d'allumer, et par une chandelle

descendue au bruit de la rencontre, est éclairée par un bot que le farouche capitaine a plantée, en guise de plumet, sur son casque, Sans doute alin d'avoir la libre

es expriment bien ce qu'elles veulent exprimer, il

disposition de ses deux bras. Pour savoir si ces trois fig

faudrait connaître la comédie d'où elles sont tirées, le Capitaine Ulric ou l'Avarice dupée; mais nous

pouvons féliciter le peintre d'avoir su mettre en jeu les deux lumières qui dramatisent son tableau et qui,

laissant dans l'ombre le renfrogné visage du capitaine, font valoir inégalement le personnage élégant de l'amoureux à chapeau à plumes, et la charmante mais un peu froide physionomie de madame Ulmic, blanche Hollandaise, aux carnations blondes, aux fermes appas, qui n'est point sans doute la sentinelle de

sa propre vertu, si j'en crois ces vers de l'estampe :

Ta fais le guet en vain : va, romps La hallebarde ;

La vertu d'une femme c'est sa plus sûre garde.

Troost, ai-je dit, enlève toujours franchement ses ligures, et il faut convenir, du reste, que ce mérite lui était plus facile lorsqu'il prenait les quakers et les quakeresses pour sujet de ses satires. Le souflle de Voltaire, qui

passaitalors partout, atteignait ces braves gens el les indiquait au ridicule, par cela seul qu'ils étaient austères

etennuyés. Vètus de noir de pied en cap, coiltés de grands chapeaux à larges bords, sans tournure, sans plumes,

Sans cordon, lesgens delasectedes Trembleurs, commeonlesappelait, se détachentaisémentsurles fonds clairs que leur a ménagés le peintre, et son goût pour l'extrème sobriété des accessoires s'accorde à merveille, cette fois, avec la rigidité naturelle des habitudes et des ameu lements de la secte. /ené est un des héros de Troost: c'estune sorte de Jocrisse, que l'artiste a pris de préférence parmi les quakers, pour fustiger sur leur dos les ridicules de la société hollandaise. Chaque pays à ses types grotesques, auquels on attribue

généreusement loutes les bévues, tous les travers d'une génération entière : ce sont les Hercules de la sottise.

Ils finissent quelquefois par caractériser tout un peuple, dans la bouche où sous le crayon du critique.

Le gros de la nation anglaise est personnilié par John Ball: le fonds de notre bourgeoisie l'est encore par

M. Prudhomme, création sublime d'Henri Monnier, et, avant de posséder les Beauminet et les Coquardeau de

Gavarni, nous avons eu, il y a trente ans, le Mayeux de Traviès. En Hollande, Æobert et f'ené étaient, au dix-huitième siècle, des types reçus à la comédie comme dans le populaire. Aussi les voit-on paraitre et

reparaitre à chaque instant dans l'œuvre de Corneille Troost. L'histoire des aventures de René et de sa

tendresse malencontreuse pour mademoiselle Sarotte doit sansdoute, encoreaujourd'hui, amuser vivement les

Hollandais, puisque la gravure à conservé aux divers épisodes de ce roman une certaine saveur, mème pour nous, qui ne sommes pas avertis de la malice des intentions. Soit que René, d'un air deux foix bête, lasse sa déclaration à Sarotte, debout, droit, et couvert de ce chapeau uniforme qu'un quaker ne lève jamais; soil

qu'il formule aux parents de Sarotte sa proposilion de mariage, il à toujours ses mains étendues toutes

srandes sur ses cuisses, le pouce sur la couture du haut-de-chausses. Sa bêtise est austère, son ineptie est réglée, automatique et prévue par les ordonnances de la secte. Quant au tableau, il se comporte à merveille :

l'air v est présent, l'œil mesure la profondeur de la chambre, tourne autour des figures, s'arrête un instant devant une marine de Bakhuisen et un portrait de la mère de Sarotte, puis va surprendre, par la porte

te famille quakeresse (où diable une Frétillon va-t-elle se nicher?) qui, en

entre-bâillée, la Frétillon de cet

CORNEILLE TROOST (1697).

voyant l'oiseau qu'on veut mettre dans sa cage, murmure probablement ces vers de la légende Ne crois pas que jamais cet hymen s'accomplisse. Jean, ta fille aime ailleurs et nargue tes amis; D'une voix de hibou, son cœur n'est point épris :

élillante tendron méprise un froid Jocrisse.

ècle; elle y témoigne même des

La littérature, on le voit, joue un grand rôle dans l'art du dix-huitième si

se A

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